Jeremiah Johnson - Sydney Pollack - 1972

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Personne
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Jeremiah Johnson - Sydney Pollack - 1972

Messagepar Personne » 01 déc. 2006 13:28

Avec

Robert Redford .... Jeremiah Johnson
Will Geer .... Bear Claw Chris Lapp
Delle Bolton .... Swan
Josh Albee .... Caleb
Joaquín Martínez .... Paints His Shirt Red (as Joaquin Martinez)
Allyn Ann McLerie .... Crazy Woman
Stefan Gierasch .... Del Gue
Richard Angarola .... Flathead Chief Two-Tongues Lebeaux
Paul Benedict .... Rev. Lindquist
Charles Tyner .... Robidoux
Jack Colvin .... Lt. Mulvey (3rd Cavalry)
Matt Clark .... Qualen

http://www.cinemotions.com/modules/Film ... hnson.html

Lassé de la civilisation, Jeremiah Johnson part vivre en ermite dans les Rocky Mountains. Il y adopte un fils de pionniers orphelin, se lie avec le trappeur Del Gue et les indiens Crows, dont il épouse la squaw Swan. Mais pour avoir conduit des cavaliers dans une vallée sacrée des indiens, il retrouvera sa femme et l'enfant massacrés...

Nous attendons vos avis sur ce film, que le débat commence. :D

Vous pouvez mettre vos documents dans ce post:
http://westernmovies.free.fr/Forums/vie ... 0792#30792
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musselshell
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Messagepar musselshell » 01 déc. 2006 20:36

Des deux romans qui l'ont inspiré, Sydney Pollack tire la quintessence: le lyrisme de Mountain Man (Vardis Fisher) habite le film du début à la fin, mais sans les langueurs contemplatives qui risquent toujours de transformer un film en livre d'images, aussi splendides soient-elles...quant à l'âpreté de Crow Killer, limite gore ("liver eating Johnson", le mangeur de foies...), Pollack la traduit avec une maîtrise exemplaire des scènes de violence, brèves et cinglantes, en plantant la caméra au milieu des loups, en cognant les corps les uns contre les autres sans laisser de côté le souffle que l'on doit reprendre...avec, toujours là derrière, la présence des arbres, de la roche, du silence juste momentanément interrompu, et...qui retombe comme une masse. Pour dormir au milieu des cadavres.
En un mot (je m'étale, comme si j'étais pas assez étalé comme ça): le film est à mon avis exemplaire au niveau du rythme, toujours calqué sur ce qu'était probablement la vie d'un trappeur des Rocheuses, d'une part, sur l'exigence de réalisme, tant historique que physiologique et "psychologique" de la narration (et de ce à quoi elle vise) d'autre part...les exemples sont multiples, presque constants et systématiques, au meilleur sens du terme (on ne le sent pas): le retour de Jeremiah au galop dans la neige, quasi fantômatique, vers la cabane où gisent les corps de Swan et Caleb, la course accélérée...la confirmation du pressenti et la torpeur qui dure jusqu'à ce que son cheval l'en sorte...
Allez hop, à un autre... :num1

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musselshell
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Messagepar musselshell » 02 déc. 2006 18:33

Non, pas tout de suite ?
Alors me rvlà. :mrgreen:
Un mot sur la musique, et plus précisément la chanson qui traverse le film : j’ai toujours préféré la version française à l’originale, qui sonne, comment dire, trop « country », et ça ne colle pas avec les Rocheuses dans ces années là... le français, si.. A l’époque, l’écrasante majorité des trappeurs des Rocheuses sont francophones. C’est l’historiographie américaine qui transforme les montagnards en mountain men, et qui surtout ne retient que les Jim Bridger ou Thomas Fitzpatrick. Au point où j’ai longtemps cru que Pollack avait choisi le français pour la chanson originale ! Ce qui aurait été un quasi coup de génie…
Dès le générique, la ballade accompagne les images en annonçant le mouvement du film . Juste avant, une des plus belles ouvertures de l’histoire du genre (et au-delà), en pures images, d’abord glissantes comme le cours d’eau… l’homme débarque, la caméra semble alors tenue à la main, comme si on découvrait le mini monde un peu hétéroclite du trading post au rythme de la marche. Voix off (“"His name was JJ, and they say he wanted to be a mountain man…..and said good- bye to whatever life was down there below."). Puis la question: “Just where is it I could find bear, beaver, and other critters worth cash money when skinned?”...et cette réponse en forme d’alpha et d’omega pour les cinglés que nous sommes "Ride due west as the sun sets, turn left at the Rocky Mountains”" Là commence le générique, et la ballade...De l’été à l’hiver, du panthéisme lumineux (“il est doux le moineau qui passe”) jusqu’au retour du principe de rèalité (..."mais Jeremiah a vécu comme ça ")…
A ce moment là, il neige, il fait froid et on est déjà loin de l’ouverture…Le poisson ne se laisse pas faire, le fusil est resté sur la berge…Première rencontre. Paint His Shirt Red, qu’il s’appelle…il apprendra ça un peu plus tard, l’apprenti.
Bon là, j'arrête. :beer1: (oups...)

Jean-Louis
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Messagepar Jean-Louis » 02 déc. 2006 19:32

:oops: Il nous faut vite nous engouffrer, la porte venant de s'ouvrir si on veut dire un mot sur Jeremiah Johnson.

Musselshell a lancé la discussion, je salue la manière qu'il a de distiller ce qu'il a à nous en dire. Je sais qu'il a énormément de matière sur ce film qu'il a vu et revu (non, je n'ai rien dit, juste à peine y ai-je pensé, c'est loin tout ça... il est taquin l'ancien!)

Donc pour ne pas paraître trop c.. ça fait quelques jours que je me le repasse dans la tête, en attendant de le revoir.

Je viens de réaliser, c'est dire la couche... qu'en 1972 la guerre du Vietnam n'était toujours pas terminée (les accords de Paix furent signés à Paris en 1973)
Jeremiah en restes d'uniforme de la cavalry contrairement à ce que j'avais toujours pensé n'est pas un simple démobilisé (lorsqu'il quitte le Trading Post il passe sans sourciller devant des militaires qui sont sur la gauche à coté du drapeau) mais il y a de forte chance, un déserteur, déserteur pacifiste il est sans arme, si il en achète une, un hawken calibre .30 (j'y reviendrai) c'est pour chasser, subvenir à sa nourriture.

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musselshell
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Messagepar musselshell » 02 déc. 2006 20:08

Jean-Louis a écrit ::oops: Il nous faut vite nous engouffrer, la porte venant de s'ouvrir si on veut dire un mot sur Jeremiah Johnson.

Musselshell a lancé la discussion, je salue la manière qu'il a de distiller ce qu'il a à nous en dire. Je sais qu'il a énormément de matière sur ce film qu'il a vu et revu (non, je n'ai rien dit, juste à peine y ai-je pensé, c'est loin tout ça... il est taquin l'ancien!)

Donc pour ne pas paraître trop c.. ça fait quelques jours que je me le repasse dans la tête, en attendant de le revoir.

Je viens de réaliser, c'est dire la couche... qu'en 1972 la guerre du Vietnam n'était toujours pas terminée (les accords de Paix furent signés à Paris en 1973)
Jeremiah en restes d'uniforme de la cavalry contrairement à ce que j'avais toujours pensé n'est pas un simple démobilisé (lorsqu'il quitte le Trading Post il passe sans sourciller devant des militaires qui sont sur la gauche à coté du drapeau) mais il y a de forte chance, un déserteur, déserteur pacifiste il est sans arme, si il en achète une, un hawken calibre .30 (j'y reviendrai) c'est pour chasser, subvenir à sa nourriture.


Ce qui est sûr, c'est que la guerre contre le Mexique se termine en 1848, et que l'action commence deux ans plus tôt (deux hivers, celui du générique, celui des chariots coincés et du retour de l'"administration du Territoire du Colorado"). Jeremiah commence cette guerre, et fuit vite ce front là...Probablement déserteur, oui...On devine vite ce qu'il pense de tout ça ("la guerre contre le président du Mexique")...Quant à Old Thunder, il trouvera bien sa version 50... le magasin n'était pas loin des Chouteau, ou des Robidoux...D'ailleurs, c'est eux (les types qu'ils envoyaient) qui en eurent d'abord l'usage dans les Rocheuses (après les militaires, puisque le calibre 50 a été conçu pour - et sur commande - de l'armée, mais toujours à Saint Louis.
Ceci dit, là dessus, c'est Jean Louis le spécialiste! :wink:

Pour les armes, le calibre est indiqué en inches, pas en mm. Un calibre 50 (0.50) est donc un 12.7 mm en 1848...ça fait déjà mal...

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Longway
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Messagepar Longway » 03 déc. 2006 10:50

Jean-Louis a écrit ::oops: Il nous faut vite nous engouffrer, la porte venant de s'ouvrir si on veut dire un mot sur Jeremiah Johnson.

Musselshell a lancé la discussion, je salue la manière qu'il a de distiller ce qu'il a à nous en dire. Je sais qu'il a énormément de matière sur ce film qu'il a vu et revu (non, je n'ai rien dit, juste à peine y ai-je pensé, c'est loin tout ça... il est taquin l'ancien!)

Donc pour ne pas paraître trop c.. ça fait quelques jours que je me le repasse dans la tête, en attendant de le revoir.

Je viens de réaliser, c'est dire la couche... qu'en 1972 la guerre du Vietnam n'était toujours pas terminée (les accords de Paix furent signés à Paris en 1973)
Jeremiah en restes d'uniforme de la cavalry contrairement à ce que j'avais toujours pensé n'est pas un simple démobilisé (lorsqu'il quitte le Trading Post il passe sans sourciller devant des militaires qui sont sur la gauche à coté du drapeau) mais il y a de forte chance, un déserteur, déserteur pacifiste il est sans arme, si il en achète une, un hawken calibre .30 (j'y reviendrai) c'est pour chasser, subvenir à sa nourriture.


Je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi Jean louis.
Jérémiah n'est pas forcément un déserteur ( comme d'autres le pensent également )
Aucune preuve formelle n'ai mise en avant tout au long du film, il passe devant les militaires de garde, sans sourcillier certe, mais sans regard méprisant et sans haine.
Il a gardé l'uniforme, mais n'est ce pas plutôt pour un certain respect vis à vis de cette famille en qui il croyait avant de la quitter pour des raisons qui ne sont pas mises en avant. Logiquement il aurait du s'en séparer en désertant, cela semble logique, ou bien il faudrait être inconscient pour ne pas se rendre compte que l'on ne peut passer inaperçu vêtu comme cela.
Moi je pense qu'il est démissionnaire ou qu'il n'a pas renouvellé son engagement une fois celui ci terminé ce qui est tout à fait différent d'une désertion.
Déçu ou n'ayant pas réussi à trouver sa voie dans la civilisation, l'ordre et la discipline militaire, il ne peut que renier celles ci et fuir afin de découvrir l'origine de la nature humaine dans les contrées les plus sauvages et les plus reculées de l'ouest.

Bear Claw le questionne : " J'ai du manqué une guerre en bas "
Réponse de Jeremiah : " Vous n'avez rien manqué du tout "
Cela s'arrête là, et laisse le choix d'opinion au spectateur.
De même quand il chemine comme guide au côté du détachement militaire en route pour pour dégager le convoi d'émigrants bloqué par la neige, il questionne l'officier:

Q:"Comment va la guerre ? "
R: " Quelle guerre ? "
Q: "Celle contre le président du Mexique ? "
R: " Elle est finie ! "
Q: " Qui a gagné ? "

La scène change à ce moment là, esquivant de manière intelligente la polémique qui aurait du s'en suivre en cas de réponse.
La guerre a marqué Jéremiah, mais n'en a pas fait un déserteur pour autant, il n'a pas oublié son passé et la cause qu'il a servi en croyant que celle ci était juste.
A mon humble avis un déserteur se serait complètement désinterressé du sujet pour justement ne pas éveiller la suspicion qui pèserait à son égard.

So long.

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musselshell
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Messagepar musselshell » 03 déc. 2006 11:47

Longway a écrit :
Jean-Louis a écrit ::oops: Il nous faut vite nous engouffrer, la porte venant de s'ouvrir si on veut dire un mot sur Jeremiah Johnson.

Musselshell a lancé la discussion, je salue la manière qu'il a de distiller ce qu'il a à nous en dire. Je sais qu'il a énormément de matière sur ce film qu'il a vu et revu (non, je n'ai rien dit, juste à peine y ai-je pensé, c'est loin tout ça... il est taquin l'ancien!)

Donc pour ne pas paraître trop c.. ça fait quelques jours que je me le repasse dans la tête, en attendant de le revoir.

Je viens de réaliser, c'est dire la couche... qu'en 1972 la guerre du Vietnam n'était toujours pas terminée (les accords de Paix furent signés à Paris en 1973)
Jeremiah en restes d'uniforme de la cavalry contrairement à ce que j'avais toujours pensé n'est pas un simple démobilisé (lorsqu'il quitte le Trading Post il passe sans sourciller devant des militaires qui sont sur la gauche à coté du drapeau) mais il y a de forte chance, un déserteur, déserteur pacifiste il est sans arme, si il en achète une, un hawken calibre .30 (j'y reviendrai) c'est pour chasser, subvenir à sa nourriture.


Je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi Jean louis.
Jérémiah n'est pas forcément un déserteur ( comme d'autres le pensent également )
Aucune preuve formelle n'ai mise en avant tout au long du film, il passe devant les militaires de garde, sans sourcillier certe, mais sans regard méprisant et sans haine.
Il a gardé l'uniforme, mais n'est ce pas plutôt pour un certain respect vis à vis de cette famille en qui il croyait avant de la quitter pour des raisons qui ne sont pas mises en avant. Logiquement il aurait du s'en séparer en désertant, cela semble logique, ou bien il faudrait être inconscient pour ne pas se rendre compte que l'on ne peut passer inaperçu vêtu comme cela.
Moi je pense qu'il est démissionnaire ou qu'il n'a pas renouvellé son engagement une fois celui ci terminé ce qui est tout à fait différent d'une désertion.
Déçu ou n'ayant pas réussi à trouver sa voie dans la civilisation, l'ordre et la discipline militaire, il ne peut que renier celles ci et fuir afin de découvrir l'origine de la nature humaine dans les contrées les plus sauvages et les plus reculées de l'ouest.

Bear Claw le questionne : " J'ai du manqué une guerre en bas "
Réponse de Jeremiah : " Vous n'avez rien manqué du tout "
Cela s'arrête là, et laisse le choix d'opinion au spectateur.
De même quand il chemine comme guide au côté du détachement militaire en route pour pour dégager le convoi d'émigrants bloqué par la neige, il questionne l'officier:

Q:"Comment va la guerre ? "
R: " Quelle guerre ? "
Q: "Celle contre le président du Mexique ? "
R: " Elle est finie ! "
Q: " Qui a gagné ? "

La scène change à ce moment là, esquivant de manière intelligente la polémique qui aurait du s'en suivre en cas de réponse.
La guerre a marqué Jéremiah, mais n'en a pas fait un déserteur pour autant, il n'a pas oublié son passé et la cause qu'il a servi en croyant que celle ci était juste.
A mon humble avis un déserteur se serait complètement désinterressé du sujet pour justement ne pas éveiller la suspicion qui pèserait à son égard.

So long.


Je suis de ton avis Longway...de toutes façons, le profil disons socio-psychologique du personnage colle mal avec l'idée de désertion (je me suis laissé aller à "probablement" plus haut, parce qu'en fait je ne m'étais jamais vraiment posé la question...)...Si Jeremiah fuit quelque chose, il ne le fait pas en catimini, et c'est bien plus que la guerre ou l'armée...Par ailleurs, et plus simplement, Pollack (les scénaristes Milius et Anhalt) en font un ancien dragoon pour renforcer la contextualisation historique (entre 1846 et 1848) pour laisser deviner quel type d'individu il peut être (un militaire qui a combattu n'est pas dépourvu d'expérience). Il y a là aussi rappel de la Manifest Destiny chère à James Monroe, exposée indirectement sous sa doctrine homonyme en 1823...Le Mexique refuse l'annexion du Texas en 1845, refuse de vendre le "grand sud-ouest", alors on le lui prend! L'expansionisme vers l'ouest n'a pas entraîné que des guerres contre les Indiens...Et Jeremiah a participé et participe, bon gré ou mal gré, à l'inéluctable processus...même quand il part dans les montagnes. Cette dimension là (la guerre en "off" contre le Mexique) est complètement absente des deux romans à l'origine du scénario...

Jean-Louis
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Messagepar Jean-Louis » 03 déc. 2006 12:40

:D Tout doux les amis, je n'ai pas dit que Jeremiah était un déserteur,
mais ayant jusqu'à présent toujours pensé qu'il ne l'était pas, j'ai eu faisant le raprochement avec la guerre du Vietnam et les déserteurs (objecteurs de conscience nontamment), ce qui expliquerait pourquoi est-il sans armes, ce qui est à l'époque assez étonnant).

Maintenant les 2 ouvrages que tu sites Musselshell sont la base mais l'ensemble des scénaristes ont batti une oeuvre propre et en adéquation
avec l'époque, c'est certainement ce qui donne une grande partie de sa force au film, n'est-il pas vrai !

:beer1: c'est l'heure

Jean-Louis
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Messagepar Jean-Louis » 03 déc. 2006 17:16

Je viens de revoir le film jusqu'au retour de Jeremiah Johnson à la cabane lorsqu'il découvre Swan, sa squaw et l'enfant qu'il a pris sous
sa protection, massacrés par les Crows.

Première chose Jeremiah Johnson, que toi Musselshell dit être un ancien dragoon, donc homme d'expérience,
il commet toutes les erreurs possibles, pas une ne lui échappe, si le Crow l'épargne c'est qu'il estime qu'il ne vaut même pas la flèche
qu'il devrait décocher pour le tuer.
Heureusement il tombe (pas tout de suite, plus tard) sur le trappeur mort et récupère le Hawken calibre .50, arme digne de ce nom, lui qui
était doté chez les Dragoon d'un mousqueton calibre .69 (Je n'ai trouvé dans ma documentation que des Hawkens du calibre .44 au calibre .70 en passant
par le .50 et le .54 calibre certainement le plus répandu.) Robidoux lui refilant un .30 s'est bien fichu du pied tendre qu'il est à ce moment.

Et surtout Bear Claw Chris Lapp va tout lui apprendre, sinon il passait à la trappe (ce qui n'est pas terrible pour un trappeur).

Ce n'est pas la "Société" qui le plonge dans le malheur, mais l'ensemble Militaires/Religion qui lui fait le chantage du "Devoir" de venir en aide
à son prochain.

J'ai bien regardé lorsque Jeremiah demande à l'officier des nouvelles sur la Guerre du Mexique, le dialogue est scrupuleusement celui retranscrit par Longway, mais
j'ai surtout vu que le regard aussi bien celui de Jeremiah que celui du Lieutenant était fuyant, à aucun moment ils ne se regardent.
On peut très bien avoir fuit quelque chose et continuer à s'en inquiéter,

au contraire...

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Messagepar musselshell » 03 déc. 2006 17:29

Jean-Louis a écrit ::D Tout doux les amis, je n'ai pas dit que Jeremiah était un déserteur,
mais ayant jusqu'à présent toujours pensé qu'il ne l'était pas, j'ai eu faisant le raprochement avec la guerre du Vietnam et les déserteurs (objecteurs de conscience nontamment), ce qui expliquerait pourquoi est-il sans armes, ce qui est à l'époque assez étonnant).

Maintenant les 2 ouvrages que tu sites Musselshell sont la base mais l'ensemble des scénaristes ont batti une oeuvre propre et en adéquation
avec l'époque, c'est certainement ce qui donne une grande partie de sa force au film, n'est-il pas vrai !

:beer1: c'est l'heure


Oui, mais je dirais que l'adéquation avec l'époque (1972) est tout de même très secondaire, tant elle est superficielle : grosso modo le retour à la nature et...quoi d'autre? Le rapport à l'"autre", au colonisé? Mais alors on conviendra facilement que le film est d'une telle subtilité que les parallèles avec le Vietnam sont pour le moins ténus. Soldier Blue, par exemple, serait un exemple évident du contraire...La richesse de Jeremiah Johnson est intemporelle (et le film superbement contextualisé, mais ça va bien ensemble!): l'autre est insaisissable, on ne peut pourtant ni l'ignorer, ni prendre sa place, à moins de le détruire. Et quand on veut échapper à cette problématique (se débrouiller seul), elle vous rattrape...sans compter que vous êtes aussi ratrappé par ce que vous avez précisément fui ( l'appel à la charité chrétienne pour sauver les colons...qui débouche sur une profanation pour les autres).
Jeremiah souhaiterait dans l'absolu échapper à ce qu'il renie: la société, sa foule, ses rites, tout ce qui va avec...mais il ne peut que débarquer dans une autre. Car un lieu d'absolue liberté n'existe pas, même si la mythologie de l'homme blanc a voulu voir des terres vierges là où d'autres ne faisaient que vivre...société autre, mais société quand même.
Et jusqu'à la nature qui dicte, elle aussi, ses propres lois...Intemporel est le mot!

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Messagepar musselshell » 03 déc. 2006 17:53

Jean-Louis a écrit :Je viens de revoir le film jusqu'au retour de Jeremiah Johnson à la cabane lorsqu'il découvre Swan, sa squaw et l'enfant qu'il a pris sous
sa protection, massacrés par les Crows.

Première chose Jeremiah Johnson, que toi Musselshell dit être un ancien dragoon, donc homme d'expérience,
il commet toutes les erreurs possibles, pas une ne lui échappe, si le Crow l'épargne c'est qu'il estime qu'il ne vaut même pas la flèche
qu'il devrait décocher pour le tuer.
Heureusement il tombe (pas tout de suite, plus tard) sur le trappeur mort et récupère le Hawken calibre .50, arme digne de ce nom, lui qui
était doté chez les Dragoon d'un mousqueton calibre .69 (Je n'ai trouvé dans ma documentation que des Hawkens du calibre .44 au calibre .70 en passant
par le .50 et le .54 calibre certainement le plus répandu.) Robidoux lui refilant un .30 s'est bien fichu du pied tendre qu'il est à ce moment.

Et surtout Bear Claw Chris Lapp va tout lui apprendre, sinon il passait à la trappe (ce qui n'est pas terrible pour un trappeur).

Ce n'est pas la "Société" qui le plonge dans le malheur, mais l'ensemble Militaires/Religion qui lui fait le chantage du "Devoir" de venir en aide
à son prochain.

J'ai bien regardé lorsque Jeremiah demande à l'officier des nouvelles sur la Guerre du Mexique, le dialogue est scrupuleusement celui retranscrit par Longway, mais
j'ai surtout vu que le regard aussi bien celui de Jeremiah que celui du Lieutenant était fuyant, à aucun moment ils ne se regardent.
On peut très bien avoir fuit quelque chose et continuer à s'en inquiéter,

au contraire...


On peut aller jusqu'à dire que c'est le courage de l'officier de cavalerie qui décide Johnson...car il le voit à la fois prêt à tenter le coup sans son aide (la traversée du cimetière Crow) et admettre son refus, à défaut d'éventuellement le comprendre... Cet officier, le portrait est pourtant on ne peut plus bref, est probablement assez proche de ce qu'était Jeremiah...On sent du non-dit entre ces deux là, et une certaine forme de respect. Qui paradoxalement coutera cher: elle sauvera les uns pour faire tuer les autres...

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Messagepar mortimer » 03 déc. 2006 20:53

Longway a écrit :

Il a gardé l'uniforme, mais n'est ce pas plutôt pour un certain respect vis à vis de cette famille



En fait c'est encore plus simple :

à l'époque les militaires une fois leur temps de service terminé avaient le droit de conserver leurs tenues militaires. Mesure autorisée à la fois par manque de moyens financiers et par reconnaissance de services rendus. Cette mesure à été prise par un décret impérial de Napoléon III. Les américains ont sans doute fait de même. De plus il était de coutume d'adapter les vétements militaires en vétements civils, raison pour laquelle il est aujourd'hui impossible de trouver en état complet une redingotte d'officier de zouaves du second empire en effet si l'on change les boutons et si l'on enléve les galons cela faisait une magnifique tenue de sortie. cool

Jean-Louis
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Messagepar Jean-Louis » 04 déc. 2006 19:00

Jean-Louis a écrit :J'ai bien regardé lorsque Jeremiah demande à l'officier des nouvelles sur la Guerre du Mexique, le dialogue est scrupuleusement celui retranscrit par Longway, mais
j'ai surtout vu que le regard aussi bien celui de Jeremiah que celui du Lieutenant était fuyant, à aucun moment ils ne se regardent.
On peut très bien avoir fuit quelque chose et continuer à s'en inquiéter,

au contraire...


Ce n'est pas bien de se citer (mon nombril va bien, merci) mais j'ai commis une erreur :oops: je viens de revisionner le passage où Jeremiah
questionne le Lt. Mulvey sur la guerre, Mulvey surpris par la question, comme si c'était de l'histoire ancienne est tout à fait naturel et regarde
J.J. comme on le fait lors d'une conversation en chevauchant côte à côte,
on ne peut pas en dire autant de J.J. qui détourne la tête comme si il était gené, sauf un regard à la dérobade vers le Lt....

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Messagepar musselshell » 04 déc. 2006 19:32

Jeremiah ne regarde d'ailleurs que Mulvey quand les militaires arrivent à sa cabane...Le révérend lui est presque immédiatement antipathique ("c'est le Territoire du Colorado" corrige t'il quand notre trappeur fait référence aux Crows...). Mulvey fait son boulot, et ne contraint pas Jeremiah. Si Jeremiah ne le regarde pas lors de l'échange à cheval, c'est qu'il n'aime pas vraiment ce qu'il a accepté de faire...Quant à Mulvey, il regarde un type comme lui qui a choisi autre chose...ce qui l'interroge un peu...En fait, le révérend représente ici excellemment l'Est en marche et les hordes civilisatrices à venir. Mulvey n'est qu'un rouage d'un truc qui le dépasse...comme Jeremiah, d'ailleurs, même si à son corps défendant...




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