Les westerns et les récompenses (prix et nominations)

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Les westerns et les récompenses (prix et nominations)

Messagepar pak » 03 déc. 2014 19:25

Parce qu'il n'y a pas que les Oscars, il me semblait intéressant de créer un sujet à propos des récompenses (en général) attribuées aux westerns, ou celles pour lesquelles ceux-ci furent nommés.

Certes il y a déjà la discussion Les Oscars du cinéma, les récompenses des westerns..., mais je pense que, récompenses cinématographiques suprêmes obligent, les Oscars doivent avoir leur sujet spécifique.

Ceci dit il existe de nombreuses autres distinctions, manifestations et récompenses, parfois d'ailleurs dédiées au western (car les Oscars sont surtout des récompenses généralistes, laissant peu de place au cinéma de genre), et celles-ci ne sont que très épisodiquement abordées, dans ce forum comme ailleurs. Et puis le sujet débordera aussi, lorsqu'on arrivera dans les années 1950, vers les productions télévisuelles, qui ont aussi leurs prix.

J'ai pris comme source IMDb, site américain non dénué d'erreurs, mais qui sur le sujet peut servir de référence puisque le western est un cinéma avant tout spécifiquement américain. Je me suis donc paluché les quelques 7500 fiches (environ) recensées dans le western (m'enfin, pas encore, je le ferais chronologiquement, à mesure de l'avancée du sujet), en ratissant large afin d'essayer d'être le plus exhaustif possible.

Remontons donc le temps pour nous plonger dans le parcours du genre qui nous intéresse ici, via le regard des professionnels (mais pas que) à travers les divers prix décernés. Une occasion aussi de découvrir les formes de récompenses qui ont existé (et qui existent encore pour la plupart) du cinéma américain, voire mondial, mais aussi d'exhumer le temps de quelques lignes films et intervenants parfois oubliés...
Quand on joue dans un western, on peut embrasser le cheval mais pas l'actrice.

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Récapitulation des prix, distinctions et nominations par évènement

Messagepar pak » 03 déc. 2014 19:26

Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films (Saturn Awards)
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L'Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films est une organisation créée en 1972.

- 2006 : Pour le cœur de Jenny / Viré à l'Ouest (An Eastern Westerner) d'Hal Roach (1920) - Nomination au Saturn de la meilleure collection DVD


National Film Registry
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National Film Registry : ensemble de films sélectionnés par le National Film Preservation Board pour conservation à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis. Cette démarche est née en 1988, via la loi National Film Preservation Act of 1988, qui est une loi de préservation du patrimoine cinématographique du Pays.

- 1990 : Le Vol du grand rapide / L'Attaque du grand train (The Great Train Robbery) d'Edwin S. Porter (1903)
- 1992 : Naissance d'une nation (The Birth of a nation) de D.W. Griffith (1915)
- 1994 : Le Justicier (Hell's Hinges) de Charles Swickard, William S. Hart et Clifford Smith (1916)
- 1995 : Le Dernier des Mohicans (The Last of the Mohicans) de Clarence Brown et Maurice Tourneur (1920)
- 1998 : L'Aigle (Sky High) de Lynn Reynolds (1922)
- 1999 : In the Land of the Head Hunters d'Edward S. Curtis (1914)
- 2002 : Wild and Woolly de John Emerson (1917)
- 2008 : Le Dévouement de l'Indienne (White Fawn's Devotion) de James Young Deer (1910)
- 2010 : Le Serment de Rio Jim (The Bargain) de Reginald Barker (1914)
- 2013 : The Daughter of Dawn de Norbert A. Myles (1920)


Online Film & Television Association
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Online Film & Television Association : association de cinéphiles américains et canadiens.

- 2000 : Naissance d'une nation (The Birth of a nation) de D.W. Griffith (1915) - Prix OFTA Film Hall of Fame
Modifié en dernier par pak le 20 mai 2015 17:32, modifié 2 fois.
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Liste chronologique des westerns récompensés

Messagepar pak » 03 déc. 2014 19:26

- Années 1900 :

Le Vol du grand rapide / L'Attaque du grand train (The Great Train Robbery) d'Edwin S. Porter (1903)


- Années 1910 :

Le Dévouement de l'Indienne (White Fawn's Devotion) de James Young Deer (1910)
In the Land of the Head Hunters d'Edward S. Curtis (1914)
Le Serment de Rio Jim (The Bargain) de Reginald Barker (1914)
Naissance d'une nation (The Birth of a nation) de D.W. Griffith (1915)
Le Justicier (Hell's Hinges) de Charles Swickard, William S. Hart et Clifford Smith (1916)
Wild and Woolly de John Emerson (1917)


- Années 1920 :

Le Dernier des Mohicans (The Last of the Mohicans) de Clarence Brown et Maurice Tourneur (1920)
Pour le cœur de Jenny / Viré à l'Ouest (An Eastern Westerner) d'Hal Roach (1920)
The Daughter of Dawn de Norbert A. Myles (1920)
L'Aigle (Sky High) de Lynn Reynolds (1922)
Modifié en dernier par pak le 20 mai 2015 17:37, modifié 1 fois.
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Le Vol du grand rapide (The Great Train Robbery) - Edwin S. Porter - 1903

Messagepar pak » 03 déc. 2014 19:45

Le Vol du grand rapide / L'Attaque du grand train (The Great Train Robbery) d'Edwin S. Porter (1903)


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Une distinction : Enregistrement au National Film Registry (1990)



Le vol du grand rapide est donc le western le plus ancien distingué, mais ce n'est pas le premier western récompensé. Je m'explique...

Le film a reçu une distinction historique tardif, en 1990, et non un prix honorifique contemporain à sa sortie. En effet, le National Film Registry est un ensemble de films sélectionnés par le National Film Preservation Board pour conservation à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis. Cette démarche est née en 1988, via la loi National Film Preservation Act of 1988, qui est une loi de préservation du patrimoine cinématographique du Pays. En gros, l’œuvre choisie est considérée comme importante et devant être prioritairement protégée. Les élus sont peu nombreux puisqu'il y a seulement environ 25 films qui le sont chaque année.

Le Vol du grand rapide fut choisi dès 1990, en regard très probablement de son statut de premier western du cinéma. Statut pas tout à fait justifié, puisque des films sur l'univers du Far west furent réalisés dès les balbutiements du cinéma. Citons-les :

- Annie Oakley, Bucking Broncho, Buffalo Bill, Buffalo Dance, Sioux Ghost Dance, Lasso Thrower, tous de William Kennedy Dickson, pionnier du septième art qui a produit ces films pour Thomas Edison dans les années 1890,

- Cripple Creek Bar-room Scene et Poker at Dawson City de James H. White en 1899 et qui a réalisé plus de 500 courts-métrages entre 1896 et 1910,

- A Bluff from a Tenderfoot en 1899 produit par l'American Mutoscope and Biograph Company où débuta un certain D.W. Griffith entre autres,

- l'anglais Kidnapping by Indians en 1899 de Sagar Mitchell et James Kenyon,

- Stage Coach Hold-Up in the Days of '49 produit en 1903 pour Edison.

De plus, Le Vol du grand rapide fut tourné en novembre 1903 et sorti le mois d'après. Or, un Kit Carson sortit en octobre de la même année, réalisé par Wallace McCutcheon pour l'American Mutoscope & Biograph, de même qu'un film titré, par le même auteur, The Pioneers, et qui est un montage de saynètes tournées auparavant (nommées Discovery of Bodies, Firing the Cabin, Indians Leaving Bald Mountain, Rescue of Child from Indians, Settler's Home Life, Trappers Crossing Bald Mountain). On trouve aussi pour 1903 un Prairie Emigrant Train Crossing the Plains et un Western Card Game, produits par Siegmund Lubin et sortis en janvier, et un Stage Hold-Up produit par William Selig et sorti en février, ainsi qu'un The Cowboy and the Lady produit par l'American Mutoscope & Biograph et sorti en octobre.

On le voit, l'Ouest américain et ses légendes avaient inspiré nombre de films de l'ère pionnière du cinéma, avant la sortie du film Le Vol du grand rapide.

Pourtant son statut de premier western est aussi justifiable, dans le fait que la plupart des films réalisés à propos de la légende de l'Ouest étaient soit des sortes de petits documentaires (parfois avec les personnages réels à l'écran comme Annie Oakley ou Buffalo Bill), soit des films plus ou moins expérimentaux ou des reconstitutions de scènes de vie uniques comme ce fut souvent le cas dans les débuts du cinéma, durant parfois seulement une minute. Le Vol du grand rapide, malgré ses défauts (montage uniquement fonctionnel, invraisemblances, acteurs qui surjouent... mais tout était alors à créer), présente un effort de narration quasi inédit alors, avec une vraie trame dramatique. Le Vol du grand rapide fut un peu au western ce que fut un an avant lui Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès pour le cinéma : un tournant historique et une première qui allait faire date, même si on ne s'en doutait pas forcément encore...

Le western étant un genre cinématographique indubitablement profondément américain, ancré dans les racines même de l'Histoire du pays, sublimant une réalité quasi contemporaine, dans lequel transparait tous les espoirs et les valeurs (mais aussi les défauts) de l'âme étasunienne, il est logique que son père fondateur, ou du moins son premier représentant le plus significatif, ait été choisi pour être préservé et distingué.


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Complément d'info dans le sujet d'Hombre sur la chronologie des westerns muets : Le Western muet : Un aperçu chronologique 1903 - 1929.
Modifié en dernier par pak le 08 mai 2015 16:58, modifié 3 fois.
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Re: Les westerns et les récompenses (prix et nominations)

Messagepar Yosemite » 03 déc. 2014 22:43

Sous imdb sont recensés seize retitrages du film "The great train robbery" (dont deux français). Dommage que les dates de sorties dans les différents pays ne soient pas toutes mentionnées mais il est amusant de constater que le film est sorti en Suède en 1904 puis au Japon en... 2000 et au Mexique en 2002 !
Les titres de sorties dans ces deux pays ne figurant pas dans la liste "AKA".

Amusant également de constater qu'il a eu doit à deux titres différents en France : "Le vol du rapide" et "Le vol du grand rapide".
Autre curiosité pour finir, une programmation télé en Allemagne qui a donné lieu à un titre spécifique "Der grosse Eisenbahnüberfall" alors que le titre "ciné" était "Der große Eisenbahnraub".

C'est déjà un palmarès non, pour à peine 12mn de pellicule ?
Yo.

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Le serment de Rio Jim (The Bargain) - Reginald Barker - 1914

Messagepar pak » 05 déc. 2014 1:49

Le Serment de Rio Jim (The Bargain) de Reginald Barker (1914)


Image
(ce n'est pas vraiment l'affiche du film, introuvable, mais un recyclage de celle du dernier film de William S. Hart, Le fils de la prairie - Tumbleweeds - 1925)

Une distinction : Enregistrement au National Film Registry (2010)


Et on fait un bond temporel d'une bonne dizaine d'années pour tomber sur un nouveau western distingué.

Le serment de Rio Jim est réputé pour être le premier western de l'acteur William S. Hart, ou son premier long-métrage, ce qui n'est pas tout à fait exact. D'abord parce que William S. Hart est apparu dans quelques films auparavant, dont His hour of manhood, un western de 20 minutes sorti une vingtaine de jours avant celui-ci, ensuite parce que long-métrage ne voulait pas dire grand-chose dans les années 1910, les durées des films étant extrêmement variables, on filmait alors en nombre de bobines, une, deux, plusieurs, ça dépendait du budget. Autre exemple, le western On the night stage, hélas considéré comme perdu, sorti en avril 1915, a en fait été tourné avant The Bargain. On le voit, les débuts du cinéma, comme tous les débuts, ont leur part d'ombres et d'incertitudes.

Ce qui est vrai par contre, c'est qu'avec ce film, Hart connaitra un succès certain, grâce auquel il deviendra une star populaire, l'une des toutes premières du western, qu'il va personnifier durant une dizaine d'années. Grâce au succès considérable du film, Hart voit son salaire augmenter (pas autant pourtant que d'autres vedettes de l'époque), et a la possibilité de participer aux scénarios et à la réalisation de ses prochains films.

William S. Hart, né le 6 décembre 1864, est devenu une vedette de cinéma sur le tard. C'est vers l'âge de 20 ans qu'il se passionne pour le théâtre, et qu'il décide d'en faire son gagne-pain. Sa première pièce professionnelle est Roméo et Juliette : on est loin du western, mais ça en dit long sur les aptitudes d'acteur du bonhomme. Ce n'est pas la richesse pourtant, aussi loge-t-il dans une pension de famille lorsqu'en 1905 il cohabite avec un certain Thomas H. Ince, une rencontre qui sera déterminante par la suite. Durant une tournée, il voit un film sur l'Ouest américain au cinéma, et il se rend compte du décalage entre la réalité qu'il a connu (il a grandi dans le Dakota aux côtés de Sioux et se retirera dans un ranch) et sa représentation cinématographique. En 1912, lors d'une autre tournée à Los Angeles, il apprend que son ancien colocataire, Ince, s'apprête à réaliser un western. Il lui propose son aide pour rendre crédible son histoire. Ince est devenu un réalisateur producteur réputé et tourne alors War of the plains, considéré comme le premier western à grand spectacle. Si Hart ne participe pas à ce film, il est toutefois engagé par Ince en toute amitié. Ce dernier charge Hart de remanier un script, On the night stage dans lequel il a aussi l'opportunité d'être le premier rôle. Le film tourné, Ince n'est pas convaincu, mais propose tout de même à Hart de jouer dans un autre projet, qui nous intéresse ici, The Bargain. Là encore, Ince n'est pas séduit. Il annule la sortie de On the night stage, et revend The Bargain à Famous Players. Déçu, Hart retourne au théâtre. Pourtant, The Bargain plait aux cadres de la Famous Players qui décident de sortir le film. Et c'est un succès ! Ince rappelle alors Hart, et l'augmente, avec à la clef, la possibilité d'écrire et même de participer à la réalisation de ses westerns. Hart ne peut refuser. Il va alors jouir d'une certaine liberté d'action, lui permettant de proposer sa propre vision de l'Ouest, et ce jusqu'en 1925, année où il se retira, suite à son divorce houleux et une mise en accusation de son ex-épouse de paternité extra-conjugale, scandale (à l'époque) qui finira d'achever une carrière déclinante.

Pourtant Hart sera LA star du western, avant qu'un certain Tom Mix commence à lui faire de l'ombre dans les années 1920. Obsédé par un certain respect de la réalité, il aura contribué à faire du western un genre à part entière.

Le serment de Rio Jim fut "adoubé" récemment, en 2010. C'est sans doute parce qu'il lança la légende d'Hart et qu'il fut un gros succès à sa sortie que ce western fut choisi pour entrer dans le National Film Registry en 2010. Mais ce n'est pas par ce film que Hart entrera dans la prestigieuse liste de films à préserver à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis, car Le justicier (Hell's Hinges) sera choisi par l'institution en 1994, mais j'y reviendrai...


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Modifié en dernier par pak le 08 mai 2015 16:58, modifié 1 fois.
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Re: Les westerns et les récompenses (prix et nominations)

Messagepar lerebelle » 06 déc. 2014 4:14

Bucking Bronco premier western avec un cow-boy réalisé par Dickson pour les productions de Thomas Edison, visible avec son Kinétoscope le 16 octobre 1894 aux USA, il y a eu 120 ans le 16 octobre dernier. R :wink:

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Naissance d'une nation (The Birth of a nation) - D.W. Griffith - 1915

Messagepar pak » 10 déc. 2014 23:02

Naissance d'une nation (The Birth of a nation) de D.W. Griffith (1915)

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Deux distinctions :
- Enregistrement au National Film Registry (1992)
- Prix OFTA Film Hall of Fame (2000)



Naissance d'une nation n'est pas un western à proprement parlé, comme d'ailleurs la plupart des films abordant la guerre de Sécession (Autant en emporte le vent, Glory, La Charge victorieuse, etc... ), mais le genre est protéiforme, et de la guerre d'Indépendance à la révolution mexicaine du début du XXème siècle, on brasse finalement quantité de thèmes et de récits similaires. Et puis ces quelques mots, naissance d'une nation, résument finalement fort bien ce que fut la conquête de l'Ouest...

On pourrait s'étonner de voir ce monument du cinéma des débuts si tardivement récompensé alors que la plupart des cinéphiles connaissent au moins son titre, tandis que le nom de D.W. Griffith est l'un des symboles du cinéma muet. Pourtant, rien qu'en voyant l'affiche du film, on comprend de suite où se situe le malaise, avec ce cavalier du Ku Klux Klan représenté tel un chevalier des croisades semblant repousser de sa croix chrétienne toute invasion d'infidèles belliqueux...

A sa sortie, le film choqua autant qu'il impressionna. Émeutes, interdictions, violences, et mêmes agressions et meurtre, Griffith provoqua un tollé qui parviendra jusqu'à Woodrow Wilson, le président américain alors en place, ce qui fait au passage de Naissance d'une nation le premier film de l'Histoire projeté à la Maison Blanche. Il faut dire que l'auteur n'y va pas avec le dos de la cuillère. On lui reproche alors d'idéaliser l'esclavagisme, on voit d'ailleurs des esclaves contents de leur sort, des Nordistes montrés comme des envahisseurs, les membres du Ku Klux Klan devenant du coup des résistants protégeant leur foyer, et les hommes noirs sont décrits comme stupides, v(i)oleurs, assassins... Les seuls "bons Noirs" étant les esclaves aspirant à le rester. Cette vision très partisane et partiale transforma le film en brûlot politique, et Griffith fut catalogué raciste, ses origines et son éducation l'aidant peu puisque issu d'une famille sudiste du Kentucky ruinée par la guerre.

On peut lire un peu partout que Griffith réalisera ensuite Intolérance avec les recettes de celui-ci (car ce fut malgré tout un succès public), pour faire taire les accusassions de racisme récoltées et proférées à son égard après le tapage de Naissance d'une nation. Argument que j'ai toujours trouvé assez hypocrite, ou du moins erroné. En effet, Griffith se garde bien de revenir sur la période post guerre de Sécession et ne remet pas en cause sa vision des Noirs américains. Non, il signe une sorte de film à sketch, croisant quatre histoires dont deux ne parlant pas vraiment principalement d'intolérance, nous baladant de la crucifixion de Jésus au massacre de la Saint-Barthélemy, en passant par la chute de Babylone pour enfin revenir au 20ème siècle et narrer l'histoire d'une erreur judiciaire. Est-ce pour autant que ce film efface l'impression laissée par Naissance d'une nation ? Bien-sûr que non... Imaginons un instant que Veit Harlan signe de suite après Le Juif Süss en 1940 un film sur les persécutions subies par les premiers chrétiens de la part de l'Empire Romain, le nommant lui aussi Intolérance. Est-ce pour autant que cela effacerait l'antisémitisme du film précédent ?

Mais pourtant, Naissance d'une nation reste dans les mémoires après sa vision, car au-delà du fond, il y a la forme. Et là le film est exemplaire. Griffith sublime les techniques d'alors, ainsi que les moyens à sa disposition. Gros plans, travellings d'enfer, flashbacks, mouvements de caméras alors inédits, composent des plans travaillés et dynamiques comme jamais vus, chaque figurant (et y en a un paquet) ou élément de décor semblant être là où il faut. En fait Naissance d'une nation est le premier pas du blockbuster à l'américaine, qui va par la suite s'imposer au monde, c'est la pierre fondatrice du film épique hollywoodien, mais c'est aussi, déjà, une tendance à réécrire l'Histoire pour faire du spectacle.

Naissance d'une nation est donc un objet fascinant, le premier à proposer, malgré lui, un débat sur la parfois difficile adéquation entre la forme et le fond. On imagine le débat interne qui a dû agiter les gens du National Film Preservation Board avant d'élire ce film pour une préservation privilégiée, la forme ayant fini par prendre le pas sur le fond dans la conclusion. Il faut dire que par son sujet et par son importance cinématographique, le film de Griffith fait entièrement partie du patrimoine américain. Mais voir qu'il aura fallu 1992 pour que le film obtienne une quelconque distinction en dit long sur le malaise que suscite encore celui-ci. Une date qui d'ailleurs se relativise puisque le National Film Preservation Board a commencé à choisir ses films en 1989. Donc 3 après, Naissance d'une nation est tiré du lot pour préservation : ça n'a pas trainé. En fait, film difficilement assumable dans son entièreté par la critique ou l’intelligentsia du septième art, l’État a choisi de trancher : oui, ce film doit rester dans le patrimoine, non par ce qu'il a dit, mais pour sa technique et ses innovations.

Avec cette caution étatique, citer ce film dans ses références est devenu plus facile, et en 2000, le film fut élu par l'Online Film & Television Association pour entrer dans leur panthéon, une association de cinéphiles américains et canadiens récompensant les meilleurs films et professionnels du cinéma de l'année, choisissant par la même 10 films classiques pour les distinguer dans un Hall of Fame annuel virtuel (l'association n'existant que sur le web).


Mais ces distinctions ne doivent pas faire oublier une chose, le fait que la vision de ce film a fini par convaincre un certain William Joseph Simmons en 1915 de reformer le tristement célèbre Ku Klux Klan pourtant interdit en 1877 à cause de ses nombreuses exactions...


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Re: Les westerns et les récompenses (prix et nominations)

Messagepar Yosemite » 11 déc. 2014 22:11

Le DVD est disponible aisément sur le net et qui plus est, pô cher du tout.
Vais peut-être me laisser tenter finalement, n'ai jamais vu ce film.
Yo.

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Le justicier (Hell's Hinges) - Charles Swickard - William S. Hart - Clifford Smith - 1916

Messagepar pak » 20 déc. 2014 18:20

Le Justicier (Hell's Hinges) de Charles Swickard, William S. Hart et Clifford Smith (1916)


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Une distinction : Enregistrement au National Film Registry (1994)



Hell's Hinges est le premier film de William S. Hart a être choisi pour entrer dans le National Film Registry, en 1994. Ne pas confondre avec The Gun Fighter (1917), aussi réalisé et joué par Hart, qui circule avec le même titre français Le Justicier.

En 1916, après le succès de The Bargain (qui sera lui aussi passé à la postérité pour préservation, en 2010, voir plus haut),William S. Hart a le vent en poupe. La durée de ses films s'allongent, il participe régulièrement, officiellement ou officieusement, à la réalisation et au scénario de ses films, et en plus, comme celui-ci, ses films s'exportent à l'international. A sa sortie, le film est très bien reçu par la critique, au point que pour faire sa promotion, les producteurs achetèrent des espaces dans les journaux pour y faire imprimer ces avis. Il faut dire que le film aborde religion, bandit repenti et ouest sauvage, des ingrédients qui, bien maniés, ne pouvaient que plaire au public américain.

Le Justicier est considéré comme l'un des meilleurs films de Hart, voire comme l'un des meilleurs westerns de la période du muet. Il est vrai que contrairement à ses concurrents de l'époque, Tom Mix ou Gilbert M. Anderson alias le justicier Bronco Billy, mais aussi des centaines d'autres car fin 1916, et depuis 1903, année généralement considérée comme étant celle de la naissance du western avec Le Vol du grand rapide, on recense déjà plus de 3000 ( ! ) westerns ou assimilés, Hart a toujours tenté de créer un climax authentique dans dans ses films (ce qui n'empêchait pas quand même un certain folklore) avec des histoires qui dépassaient parfois le simple combat du gentil contre le bad boy. De plus la réalisation, à laquelle Hart a participé, dépasse la simple succession de plans séquences, et déjà, à l'instar de D.W. Griffith, le montage alterné est utilisé, permettant d'étoffer et de complexifier l'intrigue.

Dans ce film, le personnage de Hart, Blaze Tracy, est l'ancêtre de ces bandits repentis qui redeviennent de terribles machines à tuer dès lors que l'on réveille la bête qui sommeille en eux, dont l'aboutissement serait sans doute le William Munny de Clint Eastwood dans Impitoyable 85 ans plus tard...

Ainsi, alors que la plupart des auteurs de westerns des années du muet sont ou oubliés, ou choyés par des collectionneurs, seul Hart voit ainsi une partie de son œuvre passer à la postérité, avec une reconnaissance du congrès américain pour un homme qui a posé les bases du western sérieux, genre emblématique du cinéma américain sur une période non moins emblématique de l'Histoire du pays.

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Modifié en dernier par pak le 08 mai 2015 17:01, modifié 2 fois.
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Re: Les westerns et les récompenses (prix et nominations)

Messagepar HART » 20 déc. 2014 19:42

Il est vrai , comme le dit si bien Pak , que les films de William S.Hart sont passés à la postérité alors que la plupart de ceux de ses contemporains ont été oubliés ou détruits.
Néanmoins , il est très regrettable que les copies des films de Hart n'aient pas été retraitées techniquement pour que le spectateur d'aujourd'hui puisse les apprécier dans de bonnes conditions.
A part le dernier , " Tumbleweeds " , qui a été restauré ( encore qu'on aurait mieux faire ) , les autres œuvres interprétées ou réalisées par Hart ne sont visibles que dans des copies abimées qui auraient bien besoin d'une restauration soignée.
Quand on voit la qualité des copies de films de Chaplin ou de Keaton après le travail des spécialistes sur les supports d'origine , on ne peut être qu'enthousiaste et souhaiter que " Hell's Hinges " ou " The desert man " puissent , un jour, bénéficier du même traitement. Hart n'et pas moins grand que ces deux autres géants.

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Re: Les westerns et les récompenses (prix et nominations)

Messagepar lafayette » 20 déc. 2014 22:34

Naissance d'une nation préservé alors que Alamo ne semble pas avoir la même chance...
Tel que vu sur You tube, Tumbleweeds est regardable, il doit y avoir mieux. Hart a bien raison concernant les Chaplin et Keaton comparés aux westerns.
Très intéressante rubrique faisant le point sur le meilleur du genre. Très utile pour un piètre connaisseur!
Quand j'ai lu Le vol du grand rapide, je me demandais avec quoi on pouvait alors survoler des rapides, avant que je ne vois, en remontant la rubrique, le titre d'origine que je connaissais.

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Ford créa John Wayne Et Wayne créa son Bourbon.

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Wild and Woolly - John Emerson - 1917

Messagepar pak » 23 déc. 2014 13:30

Wild and Woolly de John Emerson (1917)


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Une distinction : Enregistrement au National Film Registry (2002)



Wild and Woolly est un western comique, voire même une parodie (déjà) du genre, exercice périlleux pas toujours très réussi.

A la base, ce n'est pas un western, mais l'histoire d'un new-yorkais nostalgique d'un passé récent qu'il n'a pas connu mais qu'il devine héroïque. Oui, en 1917, on souffre déjà de la monotonie urbaine... Quand il est envoyé dans un bled de l'Ouest, il pense y trouver ce qu'il a vu dans les westerns qu'il regarde régulièrement au cinéma ou ce qu'il a lu sur la conquête de l'Ouest. Pour ne pas le décevoir, les habitants décident de s'habiller comme en 1880. On devine alors les qui-propos et situations comiques induits par cette amorce d'histoire, d'autant qu'un authentique bandit va profiter de l'euphorie ambiante pour attaquer le train passant par la ville, ce qui va pousser notre bonhomme a se transformer en héros de western.

En 1917, on n'est pas encore très loin de l'épopée de l'Ouest, et pas mal de protagonistes ayant connus cette époque sont encore en vie (Wyatt Earp par exemple), et nombre de récits circulent alors dans les librairies et les journaux, sans parler du cinéma qui s'est emparé de la légende depuis ses débuts. A la fois proche (certains aventuriers ont encore un mode de vie similaire à celui des cowboys du passé, que ce soit dans des ranchs, au fin fond du Texas ou au Mexique toujours agité par la révolution) et lointaine (l'américain moyen s'est sédentarisé et l'homme du peuple travaille de plus en plus en usine ou dans des bureaux et vit dans des métropoles), l'ère de la conquête de l'Ouest alimente les fantasmes des américains, et la légende a depuis longtemps pris le pas sur la réalité. C'est le sujet central de cette comédie.

A l'époque, le cinéma étant muet, tout passait par l'action, même la comédie, ce qui poussait à la créativité, aux prouesses techniques et physiques. Ce n'est pas pour rien que parmi les plus grosses vedettes du cinéma muet figuraient en bonne place les comiques comme Harold Llyod, Charmes Chaplin, Laurel et Hardy, Roscoe 'Fatty' Arbuckle, Max Linder... Mais c'est le bondissant Douglas Fairbanks qui tient la vedette ici, intenable et sautant dans tous les sens durant l'heure que dure le film, véritable boule d'énergie !

Mais, bien que comique, le film, déjà, a subit la censure, et des coupes et aménagements ont été demandés, notamment lors des scènes montrant des indiens avec de l'alcool (en 1916, la prohibition faisait partie de la législation de 26 des 48 États constituant les États-Unis) ou avec des armes.

Ce film est le témoignage de la première partie de carrière de Douglas Fairbanks, alors acteur de comédies, avant de devenir le héros de films d'aventures comme dans Le signe de Zorro, Robin des Bois, Le voleur de Bagdad...

Qualifié de culturellement, historiquement et esthétiquement important par les membres de la bibliothèque du congrès américain, le film entra au National Film Registry en 2002.


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Modifié en dernier par pak le 26 févr. 2015 14:40, modifié 1 fois.
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Pour le cœur de Jenny / Viré à l'Ouest (An Eastern Westerner) - Hal Roach - 1920

Messagepar pak » 06 janv. 2015 20:20

Pour le cœur de Jenny / Viré à l'Ouest (An Eastern Westerner) d'Hal Roach (1920)



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Une nomination : celle du Saturn de la meilleure collection DVD (au sein du coffret Harold Lloyd Collection) par l'Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films (2006)




Bon, là on touche une catégorie de récompense qui ne concerne pas uniquement les qualités du film, puisque c'est son édition DVD américaine qui est ici nommée en 2006 à l'Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films pour le prix Saturn de la meilleure collection DVD, ici en l’occurrence le coffret zone 1 intitulé “The Harold Lloyd Comedy Collection Vols. 1-3”. Mais après tout, soyons exhaustif...

Car c'est quelque part le contenu de ce coffret, et donc les œuvres qui y sont gravées, qui est en partie célébré.

L'Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films est une organisation créée en 1972, et qui annuellement honore les films se science-fiction, fantastiques et d'horreur donc, sous divers aspects, du moins les premières années puisque ses centres d'intérêts ont évolué avec le marché, intégrant les séries télévisées, les supports vidéos et le film d'aventure dans son sens général.

Ici on touche une nomination pour une récompense assez anecdotique, mais l'occasion est donnée de citer ici un grand acteur du mouvement, Harold Lloyd, certes acteur comique, mais assurant lui-même des cascades parfois incroyables qui n'ont rien à envier en prises de risques à celles effectuées par les cowboys cascadeurs de l'époque. L'acteur prendra tellement de risques qu'il perdra d'ailleurs deux doigts, le pouce et l'index de sa main droite, lors d'une explosion durant un tournage en 1919, juste avant celui de ce western parodique. De ce fait, plusieurs fois dans ce film, on peut remarquer que volontairement, l'acteur n'utilise pas sa main droite. Il portera un gant prothèse couleur chair difficile à voir à l'écran (et on remarquera aussi que lors de ses scènes de cascades, Llyod ne semble pas handicapé par sa main mutilée).

Pour le cœur de Jenny, aussi connu sous nos latitudes avec le titre de Viré à l'Ouest, est bien-sûr un western parodique, dans lequel les auteurs tissent leur scénario autour d'un thème désormais classique, celui du héros qui débarque dans un coin paumé asservi à une bande de malfrats. Bien-sûr, il n'a rien d'un héros et est même un oisif que son père a envoyé à la campagne pour s'endurcir... Llyod est alors au sommet de sa forme et de son art, et ce film est l'un des nombreux qu'il tournera avec le réalisateur Hal Roach, avec qui il fait équipe depuis 1912 (et ce jusqu'en 1924, l'acteur devenant complètement indépendant). C'est d'ailleurs ensemble qu'ils créent son fameux personnage à lunettes rondes. Hal Roach, c'est un peu le pionnier du cinéma comique américain. Il a produit et / ou réalisé des centaines de films entre 1915 et 1966, a contribué à la gloire éternelle de Harold LLoyd et Laurel & Hardy, a créé la bande de gamins des Petites Canailles, a produit des acteurs du comique moins connus en France mais qui ont été populaires aux USA en leur temps comme Will Rogers, Charley Chase, Thelma Todd, ZaSu Pitts, Patsy Kelly, Max Davidson...

Le film est construit, comme souvent chez Lyodd, selon un principe de crescendo qui culmine lors de séquences mémorables et spectaculaires, et la dernière partie est effectivement frénétique. Ce n'est pas la première fois que le duo Llyod / Roach épingle le western, car les deux hommes l'avaient déjà brillamment parodié dans Coco de Chicago (Billy Blazes, Esq. ) en 1919. Montré au Pathé Palace Cinéma à Paris du 02 au 08/03/1923, il est ressorti sur copie neuve en 2008 avec, en complément de programme, Oh ! La belle voiture (Get Out and Get Under) et Un voyage au paradis (Never Weaken) sous le titre 3 (mes)aventure d'Harold Lloyd.


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The Daughter of Dawn de Norbert A. Myles (1920)

Messagepar pak » 26 févr. 2015 16:03

The Daughter of Dawn de Norbert A. Myles (1920)


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Une distinction : Enregistrement au National Film Registry (2013)



Film entré dans le National Film Registry tout récemment, en 2013. Ce film inconnu en France, n'avait été montré qu'une poignée de fois, lors de sa sortie à Los Angeles en octobre 1920, suivie de quelques projections à Kansas City, Tulsa et une poignée d'autres villes, avant de tomber dans l'oubli.

Malgré des preuves de son existence, notamment une évocation de la première du film au College Theatre de Los Angeles dans le Montion Pictures News du 17 octobre 1920, une rumeur depuis persistait de son existence, mais sans qu'il n'apparaissait dans aucune archive, les copies étant introuvables. Mais en 2005, un enquêteur privé met la main sur l'une d'elle et la proposa pour la somme faramineuse de 35 000 dollars à l'Oklahoma Historical Society qui la déclina. Suivent alors entre 2007 et 2008 des tractations interminables qui aboutissent à un accord de vente pour la somme plus raisonnable de 5000 dollars.

La copie était divisée dans 5 bobines, avec des fragments reliés avec du ruban adhésif. L'Oklahoma Historical Society demanda une subvension pour sa restauration. N'ayant aucune trace d'une éventuelle partition musicale, une composition fut demandé à David Yeagley, un activiste et musicien comanche, qui fut enregistrée par les étudiants de l'Oklahoma City University. Depuis le film a été restauré et montré plusieurs fois. C'est donc à une résurrection dont cette œuvre a bénéficié, d'autant que la plupart des films de cette période (mais pas que) sur pellicule nitrate se dégrade inéluctablement avec le temps. De nombreux de ses contemporains sont ainsi perdus à jamais....

Mais de quoi parle le film ? On suit une jeune femme, fille de chef, courtisée par deux guerriers. Elle aime l'un, mais le père préfère l'autre. Bien que scénarisé avec une histoire s'articulant sur un triangle amoureux, ce film, à l’instar d'In the Land of the Head Hunters (Edward S. Curtis, 1914), se veut naturaliste et est interprété par un casting d'amateurs entièrement composé d'indiens, ici 300 Comanches et Kiowas. Il n'y a pas un Blanc dans le film, toute l'intrigue dramatique se déroulant en milieu Indien. C'est d'ailleurs ce qui a motivé les membres de la Bibliothèque du Congrès a préserver ce film, soulignant le fait que c'est un rare témoignage des us et coutumes des amérindiens tels qu'ils devaient être au 19ème siècle, ou du moins une démonstration la plus proche de ce qu'ils étaient. Un témoignage aussi historique que cinématographique donc, critères essentiels pour être sélectionné au National Film Registry, puisqu'un film élu doit être considéré culturellement, historiquement ou esthétiquement important.

Le scénario et la réalisation sont signés Norbert A. Myles, qui ne semble avoir réalisé que deux autres films après, celui-ci étant son premier. Il était surtout acteur du muet (une soixantaine de rôles), reconverti en maquilleur à l'avènement du parlant si l'on en croit IMDb. Il a notamment été maquilleur sur les tournages de La chevauchée fantastique, Sur la piste des Mohawks, Le banni ou Duel au soleil. L'histoire d'origine est d'un certain Richard Banks, qui a produit le film, et qui aurait vécu 25 ans parmi les Indiens. C'est du moins ce qui est écrit sur le script original conservé à la Bibliothèque du Congrès.

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