Histoire du Mexique

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Iorek
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Histoire du Mexique

Messagepar Iorek » 29 déc. 2009 18:40

Révolution mexicaine (1910) :

Expédition française du Mexique (1861-1867) :

À compléter au fur et à mesure...
Modifié en dernier par Iorek le 02 janv. 2010 21:31, modifié 2 fois.

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U.S. Marshal Cahill
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Re: Révolution mexicaine

Messagepar U.S. Marshal Cahill » 29 déc. 2009 19:05

:sm32: pour t'aider à compléter, le topic dédié aux westerns tournés au Mexique.... :wink:
viewtopic.php?f=22&t=2790&p=21618&hilit=liste#p21618
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U.S. Marshal Cahill
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Re: Histoire du Mexique

Messagepar U.S. Marshal Cahill » 09 mars 2010 20:49

à relier avec ce topic : viewtopic.php?f=1&t=8972&p=83059&hilit=R%C3%A9volution+Mexique#p83059 :sm41:

Les topics sur les westerns tournés au Mexique ou relatifs à l'histoire du Mexique (Révolution...) sont regroupés sous la lettre M de la liste des listes... => viewtopic.php?f=1&t=8554#p77552
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Vin
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Re: Histoire du Mexique

Messagepar Vin » 09 mars 2010 23:08

Je vous recopie ici l'édito qui annonce le festival du film d'AMiens ( en novembre 2010) pour la partie consacrée à la révolution mexicaine au cinéma:


"Table Ronde « Révolution mexicaine & Cinéma »
16 nov & 17 nov – salle « Cinés du Monde » (MCA) - 10h00
Entrée libre

Avec Eduardo de la Vega Alfaro & Suzana Pick, historiens du cinéma mexicain spécialisés sur la Révolution mexicaine au cinéma
Rencontre animée par Thiery Roche (Société Française d’Anthropologie Visuelle)

Sur les traces de Pancho Villa et d’Emiliano Zapata : cinéma et Révolution mexicaine
par Jean-Pierre Garcia

Depuis sa création, le Festival international du film d’Amiens propose et considère comme relevant de ses relations éthiques et esthétiques au cinéma – un regard ample et critique sur des thèmes touchant à la diversité culturelle. La notion de diversité culturelle est relativement récente, mais elle répond de manière très claire à notre désir de donner à voir les autres cultures. En parallèle à la présentation des expressions cinématographiques (du Sud notamment), il nous paraît fondamental d’en étudier la représentation qu’en ont donnée les cinématographies majoritaires sur les écrans (d’Hollywood à l’Europe). En ce qui concerne le traitement de la Révolution mexicaine au cinéma(1), nous saisissons l’opportunité du centenaire de cet évènement (1910-2010) pour proposer une rétrospective, avec la volonté d’en embrasser toutes les facettes. Faut-il rappeler que le jaillissement de la Révolution mexicaine (1910- 1917) correspond au développement des grands moyens de communication modernes : le cinéma et la photographie, la diffusion massive de la presse écrite. De ce fait, la Révolution mexicaine (qui débute quatre ans avant la Première guerre mondiale) a été l’un des conflits les plus documentés (134 documentaires mexicains, 86 étrangers) au début du XXe siècle. Dans le domaine de la fiction, la Filmoteca de l’UNAM recense 156 fictions mexicaines et 143 étrangères (pour la plupart nord américaines).

La révolution mexicaine dans le cinéma mexicain

Cette rétrospective commence par le regard porté par le cinéma mexicain sur sa propre révolution. Dans le documentaire et la fiction. Les nombreuses images filmées par des opérateurs mexicains ont été montrées puis « oubliées » ; elles ont fait l’objet de multiples rééditions et interprétations en fonction de la vérité historique détenue par les vainqueurs de la guerre civile. Ces vainqueurs, à travers le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), ont été au pouvoir pendant plus de soixante-dix ans. Le simple examen de ce nom témoigne de l’ambiguïté fondamentale de la relation du pouvoir mexicain à la période révolutionnaire.

Notre sélection de films démarre par un retour sur les images documentaires tournées pendant le conflit, avant de revenir, dans les années 2000, vers un travail de réflexion (et de dépassement ?) sur lesdites images d’époque. Un travail de récupération et de présentation des images tournées pendant la Révolution mexicaine est en cours grâce à la Filmoteca de la UNAM. Nous projetterons l’un des rares films disponibles en Europe Historia de la Revolucion Mexicana, une compilation proposée en 1928 par Julio Lamadrid, opérateur et monteur. Certaines des images ont été tournées par Lamadrid, d’autres par différents opérateurs, dont les fameux Frères Alva. Ce film donne une assez bonne idée des moments clés de cette histoire captée par les opérateurs mexicains.

La fiction ne pouvait que s’emparer du thème révolutionnaire omniprésent dans les « Corridos » de Pancho Villa ou Emiliano Zapata (ces « corridos » sont des mélodrames chantés, récits épiques et bon enfant à la fois ; des récits, aujourd’hui encore, chers au cœur de tout Mexicain qui se respecte). L’industrie cinématographique mexicaine a produit à ses débuts, un très grand nombre de films de fiction qui constituent autant de variations sur le thème du bandit au grand coeur, du héros viril défiant la mort, mais si généreux avec les démunis. Une générosité que ces « héros » de cinéma s’appliquaient à eux-mêmes. À bien des égards, ces mélodrames s’appuyaient sur une représentation de la période de la Révolution héritée d’Hollywood (et du film Viva Villa ! de Jack Conway et Howard Hawks).

De cette période se dégage de manière évidente, la trilogie de Fernando de Fuentes (El Prisionero 13, El Compadre Mendoza, Vámonos con Pancho Villa), tournée entre 1933 et 1936. La restauration de ces films sera achevée fin 2010. Nous ne disposons pas cette année d’El Prisionero 13, film au demeurant passionnant malgré sa trame mélodramatique pesante. Le Prisonnier n°13 se situe après les batailles de Celaya (batailles qui virent la destruction de l’armée de Pancho Villa) et parle sans ambiguïté de la répression terrible exercée par les militaires contre toutes personnes soupçonnées de sympathies révolutionnaires. El Compadre Mendoza en dit beaucoup plus sur les motivations profondes des acteurs du mouvement zapatiste qu’il n’y parait. Il tourne autour d’un personnage de propriétaire terrien apparemment falot, opportuniste confirmé et qui prétend manger à tous les râteliers. Seuls les révolutionnaires s’en tirent avec dignité (mais ils mourront) en une métaphore lisible au deuxième degré.

Vámonos con Pancho Villa fonctionne comme la réponse à Viva Villa ! Les Mexicains ayant été particulièrement blessés par le fait que le personnage de Pancho Villa ait été confié par Hollywood à un acteur comique (Wallace Beery) qui, bien sûr, en rajoutait et donnait un caractère proche de l’idiot du village dès lors que le personnage de Pancho Villa faisait preuve de générosité.

Vámonos con Pancho Villa fonctionne également comme un mélodrame, mais il ouvre une perspective plus sérieuse dans la relation à la (très mouvante) vérité historique concernant Pancho Villa. Ce film a été tourné en 1936, moment de réveil du sentiment nationaliste et de la fierté mexicaine (sous la Présidence de Lazaro Cardenas qui, rappelons-le, nationalisa le pétrole mexicain au détriment des compagnies pétrolières nord-américaines).

Vámonos con Pancho Villa exprime l’un des points de vue possibles sur la révolution mexicaine, celui de la classe moyenne qui, au départ, accueillit avec une relative bienveillance l’épopée de Pancho Villa. Au début, elle sut apprécier la contribution de Villa et Zapata à l’éloignement du dictateur Porfirio Diaz. Elle comprenait que les paysans vivaient misérablement et qu’il fallait faire quelque chose. Mais quand Villa et Zapata passèrent aux actes – la redistribution des biens et des terres en particuliers, l’abolition des privilèges aussi – leur regard s’en trouva modifié.

Les films de Fernando de Fuentes expriment le point de vue désabusé du réalisateur. Ils étaient en porte-à-faux, et avec les idées révolutionnaires et avec celles des militaires. Il fallut attendre les années soixante-dix pour que soient reconnues les qualités cinématographiques intrinsèques de la trilogie de Fernando de Fuentes. Quant à son contenu « idéologique », il est, sinon « moderne », du moins beaucoup plus dans l’air du temps de la fin du XXe siècle : dénonciation de la répression dont sont victimes les libéraux dans El Prisionero 13, dénonciation de la corruption portée par les propriétaires terriens dans El Compadre Mendoza, dénonciation de la cruauté de toute guerre, révolutionnaire ou non. Si l’on pouvait tenter une comparaison avec la Révolution française, on pourrait dire que Fernando de Fuentes exprime un regard talentueux mais girondin sur la période.

Il fallut attendre le jaillissement de l’industrie cinématographique mexicaine pour voir surgir de vrais succès populaires liés à la période de la révolution. Ils sont l’œuvre d’Emilio « El Indio » Fernandez : Flor Silvestre (1943) avec en vedette une Dolores del Rio déjà consacrée par Hollywood et le jeune Pedro Armendariz ; Enamorada (1946) avec l’étoile montante Maria Felix et toujours Pedro Armendariz. Emilio Fernandez entamait une longue collaboration – essentielle à sa mise en scène – avec le directeur de la photographie Gabriel Figueroa. Effet du travail léché de Gabriel Figueroa(2), les films d’Emilio Fernandez proposent un regard sur le Mexique révolutionnaire éloigné, à bien des égards, des horreurs traversées par le pays en ce temps de guerre. Ainsi dans Enamorada les séances (rares) de bataille ressemblent beaucoup à des séquences de seconde équipe parfaitement cadrées sur les chevauchées des protagonistes (comme dans un western classique). Le sens du détail, particulièrement soigné dans ces films, en dit beaucoup plus qu’il n’y parait sur le quotidien des Mexicains et sur les relations sociales. Au-delà des histoires universelles (La Mégère apprivoisée par exemple dans Enamorada), il y a une profonde « mexicanité » dans les mélodrames teintés de romantisme d’Emilio Fernandez – quand il utilise la période révolutionnaire comme cadre, voire comme élément de décor.

Les films d’Emilio Fernandez comme une foule d’autres titres bien moins brillants et utilisant les stars du cinéma mexicain du « periodo de Oro » (l’âge d’or du cinéma mexicain), portaient un regard sur les femmes mexicaines non dénué de machisme et de stéréotypes. Les « soldaderas » étaient saluées comme de fervents prototypes du repos des guerriers, entre « garçons manqués » et prostituées au grand cœur. Rarement en tant qu’êtres engagés dans un combat partagé. Il y eut heureusement un premier soubresaut celui de Matilde Landetta qui en 1949 tourna son premier long métrage La Negra Angustias. Bien que le film ne soit pas totalement réussi, La Negra Angustias porte un regard sans concessions sur le statut de la femme dans la Révolution mexicaine. Il est, à peu près, aussi crédible que le Viva Maria de Louis Malle, (l’humour en moins). Il est un manifeste à tendances « viriles », et préconise de punir les violeurs par où ils ont péché. Par la castration(3) !

La rénovation du regard porté par les cinéastes mexicains sur leur révolution devra attendre les années soixante. Plusieurs titres emblématiques ont été retenus : La Sombra del Caudillo de Julio Bracho (1960), La Soldadera de José Bolaños (1966), El Principio de Gonzalo Martinez Ortega (1973), Reed, Mexico insurgente de Paul Leduc (1973). Ces différents films touchent aux grandes périodes de la Révolution mexicaine. El Principio met en scène les prémisses et les débuts de la Révolution dans le Nord du pays. Il pose bien (sous forme dramatique, voire mélodramatique) la réalité des agitations sociales qui ont précédé les interventions de grande ampleur de l’armée constituée par Pancho Villa. Ce film rappelle à bon escient que le phénomène villiste n’est pas jailli du néant. Bien au contraire. Avant Villa, il y avait des grèves et des révoltes réprimées dans le sang. Il y avait aussi des leaders proches des idées socialisantes ou anarchistes, des mouvements libéraux également. Est évoquée notamment (ce qui est souvent ignoré) l’action des frères Flores Magon. Mais l’énergie de Pancho Villa et de ses troupes a tout emporté sur son passage. Cette tornade villiste a donné tout son sens à l’expression « le vent de l’histoire ».

film de Paul Leduc (Reed, Mexico insurgente) tente une approche plus quotidienne des débuts de la reconquête opérée par les troupes de Pancho Villa – après l’assassinat du président Madero par les militaires putschistes du général Huerta. Paul Leduc s’appuie sur les textes incomparablement précieux du journaliste et écrivain John Reed. En cinq mois (Hiver 1913-1914), John Reed a suivi l’armée de Pancho Villa et en a rendu compte avec une grande précision et une honnêteté d’observateur (de type quasi ethnologique). Le jeune cinéaste mexicain a voulu rendre compte de la vie des troupes villistes, jusque dans leurs détails les plus banals. Pas d’héroïsme, pas de combats féroces mais la présence de la violence (et des craintes qu’elle provoque), l’ennui lié aux attentes, la quête de nourriture de soldats sans armes et peu préparés à ces combats...

Paul Leduc travaille caméra à l’épaule et au plus près des êtres. Son film parle autant des assauts (les évoque plutôt) que des débandades ou des reculs stratégiques. Il annonce aussi les divisions à venir, entre chefs révolutionnaires, mais n’omet pas de mettre en avant la personnalité de Pancho Villa, homme simple et toujours près de ses troupes.

Avec La Soldadera José Bolaños propose le premier vrai film consacré à la place des femmes dans la Révolution. Ces femmes qui suivaient les troupes gouvernementales puis du général Villa avaient rarement élu leur sort. Ici, il est question d’une jeune mariée dont le mari a été enrôlé de force et qui va le suivre. Jusqu’à la mort de ce dernier. Capturée par les villistes, elle va suivre le sort des batailles et passer d’un camp à l’autre – sans qu’elle n’ait jamais son avis à donner. Nous sommes loin de la guerre en dentelles. C’est l’horreur qui prévaut. La Soldadera est l’un des films qui fait prendre conscience de ce que furent les combats entre les troupes en présence : un immense carnage. Seul le russe Sergei Bondarchuk dans son film raté Les Cloches rouges (Krasnye kolokola, film pervyy – Meksika v ogne, 1982) saura faire sentir le caractère terrible de ses assauts lancés par la fameuse « division del morte ».

Si Fernando de Fuentes dans El prisionero 13 montrait la répression aveugle qui frappait tous les opposants au régime militaire triomphant, Julio Bracho (l’un des plus brillants et respectés réalisateurs mexicains) évoquait le Mexique des généraux qui se battaient entre eux pour ne pas partager le pouvoir. Leur ordre une fois installé, ils ne pouvaient conquérir le pouvoir (la Présidence de la République) que pour une période de six ans. Au terme de la constitution, ils devaient se retirer. La succession du Chef, le caudillo(4), était un évènement important car ce dernier essayait de placer son homme lige, celui qui le laisserait tirer toutes les ficelles du pouvoir. L’un des plus célèbre fut le général Plutarco Elias Calles, tyran sanguinaire et manipulateur qui, d’ailleurs, fut pris à son propre jeu en faisant nommer le Président Lazaro Cardenas.

La Sombra del Caudillo fonctionne comme un film noir et démonte avec la précision d’une enquête policière les mécanismes de l’accession au pouvoir. Avec à la clef, la mort pour celui qui croit pouvoir « démocratiquement » s’y opposer. Le film Julio Bracho, tourné en 1960, ne fut visible pour les Mexicains qu’en 1991. Il mettait en cause l’intégrité de l’armée... ici on appelle cela « atteinte au moral des armées » (Stanley Kubrick en sut quelque chose avec Les Sentiers de la gloire !).

Le thème de la Révolution dans le cinéma mexicain a retrouvé une actualité dans le documentaire. Soit en faisant référence aux mouvements zapatistes et au sous-commandant Marcos, soit en revenant sur d’autres mouvements de guérilla oubliés. Ainsi Lucio Cabañas, la guerilla y la esperanza de Gerardo Tort (2005).

De jeunes réalisateurs se sont penchés sur la mémoire de la Révolution. En interrogeant par exemple les survivants des troupes de Pancho Villa ou d’Emilio Zapata : Los ultimos Zapatistas, Heroes Olvidados et Pancho Villa, la Revolucion no ha Terminado, tous deux de Francesco Taboada Tabon. Ces films considérés par de nombreux critiques mexicains comme posant une éthique de la dignité dans le cinéma de ce pays, situent la mémoire de ces deux mouvements dans l’actualité et dans l’expression de l’aspiration à la démocratie. Voire dans le combat pour le respect de l’environnement. Il appartient à Gregorio Rocha d’interroger la mémoire du cinéma et de poser son lien étroit avec l’identité mexicaine dans Los Rollos perdidos de Pancho Villa et dans Acme & Co. Avec humour et générosité. Avec la lucidité aussi qui amène à mettre en cause le regard porté par Hollywood sur la Révolution mexicaine.

S’il fallait tirer une morale de l’histoire de la Révolution dans le cinéma mexicain, on pourrait l’y trouver dans la quête de Gregorio Rocha pour retrouver les « bobines perdues » du film de Christy Cabane et par là même de découvrir le visage de l’icône Pancho Villa tel que filmé par Hollywood. Les portraits des deux exploitants forains qui montraient au public un film savoureusement intitulé La Revanche de Pancho Villa, un film monté de toutes pièces, une compilation d’images hollywoodiennes ou mexicaines. Images conformes à l’idée que ces deux connaisseurs du cinéma se faisaient de la « véritable » figure de Pancho Villa.

La Révolution mexicaine dans le cinéma international

Nous avons évoqué le film de Christy Cabane et Raoul Walsh tourné au terme d’un contrat signé en 1914 par la Mutual. Ce film, aujourd’hui disparu, n’a pas l’importance que son rôle de précurseur aurait pu lui apporter. D’abord parce que la guerre authentique n’a rien de spectaculaire à l’écran dans la mesure où les balles n’opèrent pas la distinction entre un homme derrière sa caméra et un autre derrière une mitrailleuse tout aussi moderne dans le contexte de l’époque.

C’est Viva Villa ! de Jack Conway et Howard Hawks qui constitue l’épisode le plus marquant, le film générique pourrait-on dire, de la longue série d’adaptations au cinéma de la légende de Pancho Villa. Les publicistes du film d’Elia Kazan ne s’y sont pas trompés en baptisant leur production Viva Zapata ! Comme s’ils voulaient tenter de grignoter un peu de succès du précédent. Pendant longtemps, les critiques mexicains disaient que pour comprendre la représentation de la Révolution de 1910 par le cinéma international, il suffisait de se souvenir des trois « Viva ». Viva Villa !, Viva Zapata ! et Viva Maria !. À ces titres, il est important d’ajouter quelques titres italiens : des « westerns » comme El Chuncho ou El Mercenario.

Notre propos sera évidemment plus nuancé. Si Viva Villa ! est décrié par les Mexicains, ce n’est pas en raison du respect ou non de la vérité historique, mais parce que Hollywood a confié le rôle d’un des « héros nationaux » à un acteur comique (Wallace Beery). Les Américains ne pouvaient apprécier l’homme qui avait osé envahir leur territoire ! Jack Conway reconnaissait en Pancho Villa jeune, un personnage hors la loi, une espèce de Robin des Bois (balourd et assez niais), un personnage qui dérape assez rapidement et devient un assassin à qui le pouvoir monte à la tête.

Hollywood ne produira pas beaucoup de films centrés sur la Révolution mexicaine dans les années qui suivirent Viva Villa ! Un regard approfondi sur la production montre clairement que c’est l’industrie mexicaine, au temps de son apogée, qui développera le thème (avec les tendances « folkloristes » que l’on sait et à l’exception de quelques titres dont nous avons parlé). À signaler des titres qui relèvent autant du film d’aventures et recyclent (bien avant les Italiens) les modes et thèmes du western avec en arrière plan la période de la Révolution mexicaine.

Ainsi en 1955 Le Trésor de Pancho Villa de George Sherman avec Rory Calhoun (le héros américain), Gilbert Roland (le bon officier villiste) et Shelley Winters (en héroïne généreuse et partisane de la révolution mexicaine). Le film reste sur le registre favorable à la Révolution même si le scénario s’appesantit sur le rôle irremplaçable du « héros américain », mitrailleur à gages, et authentique mauvais-garçon-au-grand-cœur ! Le film annonce Les Professionnels de Richard Brooks, mais il est porteur de moins d’ambiguïté en ce qui concerne la place de la femme. Le Trésor de Pancho Villa malgré ses qualités (c’est en fait un excellent western trop ignoré aujourd’hui) donne une image déformée de la Révolution et des Mexicains. Il confirme une tendance à l’infantilisation des Mexicains qui sera de plus en plus caractéristique de la production internationale à venir.

Viva Zapata ! va faire figure d’exception. Avant tout par la qualité et la force de sa mise en scène (l’un des Kazan les plus aboutis avec Sur les quais).

Viva Zapata ! mêle souvent les éléments biographiques propres à Emiliano Zapata (toute la partie sur le voyage à Mexico pour revendiquer les terres ancestrales de la communauté indigène de la région de Morelia) et ceux qui relèvent des premiers engagement de Pancho Villa (tant dans les paysages du Nord du Mexique que dans le type de vie clandestine qu’il mène). On pourrait détailler plan par plan Viva Zapata ! et mesurer les emprunts et incohérences historiques du film d’Elia Kazan. Même si le film a d’indéniables qualités et un regard favorable aux mouvements de fond qui ont fait naître la Révolution des Mexicains.

Sauf à se laisser aller à déguster ce film et à délaisser toute réflexion sur l’arrière plan historique sur lequel il est bâti, mieux vaut considérer Viva Zapata ! comme un western qui permet à Kazan d’exprimer sa mauvaise conscience (cf. la période du maccarthysme) et de donner quelques justifications aux personnages de traîtres.

Les Professionnels de Richard Brooks (1966) et La Horde Sauvage de Sam Peckinpah (1969) marquent un tournant dans le regard porté par Hollywood sur la relation Etats- Unis – Mexique révolutionnaire : tournant sur le traitement du genre et sur les causes de la violence. Avec le talent des deux maîtres que sont Brooks et Peckinpah. Dans ces deux films comme dans les succédanés que sont Villa Rides de Buzz Kalik (1968) et Pancho Villa de Eugenio Martin (1972)(5) , le cadre (et le traitement de l’histoire en conséquence) est celui de la zone frontalière entre Etats-Unis et Mexique. L’arrière-fond est donc celui de l’univers villesque : il se nourrit de la légende de Pancho Villa (en s’appuyant sur les deux aspects de la vie mais surtout de la légende de Pancho Villa (6).

Les Professionnels démonte le mécanisme de la machination antirévolutionnaire. Ceux qui montent un commando pour récupérer l’épouse d’un riche industriel enlevé par des « bandits mexicains » découvrent que la femme a fui son mari. Et par la même le truand n’est pas celui que l’on croit. Comme dans La Horde Sauvage, la rédemption viendra dans la mort (en partie) mais surtout dans le changement de camp.

Inutile de revenir sur les extraordinaires numéros d’acteurs de ces deux films, sur la maîtrise des scènes de combats et sur la pratique des métaphores (guerrières). Brooks comme Peckinpah ont capté avec force la relation des Mexicains à l’univers de la mort et savent en jouer de manière non caricaturale. Tout en restant dans le cadre du film de genre à l’américaine. Les films intègrent, à partir de situations réelles, les Américains dans les combats perdus d’avance et leur donnent la part belle dans le discours de leurs films. Les Mexicains tombent avec autant de conviction sous les balles des quatre « méchants recyclés en héros » que les Indiens dans un western de la grande époque. Mais Peckinpah a choisi son camp. Amoureux du Mexique, il désigne les responsables de la guerre : les militaires. Pas moyen d’oublier le général alcoolique et sanguinaire interprété par Emilio Fernandez, personnage inspiré du tyrannique Général Muerta. Ni les conseillers militaires prussiens épinglés dans La Horde Sauvage. Peckinpah et Brooks ont choisi leur camp et ce n’est pas celui de la loi et de l’ordre.

Si Peckinpah et Brooks prennent parti pour les révolutionnaires mexicains, les cinéastes et scénaristes italiens (Damiano Damiani, Sergio Corbucci, Sergio Sollima, Franco Solinas…) n’eurent pas à choisir. Ils en étaient convaincus dès le départ et se servent de la Révolution mexicaine comme d’un champ d’expérimentation cinématographique pour pousser un peu plus leurs convictions. Tout en restant dans le cadre du genre « revivifié » par le western italien. À côté du Il était une fois la Révolution (Giu la Testa de Sergio Leone, à voir et revoir dans la copie superbement restaurée par la Cinémathèque de Bologne), tous ces films reprennent des thèmes récurrents de l’histoire de la Révolution (sous ses aspects villistes). Ainsi l’appel à des techniciens mercenaires, manieurs de dynamite, servants de mitrailleuses, artilleurs, etc…, le thème de la trahison ou de la corruption, la relation aux femmes.

La variété de titres du film de Damiano Damiani au moment de la sortie dans différents pays donne une assez bonne idée de la richesse des lectures possibles : El Chuncho, Quien Sabe ?, A bullet for the General(7). Ce voyage à l’intérieur de la Révolution est montré à travers les yeux du tueur. Belle idée de scénario mais aussi réflexion sur la nature humaine et sur le destin qui s’accomplit.

Au regard de l’histoire du cinéma et de l’histoire tout court, on peut scinder en deux parties ce thème, autant dans le cinéma mexicain qu’international : le classicisme des années trente à soixante ; la rénovation à partir des années soixante. Le tournant est à chercher du côté de Julio Bracho avec La sombra del Caudillo pour le cinéma mexicain. Et du côté de Richard Brooks et Peckinpah dans le cinéma américain.

1) Je dois reconnaître avoir été impressionné, la première fois où j’assistais au Festival de Guadalajara en 1992, par le travail de référence réalisé par Emilio Garcia Riera, sur la représentation du Mexique et des Mexicains dans le cinéma international. Je n’ai, depuis cessé de rêver à un tel programme. Le centenaire de la Révolution est une belle opportunité pour saluer la mémoire du maître Emilio Garcia Riera.
2) Chacun s’entend à reconnaître que grâce à Gabriel Figueroa, la Révolution mexicaine se déroulait sous les cieux les plus beaux du monde !
3) Nous n’avons, pour des raisons techniques, pas pu montrer ce film cette année.
4) Le caudillo est un mot espagnol qui désigne le chef, un militaire, un général, un dictateur. Pour mémoire, en Espagne, Franco était désigné par ce mot : el caudillo.
5) Villa Rides de Buzz Kulik (1968) avec Yul Brynner (Villa), Robert Mitchum (le pilote Lee Arnold), Charles Bronson (Rodolfo Fierro). Pancho Villa de Eugenio Martin (1972) avec Telly Savalas (Villa), Clint Walker, Chuck Connors. Deux films qui, vedettes obligent, ont choisi de faire interpréter le brun et moustachu Pancho Villa par… deux chauves. Avec ou sans moumoutte !
6) La légende dorée réécrit totalement l’histoire en fabriquant un personnage de hors-la-loi contraint à fuir pour avoir tué celui qui viola sa soeur. Pancho, bandit malgré lui, vole les riches pour aider les pauvres. La légende noire lui prête tous les crimes commis pendant la guerre civile le qualifie de « criminel de guerre » avant l’heure, de truand alcoolique et sanguinaire… Les porteurs de cette légende noire furent les riches dépouillés au premier rang desquels les Américains et les Espagnols.
7) Traductions possibles : Le Traitre, Qui Sait ? Une Balle pour le Général.
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