Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique-Once Upon a Time in China and America 1997

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Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique-Once Upon a Time in China and America 1997

Messagepar Eager Beaver » 06 juin 2011 21:38

Je souhaite ouvrir un forum sur
Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique - Once Upon a Time in China and America - Wong Fei Hung: Chi sai wik hung (ou Wong Fei Hung zi Sai Waak Hung Si) - Huáng Fēihǒng zhē xī yù xióng shī
Film de kungfu de 1997
dirigé par Sammo Hung
Produit par Tsui Hark
Avec Jet Li et Rosamund Kwan
Modifié en dernier par Eager Beaver le 11 juin 2011 23:27, modifié 1 fois.

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Re: Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique - Once Upon a Time in China and Americ

Messagepar U.S. Marshal Cahill » 06 juin 2011 21:41

imdb : Genres: Action | Adventure | Drama | History

quelles sont les références westerniennes ?
CAHILL, UNITED STATES MARSHAL
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Re: Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique - Once Upon a Time in China and Americ

Messagepar Eager Beaver » 06 juin 2011 22:02

D'abord un peu de généalogie

La série cinématographique Il était une fois en Chine, retrace à grands traits la soumission de la Chine aux puissances étrangères à la fin du 19ème siècle, durant ce que l'on a appelé le break up of China.
Le titre original Huang Feihong (ou Wong Fei-hung) correspond au nom du caractère principal joué par Jet Li, personnage historique mythifié sur le plan des valeurs nationalistes.

Wong Fei-hung est devenu une icône filmique au travers de laquelle se sont révélés de nombreux jeunes talents des arts martiaux: Jackie Chan (drunken master) et surtout Jet Li.

Le succès du premier opus fut tel qu'il généra de nombreuses suites gérées de près ou de loin par Tsui Hark, le plus talentueux réalisateur de films de kungfu aériens de Hongkong, avec en vedette Jet Li (opus I, II, III) puis Vincent Zhao dans les opus IV et V.

Le titre mondial de cette série est Once upon a time in China, suivi d'un sous-titre pour chaque épisode.
La référence place l'ensemble dans une filiation au cinéma de Sergio Leone.

Le docteur Wong est un sage médecin traditionnel en Chine, grand maître en arts martiaux, qui se voit confronté, avec son talent professionnel, sa grande aptitude physique et un certain esprit conservateur à l'arrivée brutale des occidentaux en Chine, qui apportent la modernité. Il est accompagné dans ses aventures par un de ses disciples timide et bègue en chinois et totalement à l'aise dans la langue anglaise, et l'amour de sa vie Tante n°13 (jouée par Rosamund Kwan aux faux airs asiatiques d'Olivia de Havilland), éduquée en occident.
Modifié en dernier par Eager Beaver le 20 juin 2011 10:25, modifié 1 fois.

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Re: Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique - Once Upon a Time in China and Americ

Messagepar Eager Beaver » 06 juin 2011 22:31

Dans le présent opus Jet Li reprend le rôle titre, filmé par Sammo Hung, coreligionnaire de Jackie Chan, qui sera connu internationalement dans la série américaine le flic de Shanghai, et avec Tsui Hark dans l'arrière cour.

Dans ce film Jet Li part aux Etats-Unis pour retrouver son disciple anglophone qui a ouvert un dispensaire dans la communauté chinoise coolie, suivant les principes médicaux appris aux côtés de son maître.

Docteur Wong se retrouve alors plongé dans l'Ouest américain des cowboys et des indiens.

L'intérêt de ce film réside dans le fait qu'il décrit un Ouest cinématographique ponctué de tous les archétypes du genre tel que les cinéphiles asiatiques l'ont intégré sur les trente dernières années du XXème siècle. Il s'agit d'un Ouest arrivé en Asie après sa déformation italienne, sans que les frontières des familles stylistiques soient clairement établies. Il n'est pas lié à une histoire mythifiée puis relue par des Américains, mais véhiculé par des codes relus par Sergio Leone. C'est donc un miroir d'un Ouest non plus objet cinématographique ayant construit l'identité américaine mais celle d'un genre visuel devenu autonome par le biais de ce tamis.

Cette représentation a de plus l'intérêt d'avoir été faite par et pour des Asiatiques, cet opus devant reproduire les archétypes de la série des docteur Wong dans un Ouest faisant fonction de décor exotique à des péripéties chinoises. Ce film a donc un intérêt majeur par rapport à la série des Shanghai kid avec Jackie Chan, qui lui est postérieure:
Les Shanghai kids s'inscrivent comme des sortes de remakes, non dits, de Dr Wong en Amérique. Ils ont été réalisés pour un public international maîtrisant mieux l'imaginaire et l'imagerie américains qu'asiatiques. Le produit est donc nettement plus calibré made in Hollywood que le film de Jet Li. Dans Shanghai kid l'exotisme est porté par le Chinois aux USA. Dr Wong est au contraire la figure bien connue qui se jette dans l'altérité. Le regard s'en retrouve complètement inversé et l'effet miroir s'en trouve altéré.

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Re: Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique - Once Upon a Time in China and Americ

Messagepar Eager Beaver » 11 juin 2011 23:26

L'histoire
(spoiler)

Huang Feihong et son amie et son disciple se rendent à San Francisco pour rencontrer l'autre disciple du maître qui a ouvert depuis un an un lieu de vie/dispensaire pour les travailleurs chinois.

En route, la diligence croise un cowboy solitaire qui a perdu sa monture et qui est en train de mourir de soif.

Ensemble ils bivouacs à la belle étoile quand des indiens surgissent pour attaquer le campement. Le kungfu triomphe des tomahawaks. Malheureusement, l'amie de Huang Feihong est cachée dans la diligence alors que les chevaux s'emballent. La course poursuite qui s'ensuit finit dans un fleuve. L'amie de Huang Feihong et son disciple s'en sortent, alors que le héros se cogne sur un rocher et s'évanouit.
Amnésique il est recueilli pour une tribu indienne. Les deux autres sont conduits au dispensaire chinois en ville.

Huang Feihong découvre une altérité rugueuse indienne mais qui l'intègre. Les indiens le surnomment alors 'Yellow".

La ville est sous la coupe d'un maire corrompu et violent, relayé par un sheriff à sa solde. Les Chinois subissent de plein fouet le racisme institutionnalisé et généralisé. Traités et considérés comme des sous-hommes, ils ne peuvent vivre qu'entre eux pour travailler, sans faire venir de femmes.

Un holdup se déroule. le jeune cowboy solitaire, Billy, qui s'est déjà illustré en prenant la défense des Chinois, tente de stopper les pillards, aidé par un disciple de Huang Feihong.
Gêné par ce jeune homme talentueux qui se mêle spontanément et avec talent de ce qui ne le regarde pas, le sheriff nomme Billy comme adjoint.

Arrive ensuite une bande de hors la loi malfaisants, dont le chef parle espagnol. Ils viennent pour attaquer la banque, en connivence avec le maire de la ville qui a tout manigancé, imposant son autorité au banquier.
Une fois à l'abri les outlaws découvrent que le maire prétend que la somme dérobée est nettement supérieure à celle qui a réellement été prise. Les bandits décident alors de se venger et de réclamer leur dû.

Pendant ce temps, le maire et le sheriff, avec la complicité d'un chinois, accusent les autres Chinois d'avoir attaqué la banque et d'avoir caché l'argent dans le dispensaire.
Toute la petite communauté se retrouve en prison avec comme marché l'autodénonciation des auteurs du vol afin d'épargner les autres. Huang Feihong, ses amis et Billy, qui a compris qu'il était manipulé, se sacrifient pour le bien de tous.

Au moment où ils sont sur le point d'être pendus, arrive en ville la bande des hors la loi qui sème le chaos, détruisant au passage le gibet, et tue le maire et le sheriff.
Huang Feihong, aidé de son disciple et Billy combat les outlaws.

Billy devenu maire de la ville célèbre la création d'un chinatown.

Huang Feihong et son amie repartent pour la Chine.

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Re: Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique - Once Upon a Time in China and Americ

Messagepar Eager Beaver » 13 juin 2011 22:54

Certains personnages occidentaux ont des caractéristiques issues du cinéma asiatique :
:arrow: Dans les films asiatiques les Occidentaux sont souvent représentés par des grands échalas blonds ou roux. Billy, joué par Jeff Wolfe, ne déroge pas à la règle. Il fait le contrepoint physique idéal avec Jet Li (Owen Wilson dans Shanghai kid lui ressemble étrangement, ce qui confirme l’idée du remake sauce US, face à Jackie Chan en 2000).

:arrow: Le très méchant hispanisant remplit le même cahier des charges mais en sombre (normal c’est le méchant). Cependant, son profil ultra stéréotypé en fait plus une excroissance de mangas qu’autre chose. Je trouve un certain air de famille entre lui et le méchant du Bon, la Brute et le Cinglé de Kim Jee-Woon (2008).

Les autres sont, à mon sens, plus porteurs d’éléments visuels ou gestuels issus de stéréotypes du western.
:arrow: La gal de saloon pourrait venir de n’importe quel film de l’ouest, surtout ceux des années 1970, voire des Lucky Luke (qui représentaient déjà un concentré de stéréotypes reçus et relus pas un public cinéphile non américain).
:arrow: La bande du maire et du sheriff semble sortir tout droit de Tombstone de George Cosmatos de 1993, des costumes sombres aux moustaches de Sam Elliot.

:arrow: Le gang des très méchants parait tomber directement du western spaghetti, avec le niveau d’outrance qui le caractérise.

:arrow: L’influence de dance avec les loups (1993) dans la représentation des indiens est flagrante. Ce sont de méchants iroquois qui attaquent sauvagement les gentils au début. Puis la vie du campement de ceux qui ont sauvés le personnage de Jet Li est un mixte plus ou moins réussi de toute la veine du genre, de Little big man (1970) à danse avec les loups, en passant par un homme nommé cheval (1970). Les indiens sont sympathiques mais rustres, archétypaux mais attachants. L’approche manque certes de finesse mais ce n’est pas là le plus important. Nous avons devant les yeux ce qui semble être la quintessence d’une recrachée du western « pro-indien » suffisamment commercial pour avoir pu être vu par des cinéphiles étrangers à la culture western sur une période de 20 ans.

Ces éléments issus de ce qu’est désormais le western « mainstream » se marient assez bien à la considération d’ouverture que les indiens portent au Chinois amnésique dans leur camp (accueilli à bras ouverts certes, mais surtout pour ses talents de guerrier). Le surnom « Yellow » que lui donnent les indiens n’a ici absolument rien de péjoratif. C’est d'une reconnaissance objective et inclusive de son altérité reconnue. Nous sommes donc aux antipodes des surnoms du même acabit auxquels peuvent se référer les cowboys.

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Re: Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique - Once Upon a Time in China and Americ

Messagepar Eager Beaver » 15 juin 2011 22:46

Ce film apporte une vision des asiatiques dans l’Ouest suivant les critères de représentations filmiques orientales :

:arrow: Tout d’abord dans un registre narratif (qui risque d'échapper à l'amateur de westerns) : Quand l’amie du héros est transportée inconsciente au dispensaire, se greffe un gag autour du fait que toute la communauté masculine chinoise cherche à lui faire un massage cardiaque et du bouche-à-bouche. Il est en effet récurrent dans le cinéma de Hong-Kong de voir de scènes humoristiques fondées sur l’opposition d’une très grande pudibonderie en général et des personnages comiques libidineux en particulier.

Egalement dans le registre de l’identité sexuée, il est fréquent de voir l’héroïne s’habiller en homme et être immédiatement identifiée à un individu de type masculin, jusqu’à ce que sa coiffure révèle sa féminité (le spectateur est le seul à ne pas succomber à cette supercherie identitaire, un peu comme Clark Kent/Superman qui laisse ou non pendouiller sa petite mèche sur le front…..). Ici ce classique narratif s’adapte bien à l’univers. Les femmes étant interdites dans la diaspora par la municipalité blanche, l’amie du héros se déplace en ville travestie en homme, jusqu’à ce que son chapeau lui soit arraché.

:arrow: Au niveau des personnages il en va de même :
En particulier dans l’univers de Tsui Hark, le personnage principal est souvent lui-même porteur de ressort comique. Le côté didactique et moraliste de Huang Feihong est prétexte à des gags avec la petite communauté, qui s’ennuie profondément lors de ses discours. Il en va de même avec ses difficultés à parler l’anglais alors que son amie est totalement bilingue. C’est une différence majeure d’avec le cinéma occidental en général et le western en particulier, où souvent le héros est droit dans ses bottes, tandis que toute la force ou les intermèdes comiques sont exclusivement dévolus à ses comparses (Smiley Burnette et Gene Autry, California Carlson et Hoppalong Cassidy, Jolly Jumper et Rantanplan…. ; John Wayne chez Hawks, surtout dans la trilogie, pondère un peu cette dichotomie).

De même, la peinture des principaux personnages chinois, souvent caricaturaux, se fait par rapport à l’univers de Huang Feihong construit dans les précédents opus : un disciple a des dents qui vont au-delà du bonheur, l’autre est surnommé pied-bot…, le côté libidineux vient d’être évoqué (à la fin les premières femmes chinoises qui arrivent dès que la diaspora est culturellement reconnue via l’inauguration d’un chinatown sont des prostituées), l’attrait viscéral des Chinois pour les jeux d’argent est également illustré durant une longue séquence… Il n’est toutefois pas ici question de tomber dans un exotisme stigmatisant d’une minorité en Amérique pour un public occidental, mais de construire, à gros traits certes, un univers familier et propice à une comédie asiatique.

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Re: Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique - Once Upon a Time in China and Americ

Messagepar Eager Beaver » 20 juin 2011 10:23

Le regard asiatique sur l’Ouest américain apporte plusieurs éléments de fraîcheur, car non lié à un héritage des codes. Ici il n’est pas question de chercher à se fondre dans un classicisme ou d’en prendre le contrepied. Le Far West est un décor dans lequel l’univers de Huang Feihong se transporte, ce qui permet des séquences originales, en raison de ce contexte lié à la transmission du genre.

Les films de Tsui Hark se caractérisent pas un usage de tout élément présent dans la scène lors de la séquence de combat.
On voit ainsi une diligence qui subit la pression guerrière, poussant les chevaux à un galop endiablé. Ce schéma vu et revu se trouve ici poursuivi, la diligence n’étant plus seulement un objet porteur de passage obligé, subissant les éléments extérieurs mais faisant dorénavant corps avec l’action. On va beaucoup plus loin que le simple dérapage contrôlé que l’on peut voir dans Le déserteur de Fort Alamo (Boetticher 1953) ou la caravane de feu (Kennedy 1967). C’est ludiquement à voir.

L’usage du décor est également utilisé à cette sauce. L’éolienne de cinq cartes à abattre (Hataway 1968) retrouve une seconde jeunesse.

Il en va de même du recours au bétail pour se débarrasser d’un méchant.

Autre élément qui revisite les codes.
Peu avant la première attaque, le disciple du héros cherche à attraper une poule faisane. Dans les buissons, il confond ses plumes avec le panache d’un indien en embuscade. Cet indien a en ligne de mire la gorge d’un cowboy. Un gros plan se fait alors sur cette gorge, jusqu’à la faire ressembler à une chair de poule. J’ai trouvé l’enchainement visuellement réjouissant.

La charge du gang des méchants est quant à elle étonnante par la gratuité de sa violence, qui tranche un peu dans le ton de cette comédie familiale. Elle s’intègre toutefois dans un apport spaghetti au genre, mâtinée de ce qui se trouve fréquemment dans les films asiatiques (violence qui fait ici clairement filiation).

Enfin l’apport le plus incongru reste le chef du gang. L’outrance descriptive du personnage le fait sombrer quelque peu dans le registre du grand guignol, mais vaut pour cela le détour, ne serait-ce qu’à titre de curiosité. Pour décrire sa bestialité on le découvre à la pleine lune défiant à mains et éperons nus un loup. La scène semble issue d’un autre registre.
Plus tard, sa maîtrise des éperons en fait une arme redoutable dans les combats de kungfu. Ce recours aux éperons, outre l’aspect fonctionnel dans le registre du film d’arts martiaux, est néanmoins présent dans le western classique, caractérisant les « vrais méchants ». Il suffit de revoir la bataille sans merci (Walsh 1953) pour s’en convaincre.

La description de l'aspect brutal et grossier des cowboys manque également de finesse, mais tient sans doute à plusieurs éléments. 1) ils sont extérieurs au monde des héros (on tombe donc dans le schéma inversé du genre westernien), 2) les brutes épaisses sont devenues "standard" dans le western, qu'elles soient dans la ville (Parrish 1971), ou dans danse avec les loups.

Enfin, il convient de noter que le décor est dans le cahier des charges. On a la totale, le désert, la cascade, la ville poussiéreuse genre l'homme des hautes plaines (Eastwood 1973). Le fait que l'histoire soit censée se dérouler à San Francisco dans ce décor n'a rien de complètement aberrant. Il ancre historiquement l'histoire dans celle de l'immigration chinoise, tout en étant conforme au visuel westernien qui fait que toute la conquête de l'Ouest semble s'être déroulée dans l'univers construit par le genre cinématographique.

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Re: Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique - Once Upon a Time in China and Americ

Messagepar Personne » 28 juin 2011 16:43

Bravo pour cette 'dissection' Eager Beaver, je ne l'ai jamais vu pour ma part, le côté comédie m'ayant toujours un peu rebuté dans le genre qui nous est cher. Mais comme j'ai le film, je vais essayer de le voir avec cet oeil neuf que tu viens d'apporter, ainsi qu'avec toutes ces références.

Pour le voir, il existe un coffret DVD regroupant les épisodes 5 et 6 des IEUFEC, ce Dr Wong en Amérique étant le 6.

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Re: Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique - Once Upon a Time in China and Americ

Messagepar Tecumseh » 28 juin 2011 17:26

Personne a écrit :Bravo pour cette 'dissection' Eager Beaver, .....


Tout a fait d'accord avec Personne, un beau travail d'Eager Beaver :applaudis_6: pour donner envie de découvrir ce film.

C'est une série que j'ai découvert il y a quelques années avec les trois premiers films, les derniers n'existant pas alors en dvd je n'ai pas vu celui se déroulant dans l'Ouest. A l'occasion j'essaierai de le voir.
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Re: Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique - Once Upon a Time in China and Americ

Messagepar Eager Beaver » 28 juin 2011 23:00

Encore une bafouille et après j'arrête (si si promis)

Il semble que le film ne fit pas recette en Asie. Ceci est sans doute dû aux 2 épisodes précédents qui avaient cassé la machine à succès et essoufflé la franchise. D’autre part cette transposition en Amérique a peut-être moins attiré les fans de kungfu, qui n’ont pas apprécié le mélange des genres. Il ne sortit pas ou peu en Occident, aucun nom n’étant connu parmi les cowboys et le genre hybride le rendant également difficilement vendeur à l’export.

Beaucoup de puristes lui reprochèrent un côté bâclé. Image, intrigue, scénario et jeu d’acteurs auraient sans doute mérité un peu plus de soin. Toutefois, les autres épisodes portent également ces défauts, bien que plus atténués. La comparaison peut se faire, mais à mon sens modérément.

On a également reproché au film d’être moins sur le terrain de l’arrière-plan historico-politique que dans les autres épisodes. C’est surtout vrai pour les 3 premiers. Néanmoins, les aventures de Dr Wong en Amérique contiennent un certain nombre de traits caractéristiques de la franchise. Certes le détail est moins étayé que dans les épisodes en Chine. Toutefois, derrière la comédie on trouve des éléments (qui auraient pu être plus nombreux et mieux construits) sur le traitement des coolies aux USA. De plus, dans l’épisode 2, on voit Sun Yat-sen. Or ce sera auprès de la diaspora aux USA qu’il cherchera des financements de sa révolution. Il y a donc une passerelle politique, certes en filigrane, entre les 2 films.

On a également reproché le ton trop « comédie » de cet opus. Toutefois, il est très marqué dans tous les autres épisodes. Il n’est pas forcément plus appuyé ici mais ressort plus en raison d’un plus faible arrière-plan.

Pour ma part (mais je vous incite à lire du côté de viewtopic.php?f=1&t=7601 des points de vue différents), je trouve qu’il s’agit d’un film mineur, mais réjouissant. Si la forme est parfois un peu brouillonne, l’ensemble est sympathique, et à défaut d’être inoubliable, le film est distrayant, et c’est déjà pas mal. Par contre la ligne dure des aficionados du Western, risque d'avoir du mal, ce que je comprends sans difficulté.... :)

Le film sur les asiatiques dans l’Ouest reste à faire, il n’est donc pas question de reprocher à ce spectacle familial de ne pas aller plus loin dans la démarche. Au moins, il permet de montrer des personnages caricaturaux certes, mais faisant avancer l’histoire. On sort ainsi de l’imagerie habituelle, où le stéréotype se limite souvent à celui de décorum négligeable.

Après il reste la question du sexe des anges dans ce forum: Est-ce un western ? Un western dérivé ? Un objet inqualifiable ? :)

A mon sens il convient de le qualifier "western" pour plusieurs raisons (je me fais l’avocat du diable pour lancer le débat) :
Nous sommes dans la bonne époque, dans le bon décor, et tous les éléments requis. On est donc plus proche de l’imagerie habituelle que ce que l’on peut trouver dans le western moderne.
La question de l’apport étranger au canon du genre ne peut pas être retenue. Ang Lee, américain d’origine taiwanaise, s’est illustré également dans le western. De plus il suffit de chercher un peu pour trouver des metteurs en scène européens qui ont marqué l’histoire du genre, sans que l’on trouve à y redire.

En fait je me demande si en faisant entrer le kungfu dans le western, ce qui à première vue est rédhibitoire, on n’est pas plus près des canons du genre quand ce sont des étrangers qui le font ; à la différence des variations du genre, produites par Hollywood, vers d’autres catégories de films américains.

Enfin, il convient de noter, suivant le livre de Will Wright, sixguns and society, a structural study of the western (1975), que certains éléments de Dr Wong en Amérique le rattachent, clairement au genre western :

Modèle traditionnel
1) Le héros intègre un groupe social (ici les indiens puis les coolies pour Dr Wong, la ville blanche pour Billy)
2) Le héros arrive inconnu en ville (Huang Feihong et Billy)
3) Le héros a un talent exceptionnel
4) la société reconnaît une différence entre elle et le héros (Huang chez les indiens ou les coolies, Billy par le maire et le sheriff)
5) La société n’accepte pas complètement le héros (les coolies supportent mal les leçons de morales de Huang ; Billy est nommé adjoint pour éviter qu’il ne nuise aux intérêts du maire, de plus il est ouvertement anti-raciste dans une ville qui s’affiche comme telle)
6) Il y a un conflit d’intérêts entre les méchants et la société (le maire et le shériff contre les coolies)
7) Les méchants sont plus forts que la société (le maire et le sheriff sont tués par les très méchants)
9) Les méchants menacent la société (la communauté coolie est opprimée dans son intégrité et identité, les très méchants tentent de semer le chaos en ville)
10) Le héros refuse le conflit (Huang se soumet à la justice du maire et accepte d’être pendu, même injustement, pour protéger ses amis)
11) les méchants mettent en danger les amis du héros
12) le héros combat les méchants
13) le héros gagne
14) La société est sauve
15) La société accepte le héros (Billy devient maire)
16) Le héros renonce à son statut (Huang retourne en Chine)

Modèle de transition
La société est mauvaise : La corruption gouverne la ville.

+ Western spaghetti
La méchanceté et la cruauté est très répandue chez les méchants.

Ces deux apports au modèle traditionnel font que seul le point 8) de Will Wright, sur le respect entre le héros et le méchant n’a ici pas lieu d’être. Sinon, toute la trame du western traditionnel est là. Pas mal pour un film de comédie-kungfu en costume cowboys, non ?

U.S. Marshal Cahill a écrit :imdb : Genres: Action | Adventure | Drama | History

quelles sont les références westerniennes ?


Est ce que j'ai répondu à votre question Marshall Cahill?
Désolé si j'ai été un peu long ;)

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Re: Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique - Once Upon a Time in China and Americ

Messagepar Pike BISHOP » 29 juin 2011 9:07

Un gros travail que voilà EAGER BEAVER.....

Je me souviens d'un heu sur ce forum qui consistait à trouver un film d'après des photos extraites du dit film...
Western ou hors-western....ça y ressemblait souvent et n'en était pas....
J'étais tombé sur ce " Il était une fois...." Je l'avais reconnu, ne l'ayant jamais vu...En constatant le nombre
d'asiatiques, inhabituel au western US ( si ce ne sont 2 ou 3) et surtout parceque tout ressemblait et rien ne
correspondait..costumes, uniformes d'époques différentes et surtout armes qui étaient "à la manière de....
mais rien d'authentique....Pour recouper mes supputations, j'avais visionné le film sur "YOU TUBE" jusqu'à ce
que je recoupe les séquences exactes...
Je n'ai jamais marché aux arts martiaux...ça peut donner une belle chorégraphie (TIGRE et DRAGON) de la poésie
même..Mais c'est pas mon truc...Le faciès grimaçant de BRUCE LEE, n'a jamais remplacé la moue d'ELVIS dans ma
jeunesse...La seule fois où il m'a fait gondolé...C'est dans un polar (Un MARLOWE avec JAMES GARNER)...
Coincé en haut d'un building...GARDNER lui fait une moue qui veut dire "chochotte"..L'autre fou de rage prend son
élan pour porter le coup de pied fatal qui enverra GARDNER dans le vide...Il s'envole avec son grand cri KUNG-FU
GARDNER fait juste un pas de côté..Et le débile finit dans le vide.............
Dons pour vous dire mon allergie à tout un cinéma de HONG-KONG et à tout ce qui a pu passionner TARENTINO..

Maintenant, il y a toujours un intérêt à voir une représentation du Far-west par des cinémas étrangers..Vision
simpliste ou très réaliste, non centrée sur un nombrilisme US... (LES EMIGRANTS de JAN TROELL par ex...)
Souvent une vision trop angélique pro-indienne..Mais que soit pris le parti réaliste, basé sur documents et photos
ou le parti déformé, par le western US et ses codes, ou par le "Spagh" et les siens..C'est toujours quelque chose
que l'on reconnait mal.. Qui "n'en est pas"...
Cette saga chinoise prend le part du feuilleton populaire...Certainement divertissante...
EAGER-BEAVER nous l'a bien disséquée..Nous aura-t'il donné envie de la voir ?
If they move, kill'em !!

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Re: Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique - Once Upon a Time in China and Americ

Messagepar Pike BISHOP » 29 juin 2011 9:09

Un gros travail que voilà EAGER BEAVER.....

Je me souviens d'un jeu sur ce forum qui consistait à trouver un film d'après des photos extraites du dit film...
Western ou hors-western....ça y ressemblait souvent et n'en était pas....
J'étais tombé sur ce " Il était une fois...." Je l'avais reconnu, ne l'ayant jamais vu...En constatant le nombre
d'asiatiques, inhabituel au western US ( si ce ne sont 2 ou 3) et surtout parceque tout ressemblait et rien ne
correspondait..costumes, uniformes d'époques différentes et surtout armes qui étaient "à la manière de....
mais rien d'authentique....Pour recouper mes supputations, j'avais visionné le film sur "YOU TUBE" jusqu'à ce
que je recoupe les séquences exactes...
Je n'ai jamais marché aux arts martiaux...ça peut donner une belle chorégraphie (TIGRE et DRAGON) de la poésie
même..Mais c'est pas mon truc...Le faciès grimaçant de BRUCE LEE, n'a jamais remplacé la moue d'ELVIS dans ma
jeunesse...La seule fois où il m'a fait gondolé...C'est dans un polar (Un MARLOWE avec JAMES GARNER)...
Coincé en haut d'un building...GARDNER lui fait une moue qui veut dire "chochotte"..L'autre fou de rage prend son
élan pour porter le coup de pied fatal qui enverra GARDNER dans le vide...Il s'envole avec son grand cri KUNG-FU
GARDNER fait juste un pas de côté..Et le débile finit dans le vide.............
Dons pour vous dire mon allergie à tout un cinéma de HONG-KONG et à tout ce qui a pu passionner TARENTINO..

Maintenant, il y a toujours un intérêt à voir une représentation du Far-west par des cinémas étrangers..Vision
simpliste ou très réaliste, non centrée sur un nombrilisme US... (LES EMIGRANTS de JAN TROELL par ex...)
Souvent une vision trop angélique pro-indienne..Mais que soit pris le parti réaliste, basé sur documents et photos
ou le parti déformé, par le western US et ses codes, ou par le "Spagh" et les siens..C'est toujours quelque chose
que l'on reconnait mal.. Qui "n'en est pas"...
Cette saga chinoise prend le part du feuilleton populaire...Certainement divertissante...
EAGER-BEAVER nous l'a bien disséquée..Nous aura-t'il donné envie de la voir ?
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musselshell
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Re: Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique - Once Upon a Time in China and Americ

Messagepar musselshell » 29 juin 2011 19:04

Beau boulot Eager Beaver.
Pour sûr, je ne suis pas trop attiré par le mélange des genres, surtout hyper codifiés. C'est le côté inévitablement un peu fabriqué qui me gêne, le côté collage voyant qui ne se cache pas et s'assume...Par contre, les approches étrangères au mainstream yankee peuvent s'avérer passionantes...question de regard. Retrouver celui des fraîchement émigés sur la Piste de l'Oregon par ex...çà c'est du sujet...
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
Ah...c'est la limite haute...
Je renonce quand même. Je sais pas quoi dire, de toutes façons.

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U.S. Marshal Cahill
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Re: Il était une fois en Chine: Dr Wong en Amérique - Once Upon a Time in China and Americ

Messagepar U.S. Marshal Cahill » 08 juil. 2011 9:05

Sacré analyse, très fouillée Eagle Beaver ! :applaudis_6:
Je trouve perso très intéressantes les analyses et les discussions des critères et des codes permettant de définir un genre du cinéma, lesquelles sont comme nous l’avons constaté particulièrement ardues pour le western.
Le mélange des genres dans les westerns ou le western hybride est un sous-genre du western par nature (ou western dérivé ?).
Les aventures de Dr Wong en Amérique (comédie, kung-fu/ Asiatiques dans l’Ouest) en est donc bien un bon exemple.

Les critères présents de la bonne époque, du bon décor devraient suffire logiquement pour qualifier un film de western, et néanmoins pour certains films, tel celui-ci, du fait d’un ou de critères supplémentaires inédits voir déroutants, on aura tendance peut-être à rechercher d’autres critères supplémentaires propres au western, peut être pour « compenser » ce critère supplémentaire qui déroute ou qui peut paraître jouer l’intrus dans les codes habituelles du genre western, pour pouvoir donc néanmoins l’accepter en tant que western.

S’agissant de la discussion quant au western dit moderne : le western moderne ne remplit pas les critères classiques (indispensables) du western : l’absence du critère majeure qu’est le temps, l’époque de la Conquête de l’Ouest lui fait
« cruellement » défaut pour être qualifié de western tout court. Il est donc bien nécessaire de lui attacher le qualificatif de « moderne, ou contemporain » pour marquer la différence qui est substantielle. Cela reste donc un autre sous-genre du western, bien à part. (discussion sur ce point ici => viewtopic.php?f=1&t=1881 )

En tout cas, tu as parfaitement répondu à ma question quant aux références westerniennes du film.
Tu passes donc avec succès l’épreuve avec la mention « très bien » Eagle Beaver !
:sm57:
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