Lewis et Clark : Capitaines de l'impossible

Avatar du membre
Loco
Eclaireur 
Eclaireur 
Messages : 1068

Re: Lewis et Clark : Capitaines de l'impossible

Messagepar Loco » 31 mai 2019 16:43

lasso a écrit :et voici sa tombe et une statue au cimetière dans la Réserve Shoshone/Arapoha de Wind River, Wyoming


Merci Lasso pour tes superbes photos.

pak a écrit :Je connais mal cette histoire, et c'est vraiment chouette à suivre.

Concernant Sacajawea, la photo de Lasso m'intrigue. La tombe donne 1884 comme année de décès. J'ai toujours cru qu'elle était morte assez jeune, comme Pocahontas. Bon, ce n'est peut-être pas l'endroit pour interférer dans ce beau récit. M'en vais creuser par ailleurs.


Merci Pak. Je n'avais pas fait attention, mais oui, sauf découverte récente, il y a une erreur sur le monument, elle est morte en 1812, à l'âge de 24 ans.

Quoiqu'on la représente toujours comme une femme dans les tableaux, gravures et illustrations, ce n'était qu'une jeune fille de 16 ans lorsqu'elle guida l'expédition, et qui plus est, mariée de force à Charbonneau...
Loco : (1) fou - (2) chef apache chiricahua - (3) esprit du vaudou - (4) terme familier pour "locomotive"

Avatar du membre
Loco
Eclaireur 
Eclaireur 
Messages : 1068

Re: Lewis et Clark : Capitaines de l'impossible

Messagepar Loco » 01 juin 2019 10:36

CAPITAINES DE L'IMPOSSIBLE

CHAPITRE VII
LE VOYAGE REPREND


Malgré la rudesse de l'hiver, la rareté du gibier et l’amenuisement de leurs réserves de viande, les capitaines ne perdaient pas de vue leur mission première : traverser le continent jusqu'au Pacifique et découvrir une voie navigable depuis Saint-Louis jusqu'à cet océan. Rien n'était plus indispensable pour la réussite de cette entreprise que de préserver les embarcations des glaces.

Le 26 février, après des semaines d'efforts et plusieurs tentatives infructueuses, ils parvinrent finalement à tirer les pirogues et surtout le bateau sur la berge. Les difficultés qu'ils éprouvèrent à manier ce dernier et la perspective des portages qu'ils auraient à effectuer achevèrent de les convaincre que les canoës des indiens étaient plus appropriés à la navigation sur le Missouri. Aussi entreprirent-ils de construire de telles embarcations pour être prêts à repartir dès que le dégel le leur permettrait.

Il leur fallut un mois entier pour achever cette tâche.

Dans le même temps, Clark dressa avec l'aide des Indiens et des trappeurs de la North West Company une carte de la région qui s'étendait devant eux, jusqu'au cœur des Rocheuses et à la frontière canadienne, repérant les cours d'eaux et les territoires des principales tribus qu'ils rencontreraient – Cheyennes, Assiniboins, Pieds-Noirs, Shoshones, Têtes-Plates et Corbeaux.

Début avril, lorsque les pirogues furent prêtes et le fleuve presque totalement libre des blocs de glace qui l'avaient encombré jusque-là, les capitaines emballèrent soigneusement les spécimens et les échantillons recueillis depuis une année, ainsi que la première partie du journal de Clark, puis les firent charger à bord du grand bateau. Alourdi par plus de cinquante caisses, cages et tonneaux, ce dernier, avec quinze hommes à son bord, repartit vers Saint-Louis le 7 avril, emportant les dernières nouvelles de l'expédition que le monde civilisé aurait avant longtemps.

Le même jour, les capitaines, qui prévoyaient dans une lettre adressée au président Jefferson être de retour avant l'hiver, recommencèrent à remonter le Missouri avec leur flottille de huit canoës et les vingt-huit hommes qui leur restaient, l'interprète Charbonneau, sa femme Sacajawea et leur fils Pomp.

La région comprise entre les villages mandans et l'embouchure de la Yellowstone se révéla une source constante d'émerveillement pour les chasseurs. Les troupeaux de bisons, d'antilopes et d'élans y abondaient, ainsi que les castors, qui n'avaient jamais été chassés aussi loin en amont. Pour les capitaines, elle fut aussi cause d'inquiétude lorsque le vent se mit à souffler si fort qu'il leur fut impossible de continuer à avancer et lorsque la rive s'effondra, manquant de couler une des pirogues.

Les Minnetarees et les Assiniboins que les explorateurs rencontrèrent se montrèrent pacifiques, mais ils ne s'attardèrent pas dans leurs campements : ils luttaient à présent contre un ennemi implacable, le temps.

Le 25 avril, ils atteignirent enfin l'embouchure de la Yellowstone. Voyant en cet endroit le site idéal pour un comptoir commercial, ils explorèrent les abords de la pointe nord du Lac Sakakawea avant de poursuivre leur route.

Le 5 mai, près de la Milk River, Clark et Drouillard virent pour la première fois l'animal qui allait devenir la hantise des hommes de l'expédition : le grizzly. Il leur fallut dix-sept balles pour venir à bout de la bête qui, mortellement blessée, traversa la moitié du fleuve à la nage avant de se laisser mourir sur un banc de sable. Ajoutée aux récits des Indiens, une telle résistance finit de convaincre les explorateurs que le grizzly constituait une menace aussi dangereuse que d'éventuels guerriers hostiles.

Le 11 mai, William Bratton, parti chasser, fut poursuivi jusqu'au camp par un de ces animaux, même après qu'il lui eût perforé les poumons d'une balle tirée à faible distance. Trois jours plus tard, un grand ours brun força quatre hommes à se réfugier au milieu du fleuve, à bord d'un canoë. Pour échapper à la fureur du même animal, deux autres durent se jeter à l'eau après s'être débarrassé à la hâte de leur équipement, plongeant d'une hauteur de sept mètres.

Le même jour, une des pirogues avait failli couler. Le désastre fut évité de justesse, mais tous les médicaments qu'elle contenait furent perdus.
Le 20 mai, l'expédition dépassa l'embouchure de la Musselshell River.

Six jours plus tard, les capitaines, depuis le sommet d'une colline, aperçurent au loin les cimes enneigées et les crêtes déchiquetées des Montagnes Rocheuses. C'était là que le Missouri prenait sa source. C'était de là également que la Columbia s'élançait vers le Pacifique. Et c'était là qu'ils espéraient rencontrer les Shoshones, le peuple de Sacajawea, dont ils comptaient obtenir les chevaux indispensables à la poursuite de leur voyage. Mais les seules traces des Indiens qu'ils avaient vues depuis plusieurs semaines étaient des campements abandonnés et des cabanes en ruines.

Le 3 juin, ils furent confrontés à un cruel dilemme : le fleuve se séparait en deux bras, sans qu'il fût possible de définir à coup sûr lequel était le véritable Missouri. Lewis partit explorer la branche nord, qu'il remonta pendant deux jours, avant de la baptiser Maria's River, ne la considérant pas comme le bras principal du fleuve. Finalement, après bien des hésitations et malgré l'avis contraire des hommes, ils décidèrent que la branche sud, qui avait été explorée par Clark, était celle qu'il leur fallait suivre.

Ils abandonnèrent dans des caches une des pirogues ainsi que les marchandises et provisions qui ne leur semblaient pas indispensables, puis reprirent leur progression. Clark en canoë, avec le gros de la troupe, et Lewis à pied, à la tête d'un petit groupe, avec pour mission de reconnaître au plus vite les Grandes Chutes du Missouri, s'assurant ainsi qu'ils avançaient dans la bonne direction.

À suivre...


Image
Loco : (1) fou - (2) chef apache chiricahua - (3) esprit du vaudou - (4) terme familier pour "locomotive"

Avatar du membre
major dundee
Marshall
Marshall
Messages : 2161
Localisation : depts 13 et 05

Re: Lewis et Clark : Capitaines de l'impossible

Messagepar major dundee » 02 juin 2019 21:19

Image

Avatar du membre
Loco
Eclaireur 
Eclaireur 
Messages : 1068

Re: Lewis et Clark : Capitaines de l'impossible

Messagepar Loco » 03 juin 2019 11:59

Merci Major pour cette superbe affiche !
Loco : (1) fou - (2) chef apache chiricahua - (3) esprit du vaudou - (4) terme familier pour "locomotive"

Avatar du membre
Loco
Eclaireur 
Eclaireur 
Messages : 1068

Re: Lewis et Clark : Capitaines de l'impossible : Chapitre VIII

Messagepar Loco » 03 juin 2019 12:06

CAPITAINES DE L'IMPOSSIBLE

CHAPITRE VIII
AU-DELÀ DES GRANDES CHUTES


Le 13 juin, après deux jours de marche, les membres du groupe de Lewis furent avertis par un bruit sourd et un brouillard d'écume aperçu dans le lointain qu'ils touchaient au but. Dans l'après-midi, ils atteignirent les Grandes Chutes.

Lewis coucha sur le papier une description émerveillée du spectacle qui s'offrait à lui, commença une lettre qu'il voulait faire parvenir à Clark, puis s'arrêta, réalisant que la beauté du site n'avait d'égal que la difficulté qu'ils allaient avoir à effectuer le portage de leurs pirogues en amont des chutes.

L'exploration plus approfondie, ponctuée de nombreuses péripéties, à laquelle il se livra le lendemain, finit de le convaincre que le transport des embarcations par voie de terre serait un calvaire : les abords du fleuve n'étaient que falaises abruptes, sentiers sinueux jonchés de pierres tranchantes comme des lames de rasoirs ou berges boueuses menaçant sans cesse de s'effondrer. Lorsque Clark arriva deux jours plus tard, tous les hommes s'attelèrent à la fabrication d'un chariot rudimentaire destiné à rendre leur tâche moins ardue. Dès que ce travail eut été accompli et qu'ils eurent dissimulé dans un bosquet la pirogue blanche, à laquelle ils comptaient substituer l'embarcation expérimentale de Lewis, le portage commença.

Les capitaines divisèrent leurs hommes en plusieurs équipes, certains s'affairant à l’assemblage de l'Experiment, qui ne put finalement être utilisé, d'autres au transport des canoës et des bagages, et d'autres enfin à la chasse.

Du camp de Portage Creek, situé en aval des chutes, au camp de Willow Run, situé en amont, s'étendaient dix-huit milles d'une piste difficile, couverte de cactus et de roches aux arêtes coupantes, qui contraignirent les hommes à doubler l'épaisseur des semelles de leurs mocassins pour se protéger. Ils ne trouvèrent en revanche aucune parade contre les moustiques qui accompagnaient les troupeaux de bisons et durent subir leurs assauts répétés.

Les essieux du chariot rudimentaire se brisèrent à plusieurs reprises, et le 29 juin, une averse de grêle d'une rare violence, accompagnée de rafales de vent dévastatrices, s'abattit sur la plaine, mettant en péril l'équipe qui effectuait le portage ce jour-là. Le même jour, une crue soudaine faillit noyer le capitaine Clark, qui sauva sa vie mais perdit tout l'équipement qu'il portait – ses armes et, beaucoup plus grave, le compas. Heureusement, ce dernier fut retrouvé plus tard dans la boue de la berge.

Finalement, après vingt-quatre jours d'enfer, le « Grand Portage », nom sous lequel il entrerait bientôt dans l’Histoire et la légende, fut achevé.
Le 15 juillet, l'expédition se remit en route, se divisant de nouveau en deux groupes, comme lors de la recherche des chutes. Lewis resta avec les canoës et le gros de la troupe, franchissant tantôt des rapides tumultueux, tantôt des étendues d'eau presque stagnante ; Clark remonta le fleuve par voie de terre, ses hommes s'épuisant sur un terrain difficile couvert de figuiers de Barbarie, dont les épines perçaient les semelles des mocassins et les jambières de cuir.

Peu à peu, ils s'enfonçaient vers le cœur des Montagnes Rocheuses et du territoire des Shoshones. S'ils ne craignaient pas ces Indiens grâce à la présence de Sacajawea, les difficultés qu'ils éprouvèrent à les rencontrer ne furent pas sans leur procurer de profondes inquiétudes. Dès le 16 juillet, ils découvrirent des traces du passage des Shoshones. Durant les semaines qui suivirent, ils dépassèrent plusieurs campements abandonnés, mais les Indiens demeurèrent invisibles.

Le 27 juillet, ils atteignirent finalement les Trois Fourches du Missouri et décidèrent de s'y arrêter quelques jours pour en étudier la géographie et permettre à Clark, épuisé et souffrant d’une fièvre, de reprendre des forces. Les diverses reconnaissances qu'effectua Lewis ne firent qu'accroître l'inquiétude des capitaines : la région était la moins giboyeuse et la moins boisée qu'ils eussent traversée jusqu'à ce jour. S'ils ne trouvaient pas les Shoshones, dont ils espéraient obtenir les chevaux nécessaires à la poursuite de l'expédition, leur situation risquait de devenir critique.

Le 2 août, ils reprirent leur progression, Lewis avançant en tête par voie de terre et Clark suivant avec les canoës. Le lendemain, Clark découvrit sur la rive une empreinte récente de mocassin indien : un Shoshone les avait observés, mais il avait pris la fuite. Le 6 août, la crainte de ne pouvoir établir le contact avec la tribu de Sacajawea fut reléguée au second plan par le passage de rapides qui faillirent coûter la vie à l'un des hommes et trois pirogues à l'expédition.

La profondeur et la largeur du fleuve ne cessaient de diminuer, et les capitaines se rendaient compte qu'il allait bientôt devenir impossible d'y naviguer.

Le 8 août, Sacajawea reconnut sur la rive une configuration rocheuse que son peuple appelait Beaver Head – la Tête de Castor. Elle confirma que la source du Missouri était proche, et leur assura qu'ils y rencontreraient sans doute les siens.

Fort de cette information, Lewis décida de pousser plus en avant avec quelques hommes. Le lendemain, il découvrit une piste indienne qu'il suivit durant deux jours. Lorsqu'elle disparut, il obliqua vers le fleuve dans l'espoir de couper une autre piste. Surgit alors à deux milles de distance un Shoshone à cheval, qui s'arrêta au sommet d'une colline.

Le capitaine avança dans sa direction en lui adressant des signes de paix, mais, alors qu'il n'était plus qu'à quelques dizaines de mètres de lui, l'Indien, effrayé par Drouillard et Shields qui convergeaient eux aussi dans sa direction, s'enfuit à bride abattue.

Lewis décida alors de suivre sa piste, mais la perdit après qu'une averse eût effacé les traces laissées par le cheval. Cependant, un peu plus loin, ils découvrirent une nouvelle piste, qu'ils suivirent durant deux jours. Le 12 août, ils atteignirent la source du Missouri et le Great Divide, la Ligne de Partage des Eaux, ce qui causa la plus grande émotion tant au capitaine qu'à ses hommes : la première partie de leur mission était accomplie.

À suivre...

Image
Loco : (1) fou - (2) chef apache chiricahua - (3) esprit du vaudou - (4) terme familier pour "locomotive"

Avatar du membre
Loco
Eclaireur 
Eclaireur 
Messages : 1068

Re: Lewis et Clark : Capitaines de l'impossible

Messagepar Loco » 03 juin 2019 12:11

CAPITAINES DE L'IMPOSSIBLE

CHAPITRE IX
LE PARTAGE DES EAUX


Le lendemain de leur arrivée au Partage des Eaux, ils aperçurent trois Indiennes qui s'enfuirent dès que Lewis tenta d'approcher, mais furent finalement rejointes. Le capitaine leur offrit quelques menus présents et parvint à obtenir qu'elles les mènent à leur village.

A peine avaient-ils franchi deux milles dans cette direction que soixante guerriers en armes surgirent devant eux. Lewis distribua des cadeaux à quelques hommes, puis donna un drapeau au chef, Cameahwait, en lui expliquant qu'il symbolisait la paix entre les Américains et la nation shoshone. Puis ils se remirent en route et arrivèrent enfin au village, où une hutte spéciale avait été construite à la hâte pour recevoir les hommes blancs.

Ils fumèrent le calumet, pendant que Lewis expliquait à Cameahwait le but de l'expédition, et que le chef lui faisait part des démêlés de son peuple avec les Minnetarees de Fort de Prairie, qui expliquaient la méfiance des Shoshones envers les explorateurs, qu'ils avaient pris pour leurs ennemis. Fort heureusement, leurs doutes furent rapidement balayés, et ils se montrèrent si amicaux que Lewis décida d'attendre Clark dans leur village.

Pendant ce temps, Clark et le reste de la troupe luttaient contre le Missouri qui n'était pas prêt à livrer ses derniers milles sans combattre. Les hauts-fonds, les rapides, les roches aux arêtes acérées, les berges infestées de serpents à sonnettes – Clark faillit être mordu à deux reprises – étaient autant d'obstacles qui rendaient la progression des hommes et des canoës des plus difficiles.

Le 15 août, conscient des difficultés que devait rencontrer Clark, Lewis quitta le village shoshone avec ses hommes, le chef Cameahwait et un parti de chasseurs, et suivit le fleuve vers l'aval, à la recherche de gibier et surtout du reste de l'expédition.

Deux jours plus tard, Clark ne se montrant toujours pas, Lewis envoya Drouillard en reconnaissance avec un Shoshone, et les deux hommes revinrent bientôt avec des nouvelles qui causèrent un grand soulagement à Lewis : Clark et les canoës arrivaient.

Dans l'après-midi, Sacajawea, Charbonneau et le capitaine Clark apparurent sur la berge. Une Indienne qui accompagnait les chasseurs reconnut en la jeune femme une amie d'enfance et une ancienne compagne de captivité, et sa présence acheva de convaincre les Shoshones des intentions amicales des Blancs.

Sans perdre de temps, les capitaines organisèrent un conseil durant lequel Sacajawea fit office d'interprète. Ils expliquèrent à Cameahwait que s'il les aidait en leur procurant des chevaux pour atteindre la Columbia, ils lui fourniraient en retour des fusils et de la poudre pour combattre ses ennemis minnetarees. Ayant constaté que Lewis tenait ses promesses, le chef accepta d'échanger les montures nécessaires au transport des hommes et des bagages au-delà du Partage des Eaux, jusqu'au fleuve Columbia.

Pendant que Lewis s'affairait à la confection de selles de bât et de harnais, Clark partit avec onze hommes, Charbonneau, Sacajawea et les Shoshones en direction de leur camp principal, sur une des branches du Columbia, afin d'y acquérir des chevaux et de rechercher le bois nécessaire à la construction de nouveaux canoës.

Deux jours plus tard, il atteignit le village et obtint du chef local des informations qui suffirent à le persuader que la descente vers le Pacifique ne serait pas aussi facile qu'ils l'avaient escompté. Aucune des rivières qui d'après les Shoshones se jetaient dans le Lac Puant – l'océan – ne coulait dans la direction voulue. Par ailleurs, lui dit également le chef, la région qu'ils auraient à traverser n'était guère giboyeuse et abritait des tribus hostiles qui avaient pour habitude de détrousser les voyageurs.

Cependant, le 21 août, laissant derrière eux Charbonneau, Sacajawea et Cruzatte, chargés d'acheter les chevaux, ils poursuivirent leur route vers l'ouest avec un guide shoshone. Remplaçant les clous par des lanières de cuir et les planches par les pales des avirons, Lewis et son groupe parvinrent à terminer la construction des selles de bât.

Le 24 août, après avoir laissé une partie de ses bagages dans une cache et eu bien du mal à acquérir les chevaux promis par les Shoshones, l'expédition se remit en route en compagnie des Indiens, à la grande satisfaction de Lewis.

Six milles seulement furent couverts le premier jour de voyage, mais cependant, deux jours plus tard, l'expédition franchit le Partage des Eaux par la passe de Lemhi, suivant la piste empruntée par Lewis quelques jours plus tôt. Puis ils poursuivirent leur route vers l'ouest pour rejoindre Clark.

À suivre...

Image
Loco : (1) fou - (2) chef apache chiricahua - (3) esprit du vaudou - (4) terme familier pour "locomotive"

Avatar du membre
Loco
Eclaireur 
Eclaireur 
Messages : 1068

Re: Lewis et Clark : Capitaines de l'impossible

Messagepar Loco » 04 juin 2019 10:50

CAPITAINES DE L'IMPOSSIBLE

CHAPITRE X
DES PRÉCIEUX ALLIÉS


Après avoir quitté le village shoshone, Clark s'était heurté aux difficultés décrites par le chef : des montagnes aux pentes abruptes, des sentiers jonchés de pierres aux arêtes tranchantes, pas de gibier et des berges glissantes et encaissées. Et pas de bois pour construire des canoës.

Le 24 août, épuisés et à court de vivres, Clark et ses hommes firent demi-tour, après que l’officier eut dépêché Colter à cheval pour qu'il fasse part à Lewis des possibilités qui s'offraient à deux : tenter de gagner par voie de terre une portion navigable du Columbia ou se séparer en deux groupes, l'un à cheval, l'autre en canoë.

Colter atteignit le village shoshone le 26 août, peu de temps avant Lewis. Averti par le messager de l'impossibilité de descendre la rivière, le capitaine redoubla d'efforts pour acquérir des chevaux, jusqu'au retour de Clark, trois jours plus tard.

Après s'être concertés, les deux hommes décidèrent que le mieux pour l'expédition était de traverser les Monts Bitterroot en suivant la piste de Lolo jusqu'au Columbia.

Ils se mirent en route le 30 août, progressant sur le flanc des montagnes et le long des crêtes, suivant la piste ancestrale des Nez-Percés. Comme ils s'y attendaient, le gibier était rare et le froid intense. À la pluie des premiers jours vinrent bientôt se substituer le gel et la neige.

Le 4 septembre, ils atteignirent un camp d'Indiens têtes-plates auxquels ils achetèrent des chevaux supplémentaires. Après être restés deux jours dans ce village, ils repartirent, suivant la rivière lorsqu'ils le pouvaient, mais étant le plus souvent contraints de progresser le long des pentes glissantes. Retardés par les chutes des chevaux, tenaillés par la faim, ils atteignirent la rivière Lochsa le 14 septembre, après avoir franchi le col de Lolo et ses sources chaudes.

Le 18 septembre, Clark partit en avant avec quelques hommes, espérant qu'un détachement moins important serait plus à même de débusquer le rare gibier de la région. Le lendemain, il abattit un cheval dans une petite vallée et le laissa suspendu à une branche pour le gros de la troupe.

Le jour suivant, après avoir franchi la dernière crête des Monts Bitterroot, il pénétra dans une plaine plantée de pins, qui marquait le début du territoire des Nez-Percés. Le même jour, le chef Bras Brisé les accueillit cordialement dans son village où ils purent se restaurer et se reposer à leur guise.

Il fallut encore deux jours d'efforts et de privations au groupe de Lewis pour atteindre le village de Bras Brisé, dont le chef principal, parti pêcher lorsque Clark était arrivé, était revenu et se nommait Chevelure Emmêlée. Les informations qu'il leur fournit convainquirent les capitaines qu'en descendant la rivière Snake, sur laquelle ils se trouvaient justement, ils atteindraient le Columbia.

Le 25 septembre, Clark et Chevelure Emmêlée partirent à la recherche de troncs convenant à la construction de pirogues. Sur la rive sud, alors qu'ils revenaient vers le camp, ils trouvèrent dans un bois de pins les arbres qu'ils cherchaient.

Le lendemain, l'expédition établit son camp dans le bosquet, à pied d'œuvre pour la confection des embarcations. Les travaux commencèrent le jour suivant et se poursuivirent jusqu'au 5 octobre, date à laquelle le dernier canot fut achevé. Il fallut encore deux jours aux membres de l'expédition pour dissimuler les selles dans une cache et marquer au fer leurs chevaux, dont les Nez-Percés avaient accepté la garde jusqu'au printemps.

Enfin, le 7 octobre, ils mirent les pirogues à l'eau, les chargèrent et entreprirent de descendre la Snake en direction du Columbia – et du Pacifique.
Dès le premier jour de voyage, les rapides qui allaient être leur lot jusqu'au Columbia firent leur apparition. Souvent, un canot manquait de chavirer, ou un autre embarquait tant d'eau qu'il semblait près de couler, mais aucun désastre de ce genre ne se produisit.

Bientôt, les capitaines se rendirent compte qu'ils progressaient plus rapidement que dans la première partie de leur voyage : d'une part, ils avaient le courant avec eux et d'autre part, ils ne s'arrêtaient plus pour chasser. Lorsqu'ils furent las d'un régime composé essentiellement de saumon, les hommes commencèrent à acheter aux Indiens des chiens, ce qui ne leur valut guère d'estime de la part des Nez-Percés, mais leur permit d'en finir avec les problèmes digestifs que leur occasionnait l'excès de poisson.

Le 16 octobre, ils atteignirent le confluent du Columbia et de la Snake. Enfin, ils avaient atteint le fleuve qui devait les conduire jusqu'aux eaux du Pacifique.

À suivre...

Image
Loco : (1) fou - (2) chef apache chiricahua - (3) esprit du vaudou - (4) terme familier pour "locomotive"

Avatar du membre
lasso
Sorcier
Sorcier
Messages : 6949
Localisation : oregon

Re: Lewis et Clark : Capitaines de l'impossible

Messagepar lasso » 04 juin 2019 11:40

à suivre aussi Lasso's Grande Boucle au Far West sous géographie

Judith Landing
Image
Image
Missouri Breaks
Image
Image
Image
Image
Image

L&C Monument at Fort Benton (MT)
Image

les Great Falls aujourd'hui
Image

au L&C Interpretive Center à Great Falls (MT)

Avatar du membre
Loco
Eclaireur 
Eclaireur 
Messages : 1068

Re: Lewis et Clark : Capitaines de l'impossible

Messagepar Loco » 04 juin 2019 12:25

Merci pour les photos, Lasso.

Je remets le lien vers le topic Lasso's Grande Boucle. :beer1:

https://forum.westernmovies.fr/viewtopic.php?f=60&t=13704
Loco : (1) fou - (2) chef apache chiricahua - (3) esprit du vaudou - (4) terme familier pour "locomotive"

Avatar du membre
lasso
Sorcier
Sorcier
Messages : 6949
Localisation : oregon

Re: Lewis et Clark : Capitaines de l'impossible

Messagepar lasso » 04 juin 2019 14:40

Loco a écrit :
pak a écrit :
Concernant Sacajawea, la photo de Lasso m'intrigue. La tombe donne 1884 comme année de décès. J'ai toujours cru qu'elle était morte assez jeune, comme Pocahontas. Bon, ce n'est peut-être pas l'endroit pour interférer dans ce beau récit. M'en vais creuser par ailleurs.


Merci Pak. Je n'avais pas fait attention, mais oui, sauf découverte récente, il y a une erreur sur le monument, elle est morte en 1812, à l'âge de 24 ans.

Quoiqu'on la représente toujours comme une femme dans les tableaux, gravures et illustrations, ce n'était qu'une jeune fille de 16 ans lorsqu'elle guida l'expédition, et qui plus est, mariée de force à Charbonneau...


https://www.encyclopedia.com/people/his ... /sacajawea

selon cet article - Sacajawea, la vraie, qui a été enterrée à Wind River, a bien survécu 100 ans
(suivant une autre théorie), donc la date sur le monument serait bien exacte.

Avatar du membre
Loco
Eclaireur 
Eclaireur 
Messages : 1068

Re: Lewis et Clark : Capitaines de l'impossible

Messagepar Loco » 04 juin 2019 15:06

lasso a écrit :
https://www.encyclopedia.com/people/his ... /sacajawea

selon cet article - Sacajawea, la vraie, qui a été enterrée à Wind River, a bien survécu 100 ans
(suivant une autre théorie), donc la date sur le monument serait bien exacte.


Merci Lasso, je ne connaissais pas du tout cette théorie ou version de son histoire. Ça me paraît bien documenté, d'autant plus que Shoshones et Comanches sont liés. Voilà qui enflamme mon imagination, en tout cas ! :)
Loco : (1) fou - (2) chef apache chiricahua - (3) esprit du vaudou - (4) terme familier pour "locomotive"

Avatar du membre
pass
Desperado
Messages : 2799

Re: Lewis et Clark : Capitaines de l'impossible

Messagepar pass » 04 juin 2019 19:46

Loco a écrit :............d'autant plus que Shoshones et Comanches sont liés.


Ainsi que les Utes de par la langue Uto-Aztèque.

Avatar du membre
pak
Harmonica
Messages : 3360
Localisation : Massy town
Contact :

Re: Lewis et Clark : Capitaines de l'impossible

Messagepar pak » 04 juin 2019 20:38

Loco a écrit :
lasso a écrit :
https://www.encyclopedia.com/people/his ... /sacajawea

selon cet article - Sacajawea, la vraie, qui a été enterrée à Wind River, a bien survécu 100 ans
(suivant une autre théorie), donc la date sur le monument serait bien exacte.


Merci Lasso, je ne connaissais pas du tout cette théorie ou version de son histoire. Ça me paraît bien documenté, d'autant plus que Shoshones et Comanches sont liés. Voilà qui enflamme mon imagination, en tout cas ! :)


Merci Lasso.

Dans le Wikipedia en anglais, une partie de l'article sur Sacajawea revient aussi sur cette théorie de sa longévité : https://en.wikipedia.org/wiki/Sacagawea#Later_life_and_death.

J'imagine qu'on n'en saura jamais totalement le vrai du faux, même si cette deuxième version du devenir de cette femme semble un peu trop beau. Mais qui sait ?
Quand on joue dans un western, on peut embrasser le cheval mais pas l'actrice.

Gary Cooper


http://www.notrecinema.com/

Le quiz western 2014

Avatar du membre
Loco
Eclaireur 
Eclaireur 
Messages : 1068

Re: Lewis et Clark : Capitaines de l'impossible

Messagepar Loco » 05 juin 2019 10:10

CAPITAINES DE L'IMPOSSIBLE

CHAPITRE XI
OCÉAN PACIFIQUE ET INDIENS BELLIQUEUX


Clark explora la Snake sur dix milles le 17 octobre, et le lendemain, l’expédition entreprit la descente du Columbia, dont les premiers rapides s'avérèrent aussi dangereux que ceux de la Snake. Ils progressèrent rapidement jusqu'au 22 octobre, ne s'arrêtant que pour acheter des saumons, des chiens et des racines aux Indiens wallulas, cayuses et umatillas campés sur les rives du cours d'eau.

Mais une nouvelle barrière naturelle se dressa bientôt devant eux : les Grandes Chutes du fleuve Columbia. Après avoir effectué une reconnaissance avec l'aide d'un vieil Indien, les capitaines décidèrent d'effectuer le portage sur la rive sud.

Durant quatre jours, ils affrontèrent rapides et tourbillons, portèrent sur la berge tantôt leurs bagages, tantôt leurs canots et guettèrent avec anxiété l'approche des Indiens itaxluits, dont les Wallulas leur avaient dit de se méfier. Mais cette tribu se montra amicale et le 29 octobre, l'expédition quitta son territoire sans coup férir.

Après avoir dépassé une île appelée par les Indiens Memaloose Alahee – le Pays des Morts – ils furent ralentis par de nouvelles chutes, au pied desquelles se dressait un autre cimetière indien. Le 3 novembre, enfin, ils franchirent les derniers rapides et quittèrent cette région funeste.

Quatre jours plus tard, le 7 novembre, ils dressèrent leur camp au pied d'une colline après avoir dépassé un vaste village chinook. Depuis plusieurs jours, ils avaient tous observé des signes évidents de la proximité de l'océan – les vestes et pantalons de marins portés par quelques Indiens, le flux et le reflux qui affectaient le fleuve – mais il régna sur le bivouac ce soir-là une joie inhabituelle car, après dix-huit mois de voyage, dans les dernières lueurs du crépuscule, il leur avait été donné d'apercevoir le Pacifique.

Après avoir dormi, bercés par le grondement lointain des vagues, ils reprirent leur progression le lendemain.

Mais cet océan si proche à présent et si longtemps convoité se transforma bientôt en ennemi : la violence du vent, de la pluie et des vagues les contraignirent à n'avancer que d'un ou deux milles à la fois, profitant des courtes accalmies offertes par la tempête pour démonter un campement et en remonter un autre un peu plus loin.

Les Indiens eux-mêmes, qui n'avaient fait aucun problème depuis que l'expédition avait quitté le territoire des Sioux, devinrent moins amicaux. Les tribus de l'embouchure du Columbia avaient la néfaste habitude de voler tout ce qui pouvait l'être, ce qui occasionna d'extrêmes tensions entre eux et les membres de l'expédition. À plusieurs reprises, Colter, Shannon et Willard durent faire mine d'utiliser leurs armes pour préserver leurs biens et même leurs vies.

Cependant, le 16 novembre, en dépit des éléments déchaînés et des indigènes, l'expédition pénétra dans la Baie de Haley et atteignit les eaux salées du Pacifique.

Après avoir dressé, à l'aide de planches prises dans un village indien abandonné, un campement un peu plus confortable que leurs bivouacs habituels, les capitaines entreprirent d'explorer la côte pour trouver un endroit où dresser leurs quartiers d'hiver.

Leurs rencontres avec les Clatsops et Cathlamahs qui peuplaient la région eurent tôt fait de leur apprendre que ces Indiens ne possédaient pas les qualités, qu'elles soient morales ou physiques, de ceux qu'ils avaient rencontrés jusque-là. Peut-être le jugement des capitaines était-il faussé par le fait qu'ils avaient quitté le monde blanc depuis un an et demi et qu'ils avaient tendance à l'idéaliser, ou bien peut-être que l'état d'extrême pauvreté dans lequel se trouvaient les Clatsops les contraignaient à se montrer malhonnêtes en affaires et à voler ce qu'ils ne pouvaient obtenir par le troc. Toujours est-il que dès l'arrivée de l'expédition sur la côte, ses relations avec les Indiens furent tendues.

Le 5 décembre, après une expédition de chasse harassante, Lewis revint au campement avec une bonne nouvelle : il avait trouvé un site idéal pour l'établissement de leur camp d'hiver. Une bande de terre giboyeuse, une source d'eau douce, du bois en quantité, un endroit pour faire du sel et un poste de guet pour observer l'océan. Dès que le temps le leur permit, les capitaines déplacèrent leur campement et entreprirent la construction du camp palissadé qui allait devenir Fort Clatsop.

Durant les dernières semaines de l'année 1805, sans cesse trempés par les averses continuelles de pluie et de grêle, ils partagèrent leur temps entre la construction du fort et la chasse, amassant peu à peu une importante réserve de viande qui devait non seulement les nourrir durant l'hiver mais également les aider durant leur voyage de retour au printemps suivant.

Le 1er janvier 1806, les hommes saluèrent à la fois la nouvelle année et l'achèvement des travaux par une salve d'honneur. Mais déjà, le cantonnement à Fort Clatsop, quoique sa construction fût à peine terminée, pesait aux hommes : cet hivernage forcé sur la côte retardait d'autant leur retour vers la civilisation.

Les Indiens avaient confirmé aux capitaines que des bateaux venaient mouiller dans la baie, chaque année au printemps, mais les semaines et les mois passaient sans qu'aucune voile n’apparût à l'horizon.

Le 9 janvier, alors qu'il s'était rendu dans un village tillamook près duquel s'était échouée une baleine, McNeal manqua d'être tué par un Indien qui tentait de lui voler sa couverture. Seule la présence de Clark et de quelques hommes venus voir l'énorme cétacé lui évita de perdre la vie.

À suivre...

Image
Loco : (1) fou - (2) chef apache chiricahua - (3) esprit du vaudou - (4) terme familier pour "locomotive"

Avatar du membre
lasso
Sorcier
Sorcier
Messages : 6949
Localisation : oregon

Re: Lewis et Clark : Capitaines de l'impossible

Messagepar lasso » 05 juin 2019 11:03

Fort Clatsop (Oregon, Pacific)


Image


Retourner vers « La conquête de l'Ouest »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 2 invités