Le souffle de la violence - The Violent Men - 1955 - Rudolph Maté

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pass
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Re: Le souffle de la violence - The Violent Men - 1955 - Rudolph Maté

Messagepar pass » 13 janv. 2019 17:20

C'est en regardant hier soir Capitaine King (1953) de H. King que je me suis aperçu que les bâtiments du fort ( garnison de Peshawar ) ont servi de figuration pour le ranch de l'Ancrage du Souffle de la violence qui au final allait être détruit.

persepolis
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Re: Le souffle de la violence - The Violent Men - 1955 - Rudolph Maté

Messagepar persepolis » 09 févr. 2019 13:41

Histoire classique avec des bons acteurs, Barbara Stanwyck en tête. Western solide.

Marcopolo
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Re: Le souffle de la violence - The Violent Men - 1955 - Rudolph Maté

Messagepar Marcopolo » 14 avr. 2019 12:42

Je m'étonne que beaucoup ici trouvent ce western magnifique, car personnellement, les scènes censées se dérouler la nuit ou au crépuscule m'ont beaucoup embêté. On voit qu'elles sont été tournées de jour, et qu'ensuite, la luminosité a été artificiellement abaissée durant le montage avec une espèce de filtre grisâtre qui rend les images vraiment ternes.

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pak
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Re: Le souffle de la violence - The Violent Men - 1955 - Rudolph Maté

Messagepar pak » 14 avr. 2019 16:25

Cela s'appelle chez nous une "nuit américaine".

Ce n'est pas spécifique à ce film, c'était quasi une généralité. A l'époque on tournait la plupart du temps les scènes sensés se dérouler la nuit de jour. On jouait sur la sous-exposition de l'image (je ne m'étend pas sur la technique, je ne suis pas un pro de l'image), e ensuite on appliquait des filtres et on "sous-exposait" l'image pour reproduire un effet nocturne . Évidemment le rendu restait à l'image assez artificiel. Et comme généralement il fallait tourner ces scènes avec un ciel assez dégagé, il n'est pas rare de voir les ombres au sol des acteurs lors de ces scènes de fausse nuit... Voire des reflets puisque la technique était de faire ressortir les sources de lumières, comme les feux de camps ou les lampes.

Cela s'appelle "nuit américaine" car le procédé a été inauguré par les américains (du moins généralisé, car on connait des exemples comme le Nosferatu de Murnau dans les années 1920, avec des filtres appliqués directement sur l'objectif), mais ça a bien-sûr été aussi utilisé en Europe.


La raison principale de l'utilisation de ces "nuits américaines" c'est qu'il fallait beaucoup de lumière pour avoir une image suffisamment exposée. On voit souvent des photos de tournages avec de gros projecteurs et des panneaux blancs qui réfléchissaient la lumière, même pour des scènes extérieures. Dans les années 1950, c'était possible de tourner de nuit, mais compliqué et cher.

De plus, payer une équipe de tournage de nuit revenait plus cher que de jour.

Bref, on tournait plus vite et pour moins cher le jour. La technique a été peu à peu abandonnée dans les années 1980 du fait des progrès techniques, même si ça arrive encore, plus pour une raison "artistique" qu'économique, comme les films Le Parfum de la dame en noir de Podalydès ou Twixt de Coppola.


Méjuger d'un film à cause des limites techniques de l'époque de son tournage, c'est lui refuser son contexte historique. Un peu comme reprocher, si je grossis le trait, l'absence de son dans les années 1920 ou de couleur avant les années 1940. Cela renvoie aussi aux scènes tournées avec un écran de projection en arrière plan des protagonistes, sensés représenter un environnement extérieur alors qu'on est en studio, ou les toiles peintes aussi en arrière plan permettant d'éviter la construction de décors couteux pour une utilisation très ponctuelle.

Oui, ça pique les yeux parfois, comme les effets spéciaux avant le numérique (et même après d'ailleurs parfois). Après il y a la qualité du reste (scénario, réalisation, musique, interprétation... ) pour compenser. Sûr que si le film est mauvais, ces détails techniques ne feront que renforcer les lacunes du film. Si c'est mal utilisé, ça peut desservir un film déjà pas très réussi (j'ai en tête les maquettes trop voyantes utilisées par Melville dans l'attaque du train de son dernier film, Un flic).

Mais pour en revenir au film de Rudolph Maté, je ne pense pas que ces scènes nocturnes enlèvent à l'étude de caractères des personnages, la qualité de l'interprétation ou le côté film noir qu'emprunte parfois le film. Ces scènes nocturnes font parties des canons esthétiques de l'époque. Après je suis d'accord, Le Souffle de la violence est un bon film, mais pas un grand film.
Quand on joue dans un western, on peut embrasser le cheval mais pas l'actrice.

Gary Cooper


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L..
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Re: Le souffle de la violence - The Violent Men - 1955 - Rudolph Maté

Messagepar L.. » 14 avr. 2019 16:28

Ces nuits peuvent être aussi obtenues au tirage (pas sur le négatif, sur des copies) , c'est ce qui explique que des films , dans des pays différents, ont une même séquence, vue soit de jour, soit de nuit (Chacun pour soi, On continue à l'appeler Trinita...)

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Longway
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Re: Le souffle de la violence - The Violent Men - 1955 - Rudolph Maté

Messagepar Longway » 14 avr. 2019 19:10

Les nuits américaines, il est impossible d'y échapper, sinon il ne reste plus rien des scènes d'action censées se dérouler la nuit. C'est l'évidence même.

Pour rester dans ce western, très bien filmé par ailleurs, le réalisateur utilisant à merveille le scope, prenons l'exemple du passage de l'embuscade dans le défilé qui traverse Lone Pine.

Du haut des rochers nous avons d'abord une superbe vue en légère contre plongée, où l'on peut apercevoir dans le lointain les hommes du ranch d'Edgar G Robinson tourner autour de celui de Glenn Ford pour en définitive l'incendier.
Une fois leur méfait accompli, ceux-ci font demi tour pour s'engouffrer dans le passage surveillé par les hommes de main de Glenn Ford. On suit alors leur trajet dans les moindres détails grâce à ce tournage en nuit américaine.
Le combat qui s'ensuit est une succession de cascades avec les cavaliers désarçonnés, tombant au sol, tournant et chevauchant dans toutes les directions afin de trouver une issue pour ne pas se faire massacrer. Une scène maîtrisée et parfaitement synchronisée.
La réaliser de nuit aurait été une gageure, et sans doute un échec à la sortie. Seul les flammes de l'incendie auraient subsisté dans le premier plan, et pour le second, dans la séquence de l'embuscade, que verrait-on ?... les étincelles produites par les tirs de winchesters !
Tout le reste serait plongé dans le noir le plus complet, sans avoir aucune idée véritable du déroulement de l'action.

Les nuits américaines sont une nécessité pour le western, genre où le mouvement est omniprésent, sinon il faut s'abstenir de scènes nocturnes, ce qui paraît bien sur impossible.
Parfaitement réglées, celles-ci peuvent nous faire croire à des nuits de pleine lune. Dans le " Souffle de la violence " elles sont bien trop claires pour nous bluffer, mais ont le mérite de ne rien faire perdre de l'action au spectateur.

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Re: Le souffle de la violence - The Violent Men - 1955 - Rudolph Maté

Messagepar Arizona Kid » 14 avr. 2019 21:53

Très intéressantes, ces explications relatives au procédé de la nuit américaine: je connaissais grosso modo le principe, mais les détails techniques sont toujours instructifs.
Personnellement, les nuits américaines dans les " vieux " films ne me gênent nullement, pas plus que les matte paintings (peintures sur verre) servant à figurer des décors naturels qui n'existaient pas lors des prises de vues.
Cela fait partie intégrante de la méthode de travail et des moyens cinématographiques d'une certaine époque, et il ne faut pas oublier que sans les trucages artisanaux d'autrefois, ceux d'aujourd'hui n'existeraient sans doute pas.

De nos jours, la majorité des spectateurs est habituée à des effets numériques ultra-réalistes, générés par des batteries d'ordinateurs, mais paradoxalement, je préfère de loin ces trucages à l'ancienne, fruits du travail et de l'ingéniosité de maquettistes, d'éclairagistes, de décorateurs et de peintres de talent.
La " perfection " clinique des films actuels me laisse froid: par exemple, la bataille urbaine du Superman II de 1980, avec ses acteurs filmés sur un écran bleu et incrustés dans une maquette géante, me fera toujours plus vibrer que l'insipide gloubiboulga digital du Man of Steel de 2013, qui ne dégage aucune émotion - en plus d'être visuellement illisible.

Hélas, nombre de spectateurs d'aujourd'hui ignorent volontairement des films très intéressants, sous prétexte qu'ils sont vieux, lents, en noir et blanc -rayez la mention inutile- ; bref, qu'ils ne correspondent pas aux codes du cinéma de divertissement contemporain.
En nourrissant de tels préjugés sur des techniques qui reflètent leur époque, ils passent à côté de moults oeuvres qui pourraient potentiellement leur plaire, et c'est bien dommage: car un film que l'on refuse de voir pour ces raisons absurdes est un film qui risque à terme de disparaître de la mémoire collective, les jeunes formant toujours les générations futures.

(Navré pour la fin pessimiste de mon intervention, mais c'est le sentiment que j'éprouve :? )
" Personne ne t'empêchera de partir si c'est ce que tu veux; mais laisse-moi te donner un conseil, fiston: dans ce pays, c'est très mal vu de toucher au cheval d'un autre homme... " (Joël McCrea, Cattle Drive, 1951)
:sm70:

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Re: Le souffle de la violence - The Violent Men - 1955 - Rudolph Maté

Messagepar COWBOY PAT-EL ZORRO » 14 avr. 2019 22:43

Ah les nuits américaines... Je me souviens encore de mon étonnement à la découverte du film de François TRUFFAUT utilisant ce titre et qui dévoilait le monde de la réalisation... "Je comprends mieux"... Me suis-je dit alors.
Mais en y regardant de plus près il faut se rappeler que les méthodes cinématographiques étaient différentes et le tournage vraiment de nuit pouvait être complexe...

Pour en revenir au film en soi... J'ai dû en parler ici jadis... Enregistré u jour férié vers 1999 sur France 3... Curieusement le titrage du film est en blanc sur un écran noir total alors qu'on a les images des collines avec le cavalier (Glenn FORD je pense) en fond d'image...
L'un des nombreux thèmes du genre la guerre des éleveurs... Mais dans l'ensemble j'avais bien aimé et c'est encore le cas en le revoyant même si certains aspects sont vite expédiés (les fiançailles de Glenn FORD au début, si je me souviens bien par exemple).

Le personnage du petit salaud de tueur joué par Richard JAECKEL est réussi, tout comme celui de l'inflexible Baron du bétail (Edward G. ROBINSON). Sa fille (May WYNN) mignonne mais énervante (et, je sais, la VF n'aide pas)...
Faudrait que je le revois le w-e prochain...
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Longway
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Re: Le souffle de la violence - The Violent Men - 1955 - Rudolph Maté

Messagepar Longway » 15 avr. 2019 12:01

COWBOY PAT-EL ZORRO a écrit :Pour en revenir au film en soi... J'ai dû en parler ici jadis... Enregistré u jour férié vers 1999 sur France 3... Curieusement le titrage du film est en blanc sur un écran noir total alors qu'on a les images des collines avec le cavalier (Glenn FORD je pense) en fond d'image...
.


C'était encore la diffusion d'une ancienne version provenant des archives françaises en 35mm. Le titre du film est en français. Le transfert était limité, sans aucune restauration.

Sur le bluray tout est normal, le générique lumineux, Glenn Ford parfaitement reconnaissable.
Ce bluray est une réussite, les quelques petits défauts non corrigés ( voir le test sur la page d'accueil ) ne gâchent en rien la bonne définition de l'ensemble.

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COWBOY PAT-EL ZORRO
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Re: Le souffle de la violence - The Violent Men - 1955 - Rudolph Maté

Messagepar COWBOY PAT-EL ZORRO » 15 avr. 2019 15:22

Merci LONGWAY... C'est vrai que certains films, encore maintenant avec Paramount Channel ou Ciné+ Classics, ont le générique de la première version française parfois différent du dvd ou Blu Ray...
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Moonfleet
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Re: Le souffle de la violence - The Violent Men - 1955 - Rudolph Maté

Messagepar Moonfleet » 17 avr. 2019 13:39

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Le Souffle de la violence (The Violent Men, 1955) de Rudolph Maté
COLUMBIA


Avec Glenn Ford, Barbara Stanwyck, Edward G. Robinson, Dianne Foster, Brian Keith, Richard Jaeckel
Scénario : Harry Kleiner
Musique : Max Steiner
Photographie : W. Howard Greene & Burnett Guffey (Technicolor 2.55)
Un film produit par Lewis J. Rachmil pour la Columbia


Sortie USA : 26 janvier 1955


L’année 1955 aux USA débute à la Columbia en matière de western avec le deuxième signé Rudolph Maté, cinq ans après son premier essai dans le genre, le plaisant Marqué au fer (Branded) dont le rôle principal était tenu par Alan Ladd. Comme ce dernier film, même si une fois encore les amateurs d’action n’ont pas été oubliés (incendies en cascades, fusillades, Stampede…), Le Souffle de la violence est avant tout un western psychologique et mélodramatique, cependant nettement moins naïf (cette naïveté participant néanmoins du charme de Branded) et aussi beaucoup plus violent que son prédécesseur comme l’indique son titre tout à fait justifié. Il s’agit une nouvelle fois d’un western distrayant mais, au vu du casting prestigieux et de la richesse des personnages décrits au sein d’un scénario pourtant bien conventionnel, on pouvait raisonnablement s’attendre à beaucoup mieux ; en effet, à cause principalement du réalisateur, le film n’arrive jamais vraiment à décoller, à trouver son souffle. Pour autant, il ne nous procure pas la moindre seconde d’ennui ; et c’est déjà beaucoup !


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Cela fait quasiment trois années que John Parrish (Glenn Ford), ex-soldat durant la Guerre de Sécession, est arrivé dans cette région de l’Ouest américain ; il lui fallait ce climat pour soigner quelques blessures et il en avait profité pour acheter un ranch pour y faire de l’élevage. Aujourd’hui que le voilà guéri, il va enfin pouvoir accomplir le rêve de sa fiancée : vendre sa propriété et la ramener dans l’Est où ils souhaitent se marier. Ce n’est pas le fait d’avoir vu le shérif se faire froidement abattre dans la rue par Wade Matlock (Richard Jaeckel), un tueur à la solde des Wilkinson, qui le fait changer d’avis. On le lui reproche d’ailleurs car, la région étant dominée par la famille Wilkinson, on comptait encore sur lui pour contrer la soif de possession du chef de famille ; en effet, ils n’étaient plus que deux à n’avoir pas bradés leurs terres à Lew Wilkinson (Edward G. Robinson), le patriarche désormais invalide suite aux incessants combats menés contre fermiers et ranchers pour agrandir son domaine. C’est désormais son épouse Martha (Barbara Stanwyck) qui mène la barque, aidé par son beau-frère Cole (Brian Keith) qui est en fait devenu son amant. Les Wilkinson continuent à employer tous les moyens pour intimider les derniers irréductibles, dont Parrish qui refuse dans un premier temps la faible somme proposée. Néanmoins sur le point de conclure l’affaire, il se rétracte au dernier moment devant la violence employée par les hommes de main des Wilkinson qui viennent de torturer et tuer l’un de ses employés. Sa réaction va étonner tout le monde, d’une violence dont on ne le soupçonnait pas…


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Un grand propriétaire tyrannique aidé par un shérif véreux contre une poignée de modestes ranchers et les sanglants combats qui s’ensuivent : on a déjà rencontré ce type de situations à de multiples reprises. Dans le déroulement de son intrigue, le scénario n’a effectivement rien de très original mais c’est dans le portrait qui nous est tracé de tous les personnages, leur évolution, que résident les principaux intérêts du film de Rudolph Maté. Comme King Vidor pour Duel au soleil (Duel in the Sun) et Anthony Mann pour The Furies (qui demeurent toujours à ce jour les deux références en la matière), The Violent Men met en scène une famille de grands propriétaires terriens qui n’aurait pas dépareillée dans une tragédie de Shakespeare. On y trouve Lew (Edward G. Robinson), un patriarche despote, amoindri par le fait d’avoir quasiment perdu l’usage de ses jambes, mais continuant à vouloir régner en maître sur la vallée, n’envisageant pas une seule seconde que ce soit son épouse Martha qui, sous ses allures de femme douce, aimante, loyale et attentionnée, mène désormais la barque ; Martha (Barbara Stanwyck), encore plus cupide que son mari, n’hésite pas non plus à le cocufier avec… Cole, son jeune beau-frère ; Cole (Brian Keith), que son frère avait appelé à l’aide suite à son accident, peu loquace, est en fait celui qui dirige en sous main toutes les viles opérations destinées à intimider les éleveurs récalcitrants à vendre leurs terres, et qui, tout en ayant une liaison avec sa belle-sœur, en entretient une autre avec une jeune et fringante mexicaine ; enfin, Judith (Dianne Foster), la fille du couple, témoin de l’adultère de sa mère, n’ayant de ce fait plus aucun respect pour elle mais n’osant pas en informer son père de peur de le blesser. Dégouttée par l’ambiance délétère de la maison, elle encourage même les ennemis de la famille à ne pas se laisser faire par ses parents ; et en l’occurrence, elle essaie même de décourager Parrish de leurs vendre ses terres.


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De l’autre côté de la barrière, nous trouvons les modestes éleveurs dont le scénariste Harry Kleiner (dont le premier scénario était celui de Fallen Angel – Crime passionnel de Otto Preminger) nous dépeint également des portraits assez éloignés de ce que l’on pouvait attendre et à vrai dire guère plus reluisants ; plus que les ranchers qui ne représentent en fait qu’un groupe indistinct, c’est au personnage au départ moralement ambigu interprété par Glenn Ford auquel je faisais allusion ainsi qu’au couple qu’il forme avec sa fiancée. Cette dernière tout d’abord qui ne voit en son amoureux qu’une porte de sortie vers l’Est ; elle se serait accrochée à n’importe qui d’autre lui ayant offert cette possibilité de quitter cette région qu’elle exècre : "I want to get out of here - and nothing is going to stop me". Guère fréquentable la donzelle ! Quant au héros de l’histoire, la plus grande originalité lui est donc due. Pendant 45 minutes (soit pile la moitié du film), il se fiche de ce qui se passe dans la vallée du moment qu’on ne vienne pas lui chercher des noises : "What happens in this valley is no concern of mine!" Il a beau assister à des meurtres de sang froid comme dans le préambule, il ne fait pas un geste pour se rebeller ; faisant mine du contraire, il est prêt à accepter n’importe quelle offre pour sa propriété ; malgré les reproches de ses hommes, il refuse de contrer le despote de la région… Un homme à priori égoïste et faible mais dont on se rend finalement compte qu’il s’agit avant tout d’une grande lucidité : "J’ai vu des tas d’hommes fiers mourir pendant la guerre ; seuls les très forts et les très riches peuvent se permettre d’avoir du tempérament. " Mais un homme tenant de tels discours, reculant devant l’adversité, fuyant les ‘histoires’, peut-il être crédible en véritable héros de western ?! Asses troublant en tout cas ! Que l’on se rassure, la morale sera sauve et le héros sera blanchi ; à mi parcours, ayant assisté à un trop plein de violence, il décide de prendre les armes et, fort de son expérience militaire, de la dispenser à son tour jusqu’à faire capituler l’ennemi. Dommage alors que les scénaristes n’aient pas insisté sur une autre sombre facette du personnage ; sa violence justement ! En tout les cas, un personnage non idéaliste qui tranche d’avec les héros habituels.


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On le constate : pas mal de pistes intéressantes au niveau de la description des personnages mais le scénario étant par ailleurs assez dense au niveau de l’intrigue, l’auteur oublie de les enrichir plus avant d’autant qu’il n’a eu à sa disposition que 90 trop courtes minutes pour mener le tout à son terme, là où il lui aurait sans doute fallu au minimum une demi-heure de plus. A ce propos, il n’y a qu’à voir le happy-end totalement bâclé, voire même ridicule. Et puis, Rudolph Maté n’est décidément pas un grand directeur d’acteurs : que ce soient Barbara Stanwyck, Edward G. Robinson ou Glenn Ford, s’ils sont loin d’être mauvais, on les a néanmoins souvent connus plus inspirés, faute peut-être à ce manque d’approfondissement de leurs personnages ; quant aux comédiens moins chevronnés, ils s’avèrent fades, voire même pour certains assez mauvais, notamment les deux autres actrices principales, Dianne Foster et la totalement transparente May Wynn. C’est peut-être finalement Brian Keith qui tire le mieux son épingle du jeu, le fait de paraissant ‘sous-jouer’ le rendant encore plus menaçant. Niveau mise en scène, ce n’est pas nécessairement ça non plus. Si Maté fut un grand chef opérateur, il fut aussi un assez piètre cinéaste dans l’ensemble ; en tout cas il fut bien plus convaincant dans le film noir (Mort à l’arrivée – DOA ; Midi, gare centrale – Union Station) que dans le western même si ces derniers n’ont jamais rien eu de honteux. D’ailleurs, le plus réussi dans Le Souffle de la violence, ce sont justement les scènes de violence d’une noirceur assez étonnantes et auxquelles participe à chaque fois l’un des meilleurs secondes rôles des années 50, Richard Jaeckel : la mort du shérif, tué dans le dos et à bout portant en tout début de film ; la torture et le meurtre d’un des employés de Parrish par Wade et ses hommes ; et à mi-parcours, la mort de Wade tué à son tour à bout portant par Parrish. Toutes ces séquences sont d’une sécheresse et d’une cruauté directement issues du film noir. Les pures scènes d’action comme batailles et chevauchées sont en revanche bien moins mémorables, faute à un budget qui semblait limité, obligeant le metteur en scène à utiliser des stock-shots récents mais très mal intégrés au reste des séquences.


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Cependant, dès que le metteur en scène arrive à s’affranchir de l’intrigue, dès qu’il se décide à prendre son temps (presqu’une minute) pour nous faire voir son héros se rendre de son ranch à celui des Wilkinsonsen traversant les magnifiques paysages de Lone Pine et des Alabama Hills, il nous fait entrevoir le souffle qu’aurait pu avoir son film sur la durée. Il faut dire qu’il a été grandement aidé pour cette séquence par la très belle photographie en scope de W. Howard Greene & Burnett Guffey et surtout par Max Steiner qui croit dur comme fer à ce qu’il compose, s’évertuant à livrer un score dont l’intensité dramatique aurait pu faire prendre son envol au film s’il n’avait pas été le seul à autant y croire. En effet, faisant des infidélités à la Warner, son studio de prédilection (il venait déjà de le faire, déjà pour la Columbia, avec sa musique composé pour Ouragan sur le Caine d’Edward Dmytryk), Max Steiner se surpasse à quelques reprises et notamment au cours de cette scène de déambulation. Dommage donc que le scénario soit si déséquilibré (après une mise en place intéressante et volubile, on passe à un condensé d’action non-stop bâclé et manquant singulièrement de souffle), la psychologie des personnages si peu développée et que la mise en scène soit si paresseuse (y compris dans son utilisation du scope) car il y avait assez d’éléments pour faire un grand et beau western. Rien de fulgurant mais rien de déshonorant non plus car qu’on ne s’y trompe pas ; malgré tous ses défauts, le spectacle demeure bien plaisant !



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