La guerre de Conquête (1754-1763)

DEMERVAL
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La guerre de Conquête (1754-1763)

Messagepar DEMERVAL » 13 sept. 2017 17:47

La guerre de Conquête (1754–63) comprit le volet Nord-Américain de la guerre de Sept ans qui eut lieu en Europe de 1756 à 1763. Elle opposa les colonies britanniques de l’Amérique à celles de la Nouvelle France. Les deux camps étaient soutenus par des unités militaires provenant de leur pays d’origine en Grande-Bretagne et en France, ainsi que par leurs alliés Indiens. Au début de la guerre, les colonies franco-américaines avaient une population d’environ 60,000 colons, comparés aux 2 millions d’Américano-britanniques. Les Français particulièrement dépassés en nombre dépendaient fortement des Indiens. Les nations européennes se déclarèrent la guerre en 1756 suite à des mois de conflits localisés, transformant une guerre purement régionale en un conflit intercontinental.
L’appellation de French and Indian War est principalement usitée aux Etats-Unis. Il fait référence aux deux ennemis principaux des colons britanniques: les forces royales françaises et les diverses forces Indiennes alliées avec elles. Les colons britanniques furent épisodiquement aidés par les Iroquois, les Catawbas et les Cherokees, et les colons français furent aidés par les membres de la Confédération Wabanaki, à savoir les Abenakis et les Mi'kmaqs, les Algonquins, les Lenapes, les Ojibwas, les Ottawas, les Shawnees et les Wyandots.
Les historiens Britanniques et autres européens utilise le terme de Seven Years' War, à l’instar des Canadiens anglophiles. Les Canadiens francophiles parlent de La guerre de la Conquête (the War of the Conquest) ou (rarement) de la Quatrième Guerre Intercoloniale.
Les combats prirent initialement place le long des frontières entre le Nouvelle France et les colonies britanniques, de la Virginie au sud de Terre-Neuve au nord. Cela commença par une dispute au sujet du contrôle de la confluence des rivières Allegheny et Monongahela appelée Forks of the Ohio, et le site français de Fort Duquesne (aujourd’hui Pittsburgh, Pennsylvanie). La dispute sombra dans la violence à la bataille de Jumonville Glen en mai 1754, durant laquelle des miliciens de la Virginie sous le commandement du jeune George Washington (22 ans alors) tendirent une embuscade à une patrouille française.
En 1755, six gouverneurs coloniaux de l’Amérique du Nord rencontrèrent le Général Edward Braddock, le nouvellement arrivé commandant de l’Armée Britannique, pour planifier une attaque en quatre temps des Français. Aucun ne réussit et l’effort principal de Braddock se révéla être un désastre; il perdit la bataille de Monongahela le 9 juillet 1755 et décéda quelques jours plus tard. Les opérations britanniques échouèrent dans les régions frontalières de la Pennsylvanie et de New York de 1755 à 1957 à cause d’une combinaison d’un piètre mamngement, de divisions internes, du manque de charisme des éclaireurs canadiens, des forces régulières françaises et de leurs alliés Indiens. En 1755, les Britanniques capturèrent le Fort Beauséjour sur la frontière séparant la Nouvelle Ecosse de l’Acadie et ils ordonnèrent l’expulsion des Acadiens (1755–1764) peu de temps après. Les ordres de déportation furent donnés par William Shirley, Commandant-en-Chef de l’Amérique du Nord, sans en avoir reçu l’aval de la Grande-Bretagne. Les Acadiens furent expulsés, que ce soient ceux ayant été capturés les armes à la main ou ceux ayant prêté serment d’allégeance à sa Majesté Britannique. Les Indiens de même furent expulsés de leurs terres afin de faire de la place aux colons de la Nouvelle Angleterre.
Le gouvernement colonial britannique tomba dans la région de la moderne Nouvelle Ecosse après plusieurs campagnes désastreuses menées en 1757, dont l’expédition avortée contre Louisbourg et le siège du Fort William Henry; ce dernier fut suivi par des Indiens torturant et massacrant les victimes britanniques. William Pitt prit le pouvoir et accrut de manière significative les ressources militaires britanniques dans les colonies à un moment où la France ne voulait pas risquer la vie de grands convois pour aider les forces limitées qu’elle avait en Nouvelle France, préférant concentrer ses forces contre la Prusse et ses alliés sur le théâtre européen de la guerre. Entre 1758 et 1760, l’armée britannique lança une campagne pour s’emparer de la Colonie du Canada (une partie de la Nouvelle France). Ils réussirent à s’emparer du territoire en encerclant les colonies et finalement la ville de Québec (1759). Les britanniques perdirent plus tard la bataille de Sainte-Foy, à l’ouest du Québec (1760), mais les Français cédèrent le Canada en accord avec le Traité de Paris (1763).
L’issue fut un des développements les plus significatifs d’un siècle de conflits franco-anglais. La France céda à la Grande-Bretagne ses territoires orientaux du Mississippi. Elle céda la Louisiane à l’ouest de la rivière Mississippi (dont la Nouvelle Orleans) à ses alliés. La présence coloniale française dans les Caraïbes fut réduite aux îles de Saint Pierre et Miquelon, confirmant la position de la Grande-Bretagne comme puissance coloniale dominante dans l’est de l’Amérique du Nord.

L’origine du nom

Le conflit est connu sous diverses appellations. En Amérique britannique, ces guerres furent souvent appelées du nom du monarque régnant comme la King William's War ou la Queen Anne's War. Il y avait déjà eu une King George's War durant les années 1740 durant le règne du Roi George, aussi les colons britanniques appelèrent-ils ce conflit en faveur de leurs ennemis et elle devint la French and Indian War. Ce nom traditionnel continue à être couramment utilisé aux Etats-Unis, mais il fait abstraction du fait que les Indiens combattirent des deux côtés du conflit et qu’elle faisait partie de la Seven Years' War, un conflit bien plus important opposant en Europe la France à la Grande-Bretagne. Les historiens Américains utilisent généralement le nom traditionnel ou parfois celui de Seven Years' War. Moins fréquemment les noms utilisés incluent Fourth Intercolonial War et Great War for the Empire.
En Europe, le théâtre Nord-Américain de la Guerre de Sept Ans ne dispose pas d’un nom particulier. Le conflit international dans son entier est connu comme étant la Guerre de Sept Ans. "Sept Ans" fait référence à des événements européens, de la déclaration officielle de la guerre en 1756 à la signature du Traité de Paix en 1763. Ces dates ne correspondent pas à la période de combats en Amérique du Nord qui fut largement conclue en six ans, de la bataille de Jumonville Glen en 1754 à la capture de Montréal en 1760.
Les Canadiens se réfèrent aux deux conflits comme la Seven Years' War (Guerre de Sept Ans). Les franco-canadiens utilisent aussi le terme "War of Conquest" (Guerre de la Conquête), car c’est la guerre durant laquelle le Canada fut conquis par les britanniques et devint une partie de l’Empire Britannique.

L’Amérique du Nord durant les années 1750.

L’Amérique à l’est de la rivière Mississippi était largement revendiquée par la Grande-Bretagne et la France. De grandes étendues d’espaces n’avaient pas été colonisés par les Européens.
La population française se montait à environ 75 000 personnes et était concentrée le long de vallée du Saint-Laurent, avec quelques communautés en Acadie (aujourd’hui le Nouveau Brunswick et la Nouvelle Ecosse, dont l’île Royale (à présent Cape Breton Island). Peu habitaient la Nouvelle Orléans, Biloxi au Mississippi, Mobile en Alabama et de petites colonies dans le Pays de l’Illinois. Les négociants en peaux français et les trappeurs voyageant à travers les lignes de partage d’eau du Saint-Laurent et du Mississippi, firent des affaires avec les tribus locales et marièrent souvent des femmes Indiennes. Les négociants épousaient les filles des Chefs, créant ainsi des liens de haute lignée.
Les colons britanniques surpassaient les Français à 20 contre 1 avec une population d’environ 1,5 million installés le long de la côte est du continent de la Nouvelle Ecosse à Terre-Neuve au Nord à la Géorgie au sud. Nombre des colonies anciennes eurent des revendications territoriales qui s’étendirent arbitrairement loin dans l’ouest, l’étendue du continent étant alors inconnu. Leurs agglomérations se trouvaient le long de la côte bien que des colonies se développèrent à l’intérieur des terres. La Grande-Bretagne réclama aussi le Rupert's Land où la compagnie de l’Hudson's Bay commercçait la fourrure avec les tribus locales.
Entre les colons français et britanniques, de larges étendues étaient dominées par des tribus Indiennes. Au nord, les Mi'kmaqs et les Abenakis étaient engagés dans la Guerre Anglo-Micmac et conservaient encore de l’emprise sur des parties de la Nouvelle Ecosse, de l’Acadie et sur des portions orientales de la province du Canada ainsi qu’une grande partie du Maine. La Confédération Iroquoise dominait une grande partie supérieure de l’Etat de New York et du pays de l’Ohio, bien que l’Ohio comprenait aussi des populations parlant l’Algonquin comme les Delawares et les Shawnees, ainsi des tribus parlant l’Iroquois comme les Mingos. Ces tribus étaient formellement sous le contrôle des Iroquois et étaient limitées par eux dans leur autorité à signer des agréments.
L’intérieur du sud-est était dominé par les Catawbas de langue sioux, les Muskogees de langue Creeks et les Choctaws et les tribus Cherokees parlant l’Iroquois. Quand la guerre éclata, les colons français utilisèrent leurs connexions commerciales pour recruter des combattants issus des tribus des portions occidentales de la région des Grands Lacs qui n’étaient pas directement impactées par le conflit entre les Français et les Britanniques; cela incluait les Hurons, les Mississaugs, les Ojibwas, les Winnebagos et les Potawatomis. TLes colons britanniques étaient aidés dans la guerre par les Iroquois des Six Nations et par les Cherokees, jusqu’à ce que des différends suscitent la guerre Anglo-Cherokee en 1758. En 1758, le gouvernement de la Pennsylvanie négocia avec succès le Traité d’Easton par lequel un certain nombre de tribus du pays de l’Ohio promirent leur neutralité en échange de l’attribution de terres et autres considérations. La plupart des autres tribus du nord se rangèrent au côté des Français, leur partenaire commercial originel et fournisseur d’armes. Les Creeks et les Cherokees furent sujets aux efforts diplomatiques des Français et des Britanniques pour gagner leur soutien ou leur neutralité dans le conflit. A cette époque, l’Espagne réclama seulement la province de Floride à l’est de l’Amérique du Nord : elle contrôlait Cuba et d’autres territoires dans les Indes Occidentales qui devinrent des objectifs militaires durant la Guerre de Conquête. La population européenne de la Floride n’excédait pas quelques petites centaines de personnes concentrées à St. Augustine et Pensacola.
Au début de la guerre, aucune troupe régulière française n’était stationnée en Amérique du Nord et peu de troupes britanniques. La Nouvelle France était défendue par environ 3000 troupes de la marine, compagnies de réguliers coloniaux (dont certaines avaient une réelle expérience de combat dans les forêts). Le gouvernement colonial recrutait le support d’une milice quand elle avait le besoin. La plupart des colonies britanniques rassemblaient des compagnies de milices locales pour s’occuper des menaces Indiennes, généralement mal entraînées et disponibles que sur de courtes périodes mais elles n’avaient pas de forces permanentes. La Virginie, en contraste, disposait d’une longue frontière avec plusieurs compagnies de réguliers britanniques.
Les gouvernements coloniaux étaient utilisés pour opérer indépendamment l’un de l’autre et en dehors du gouvernement de Londres, une situation qui compliqua les négociations avec les tribus Indiennes, dont les territoires englobaient parfois des terres revendiquées par plusieurs colonies. Après le début de la guerre, les leaders de l’Armée Britannique tentèrent d’imposer des contraintes et des revendications sur les administrations coloniales.
Les événements ayant conduit à la guerre.

L’expédition Céloron

Le gouverneur général de la Nouvelle France, Roland-Michel Barrin de La Galissonière était inquiet de l’incursion et de l’influence grandissante dans le Pays de l’Ohio, des négociants coloniaux britanniques tels que George Croghan. En juin 1747, il ordonna à Pierre-Joseph Céloron de conduire une expédition militaire à travers la région. Ses objectifs étaient :
• de réaffirmer aux alliés Indiens de la Nouvelle-France que leurs arrangements commerciaux avec les colons étaient exclusifs de ceux autorisés par la Nouvelle France
• de confirmer l’assistance Indienne en affirmant et maintenant la revendication française sur les territoires que les explorateurs français avaient réclamés
• de décourager toutes alliances entre la Grande Bretagne et les tribus Indiennes locales
• d’impressionner les Indiens avec une démonstration de force française contre l’incursion des colons britanniques, les expéditions commerciales non autorisées et l’entrée non autorisée dans les territoires réclamés par les Français.
La force expéditionnaire de Céloron consistait en environ 200 hommes de troupes de la marine et 30 Indiens et elle couvrit 4 800kms entre juin et novembre 1749. Ils remontèrent sur la rive Saint-Laurent, continuèrent sur la rive nord du Lac Ontario, traversèrent le portage du Niagara et suivirent la rive sud du Lac Erié. Au portage de Chautauqua près de Barcelona, New York, l’expédition piqua dans les terres vers la rivière Allegheny qu’ils suivirent jusque Pittsburgh. Là Céloron enterra des assiettes en plomb gravées de la revendication française du pays de l’Ohio. A chaque fois qu’il rencontrait des marchands coloniaux britanniques ou des négociants en fourrure, il les informait des revendications françaises sur le territoire et leur demandait de partir.
L’expédition de Céloron arriva à Logstown où les Indiens de la région l’informèrent qu’ils possédaient le pays de l’Ohio et qu’ils préféraient commercer avec les marchands anglais plutôt qu’avec les français. Il continua vers le sud jusqu’à ce que l’expédition ait atteint le confluent des rivières Ohio et Miami qui se trouve juste au sud du village de Pickawillany, le lieu du domicile du chef des Miamis connu sous le nom de "Old Briton". Céloron menaça Old Briton de sévères représailles s’il continuait à commercer avec les colons britanniques, mais Old Briton ignora l’avertissement. Céloron retourna désappointé vers Montréal en novembre 1749.
Céloron fit un compte-rendu détaillé et exhaustif. "Tout ce que je peux dire est que les Indiens de ces localités sont très mal disposés envers les Français," écrivit-il, "et sont entièrement dévoués aux Anglais. Je ne sais pas comment faire pour les faire changer d’avis." Même avant son retour à Montréal, les rapports sur la situation dans le pays de l’Ohio parvenaient à Londres et Paris, chaque camp proposant des plans d’actions. Le gouverneur du Massachusetts, William Shirley fut particulièrement énergique, en affirmant que les colons britanniques ne seraient pas en sécurité tant que les Français seraient présents.

Les négociations

En 1749, le gouvernement britannique attribua des terres à la Ohio Company of Virginia dans le but de développer le commerce et accélérer la colonisation du pays de l’Ohio. L’accord exigeait l’installation de 100 familles dans le territoire et la construction d’un fort pour leur protection. Mais le territoire était aussi revendiqué par la Pennsylvanie et les deux colonies commencèrent à se mettre en action pour conforter leurs revendications respectives. En 1750, Christopher Gist explora le territoire de l’Ohio, agissant pour l’occasion au profit de la Virginie et de la compagnie et il ouvrit les négociations à Logstown, avec les tribus Indiennes. Il parvint à la rédaction en 1752 du Traité de Logstown dont les Indiens locaux acceptèrent les termes à travers l’approbation de "Half-King" Tanacharison et d’un représentant Iroquois. Ces termes incluaient la permission de bâtir une sorte de fortin à l’embouchure de la rivière Monongahela sur l’actuel site de Pittsburgh, Pennsylvanie. A la fin du 17ème siècle, les Iroquois avaient repoussé de nombreuses tribus en dehors de la vallée de l’Ohio et ils le revendiquèrent comme terrain de chasse par droit de conquête.
La guerre de Succession d’Autriche (mieux connue comme la guerre du Roi George) prit formellement fin en 1748 avec la signature du Traité d’Aix-la-Chapelle qui se focalisa primairement sur la résolution de problèmes européens. Les discussions sur les revendications territoriales, sources de conflit entre Britanniques et Français, auraient dû se régler dans le cadre d’une commission mais celle-ci n’aboutit pas. Les zones frontalières étaient réclamées des deux côtés, de la Nouvelle Ecosse à l’Acadie dans le nord et par le pays de l’Ohio vers le sud. Les disputes s’étendirent aussi vers l’Océan Atlantique dont les deux puissances revendiquaient l’accès pour les riches pêcheurs des Grand Banks au large de Terre-Neuve.

L’Attaque sur Pickawillany

Le Gouverneur-Général de la Nouvelle France, le Marquis de la Jonquière décéda le 17 mars 1752 et il fut temporairement remplacé par Charles le Moyne de Longueuil. Son remplaçant définitif, le Marquis Duquesne n’arriva pas en Nouvelle France avant la fin 1752. L’activité britannique continuelle dans les territoires de l’Ohio incitèrent Longueuil à monter une autre expédition dans la région sous le commandement de Charles Michel de Langlade, un officier des Troupes de la Marine. Langlade reçut 300 hommes, dont des Franco-Canadiens et des guerriers de la tribu des Ottawas. Son objectif était de punir les Miamis de Pickawillany pour ne pas avoir suivi les ordres de Céloron de cesser de commercer avec les Britanniques. Le 21 juin, les Français attaquèrent le centre commercial de Pickawillany, capturant trois commerçants et tuant 14 Indiens Miamis dont Old Briton. Il fut apparemment rituellement cannibalisé par quelques Indiens de l’expédition.

La construction du fort Français.

Au printemps 1753, Paul Marin de la Malgue reçut le commandement d’une force de 2 000 hommes de Troupes de la Marine et Indiens. Ses ordres étaient de protéger les terres du roi de la vallée de l’Ohio des Britanniques. Marin suivit la route que Céloron avait empruntée quatre ans plus tôt. Cependant, Céloron avait limité le dossier des revendications françaises à l’enfouissement d’assiettes en plomb, pendant que Marin construisit des forts qu’il activa. Il construisit d’abord le Fort Presque Isle sur la rive sud du Lac Erié, Pennsylvanie et il fit construire une route sur les sources de LeBoeuf Creek. Il construisit ensuite un second fort au Fort Le Boeuf à Waterford, Pennsylvanie), chargé de garder les sources de LeBoeuf Creek. Comme il descendait vers le sud, il chassa ou captura des commerçants britanniques, en alarmant par la même occasion les Britanniques et les Iroquois. Tanaghrisson était un chef des Indiens Mingos, qui étaient des vestiges des Iroquois et autres tribus qui avaient été chassées par l’expansion coloniale. Il haïssait intensément les Français qu’il accusait d’avoir tué et mangé son père. Il fit le voyage au Fort Le Boeuf et menaça les Français d’une action militaire, ce que Marin rejeta avec mépris.
Les Iroquois envoyèrent des messagers au manoir de William Johnson dans l’état de New York, qui était le Commissaire Britannique aux Affaires Indiennes dans la région de New York et au-delà. Johnson était connu des Iroquois sous le nom de Warraghiggey, signifiant "celui qui fait de grandes choses." Il parlait leur langue et était devenu un membre respecté de la Confédération Iroquoise de la région et il fut nommé Colonel des Iroquois en 1746; il fut plus tard affecté comme colonel de la milice de l’Ouest de New York.
Les représentants des Indiens et Johnson rencontrèrent le Gouverneur Clinton et les officiels de quelques-unes d’autres colonies américaines à Albany, New York. Le chef Mohawk, Chief Hendrick fut le porte-parole de leur conseil tribal et il insista pour que les Britanniques tiennent leurs obligations et stoppent l’expansion française. Clinton ne répondit pas favorablement à cette requête et Hendrick dit que la "Covenant Chain" était rompue, une relation amicale entre la Confédération Iroquoise et la Couronne Britannique.

La réponse de la Virginie

Le Gouverneur Robert Dinwiddie de la Virginie était un investisseur de la Ohio Company qui aurait manifestement perdu de l’argent si les Français obtenaient leurs revendications. Il ordonna au jeune major de 21 ans, George Washington (dont le frère était un autre investisseur de la Ohio Company) du Régiment de la Virginie de demander aux Français de quitter le territoire de la Virginie en octobre 1753. Washington prit la route avec une petite troupe, embarqua Jacob Van Braam comme interprète, Christopher Gist (un expert de la compagnie travaillant dans la région) et quelques Mingos conduits par Tanaghrisson. Le 12 décembre, Washington et ses hommes atteignaient Fort Le Boeuf.
Jacques Legardeur de Saint-Pierre succéda à Marin comme commandant des forces françaises après le décès de Marin le 29 octobre, et il invita Washington à venir dîner avec lui. Durant le dîner, Washington présenta à Saint-Pierre la lettre de Dinwiddie lui demandant de quitter immédiatement le pays de l’Ohio. Saint-Pierre dit, "A l’instar de la sommation de quitter que vous me présentez, je ne me sens pas dans l’obligation d’y obéir." Il dit à Washington que les revendications françaises sur la région étaient supérieures à celles des Britanniques depuis que René-Robert Cavelier, Sieur de La Salle avait exploré le Pays de l’Ohio un siècle plus tôt.
La troupe de Washington quitta Fort Le Bœuf, tôt le 16 décembre et arriva à Williamsburg le 16 janvier 1754. Il affirma dans son rapport, "Les Français se sont dirigés vers le sud", tout en détaillant les étapes empruntées pour fortifier la région et leur intention de fortifier le confluent des rivières Allegheny et Monongahela.

La course à la guerre

Avant même le retour de Washington, Dinwiddie avait envoyé une compagnie de 40 hommes sous les ordres de William Trent à cet endroit où ils commencèrent la construction d’un petit fort retranché pour les premiers mois de 1754. Le Gouverneur Duquesne envoya des troupes françaises supplémentaires sous le commandement de Claude-Pierre Pecaudy de Contrecœur pour soulager Saint-Pierre durant la même période et Contrecœur emmena 500 hommes vers le sud du Fort Venango le 5 avril 1754. Ces forces arrivèrent au fort le 16 avril mais Contrecœur autorisa généreusement la petite compagnie de Trent à se retirer. Ils achetèrent les outils pour continuer de construire ce qui allait devenir Fort Duquesne.

La bataille de Jumonville Glen

Dinwiddie avait ordonné à Washington de conduire une force plus importante pour prêter assistance à Trent mais sur le chemin Washington apprit la retraite de Trent. Le Chef Mingo, Tanaghrisson, avait promis son soutien aux Britanniques, aussi Washington continua vers le Fort Duquesne pour le rencontrer. Il apprit alors la présence dans la région d’une patrouille d’éclaireurs Français aussi il combina les forces de Tanaghrisson avec les siennes et surprit les Canadiens le 28 mai à l’occasion de ce qui allait devenir la Bataille de Jumonville Glen. Il tuèrent beaucoup de Canadiens, dont leur officier commandant Joseph Coulon de Jumonville, dont la tête fut apparemment fendue en deux par le tomahawk de Tanaghrisson. L’historien Fred Anderson suggère que Tanaghrisson avait agi pour gagner le soutien des Britanniques et regagner de l’autorité sur son propre peuple. Ils avaient été enclins à soutenir les Français, avec qui ils entretenaient depuis longtemps des relations commerciales. Un des hommes de Tanaghrisson dit à Contrecoeur que Jumonville avait été tué par le feu d’un mousquet britannique.
Les historiens considèrent généralement que la Bataille de Jumonville Glen fut le point de départ de la Guerre de Conquête et le début des hostilités dans la vallée de l’Ohio.
Suite à la bataille, Washington se retira de quelques kilomètres et établit Fort Necessity, que les Canadiens attaquèrent sous le commandement du frère de Jummonville lors de la Bataille du Fort Necessity, le 3 juillet. Washington se rendit et négocia le retrait sous les armes. Un de ses hommes rapporta que les forces Canadiennes étaient accompagnées par des Shawnees, des Delawares et des guerriers Mingo—justement ceux que Tanaghrisson cherchaient à influencer.
Des nouvelles des deux batailles parvinrent en Angleterre en août. Après plusieurs mois de négociations, le gouvernement du Duc de Newcastle décida d’envoyer l’année suivante une expédition militaire pour déloger les Français. Ils choisirent le Major Général Edward Braddock pour diriger l’expédition. Des informations sur les plans militaires britanniques parvinrent en France bien avant le départ de Braddock pour l’Amérique du Nord. En réponse, le roi Louis XV dépêcha six régiments en Nouvelle France sous le commandement du Baron Dieskau en 1755. Les Britanniques envoyèrent leur flotte en février 1755, dans l’intention de bloquer les ports français mais la flotte française avait déjà levé la voile. L’Amiral Edward Hawke détacha une escadre rapide vers l’Amérique du Nord pour tenter de les intercepter.
Lors d’une seconde action britannique, l’Amiral Edward Boscawen ouvrit le feu sur le bateau français Alcide, le 8 juin 1755, le capturant ainsi que deux transporteurs de troupes. Les britanniques harcelèrent les bateaux français tout au long de l’année 1755, arraisonnant 16 navires et capturant les marins. Ces actions contribuèrent à la déclaration officielle de la guerre au printemps 1756.

Le congrès d’Albany

Une première réponse politique importante à l’ouverture des hostilités fut la convocation du Congrés d’Albany en juin et juillet 1754. Le but du congrès était de formaliser un front unifié du commerce et les négociations avec divers Indiens, depuis que l’allégeance de tribus et de nations variées était pivotale dans la guerre qui se déroulait. Le plan que les délégués acceptèrent ne fut pas ratifié par les législatures coloniales ni approuvé par la Couronne. Neanmoins, le format du congrès et les nombreuses spécificités du plan devinrent le prototype pour la Confédération durant la Guerre d’Indépendance.

Les campagnes Britanniques, 1755

Les Britanniques mirent sur pied un plan agressif d’opérations pour 1755. Le Général Braddock devait diriger l’expédition contre le Fort Duquesne pendant que le Gouverneur du Massachusetts William Shirley recevait la tâche de fortifier Fort Oswego et attaquer Fort Niagara, et que Sir William Johnson capturerait le Fort St. Frédéric. Le Lieutenant Colonel Robert Monckton devait capturer Fort Beauséjour à l’est, sur la frontière entre la Nouvelle Ecosse et l’Acadie.
Braddock emmena environ 1 500 hommes de troupe et miliciens dans une expédition en juin 1755 pour prendre Fort Duquesne, avec George Washington comme un de ses aides. L’expédition fut un désastre. Il fut attaqué par les soldats français et des guerriers Indiens qui leur tendirent une embuscade, cachés dans les arbres et derrière leurs troncs, et Braddock appela à la retraite. Il fut tué et approximativement 1 000 soldats britanniques furent également abattus ou blessés. Les 500 hommes de troupe britanniques restants se retirèrent en Virginie, emmenés par George Washington. Deux futurs antagonistes de la Guerre d’Indépendance Américaine jouèrent un rôle-clé dans l’organisation de la retraite : Washington et Thomas Gage.
Les Français acquirent une copie des plans de guerre Britanniques dont les activités de Shirley et Johnson. Les efforts entrepris par Shirley pour fortifier Oswego s’enlisèrent dans des difficultés logistiques exacerbées par son inexpérience du commandement d’une expédition importante. En conjonction, Shirley était conscient que les Français se rassemblaient pour une attaque du Fort Oswego alors qu’il serait absent pour lui-même attaquer Fort Niagara. En réponse, il abandonna les garnison du Fort Oswego, de Fort Bull et de Fort Williams, les deux derniers étant localisés sur l’Oneida Carry entre la rivière Mohawk et Wood Creek (à présent Rome, New York). Des vivres furent cachées au Fort Bull pour utiliser dans le cadre d’une attaque projetée sur Niagara.
L’expédition Johnson fut mieux organisée que celle de Shirley, comme cela fut constaté par le Gouverneur de la Nouvelle France, le Marquis de Vaudreuil. Il avait d’abord été inquiété par l’étendue de la ligne de ravitaillement reliant les forts de l’Ohio et il avait envoyé le Baron Dieskau pour prendre la tête de la défense de Frontenac contre l’attaque attendue de Shirley. Vaudreuil vit Johnson comme une menace plus grande et envoya Dieskau au Fort St. Frédéric pour rencontrer cette menace. Dieskau planifia d’attaquer le campement britannique de Fort Edward à la partie supérieure de la navigation sur la rivière Hudson mais Johnson l’avait fortement fortifié et les supports Indiens de Dieskau furent réticents à attaquer. Les deux forces se rencontrèrent finalement lors de la sanglante Bataille du Lac George entre Fort Edward et Fort William Henry. L’issue de la bataille fut indécise, les deux camps se retirant du champ de bataille. L’avancée de Johnson s’arrêta au Fort William Henry et les Français se retirèrent à Ticonderoga Point, où ils commencèrent la construction de Fort Carillon (plus tard rebaptisé Fort Ticonderoga après que les Britanniques l’eurent capturé en 1759).
Le Colonel Monckton captura Fort Beauséjour en juin 1755 lors du seul succès Britannique de l’année, coupant la forteresse française de Louisbourg de ses bases de renforts. Pour couper tout soutien vital de Louisbourg, le gouverneur de la Nouvelle Ecosse, Charles Lawrence ordonna la déportation de la population acadienne parlant le français. Les forces de Monckton, dont des compagnies de Rangers de Rogers, déplacèrent par la force des milliers d’Acadiens, pourchassant ceux qui résistaient en commettant parfois des atrocités. Plus que n’importe quel autre facteur, le fait de couper tout soutien à Louisbourg amena sa reddition. La résistance acadienne fut parfois raide et avec le renfort des alliés Indiens dont les Mi'kmaqs, elle mena des raids frontaliers contre Dartmouth et Lunenburg, entre autres. Les seuls affrontements d’ampleur eurent lieu à Petitcodiac en 1755 et à Bloody Creek près d’ Annapolis Royal en 1757, en dehors des campagnes menées pour expulser les Acadiens qui se focalisèrent autour de la Baie de Fundy, sur les rivières Petitcodiac et St. John et l’Île Saint-Jean.

Les victoires françaises, 1756–1757.

Suite à la mort de Braddock, William Shirley assuma le commandement des forces B ritanniques en Amérique du Nord et il dévoila ses plans pour 1756 lors d’une réunion à Albany en décembre 1755. Il proposa de renouveler les efforts pour capturer Niagara, Crown Point et Duquesne, avec des attaques sur Fort Frontenac sur la rive nord du Lac Ontario et une expédition à travers les étendues sauvages du district du Maine et en aval de la rivière Chaudière pour attaquer la cité de Québec. Cependant ses plans s’enlisèrent à cause des désagréments et des disputes avec les autres autorités dont William Johnson et le gouverneur de New York, Sir Charles Hardy et par conséquent ne reçurent que peu de soutien.
Newcastle le remplaça en janvier 1756 par Lord Loudoun, avec comme commandant en second le Major Général James Abercrombie. Aucun de ces hommes n’avaient autant d’expérience en campagnes militaires que le trio d’officiers que la France envoya en Amérique du Nord. Des renforts français de l’Armée régulière arrivèrent en Nouvelle France en mai 1756, conduites par le Major General Louis-Joseph de Montcalm, secondé par le Chevalier de Lévis et le Colonel François-Charles de Bourlamaque, tous trois des vétérans expérimentés de la Guerre de Succession d’Autriche. Le 18 mai 1756, l’Angleterre déclara formellement la guerre à la France, pour ce qui sera connu comme étant la Seven Years' War.
Le Gouverneur Vaudreuil avait l’ambition de devenir le commandant en chef des Français, en plus de son rôle de gouverneur et il agit durant l’hiver 1756 avant l’arrivée des renforts. Les éclaireurs avaient relaté la faiblesse de la chaîne d’approvisionnement des Britanniques aussi il ordonna une attaque contre les forts que Shirley avaient érigé sur l’Oneida Carry. Lors de la bataille de Fort Bull, les forces françaises détruisirent le fort et de grandes quantités de ravitaillement dont 45,000 livres de poudre à canon. Elles retardèrent tous les espoirs britanniques de faire campagne sur la Lac Ontario et mirent en danger la garnison d’Oswego, dèjà dépourvue de vivres. Les forces françaises de la vallée de l’Ohio continuèrent aussi d’intriguer avec les Indiens à travers toute la région, les encourageant à mener des raids contre les colonies frontalières. Cela créa des alertes permanentes sur les frontières occidentales, avec des lots de réfugiés retournant vers l’est pour fuir le terrain d’actions.
Le nouveau commandement britannique ne fut pas mis en place avant juillet. Abercrombie arriva à Albany mais refusa de lancer toutes actions significatives avant que Loudoun ne les aient approuvées et Montcalm lança une action audacieuse contre son inertie. Il tira parti du travail de sape de Vaudreuil contre la garnison d’Oswego et exécuta une feinte stratégique en transportant ses quartiers généraux à Ticonderoga, comme si il présageait de lancer une attaque le long du Lac George. Avec Abercrombie replié à Albany, Montcalm s’échappa et conduisit une attaque fructueuse sur Oswego en août. Par la suite, Montcalm et les Indiens sous son commandement se querellèrent sur la destination des effets personnels des prisonniers. Les Européens ne les considéraient pas comme un butin et empêchèrent les Indiens de dépouiller les prisonniers de leurs biens de valeur, ce qui les mit en colère.
Loudoun était un bon administrateur mais un commandant d’unité de campagne prudent, et il planifia une seule opération majeure pour 1757: une attaque sur la capitale de la Nouvelle France, à savoir Québec. Il laissa une force importante au Fort William Henry pour distraire Montcalm et commença à organiser l’expédition contre Québec. Il reçut alors l’ordre d’attaquer Louisbourg d’abord par William Pitt, le Secrétaire d’Etat chargé des colonies. L’expédition fut assaillie par des retards de toutes sortes mais fut finalement prête à prendre la mer à partir d’Halifax, Nouvelle Ecosse au début août. Entre-temps, les bateaux français avaient échappé au blocus britannique des côtes françaises et une flotte faisait face à Loudoun à Louisbourg ce qui dépassa en nombre la flotte britannique. En face de cette puissance, Loudoun retourna à New York au milieu des nouvelles relatant qu’un massacre avait eu lieu au Fort William Henry.
Les forces irrégulières françaises (éclaireurs Canadiens et Indiens) harcelèrent Fort William Henry tout au long de la première moitié de 1757. En janvier, ils tendirent une embuscade aux rangers britanniques près de Ticonderoga. En février, ils lancèrent un raid contre la position à travers le lac George gelé, détruisant des entrepôts et des bâtiments se trouvant en dehors de la fortification principale. Au début août, Montcalm et 7,000 hommes de troupe assiégèrent le fort, qui capitula avec l’autorisation de se retirer sous parole. Quand la retraite débuta, quelques-uns des Indiens alliés de Montcalm attaquèrent la colonne britannique parce qu’ils étaient mécontents de l’opportunité ratée de piller, tuer et capturer plusieurs centaines d’hommes, de femmes, d’enfants et d’esclaves. La conséquence du siège pourrait avoir été de transmettre la variole aux populations indiennes isolées, comme l’attesteraient quelques Indiens qui auraient voyager du fin fond du Mississippi pour participer à la campagne avant de retourner chez eux. L’écrivain contemporain William Nester pense que les Indiens pourraient avoir été au contact de porteurs de maladie européens, bien que rien ne l’atteste.

La conquête britannique, 1758–1760

Vaudreuil et Montcalm furent pauvrement ravitaillés en 1758 car le blocus britannique sur les côtes françaises limitait toute navigation. La situation dans la Nouvelle France fut de plus fragilisée par une mauvaise récolte en 1757, un hiver difficile et les machinations corruptives de François Bigot, l’intendant du territoire. Ses combines pour approvisionner la colonie augmentèrent les prix et selon Montcalm lui remplit les poches et celles de ses associés. Une massive épidémie de variole parmi les tribus Indiennes occidentales amena nombre d’entre eux à rester à l’écart du commerce en 1758. La maladie s’étendit parmi les foules de William Henry après la bataille; pourtant les Indiens accusèrent les Français d’avoir apporté une "mauvaise médecine" ainsi que de leur avoir enlevé leur butins au Fort William Henry.
Montcalm concentra ses maigres ressources sur la défense du Saint-Laurent, notamment sur Carillon, Quebec et Louisbourg, pendant que Vaudreuil plaida sans succès pour une continuation de la tactique des raids qui avait fonctionné efficacement les années précédentes. Les échecs britanniques en Amérique du Nord se combinèrent avec d’autres échecs sur le théâtre européen et conduisirent à la chute de la puissance de Newcastle et l’avènement du Duc de Cumberland, son principal conseiller militaire.
Newcastle et Pitt se rassemblèrent dans une difficile coalition au sein de laquelle Pitt domina les opérations militaires. Il se lança dans un plan pour la campagne de 1758 qui fut largement développé par Loudoun. Il avait été remplacé par Abercrombie comme commandant en chef après ses échecs de 1757. Le plan de Pitt prévoyait trois offensives majeures impliquant un grand nombre de troupes régulières soutenues par les milices provinciales, dont le but était d’investir le cœur de la Nouvelle France. Deux de ces expéditions furent couronnées de succès avec la chute de Fort Duquesne et de Louisbourg attaqués par des forces britanniques en nombre.

1758

L’expédition Forbes fut une campagne britannique qui eut lieu en septembre-octobre 1758 avec 6 000 hommes de troupe conduits par le Général John Forbes et dont le but était de chasser les Français du Pays de l’Ohio. Les Français se retirèrent du Fort Duquesne et laissèrent les Britanniques au contrôle de la vallée de le Rivière Ohio. La grande forteresse française à Louisbourg en Nouvelle Ecosse fut capturée après un siège.
La 3ème invasion fut stoppée avec l’inespérée victoire française lors de la Bataille de Carillon, durant laquelle 3 600 Français défirent la force d’Abercrombie forte de 18 000 réguliers, miliciens et alliés Indiens en dehors du fort que les Français appelaient Carillon et les Britanniques, Ticonderoga. Abercrombie évita le désastre quand il envoya John Bradstreet dans une expédition qui détruisit avec succès le Fort Frontenac, dont des caches de ravitaillements destinées aux forts occidentaux de la Nouvelle France et des fourrures destinées à l’Europe. Abercrombie fut rappelé et remplacé par Jeffery Amherst, le vainqueur de Louisbourg.
Les Français eurent généralement de mauvais résultats en 1758 dans la plupart des théâtres en guerre. Le nouveau ministre des affaires étrangères était le duc de Choiseul et il décida de se focaliser sur l’invasion de la Grande-Bretagne pour empêcher le ravitaillement anglais de l’Amérique du Nord. L’invasion fut un échec militaire et politique alors que Pitt avait planifié de nouvelles campagnes significatives contre la Nouvelle France et envoyé des fonds à l’allié continental de la Grande Bretagne, la Prusse, pendant que la Flotte Française échouait en 1759 lors des batailles navales de Lagos et de la Baie de Quiberon. La chance fut néanmoins au rendez-vous pour quelques Français qui réussirent à appareiller avec du matériel et contourner le blocus britannique des côtes françaises.

1759–1760

Les victoires britanniques se succédèrent dans tous les théâtres d’opérations lors de cette Annus Mirabilis de 1759: les Britanniques capturèrent Ticonderoga, James Wolfe défit Montcalm au Québec lors d’une bataille qui coûta la vie aux deux commandants, et une victoire britannique au Fort Niagara coupa les routes de liaison françaises entre l’ouest et le sud. La victoire était complète en 1760 ; les Britanniques enregistrèrent une défaite en dehors du Québec City lors de la bataille de Sainte-Foy, mais ils empêchèrent l’arrivée de bateaux français de secours lors de la bataille navale de Restigouche alors que trois armées marchaient sur Montréal.
Le Gouverneur Vaudreuil à Montréal négocia la capitulation avec le Général Amherst en septembre 1760. Amherst eut gain de cause sur sa requête que tout résident français qui voulait rester dans la colonie pourrait avoir la liberté de continuer à vivre dans la religion catholique, de conserver ses propriétés et de demeurer en l’état dans leurs maisons. Les Britanniques fournirent des médicaments et des soins aux soldats français malades ou blessés et les troupes régulières françaises purent retourner en France à bord de vaisseaux britanniques avec la promesse de ne plus jamais combattre dans cette guerre.

La fin de la guerre

La plupart des combats cessèrent dans le continent nord-américain en 1760, bien qu’ils continuèrent en Europe entre la France et la Grande Bretagne. L’exception notable fut la capture par la France de Saint-Jean de Terre-Neuve. Le Général Amherst entendit parler de cette action surprise et dépêcha immédiatement des troupes sous les ordres de son neveu, William Amherst, qui reprit le contrôle de Terre-Neuve après la bataille de Signal Hill en septembre 1762. De nombreuses troupes d’Amérique du Nord furent réaffectées pour participer à de futures actions britanniques dans les West Indies, dont la prise de la Havane Espagnole quand l’Espagne entra tardivement dans le conflit au côté de la France et à une expédition britannique contre la Martinique française en 1762 conduite par le Major Général Robert Monckton.
Le Général Amherst supervisa aussi le transfert des forts français aux britanniques dans les pays occidentaux. Les politiques qu’il introduisit dans ces pays dérangèrent un grand nombre d’Indiens et contribuèrent à la Rebellion de Pontiac en 1763. Ces séries d’attaques sur les forts et les colonies frontaliers nécessitaient le déploiement continuel de troupes britanniques et cela ne fut pas résolu avant 1766.

La répartition des forces britanniques en 1766

La guerre en Amérique du Nord prit officiellement fin avec la signature du Traité de Paris le 10 février 1763 et la guerre sur le théâtre européen fut réglée avec le Traité de Hubertusburg le 15 février 1763. Les Britanniques offrirent à la France le choix de céder où ses possessions continentales à l’est du Mississippi ou celles des îles caribéennes de la Guadeloupe et de la Martinique, qui étaient occupées par les Britanniques. La France choisit de céder les premières mais fut autorisée à négocier la rétention de Saint Pierre and Miquelon, deux petites îles du golfe du Saint-Laurent, et de leurs droits de pêche dans la région. Ils considérèrent la valeur économique du sucre de canne des îles caribéennes plus importante et plus facile à défendre que les fourrures du continent. Le philosophe français Voltaire se référa au Canada de façon désobligeante comme à rien de plus important que quelques acres de neige. Les Britanniques, cependant, furent heureux d’acquérir la Nouvelle France, étant donné que la défense de leurs colonies nord-américaines ne serait dorénavant plus d’actualité; ils avaient aussi acquis de grands territoires d’où tirer du sucre. L’Espagne vendit la Floride à la Grande Bretagne afin de récupérer Cuba mais elle obtint aussi la Louisiane de la France, dont la Nouvelle Orléans, en compensation de ses pertes. La Grande Bretagne et l’Espagne acceptèrent aussi que la navigation sur la rivière Mississippi fut ouverte aux vaisseaux de toutes les nations.

Les conséquences

La guerre changea les relations économiques, politiques, gouvernementales et sociales parmi les trois puissances européennes, leurs colonies et les peuples qui habitaient ces territoires. La France et la Grande Bretagne souffrirent toutes deux financièrement de la guerre, avec des conséquences à longs termes.
La Grande Bretagne acquit le contrôle du Canada français et de l’Acadie, des colonies comprenant approximativement 80 000 résidents catholiques parlant principalement le français. La déportation des Acadiens ayant commencé en 1755 libéra des terres pour les immigrants européens et les migrants des colonies du sud. Les Britanniques réinstallèrent de nombreux acadiens dans des provinces nord-américaines, mais nombre d’entre eux se rendirent en France et quelques-uns à la Nouvelle Orléans en espérant qu’elle demeure française. D’autres encore furent envoyés pour coloniser diverses places comme la Guyane française et les îles Falkland, mais ces efforts furent improductifs. D’autres enfin migrèrent dans des endroits tels que Saint-Domingue ou s’enfuirent vers la Nouvelle Orléans après la révolution haïtienne. La population de la Louisiane contribua à la création de l’actuelle population cajun. (Le mot français "Acadien" changea en "Cadien" puis en "Cajun".)
Suite à la signature du traité, le roi George III publia la Proclamation Royale de 1763 le 7 octobre 1763, qui traçait l’organisation et l’administration des territoires nouvellement conquis et cette proclamation continue à gérer les relations entre quelques extensions du gouvernement moderne du Canada et les First Nations. Incluse dans ses dispositions figure la réservation de terres à l’ouest des Appalaches à ses populations Indiennes, une démarcation qui fut seulement un obstacle temporaire à l’arrivée massive de colons occidentaux. La proclamation contenait aussi des dispositions pour les Canadiens Catholiques. Le Quebec Act décrit cela et d’autres dispositions en 1774, en soulevant les problèmes des Protestants dans les 13 colonies face à l’avance du "papisme." L’Act maintint la loi civile française, dont le système seigneurial, un code médiéval qui sera aboli en France dans une génération par la Révolution Française.
La guerre de Conquête doubla presque la dette nationale de la Grande Bretagne. La Couronne chercha des sources de revenus pour la payer et tenta d’imposer de nouvelles taxes sur ses colonies. Ces tentatives rencontrèrent une forte résistance jusqu’à ce que des troupes soient envoyées pour renforcer l’autorité de la Couronne. Ces actes conduisirent finalement au début de la Guerre d’Indépendance Américaine.
Comparativement, la France n’attacha que peu de valeur à ses possessions nord-américaines, en dehors de la très profitable production de sucre des îles des Antilles qu’elle conserva. Le ministre Choiseul considéra qu’il avait fait une bonne affaire lors du Traité de Paris et Voltaire écrivit que Louis XV avait perdu "quelques acres de neige". Pour la France, cependant, la défaite militaire et la charge financière de la guerre affaiblirent la monarchie et contribuèrent à l’avènement de la Révolution Française en 1789.
Pour quelques-unes des tribus Indiennes, l’élimination de la puissance française en Amérique du Nord signifia la disparition d’un allié puissant, bien que d’autres tribus ne furent pas affectées. Le Pays de l’Ohio ne fut plus disponible pour la colonisation à cause de la construction de routes militaires par Braddock et Forbes. La prise de contrôle espagnole du territoire de la Lousiane ne fut pas achevée avant 1769 et elle eut des répercussions modestes. La prise de contrôle britannique de la Floride espagnole résulta en la migration vers l’ouest des tribus Indiennes qui en voulaient pas commercer avec eux. Cette migration causa aussi une montée des tensions entre les Choctaws et les Creeks, des ennemis héréditaires qui se livraient maintenant une compétition pour des terres. Le changement de contrôle en Floride précipita aussi la plupart de sa population hispanique catholique à quitter les lieux. La plupart se rendirent à Cuba avec la totalité des archives gouvernementales de St. Augustine, bien que quelques Yamasees christianisés furent réinstallés sur la côte du Mexique.
La France fit son retour en Amérique du Nord en 1778 avec l’établissement d’une alliance Franco-Américaine contre la Grande Bretagne dans le cadre de la Guerre d’Indépendance Américaine. Cette fois, la France réussit à prendre le dessus sur la Grande Bretagne dans ce que l’écrivain Alfred A. Cave décrit comme "La revanche française pour la mort de Montcalm".

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