Mark Stevens (1916–1994)

Biographies et fiches d'acteurs, réalisateurs, ...
Liste des biographies
Règles du forum
:arrow: Liste des biographies


1 acteur ou réalisateur par topic
Merci de formater le titre de cette façon : Prénom Nom
(pas de titres totalement en majuscule)
Avatar du membre
metek
Grand Sachem
Grand Sachem
Messages : 14768
Contact :

Re: Mark Stevens (1916–1994)

Messagepar metek » 12 mars 2018 1:57

Mark Stevens, Joanne Dru - September Storm(1960)

Image

Avatar du membre
chip
Grand Sachem
Grand Sachem
Messages : 6818

Re: Mark Stevens (1916–1994)

Messagepar chip » 12 mars 2018 8:33

J'ai dû la mettre celle-là. :wink:

thyrex
Marshall
Marshall
Messages : 270

Re: Mark Stevens (1916–1994)

Messagepar thyrex » 12 mars 2018 21:16

quelques revues italiennes qui viennent grossir ma collec...
2 avec Mark Stevens et 1 avec Adele Jergens

Image

Avatar du membre
chip
Grand Sachem
Grand Sachem
Messages : 6818

Re: Mark Stevens (1916–1994)

Messagepar chip » 18 mai 2018 14:28

Mark Stevens et Annelle Hayes - 1947 -
Image

Avatar du membre
chip
Grand Sachem
Grand Sachem
Messages : 6818

Re: Mark Stevens (1916–1994)

Messagepar chip » 21 juin 2018 8:32

Mark Stevens - 1946-
Image

DEMERVAL
Grand Sachem
Grand Sachem
Messages : 6138

Re: Mark Stevens (1916–1994)

Messagepar DEMERVAL » 12 sept. 2018 10:52

On se rappelle habituellement de Mark Stevens pour son travail de l’immédiat après-guerre, quand, entre 1946 et 1949, il apparut dans un certain nombre de films pour la Twentieth Century Fox, avant d’effectuer la transition vers la télévision. Comme ses partenaires de la Fox comme John Payne et Victor Mature, il était tout à fait éclectique, évoluant facilement des comédies musicales en Technicolor aux solides thrillers. Son succès pérenne survint très tôt, en 1946 avec L’impasse tragique, film dans lequel il regarde Lucille Ball et prononce une des répliques les plus angoissantes et les plus souvent citées du film noir : “Je me sens complètement mort. Je me sens confiné dans un coin noir et je ne sais pas qui me frappe.” Pour ce seul moment, il mérite une place durable dans l’histoire du cinéma, mais Mark Stevens devait ensuite apparaître dans d’autres films noirs dont on se rappelle moins mais sont tout aussi intrigants que son prestigieux film de la Fox — dont une paire de thrillers à petits budgets dans lesquels non seulement il joua mais qu’il réalisa aussi.

Richard William Stevens (Daryl Zanuck suggéra le prénom de Mark, en hommage au personnage incarné par Dana Andrews dans Laura) naquit le 13 décembre 1916 dans une famille aisée de Cleveland. Il n’y vécut que brièvement avant que ses parents divorcent et sa mère l’emmena dans sa famille en Angleterre, où ils restèrent jusqu’à son remariage et son installation à Montréal. Comme Alan Ladd, Mark Stevens fut petit et frêle durant sa jeunesse et par conséquent grandit avec une image de lui chancelante et un désir invétéré de se révéler. Et comme Ladd, il commença à développer son corps à travers des compétitions de natation et de plongeon. La gloire olympique ne fut cependant pas au rendez-vous — adolescent, Mark Stevens fut sérieusement blessé au dos sur le tremplin et fut immobilisé pendant des mois. La blessure devait l’handicaper pour le reste de sa vie et ce fut durant sa convalescence initiale qu’il commença à fréquenter les salles de cinéma et tomba amoureux du métier d’acteur. Des opérations chirurgicales lui firent retrouver une mobilité normale mais la blessure fit en sorte qu’il fut réformé du service militaire. Il fut rejeté à deux reprises (en 1938 et 1939) quand il essaya de s’enrôler.

La mère de Mark Stevens voulait qu’il poursuive des études de médecine et son beau-père, qui fabriquait des locomotives, espérait qu’il rejoigne sa compagnie comme cadre. Bien que sa famille était aisée, il manifestait un réel désir de creuser son propre sillon, acceptant les boulots qu’il trouvait pour payer ses cours d’art dramatique nocturnes. Il se fraya un chemin à travers un incroyable assortiment de petits boulots : marchand de boissons, chauffeur de camion, vendeur, pompiste, tailleur, étalagiste, percepteur, peintre d’enseignes, artiste commercial, conducteur de voiture de course, chanteur de boîte de nuit, animateur radio et, si les histoires sont vraies, nombre d’autres. Comment Mark Stevens résussit-il à assumer autant de boulots, reste un mystère, bien qu’il dit à Hedda Hopper que “J’ai toujours quitté les boulots que je ne savourais pas; et si je n’avais pas aimé le business du cinéma, j’en serais sorti.” Il est aussi évident que son manque de patience combiné avec un désir omniprésent de devenir son propre patron, l’amena à être plusieurs fois renvoyé. Les fans de magazines devaient plus tard tenter de retracer son histoire professionnelle, en croyant que les jobs subalternes lui apportèrent de la crédibilité auprès des travailleurs.

Il décrocha se premiers rôles dans les productions théâtrales mais il accéda rapidement à la compagnie de répertoire de Montréal. Comme d’autres jeunes acteurs aspirants de l’époque, Mark prit le premier train pour New York pour tenter sa chance à Broadway. Il savait chanter (très bien) et danser, et (de nouveau comme Alan Ladd) avait affûté sa voix et sa diction comme animateur radio. La mayonnaise ne prit pas. Les rôles furent rares en 1938, et à aucun moment Mark ne put payer son loyer. Au lieu de tout abandonner, il dorma sur des bancs de Central Park mais retourna rapidement chez lui. Durant les quelques années qui suivirent, il partagea son temps entre le Québec et l’Ohio, en travaillant très dur : se crevant dans une grande surrface durant le jour, chantant dans les clubs le soir et complétant les feures qui lui restaient en faisant tout et n’importe quoi à la radio — écrivant, produisant, annonçant, chantant —même le boulot technique.

Quand ses économies dépassèrent un millier de dollars, il acheta un ticket aller sans retour pour la Californie et s’hébergea comme un riche dans une grande suite d’un hôtel de Beverly Hills tout en recherchant une occasion d’intégrer les studios de cinéma — un absurde train de vie qu’il ne put tenir que quelques semaines. Avant peu, il mourut de faim et de nouveau dormit sur les bancs d’un parc. Puis finalement il eut une occasion — Warner Bros. accepta de lui faire passer un bout d’essai. Quand le grand jour arriva, Mark Stevens était si fauché qu’il dut faire du stop pour couvrir les 20 kms séparant ses bancs de villégiature de Long Beach au studio de Burbank. Il arriva en retard et perdit ses moyens mais parvint à réunir suffisamment ses esprits pour décrocher un contrat, sous le nouveau pseudonyme de Stephen Richards.

Il fit sa première apparition à l’écran en 1943 dans le film de Cary Grant Destination Tokyo. Durant les deux années suivantes, d’autres petits rôles suivirent: Passage pour Marseille avec Humphrey Bogart, The Doughgirls avec Ann Sheridan, Hollywood Canteen avec tous les acteurs du studio et finalement un rôle décent avec un peu de texte dans un film d’Errol Flynn, Aventures en Birmanie. Pourtant, comme toujours, Mark Stevens était impatient de la lenteur avec laquelle sa carrière se développait. Il faisait du surplace entre deux maigres rôles, se tournant les pouces pendant des jours voire des semaines. Finalement il prit son courage à deux mains pour se confronter directement à Jack Warner au sujet de son manque de progrès. Quand le patron du studio l’eut rembarré tempêtueusement, Mark refusa de se présenter au boulot et Warner le renvoya promptement.

Le seul point positif qui survint pendant son passage à la Warner fut son mariage. Il rencontra l’actrice aspirante Annelle Hayes à l’occasion d’un bout d’essai et ils se marièrent en mars 1945. En moins d’une année, ils eurent un fils, Mark Richard; une fille, Arrelle, naquit peu de temps après. Le mariage était encore récent en 1947 quand l’agitation de Mark Stevens l’accabla de nouveau et il quitta Annelle pour un rendez-vous galant hautement médiatisé avec Hedy Lamarr — Photoplay claironna son divorce imminent. Au crédit de Mark Stevens, il réalisa son erreur et se repentit publiquement dans les colonnes de Louella Parsons. Annelle le reprit et resta avec lui tout au long de son séjour hollywoodien mais, quand il se relocalisa en Europe à la fin des années 1950, elle ne le suivit pas. Ils divorcèrent en 1960.

Ironiquement, sa séparation d’avec Warner Bros. rendit possible l’obtention de rôles plus intéressants chez Twentieth Century Fox, où les potentiels acteurs principaux étaient placés dans des groupes ou associés avec des stars féminines établies afin de tester les réactions du public et tester leur possibilité d’assumer la succès d’un film sur leur propre nom. Gregory Peck, qui gravit rapidement les échelons grâce à une série de films maintenant devenus classiques, est un bon exemple de cette sorte de “managering” qui était une spécialité de la Fox. Même si La vallée du jugement (1945), La maison du Dr Edwardes (1945) et Duel au soleil (1946) sont maintenant considérés comme des films de Peck, à cette époque il n’était pas l’attrait principal. Cet honneur revenait respectivement à Greer Garson, Ingrid Bergman et Jennifer Jones. Bien que Peck et Stevens se produisirent sur le grand écran à peu près en même temps, en 1950 Peck était déjà considéré comme un produit commercial de premier plan et était la vedette principale de ses films.

Il apparut rapidement qu’une trajectoire similaire n’était pas dans les cordes de Mark Stevens. Il pouvait jouer et était beau, bien qu’il ne possédait ni la gamme dramatique d’un Peck, ni la beauté d’un Tyrone Power, la plus grande star de la Fox. Sa taille n’aida pas non plus — bien que les fichiers du studio lui attribuaient une taille d’1m83, il était manifestement plus petit. Essentiellement, ce que Mark Stevens prouva durant ses cinq premières années dans le métier, fut qu’il n’avait pas le charisme pour supporter à lui seul un film— il avait juste assez de présence pour remplir les devoirs d’un acteur principal sans faire de l’ombre à la personne avec laquelle il était associé. Bien qu’il était techniquement une “star de cinéma,” il fut rarement la vedette de ses propres films.

En faisant signer Mark Stevens juste deux semaines après qu’il fut renvoyé de Warner Bros., la patron de la Fox, Darryl Zanuck, donna à l’acteur une opportunité en or. Son premier film pour le studio fut une sorte de long métrage pour lequel il s’était langui durant son passage chez Warner Bros., face à Joan Fontaine dans le drame marital From This Day Forward (1946). Il marqua des points dans ce rôle et cela l’amena à L’impasse tragique, mais le role ne fut pas le tremplin qu’il espérait. A la place cela établit le précédent statut de second rôle qui devait définir sa position auprès des grands studios: au côté de Lucille Ball (mais crédité en quatrième position) dans L’impasse tragique (1946), marié à Olivia De Havilland dans La fosse aux serpents (1948), contre Richard Widmark dans La dernière rafale (1948), encadrant June Haver dans I Wonder Who’s Kissing Her Now (1947) et Oh, You Beautiful Doll (1949), et jouant les seconds rôles face à William Powell dans Dancing in the Dark (1949). Prêté à la MGM, Mark Stevens fut crédité en troisième position derrière Deborah Kerr et Robert Walker dans Please Believe Me (1950). Son seul vrai film en vedette de cette période fut Sand (1949), un western complétement oublié.

Ce qui rend L’impasse tragique si mémorable en tant que film noir c’est la manière dont il place ses protagonistes contre des forces puissantes et anonymes, qui possédent une habileté supernaturelle à manipuler les événements. C’est un des premiers films à mettre en avant un héros dont la fortune semble grandir isolément sur un caprice du destin — il n’est pas Sam Spade. Mark Stevens incarne Bradford Galt, tout juste sorti de Sing Sing après avoir été emprisonné à tort. Avec l’aide sa secrétaire Kathleen (Lucille Ball, punie pour avoir ronchonné contre son patron de la MGM), Galt essaye de remettre sa vie sur de bons rails en tant que détective privé, mais a un long chemin à parcourir. Une nuit, il remarque un personnage mystérieux au complet blanc (William Bendix) qui le suit et s’assure que Jardine, l’ex-partenaire qui l’avait coach, le prenne bien en filature. En réalité, Galt est considéré comme un pigeon par Hardy Cathcart, un distributeur d’art impliqué avec Jardine. Galt devient le suspect d’un meurtre, le reste du film suivant les pérégrinations du soi-disant couple alors qu’il démêle les fils de l’intrigue un pas en avance par rapport à la police.

Ce qui rend le film crédible c’est l’expérience de Lucille Ball — et par contre le manque d’expérience de Mark Stevens. Il apparait nerveux, agité et incertain. Son personnage sort fraichement de prison, un homme brisé qui rata un jour une marche. Quand on entend la célèbre réplique: “Je me sens complètement mort. Je me sens confiné dans un coin noir et je ne sais pas qui me frappe.” le sentiment sonne vrai, nous rappelant que le jeune acteur pourrait avoir trouvé une profonde connection avec son personnage — sa vie et son futur étaient en cours. Pourtant c’est Lucille Ball qui les tient entre ses mains à travers cela, le personnage et l’acteur. La force et la présence de Lucy jouent parfaitement bien sur l’insécurité de Mark Stevens. Par moment, elle semble plus maternelle qu’amoureuse, ce qui minimise l’aspect romantique du film mais rend son neurotique protagoniste encore plus fascinant.

L’impasse tragique fut un succès— Zanuck l’apprécia tellement qu’il donna un bonus de 10 000 dollars à Mark Stevens et une chance de faire son trou: un premier rôle dans La dernière rafale. Le magnifiquement noir semi-documentaire, hommage aux G-men américains, fut un défi critique pour Mark Stevens, ainsi que sa costar Richard Widmark. Jim Ridley alla droit au but dans
The Village Voice: “Pauvre Mark Stevens … il disparait de l’écran aussitôt que Widmark, le second rôle, apparait comme sa proie.” Stevens est plus fiable que jamais, compétent et professionnel — il exécute même ses propres cascades —mais Widmark lui vole la vedette et rend complètement clair que même si Mark Stevens a son nom au-dessus du titre du film, il n’aurait jamais dû être crédité en premier.

Mark Stevens se retrouva ensuite dans La fosse aux serpents, une production prestigieuse qui remporta six nominations aux Oscars. Au premier abord, cela semblait être un rôle fantastique, mais Mark n’était vraiment pas une star. Bien qu’il soit ostensiblement la vedette masculine, son job fut simplement d’apporter son soutien à Olivia De Havilland. Stevens avait prouvé qu’il ne pouvait pas voler la lumière de qui que ce soit, et c’est pourquoi il se révéla un choix tombant sous le sens face à un rôle féminin aussi dynamique. Sa chance de devenir un jour un acteur de premier plan était passée. Son projet suivant fut Sand, film qui fut suivi par une autre comédie musicale avec June Haver et finalement le film avec William Powell. Ensuite les prêts à d’autres studios commencèrent et son contrat avec la Fox prit finalement fin. Les années qui suivirent, il tourna de nombreux films, tous des projets à petits budgets, tout d’abord pour Little Three Majors, puis Poverty Row. Le plus signicatif d’entre eux, du moins pour les adeptes du film noir, fut De minuit à l’aube (1950), un film de série B de la Columbia qui le plaça dans une voiture de police au côté d’Edmond O’Brien — qui servait de chauffeur. C’est un film policier entre copains et vous devinez ce qui arriva au policier assis sur le siège passager. C’est là où la carrière de Mark Stevens se trouvait en 1950.

L’acteur trouva un second souffle en 1953, quand il endossa le rôle de Martin Kane dans la série télévisée de la NBC. D’abord cela ne ressembla pas à un projet de choix — après tout, Lloyd Nolan et William Gargan avaient déjà étrenné le rôle. Mais Mark Stevens était plus impatient que jamais et cela lui offrait quelque chose de nouveau, ainsi qu’une rémunération régulière. Il découvrit que le rythme de production des épisodes lui convenait bien et que la transition vers la télévision pourrait avoir été une bénédiction déguisée.

Après une année sur Martin Kane, il prit un grand risque et acheta la moitié des recettes de la populaire et pérenne série Big Town. Il remplaça Patrick McVey en tant que rôle principal et donna un nouvel élan à la série. Les taux d’audience explosèrent et ce malgré une diffusion le mardi soir à 22h30. Stevens interprétait le journaliste d’investigation Steve Wilson, qui mit à jour la corruption dans la ville, redressa les déséquilibres sociaux et déféra les truands devant la justice. Sa propension à faire plusieurs choses en même temps (vestige de ses années de radio) paya car il trouva un refuge dans le nouveau et très évolutif nouveau media. Arrivé dans le média comme acteur, il ne lui fallut pas longtemps avant de décupler sa mise de fonds, effectuant la transition d’acteur à scénariste puis réalisateur et enfin producteur. Lors de la seconde saison de Big Town, TV Guide se référa à lui en tant que “le patron indiscuté ,” et Stevens accepta d’être un cadre dirigeant.

Tout au long de sa période télévisuelle, Mark Stevens continua à faire au moins un film par an. Sa résurgence lui apporta même assez d’influence pour obtenir un poste de directeur chez Allied Artists (anciennement Monogram, la maison de The Bowery Boys et Bomba the Jungle Boy). Il décida de faire un film policier, La vengeance de Scarface, un thriller du même genre que The Big Heat, mais dont l’action se situait en Alaska. Mark Stevens incarna aussi Vic Barron, un policier qui s’était trop rapproché de quelques mafieux et finit piégé par la même bombe que celle qui tua sa famille. Il sort de prison le cœur chargé de revanche et sa quête l’emmène à Ketchikan, Alaska. D’aucuns trouvèrent le film trop dérivatif pour être pris au sérieux.

Ce fut certainement un effort à petit budget mais Mark Stevens démontra un réel talent pour la réalisation: le film a un bon rythme, est bien construit et interprété et ne semble jamais bon marché. Le film joue avec les relations conventionnelles des bon gars et des truands et force les spectateurs à constamment remettre en cause les a-priori — et la cinématographie en extérieurs est exceptionnelle.

En dépit de quelques similarités avec d’autres films noirs, La vengeance de Scarface offre aux spectateurs quelques moments spectaculaires. Il y a une scène captivante dans laquelle Vic Barron se trouve dans la maison de l’ancien gangster Tino Morelli, et trouve la fille dudit Morelli jouant dans le jardin. Il s’abaisse au niveau de la petite fille, avec un sourire d’alligator et sort son .38 de la poche de son manteau. Il enlève une cartouche du chargeur et la place dans sa petite main tendue. “Qu’est-ce que c’est?” demande-t-elle. Après une pause : “C’est un cadeau. Pour ton père.” En regardant La vengeance de Scarface, il est presque impossible de ne pas faire des parallèles entre les personnages interprétés par Mark Stevens et la trajectoire de sa carrière hollywoodienne. Bradford Galt et Vic Barron sont tous deux des personnages fraichement sortis de prison, mais le jeune névrotique finalement plein d’espoir de L’impasse tragique a depuis longtemps disparu pour céder la place à un homme plus âgé et beaucoup plus blasé.

De retour à la NBC, Mark Stevens fut occupé à être la vedette de 80 épisodes de Big Town, dont la moitié réalisés par lui-même. Il se sentait sur le toit du monde, mais ses jours à la télévision étaient comptés — aux premiers jours du média les chaînes de télévision ne possédaient pas toujours les droits des séries qu’elles diffusaient. NBC ne possédait pas les droits de Martin Kane ou Big Town — la compagnie de tabac qui sponsorisait Big Town en possédait la moitié et Mark Stevens l’autre moitié. Avec le temps, les chaînes s’adaptèrent aux nuances légales du media et commencèrent à se débarrasser progressivement des séries dont elles n’étaient pas propriétaires, ce qui amena la mort de nombre de séries populaires comme Big Town.

Mark Stevens explicita la situation en 1956 dans une interview avec TV Guide: “Ce qui arriva à Big Town est ce qui arrive à un certain nombre de séries télévisées. Le créneau horaire que la chaîne possédait ne justifiait pas l’augmentation des coûts de production et la chaîne n’attribuait pas une meilleure heure d’écoute parce qu’elle ne possédait pas les droits de la série. Aussi le sponsor jeta l’éponge. Cela m’était arrivé une fois auparavant. J’étais Martin Kane, Private Eye … mais la chaîne ne possédait pas les droits de la série et nous ne pouvions donc pas avoir une heure de diffusion appropriée. Cependant, j’ai été assez heureux d’arrêter Martin Kane, et me suis concentré sur Big Town. Maintenant j’apprécie autant Big Town. J’en ai juste marre de jouer.” Alors que les railleries sur le besoin perpétuel de Mark de bouger allaient bon train, cette déclaration sonnait aussi la défensive. Il aurait pu gravir les échelons administratifs à la NBC, ou même éventuellement ceux des grands studios (Le Los Angeles Times le décrivit comme “un des cadres dirigeants d’Hollywood du futur.”) mais il spécula sur lui-même une fois de plus et créa sa propre compagnie de production.

Mark Stevens Productions fut créée en 1955, avec de grandes perspectives: il devait y avoir une version cinématographique du roman noir de western, Feud at Five Rivers, une nouvelle série diffusée en prime time pour la future star de Mister Ed, Alan Young, et un pilote basé sur le drame radiophonique, The Mysterious Traveler, destiné à Vincent Price. Mark Stevens étendit aussi ses activités dans le business de la musique, en créant Mark Stevens Music (pour la publication), Mark Records (pour la distribution) et Marelle Productions (pour la vente au détail). Aucune de ces structures ne connut le succès — Mark Stevens Productions ne diffusa officiellement qu’un film dans les salles de cinéma, Time Table (bien que Mark Stevens en réclama d’autres dont La vengeance de Scarface et The Bitter Ride). Les quatre compagnies firent faillite en moins d’un an quand, comme cela fut décrit par un article de presse de la Twentieth Century Fox émis en 1964 pour la sortie du film Fate is the Hunter, “le management extérieur à sa compagnie le força à la banqueroute.”

Les détails de la faillite sont vagues mais selon toutes probabilités, Mark Stevens injecta trop d’argent dans des projets qui ne virent pas le jour. Cependant, l’héritage de Mark Stevens Productions n’est pas complètement creux. Time Table est un fantastique film noir dans lequel Mark Stevens joue et dont il a produit une nouvelle fois la réalisation — cette fois il y incarne un rigide membre des forces de l’ordre qui fait des choix horribles et en paie chèrement le prix.

Time Table (1956) est un film avec un développement: Mark Stevens incarne Charlie Norman, un enquêteur d’assurance ironiquement contraint d’enquêter sur le braquage d’un train qu’il a lui-même orchestré. Il s’avère que Charlie en a marre de son mariage et est fatigué de sa vie de classe moyenne suburbaine. Il a une jolie petite amie mexicaine et rêve d’une belle vie au sud de la frontière. Comme son célèbre prédécesseur, Walter Neff, il pense qu’il a trouvé le bon plan et peut battre le système et il recrute donc une équipe pour mener à bien le cambriolage compliqué d’un train. La clé de voûte du plan de Charlie repose sur un strict chronométrage de l’opération — quand une chose va de travers et une chaîne de réactions vient annihiler le plan.

C’est un film excitant qui non seulement démontre les talents de réalisateur de Mark Stevens mais montre aussi une amélioration par rapport à ses efforts précédents. L’introduction est tendue et excitante — une séquence de 10 minutes dépeignant l’attaque du train— et cela prépare la voie à un film noir rythmé et provocateur. Charlie Norman est un personnage puissant; il habite un monde sombre et obsédant où l’argent et le statut sont primordiaux; où un homme est jugé sur le genre de voitures qu’il conduit plus que par rapport à la contribution qu’il apporte. Ironiquement, le personnage nous rappelle l’acteur qui l’amena à la vie : “La patience in fine pour un gars comme Joe — Cela continue avec son costume deux pans, sa cravate lavable et sa voiture de 1949. Pour moi, la patience dans le poison!” Et quand le poids du monde de Charlie devient trop lourd à porter, il fait ce que Mark Stevens voulait faire de sa propre vie: il recherche une porte de sortie.

Time Table est à la fois un bon thriller qui se laisse regarder avec une superbe distribution faisant oublier le petit budget tout en offrant une critique acerbe du matérialisme ambiant des années 1950. Mais par-dessus tout, il offre une réelle plongée dans la pensée de l’homme qui le produisit, le réalisa et en fut la vedette. Dans la scène finale, l’épouse de Charlie lui fait face, suppliant pour connaître ce qui ruina leurs vies:
“Nous avions tant, Charlie. Pourquoi, pourquoi?”
“La maison devient une prison, le boulot un piège,”
“Que voulais-tu?”
“Une autre sorte de vie.”

A la suite de la désastreuse fin de sa compagnie de production, Mark Stevens était au bout du rouleau. Il accepta quelques rôles à la télévision puis prit le large pour l’Europe. Il s’installa à Majorque, avec l’intention de devenir, entre autres, un romancier. Les détails de sa vie outre-atlantique sont rares; on dit qu’il écrivit quatre romans avec pour titres, Run Fast, Run Far et The Ex-Patriots, mais il n’y a aucune certitude sur leur écriture ou une éventuelle publication. Il continua d’étrenner de nouveaux boulots et posséda un restaurant, peut-être deux, ainsi que quelques appartements. Il retourna en Californie de temps à autre et apparut dans quelques films et quelques séries télévisées — habituellement des westerns — de la fin des années 1950 et tout au long des années 1960. Son meilleur moment eut lieu quand en 1964 il retourna à la Fox pour tourner dans Le crash mystérieux avec Glenn Ford. Avec la cinématographie de Milt Krasner, qui fut nominé aux Oscars, c’est un très bon film qui aurait pu revigorer la carrière de Mark Stevens. Cependant, à la fin de l’année, il était de retour outre-atlantique pour apparaître dans d’atroces films européens. Il compléta sa carrière d’acteur avec des apparitions en guest star dans des populaires séries américaines comme Kojak, Simon & Simon et Magnum. Il fit sa dernière prestation en 1987 et se retira en Espagne. C’est là qu’il décéda le 15 septembre 1994 des suites d’un cancer à 77 ans. Il s’était entre-temps remarié avec une femme prénommée Hilde.

Les performeurs réussissent rarement à Hollywood. Plus souvent que jamais, ils tentent désespérément de s’accrocher aux rampes jusqu’à ce qu’ils soient humiliés ou se tuent — il y a des milliers d’Aldo Ray pour chaque Deanna Durbin. Pourtant Mark Stevens s’éloigna alors qu’il existait encore de bonnes opportunités dans le business — peut-être pas comme une star à part entière mais assurément comme acteur, réalisateur, producteur ou même cadre exécutif.. Quand sa compagnie de production mit la clé sous la porte, il ne continua pas à apporter de l’eau au moulin de la Tinsel Town. Il partit tout simplement, nous laissant nous demander pourquoi. Peut-être avait-il trop de fierté pour rester. Il le signifia peut-être quand en 1956 il dit au Los Angeles Times, “ Je n’aime pas jouer, je ne suis pas un très bon acteur et je ne me fais pas d’illusions à ce sujet.” D’autre part, existe-t-il une raison pour qu’il se soit brûlé les ailes à tant de petits boulots et aux nombreuses itérations de sa vie hollywoodienne— Mark Stevens ne fut peut-être qu’un homme turbulent qui ne pouvait pas se satisfaire de faire quelque chose trop longtemps. Mais ce qui est certain, c’est qu’au lieu de conquérir Hollywood, Mark Stevens vécut sa propre vie comme il l’entendit et en cela, il ressemble aux héros de films noirs qu’il incarna.

Avatar du membre
chip
Grand Sachem
Grand Sachem
Messages : 6818

Re: Mark Stevens (1916–1994)

Messagepar chip » 12 sept. 2018 13:25

:applaudis_6: rien à redire sur cette bio, si ce n'est que Stevens n'était pas si petit que ça, 1,77 m d'après imDb (ma taille, étonnant non ! ), par contre je me demande pourquoi ses bios mentionnent souvent ce titre THE BITTER RIDE ? aucune trace de ce film, à moins que ce soit le titre de tournage de JACK SLADE, le critique et écrivain William K. Everson lui attribue, dans deux de ses livres, la réalisation du film, Brian Garfield dans son opus " Western films " le cite comme co-réalisateur, le film fut signé par Harold Schuster seul.

DEMERVAL
Grand Sachem
Grand Sachem
Messages : 6138

Re: Mark Stevens (1916–1994)

Messagepar DEMERVAL » 12 sept. 2018 15:28

Je ne peux qu'être d'accord avec toi car moi aussi en traduisant cette bio, je me suis posé la même question, n'ayant trouvé aucune trace d'un film intitulé "The Bitter Ride".

Avatar du membre
chip
Grand Sachem
Grand Sachem
Messages : 6818

Re: Mark Stevens (1916–1994)

Messagepar chip » 20 sept. 2018 14:11

Mark Stevens et Robert Walker. Ice capades opening. 1947.
Image

Avatar du membre
lasso
Grand Sachem
Grand Sachem
Messages : 6537
Localisation : oregon

Re: Mark Stevens (1916–1994)

Messagepar lasso » 24 oct. 2018 17:23

en août 2018 les allemands ont édité : Cry Vengeance - Euro 12,99


Image

Avatar du membre
chip
Grand Sachem
Grand Sachem
Messages : 6818

Re: Mark Stevens (1916–1994)

Messagepar chip » 24 oct. 2018 18:06

Belle jaquette ! en France on attend, apparemment pas prévu dans le planning Sidonis- Calysta, collection FILM NOIR.

Avatar du membre
chip
Grand Sachem
Grand Sachem
Messages : 6818

Re: Mark Stevens (1916–1994)

Messagepar chip » 25 oct. 2018 13:26

DVD en VO s/t, le film n'a à ma connaissance jamais eu de VF. Belle copie.
Image




Retourner vers « Biographies »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 4 invités