Le Convoi des braves - Wagon master - 1950 - John Ford

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pale rider
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Re: Le Convoi des braves - Wagon master - 1950 - John Ford

Message par pale rider »

J'ai vu ce western pour la première fois et Ford m'a embarqué dans l'épopée de ce convoi de pionniers.
Le scénario est simple et manichéen mais fonctionne parfaitement. Pas de tête d'affiche (John Wayne ou Henri Fonda) pour porter ce film mais la famille Ford au (presque) grand complet : Ben Johnson (excellent), Harry Carey Jr (qui livre une de ses meilleures prestations dans un film de Ford), Joanne Dru (tout en sensualité & diaboliquement sexy), Ward Bond, Hank Worden, Jane Darnell etc.
Les Navajos sont présentés sous un jour favorable et ne sont pas tirer comme des lapins par les pionniers blancs :sm80: . Les outlaws sont d'infames salopards qui méritent leur sort.
Cette chronique d'un convoi de pionniers en route vers la terre promise est mise en scène avec efficacité par John Ford.
Ce n'est pas un chef-d'œuvre comme La chevauchée fantastique, La charge héroïque ou la prisonnière du désert mais Wagon Master est un bon western de John Ford, sans doute méconnu du grand public, qui mérite d'etre (re)découvert.
Alors j'ai regardé, et sur un cheval pâle se dressait son cavalier nommé Mort et la mort l'accompagnait.
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musselshell
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Re: Le Convoi des braves - Wagon master - 1950 - John Ford

Message par musselshell »

"Cette chronique d'un convoi de pionniers en route vers la terre promise est mise en scène avec efficacité par John Ford.
Ce n'est pas un chef-d'œuvre comme La chevauchée fantastique, La charge héroïque ou la prisonnière du désert mais Wagon Master est un bon western de John Ford, sans doute méconnu du grand public, qui mérite d'etre (re)découvert."

Un bon western?

Un chef d'oeuvre, tout autant que les autres cités, et parfois plus ( on va faire comme si ça faisait sens), pour d'autres raisons, même s'il y en a aussi de communes.

John Ford lui même considérait que c'était ce qu'il avait fait de mieux, de plus simplement personnel, avec rien de moins que the Sun Shines Bright.

Un tableau animé, du début à la fin, avec une symbiose inégalée de grandeur et d'humilité, d' ouverture à l'espace qui devient ouverture à l'autre...un poème symphonique en images, avec une galerie de personnages aussi justement croqués que l'âpre immensité du pays qu'ils traversent.




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HART
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Re: Le Convoi des braves - Wagon master - 1950 - John Ford

Message par HART »

Stagecoach est un tour de force , Wagon master un tour de Ford.
J'espère que l'on me pardonnera ( certains difficilement , je le sais ...) ce mauvais jeu de mots , mais contrairement aux apparences , il n'est pas gratuit.
La toile de fond des deux films est proche : une communauté voyage dans un environnement mal connu et hostile.

Stagecoach s'appuie sur des thèmes extrêmement ambitieux : la vengeance , le sacrifice , l'amour fidèle , la rédemption. Il présente des personnages très travaillés ( dont la plupart n'existent pas dans la nouvelle de Haycox ) , même si on y trouve quelques stéréotypes.
Pourtant , tous ces éléments se fondent dans une épopée , aussi magistrale qu'improbable , qui touche au cœur . Tour de force.

Wagon master est différent . Les personnages semblent moins définis , peut-être plus lisses . Ce n'est qu'une impression.
A l'inverse de Stagecoach , le groupe prime sur les individualités. L'équipée parait moins menaçante et le voyage , comme le film , se déroule assez paisiblement , presque paresseusement durant les deux premiers tiers du métrage. Les thèmes chers à Ford défilent : les rencontres , les drames du quotidien , les joies simples. Mais , on ne s'y ennuie pas , et comme le réalisateur , le spectateur prend son temps et le savoure.
C'est moins brillant que Stagecoach , mais plus profond , plus émouvant , plus lumineux.
Un sommet de l'œuvre de Ford , bien plus que The Sun shines bright , un film bien plus complexe , plus ambigu aussi , qu'il m'est difficile d'aimer.
Dans le dernier tiers de Wagon master , la violence fait irruption. Véhémente , mais inéluctable , elle provoque un malaise d'une intensité rarement rencontrée dans le Western. Tout cela est remarquablement amené , on passe de la poésie à l'inquiétude , de l'angoisse à la mort.
Tout Ford est là , intelligent , pudique , réaliste et touchant.

Ce qui m'a toujours fasciné dans Wagon master , c'est sa pertinence à mettre en parallèle deux fléaux de l'histoire américaine : les tueurs bien-pensants et les tueurs crapuleux. En effet les Mormons dépeints ici laissent entrevoir derrière leur aspect intolérant et répressif une réalité encore bien plus sombre. Historiquement violents et calculateurs , ils ont été à l'origine de l'une des plus affreuses tueries de masse des Etats Unis. Et convenons que leur puissance actuelle ( l'un des leurs est arrivé aux portes de la Maison Blanche ) ne s'est pas faite en tendant l'autre joue.
Entre les deux mâchoires de cette férocité , évoluent Travis , Sandy , Denver , peut-être les héros les moins héroïques de l'histoire du Western , et pourtant tellement attachants. Pourquoi les aimons-nous autant ? La réponse est simple : Ford nous tend un miroir.

Wagon master n'est pas parfait . La perfection n'existe pas chez Ford ( du moins pas dans ses westerns ) , alors que d'autres ( Walsh , Mann ) peuvent y prétendre le temps d'un film.
Ce n'est pas grave , Wagon master rend son spectateur heureux. Heureux au point que celui-ci ressente une reconnaissance ( secrète pour certains , publique pour d'autres ) envers son réalisateur.
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jeune papoose
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Re: Le Convoi des braves - Wagon master - 1950 - John Ford

Message par jeune papoose »

>>> Wagon Master peut être pas un chef d'œuvre mais une œuvre capitale, une pièce maîtresse :wink:
Je me souviens l'avoir découvert en salles il y a plus de trente ans dans une rétrospective à l'Action Christine une petite salle parisienne ou l'on y croisait souvent les mêmes personnes !!!
Tous avaient dans ce regard la même lueur à la sortie de la salle obscure ... Je garde un profond souvenir d'avoir été touché ce jour la par un émerveillement de tous les instants ..Une scène me revenait souvent en mémoire : celle du début ou Ben et Harry regardent le convoi partir:
I left my girl in old Virginny ... La vie c'est le mouvement !

Ce film est selon moi la quintessence même du genre western.
il va même inspirer la série de 8 saisons Wagon Train avec Ward Bond pour les premières saisons et surtout la série Star Trek dont le créateur Gene Roddenberry avait intitulé à l'origine Wagon Train to the stars !
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JoDel
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Re: Le Convoi des braves - Wagon master - 1950 - John Ford

Message par JoDel »

Super ce petit échange autour de Wagon Master.

Je pense que quand Pale dit "Pas un chef d'œuvre" c'est qu'il n'est pas connu comme tel en France, quand on parle des chefs-d'œuvre de Ford on cite immédiatement The Searchers, Liberty Valance ou Stagecoach.

Puis chacun aura sa propre définition du "chef d'œuvre", personnellement La charge héroïque est sans doute le film qui me touche le moins, pourtant il est considéré comme tel par beaucoup, tout est une question de sensibilité, et peut être d'âge (moi la retraite j'en suis loin :lol: ).
J'aime bien le terme (sans H Grand Chef !) de "pièce maitresse" .... Ayant quasi terminé ma rétrospective sur un an de tous les films de Ford en ma possession, j'ai l'impression qu'il a un échiquier rempli de ces pièces maitresses (à une ou deux exceptions pour moi, mais guerre plus).

J'ai toujours eu beaucoup plus de mal à m'identifier aux héros joué par Wayne, peut être de par son aura, son statut de Star du Western n°1, alors que pour Fonda c'est plus simple (alors qu'il a incarné non moins que Lincoln ou Earp, oui c'est quasi contradictoire) mais pour Wagon Master, ce sont presque des héros du quotiden, des visages que l'on connais tous, mais à part ici, jamais en tête d'affiche. Pas de grande figure de l'Ouest, pas de grande histoire de vengeance, de noble cause, pas de légende quoi.... juste des héros presque banals, et comme le dit Hart qui nous touche plus.... J'aime beaucoup l'image du miroir... ça correspond bien à mon ressenti.

:applaudis_6: pour la réflexion des tueurs bien pensants V.S crapuleux, je n'avais jamais vu ça sous cet angle... Me voilà bon pour le revoir...encore et encore! (Tiens d'ailleurs il est sorti en version restaurée celui ci? Ma copie est pas folle de netteté).

Vivement la suite! (des échanges)

:beer1:
C est comme ce gars que j ai connu à El Paso, un jour il s'est jeté dans les cactus après s'être mis tout nu, je lui ai demandé moi aussi pourquoi... Il m'a dit qu'à ce moment là, l'idée l avait tenté

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pale rider
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Re: Le Convoi des braves - Wagon master - 1950 - John Ford

Message par pale rider »

JoDel a écrit : 20 nov. 2022 18:46 Super ce petit échange autour de Wagon Master.
Je pense que quand Pale dit "Pas un chef d'œuvre" c'est qu'il n'est pas connu comme tel en France, quand on parle des chefs-d'œuvre de Ford on cite immédiatement The Searchers, Liberty Valance ou Stagecoach.
Puis chacun aura sa propre définition du "chef d'œuvre", personnellement La charge héroïque est sans doute le film qui me touche le moins, pourtant il est considéré comme tel par beaucoup, tout est une question de sensibilité, et peut être d'âge (moi la retraite j'en suis loin :lol: ).
Je ne considère pas Wagon Master comme un des chefs-d'œuvre de Ford comme peuvent l’être Les raisins de la colère, L’homme tranquille, La chevauchée fantastique, La charge héroïque, La prisonnière du désert.
Cela n’enlève en rien les nombreuses qualités de Wagon Master même si le trouve un cran en dessous (à chacun son ressenti). Cette chronique du quotidien emporte le spectateur grâce à son attachante galerie de personnages (Ben Johnson en tête) et au savoir-faire du réalisateur. Son visionnage fut pour moi une agréable surprise.
Alors j'ai regardé, et sur un cheval pâle se dressait son cavalier nommé Mort et la mort l'accompagnait.
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JoDel
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Re: Le Convoi des braves - Wagon master - 1950 - John Ford

Message par JoDel »

Tout a fait, comme tu le dis, à chacun son ressenti. Le plus important c'est que tu ai passé un agréable moment et que la découverte t'ai enchanté.
:beer1:
C est comme ce gars que j ai connu à El Paso, un jour il s'est jeté dans les cactus après s'être mis tout nu, je lui ai demandé moi aussi pourquoi... Il m'a dit qu'à ce moment là, l'idée l avait tenté

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Re: Le Convoi des braves - Wagon master - 1950 - John Ford

Message par pale rider »

JoDel a écrit : 20 nov. 2022 23:01 Tout a fait, comme tu le dis, à chacun son ressenti. Le plus important c'est que tu ai passé un agréable moment et que la découverte t'ai enchanté.
:beer1:
C'est exactement ça JoDel :beer1: :sm73:
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jeune papoose
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Re: Le Convoi des braves - Wagon master - 1950 - John Ford

Message par jeune papoose »

Le seul épisode à ma connaissance que tourna Papy en 1960 pour la série Wagon Train ( La Grande Caravane )
"The Colter Craven Story"
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Re: Le Convoi des braves - Wagon master - 1950 - John Ford

Message par La Coda Del Diavolo »

HART a écrit : 20 nov. 2022 15:32
Ce qui m'a toujours fasciné dans Wagon master , c'est sa pertinence à mettre en parallèle deux fléaux de l'histoire américaine : les tueurs bien-pensants et les tueurs crapuleux. En effet les Mormons dépeints ici laissent entrevoir derrière leur aspect intolérant et répressif une réalité encore bien plus sombre. Historiquement violents et calculateurs , ils ont été à l'origine de l'une des plus affreuses tueries de masse des États Unis. Et convenons que leur puissance actuelle ( l'un des leurs est arrivé aux portes de la Maison Blanche ) ne s'est pas faite en tendant l'autre joue.
Pour rebondir sur le propos, Hart, et sans avoir revu le film, deux répliques, au-delà du traitement global des Mormons, me restent en mémoire, qui montrent l'aspect assez ambivalent du film à leur égard.

La première, quand Sandy et Travis rencontrent l'Ancien. Sandy lui dit : "Vous ne seriez pas des Mormons ?" Et Wiggs s'emporte : "Oui, nous le sommes ! Même que je n'enlève jamais mon chapeau pour cacher les cornes du Diable et que j'ai bien plus de femmes que Salomon en personne !"
Ici, Ford s'érige en défenseur des Mormons face aux préjugés religieux (les cornes du Diable) et sociaux (la polygamie) qui les entourent, en donnant à la réponse de Wiggs / Ward Bond le ton d'une réfutation sincère signifiant que tout cela est sans rapport avec la réalité. Si c'est vrai pour les cornes, la polygamie est elle un fait avéré, qui n'appelle aucun jugement, je le précise, mais qui ne peut être réfuté. On peut avoir ici le sentiment que Ford prend la défense des Mormons injustement stigmatisés face à la société américaine, ce qui sans pouvoir être taxé de prosélytisme, serait quand même une prise de position favorable. Mais on peut aussi penser qu'il s'agit d'un Ford libertaire, ou en tout cas anticonformiste, défendant le droit à la liberté de culte et à la différence, en rappel des persécutions subies par les Mormons dans le Missouri dans les années 1840. Impossible de dire avec certitude s'il faut prendre ces propos au premier degré ou comme une prise de position plus générale.

La seconde, face aux Navajos, quand Sandy, encore, rapporte les propos de leur chef. "Il dit que les Mormons sont moins voleurs que les autres Blancs."

Ici, guère d'ambiguité, Ford place les Mormons, à travers la bouche des Navajos floués par les Blancs, à un niveau moral plus élevé que le reste

Quant au traitement global, les Mormons sont présentés comme très pieux (ce qu'ils sont sans doute), "intolérants et répressifs", pour citer Hart, mais aussi (si ma mémoire est juste) particulièrement respectueux du 6e commandement, "Tu ne tueras point", et ne cherchant pas à se défendre par eux-mêmes contre les Clegg, mais laissant Travis et Sandy s'en charger. Dans les faits, les Mormons, comme l'écrit Hart, étaient tout sauf non violents, mais le public mal informé les confond ou amalgame souvent avec les Quakers, les Mennonites et les Amish, qui appliquent à la lettre les préceptes de la Bible, en particulier le 6e commandement.

Les Mormons possédaient une police secrète très efficace qui éliminait de façon radicale ceux qui pouvaient entraver le développement du culte, mormons ou non. Le personnage de Porter Rockwell interprété par John Carradine dans Brigham Young de Henry King est le plus célèbres de ces Danites - il sera interprété par James Coburn dans le téléfilm The Avenging Angel en 1995.

Outre ces meurtres sur commande, qui ne sont évidemment pas l'apanage des seuls Mormons au regard de l'Histoire, ancienne et récente, les Mormons entretenaient des rapports ambigus avec les Utes, dont ils se disaient les alliés face aux autres colons et même à l'armée américaine, mais qu'ils manipulaient surtout à leur avantage, comme lors du massacre de Mountain Meadows (la tuerie de masse dont parlait Hart) en 1857, où miliciens mormons, alors en guerre avec les États-Unis, et guerriers Utes exterminèrent les 120 membre d'un convoi de chariots, ne laissant aucun survivant. Ces événements sont relatés dans le film September Dawn, où Terence Stamp interprète Brigham Young.

Brigham Young dénia toute responsabilité dans ce crime de guerre, mais ni lui ni son successeur à la tête de l'État mormon ne condamnèrent les coupables. On fit reposer toute la faute sur les Indiens et de l'agent indien, qui fut finalement condamné et pendu comme principal responsable du crime. Admettons qu'on est loin ici des Mormons "moins voleurs que les autres Blancs", et donc moralement supérieurs.

À la lumière de ces faits, on peut se poser une simple question sur le film : "Pourquoi fallait-il que ce soient des Mormons ?"
Je n'ai pas la réponse, mais comme parfois chez Ford, dont l'immense talent n'est pas en cause, on peut lever un sourcil perplexe, peut-être même soupçonneux, sur la sincérité des motivations de ses choix. Et on peut arriver à la conclusion qu'il est sincère, ou qu'il y a une ambiguïté, selon son ressenti et son analyse, je ne dis pas qu'il y a une vérité absolue.

Voilà, maintenant que je me suis fait de nouveaux amis, je vais reprendre une activité normale.
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HART
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Re: Le Convoi des braves - Wagon master - 1950 - John Ford

Message par HART »

Hé , hé , ... J'en ai fait réagir au moins un sur les intentions de Ford et pas le moins érudit ...
Honnêtement , je pense que Ford a de la sympathie pour les Mormons , mais une arrière-pensée , pourquoi pas ? Il condamne par ailleurs ( dans Stagecoach par exemple ... ) les bigots , les esprits étriqués et les hypocrites , quelque soient les religions concernées , elles prennent une petite giclée au passage.
Ceci dit , c'est plus un comportement qui est visé , qu'il soit adossé à une religion n'est peut-être pas si important.
Ford est peut-être sincère , mais il est surtout pragmatique , il sait que les Mormons ( et leur comportement ) seront immédiatement identifiés par le spectateur moyen , moins évident pour des Amish ou des Mennonites ( dont je ne sais d'ailleurs pas si ils ont émigrés vers l'Ouest des Etats Unis).

Que les Mormons aient utilisé la violence , c'est indiscutable . Maintenant , ils ont été eux-mêmes persécutés et massacrés dès leur émergence.
Pas une excuse , mais une explication.
Les exemples cités par La Coda sont révélateurs : les Mormons étaient violents , mais aussi rusés et même perfides , Mountain Meadows en est un symbole éclatant. D'après certains témoignages , il semblerait qu'ils aient laissé en vie les jeunes enfants dont ils avaient massacrés les parents .
Compassion ou avertissement ? Mon opinion est vite faite.
Aujourd'hui , la société américaine ne cherche pas de poux dans la tête des Mormons pour leur influence et leurs richesses , mais elle les stigmatise de plus en plus pour leur polygamie ... Encore plus hypocrite et répressive que les Mormons eux-mêmes.
J'aimerais bien savoir ce que Ford en aurait pensé ...

La Coda , tu peux oublier de temps en temps les activités normales et venir ici , ce serait bon pour moi , et aussi pour d'autres....
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Re: Le Convoi des braves - Wagon master - 1950 - John Ford

Message par musselshell »

Ford est à la fois fasciné par la transcendance, et accablé par les inévitables conséquences de son institutionnalisation, qu'on appelle religion.

Ce qui le fascine (et probablement, aussi, lui manque le plus)c' est le sentiment d' appartenance, qui va avec le constat de l'acceptation, de la reconnaissance.

Ce qui l'accable, c'est qu'inévitablement, les hommes, qui ne sont que des hommes, confondent la plupart du temps transcendance et bigoterie, en foulant aux pieds les valeurs ou préceptes éthiques censés les guider...

On pourrait presque lire toute la filmographie en fonction de ce balancement...lui même probablement exacerbé par la frustration de n'être ( en tant que descendant de Catholiques Irlandais) qu'à la marge du coeur WASP auto-proclamé du pays d'adoption.

Quitte à jouer le jeu du nouveau foyer afin d' y être pleinement accepté, et se sentir chez soi...ce chez soi qui est chez Ford le pendant continu, voire la condition absolue, de la possibilité du lointain.

Il faut appartenir à une famille, ou servir une famille pour ne pas se perdre...que ce soit une famille au sens propre, l'armée, un groupe religieux, une tribu, une communauté villageoise, un convoi .

Les Mormons de Wagonmaster sont une des familles possibles proposées par l'historiographie Américaine...donc elle fait l'affaire, sans qu'on est à y chercher plus, ou moins, que cette opportunité d'illustrer une fois de plus la beauté de la cohérence, au moins apparente, de ce qui soude une communauté humaine.

Le film n' avait pas de place pour un tant soit peu de vérité historique sur les Mormons, évidemment...

John Ford est ici fondamentalement dans un livre d'images, qu'il faut ( aussi) appréhender comme tel.




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Modifié en dernier par musselshell le 24 nov. 2022 12:16, modifié 1 fois.
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
Ah...c'est la limite haute...
Je renonce quand même. Je sais pas quoi dire, de toutes façons.
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Re: Le Convoi des braves - Wagon master - 1950 - John Ford

Message par jeune papoose »

Et bien il ne me reste plus qu'à le revoir ... et je salue au passage la mémoire intacte de La Coda :applaudis_6:
Après je rejoins Mussel sur l'idée d'appartenance / groupe qui est le fondement de son œuvre ou s'entremêle souvent le thème du déracinement ...
Et pour finir sur sa position sur les Mormons on a pu voir son ambivalence sur le communisme pendant le Maccarthysme... Après il y a l'homme et son œuvre comme souvent !!!
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Re: Le Convoi des braves - Wagon master - 1950 - John Ford

Message par HART »

Je retrouve ( peut-être à tort ...) dans les propos de Mussel , un aspect de l'œuvre de Ford qui m'a toujours semblé remarquable : la contradiction .
Oui , l'appartenance à un ensemble , groupe ou valeurs , est la condition essentielle à la survie matérielle et spirituelle .
Mais oui également, ses " outsiders " ( The Three Bad Men , Ethan , Tom Joad , le sergent Tyree , ... ) sont fascinants et admirables.
Peut-être que certains refuseront cette contradiction , en y voyant les deux faces d'une même réalité.
Mais , j'aime à croire qu'elle existe , ne serait-ce que pour ( en effet , Mussel ...) souligner un sentiment de frustration que je trouve de plus en plus prégnant en revoyant l'œuvre de Ford.
Des ambitions , des espérances , des certitudes inéluctables , mais aussi des regrets , tellement de regrets ...
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La Coda Del Diavolo
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Re: Le Convoi des braves - Wagon master - 1950 - John Ford

Message par La Coda Del Diavolo »

[Rédigé globalement avant l'intervention de Hart]
Loin de moi l'idée de dire du mal du cinéma de Ford, ni de faire le procès de l'homme, qui n'était, justement, qu'un homme, que ses contradictions me rendent encore plus sympathique que s'il était uniquement pétri de qualités. Je ne pense pas qu'il ait fait un film "pro-mormon", il lui fallait en effet ce groupe, et aucune des autres communautés citées n'a établi de communautés dans l'Ouest du continent nord-américain avant le début du 20e siècle, donc Ford était plutôt juste historiquement dans son choix, comme il l'est d'ailleurs toujours, et il en restitue les éléments avec son authenticité habituelle.

Et sinon, "ne pas appartenir, c'est se perdre", c'est en effet très juste, et ça m'amuse beaucoup, moi qui suis plutôt du genre "appartenir, c'est se perdre", un des outsiders dont parle Hart. :wink:

Jeune Papoose, merci, mais avant la vulgarisation du magnétoscope, comme beaucoup, j'enregistrai l'audio des films sur K7, donc certains dialogues sont restés bien ancrés. :wink:
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