Le Fantôme de la mine / Le Fantôme - Haunted gold - 1932 - Mack V. Wright

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U.S. Marshal Cahill
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Le Fantôme de la mine / Le Fantôme - Haunted gold - 1932 - Mack V. Wright

Messagepar U.S. Marshal Cahill » 16 oct. 2010 20:03

Avec
John Wayne ... John Mason
Duke ... Duke - John's Horse
Sheila Terry ... Janet Carter
Harry Woods ... Joe Ryan

Warner Bros. Pictures - 58 min - NB

Le Duke et sa partenaire luttent contre des gangsters qui veulent s'approprier le trésor d'une mine perdue.
Wayne dans son 1er western pour la Warner.
Remake de "The Phantom City" en 1928 (avec Ken Maynard)
CAHILL, UNITED STATES MARSHAL
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gilson
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Re: Le fantôme (de la mine) - Haunted Gold - 1932 - Mack V. Wright - John Wayne

Messagepar gilson » 03 août 2011 22:34

Ce « Fantôme de la mine » de Mack V WRIGHT a-t-il vraiment un scénario, une histoire ? La question est d’ailleurs intéressante : qu’est-ce que c’est qu’une histoire (ce qui est peut-être différent d’un scénario)? Le scénario est simple : l’or d’une mine abandonnée est protégé par un fantôme afin que des méchants ne s’en emparent pas, puisque, légalement, une partie des droits de la mine appartient à ce méchant, l’autre étant l’héritage de la jeune et jolie jeune femme qui tombera dans les bras de John WAYNE. Outre Duke, le cheval blanc extraordinaire, qui, ici, est tellement doué en mécanique qu’on passe au carrément loufoque, au plus du tout crédible, on a un personnage noir, le garde du corps et cuisinier de WAYNE, qui roule des gros yeux comme le faisaient les Noirs dans les films à cette époque, est très naïf et superstitieux, et qui est peut-être une des seules raisons qui font que ce film sort du tout venant (mais je ne sais pas trop. Il y a peut-être sur le forum une esquisse d’histoire, ou plus qu’une esquisse, de la représentation des Noirs dans les westerns : ici, le personnage est ridicule ; le film ne tranche donc pas sur ce qui se passe dans d’autres genres). Un petit dictionnaire grand public, le mien, dit que le cinéaste se distingue un peu des autres (« un peu supérieur à d’autres(…) De là sa présence dans ce dictionnaire »).

Je reviens à mon point de départ : est-ce une histoire? Ou bien est-ce un prétexte? Une histoire suppose des personnages en trois dimensions (largeur, hauteur et profondeur, je rappelle pour les oublieux, dont je suis), avec le temps en plus. C’est intéressant : la 4ème dimension, j’ai vérifié pour ne pas dire trop de bêtises, c’est le temps, chacun sait, mais einsteinien. Ne me demandez pas ce que c’est : je sais seulement que cela n’a rien à voir avec le western. Mais même le temps tout court, lui, manque à ce type de film (format, il en a déjà été parlé, mais des films plus brefs peuvent tenir compte du paramètre). Si on veut faire un mot facile : c’est un film en 2 dimensions seulement : la profondeur manque aux personnages ; le seul qui en ait une, une épaisseur en tout cas, est le personnage du cuisinier noir. Théâtre d’ombres plutôt que film. Donc, une curieuse impression, puisque le temps (au sens ordinaire) est plat ou absent : le stéréotype l’a boulotté, parce qu’aucun élément réaliste n’est présent dans le film, ne vient donner corps à des mécanismes de récit qui fonctionnent presque pour eux-mêmes seuls. Une histoire, ce serait un schéma, un scénario auquel quelque chose donne vie : personnalité du narrateur (maman, raconte-moi une histoire ; même mal racontée, elle sera plus vivante que ce film), incarnation des personnages, décalage, même mineur, par rapport aux mécanismes de récit, que sais-je, mais quelque chose. Ici, on se contente de bien trop peu pour que ça prenne.*

Loin de moi l’idée d’accabler ou de critiquer quoi que ce soit : c’est une nouveauté pour moi, et une forme de plaisir que d’avoir découvert ces petits films, même si j’ai mieux compris quelques scènes du « Go West » des MARX en voyant ce « Fantôme ». Et, je ne sais pas vous, mais moi, j’apprends plus de choses avec un mauvais film qu’avec un très bon : trop parfait : on ne voit pas les coutures, les défauts sont imperceptibles sauf quand on est très pointu, etc. Le premier vu (« The Telegraph Trail ») m’avait semblé pas mal du tout. Je ne sais plus trop maintenant. Je me souviens que Pike était plus réservé. Mais il y a une sacrée différence avec celui dont il est question ici : l’essentiel du scénario de ce « Fantôme » est extérieur au monde du western. L’histoire du télégraphe, elle, colle à celle du western. On a là quelque chose d’importance, il me semble : si le western s’incorpore des éléments qui lui sont étrangers, non inscrits dans ce qui constitue son être historique pas très éloigné de nous dans le temps, on a immédiatement une perte de crédibilité. Et on a ici l’impression que le western ne croit plus en lui-même. Il faut d’abord qu’il se prenne un peu au sérieux pour qu’on le prenne au sérieux, non ? Cet élément fantastique (en fait pas vraiment, puisque le fantôme est le père de la jeune femme, mais on en joue pendant tout le film) empêche de rester dans le cadre. Or il me semble qu’en général, les autres films de genre respectent leurs propres règles : films d’amour, policiers, etc. Même maintenant le plus clair du temps. Ici, on a le sentiment qu’on n’y croit déjà plus, et qu’il faut de la harissa (quelle horreur), i.e. un cuisinier, un fantôme, un cheval surdoué (c'est presque du GREENAWAY), pour que le plat soit mangeable. Et donc aussi le sentiment que c’est déjà à cette époque (1932) que les dégâts sont faits. Il faut "fournir" pour les salles de spectacle, et donc aller vite. Que, donc aussi, les grands classiques** seront une redécouverte, un sauvetage, une réhabilitation de quelque chose qui avait été défiguré ou, en tout cas, maltraité auparavant. Il me semble que ces propos recoupent un peu d’autres tenus par les incollables du forum, mais j’ai cru bien VOIR cela, de mes yeux, dans ce film. Rester dans le cadre, c’est un peu ce dont il est question, dans le classique, peut-être : on peut, on doit enrichir avec des éléments humains (fragilité, avec MANN), jouer avec l’espace (les huis-clos de HAWKS, ou au contraire les ambitions démesurées de FORD sur ce plan), il y a du champ, de quoi faire, mais, bon sang, il faut rester dans le cadre.

*pour reparler de ce que tout le monde connaît : dès les premières secondes des « Searchers », dans le regard de Martha et son mari, on a déjà la pâte qui gonfle : celui qui vient, ils le connaissent déjà, leur regard renvoie à quelque chose de passé, l’histoire est déjà là : il a suffi de quelques secondes. Pas compliqué, quoi !!

PS 2: je me relis, commme souvent, pour l'orthographe, la ponctuation, l'inattention ou les bêtises, et je me rends compte, à ce mot, qu'on confond peut-être (mon cas, je le crains, souvent) la notion de classicisme et le mot classique: en réalité, "westerns classiques" veut surtout dire : westerns connus de tous et reconns comme grands. De là à penser qu'on peut leur appliquer des concepts littéraires, il n'y a qu'un pas. Gaffe à ce dont on parle.
"Words have too many shadows." (Little Dog, dans "La Plume Blanche"). Et j'ajoute: "Na!"




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