Le grand silence - Il Grande silenzio - 1968 - Sergio Corbucci

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L..
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Messagepar L.. » 13 janv. 2009 21:03

Gili, à qui je reprends ces remarques (l'idée fut la même dans la critique "Revue du Cinéma" au sujet de "Trinita prépare ton cercueil") , a le mérite de soulever la question. Ce n'est pas l'apologie du type aryen, dans un cinéma de propagande, mais la permanence d'une idée du masculin , problème que pose Gili, grand connaisseur du cinéma italien et du cinéma faciste (je parle de type, pas d'apologie encore un fois).

On n'oubliera pas non plus que beaucoup du cinéma italien, dans les années 50, années où se forment les metteurs en scènes de spaghetti vient du cinéma fait sous Mussolini (la conversion de Rosssellini ou Blasetti tient du spectaculaire) qui connaît à travers des acteurs comme Gino Cervi ou Massimo Girotti (le père de Mario) des figures populaires et ancrées dans des types d'hommes forts, doués de pouvoirs surnaturels -ce que sont encore, les héros de SW, quelque part. Des passages et des survivances, pas seulement celles du peplum peut-être, à examiner de près, encore une fois des questions et non des réponses toutes faites.

Le problème, pour nous, qui ne connaissons par forcément toute la construction du cinéma italien dans sa veine épique, populaire, antérieure aux années 50 , tissu d'images surlesquelles se sont formés, enfants, adolescents ou jeunes assistants les réalisateurs de SW (voir le commentaire de Valerii sur l'influence du "Siège de l'Alacazar" sur son propre cinéma) et le public des années 60 (pour lequel ces films sont faits) c'est d'identifier le plus correctement possible les motifs qui se croisent dans les figures de SW.

Calquer toute figure de vedette de SW sur un seul modèle yankee est à mon sens très réducteur, c'est une part de la construction , on va dire la plus visible, pas l'ensemble. D'ailleurs il ne serait pas non plus inopportun non plus de faire jouer, ici, le modèle des westerns allemands , films et public. Histoire de co-production.

(Concernant l'étiquette " film de gauche" pour Corbucci, elle faisait pas mal ricaner les cinéastes de gauche, très engagés, italiens, que j'ai pu rencontrer, mais là, c'est leur histoire, pas la mienne. L'idée sur Corbucci c'est qu'il était un très bon cuisinier, pas un auteur).

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Re: Le grand silence - Il Grande silenzio - 1968 - Sergio Corbucci

Messagepar Sartana » 13 janv. 2009 21:40

À la demande expresse d'un westerner, la traduction du petit mot italien de la fin du film. Ce petit mot figure en des termes assez proches mais un peu différents dans le générique français au début du film (générique qui figure dans les bonus du DVD studio Canal) :

Les massacres de 1898, l'année du "Grand froid" donneront finalement lieu à l'interdiction des chasseurs de primes qui, profitant d'une période de non droit, firent de l'homicide volontaire un art de vie.
On dit qu'à Snow Hill une inscription est restée visible de loin, sur le lieu de la tuerie :
"Les pas de l'homme pourront fouler pendant 1000 ans ce lieu, ils ne pourront jamais enlever la couleur du sang qui y fut versé".
"Il suffit de franchir les limites de la violence individuelle qui est criminelle,
pour atteindre la violence de masse qui... qui fait l'histoire..." Brad Fletcher dans Le dernier face à face
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Re: Le grand silence - Il Grande silenzio - 1968 - Sergio Corbucci

Messagepar Sartana » 13 janv. 2009 22:22

Vu comme un polar, le grand Silence peut se rapprocher d'un Charles Bronson. Mais si, le Bronson années 70-80, le flic vengeur.

Vous remplacez la fille violée de Bronson par la famille de Silence assassinée. Le tueur qui continue ses atrocités, même si ce n'est plus lui qui tient les armes (Pollicutt). Il a à sa solde une bande de tueurs grâce auxquels il n'a pas de problème pour imposer sa loi. Il essaye de racketer tout un village à la manière de la mafia, mais les habitants ne se laissent pas faire et préfèrent fuir pour éviter les représailles. Mêmes les putains lui sont hostiles ! Preuve qu'il a encore des choses à apprendre sur comment tenir une vraie mafia...

Or donc, le détective privé Silence arrive en ville, engagé qu'il a été par la veuve d'un gars qui résistait à la mafia et qui a été assassiné. Il a pour mission de venger cette mort en tuant le meurtrier. Coup de pot, ce tueur travaille pour Pollicutt, un type qui a une dent (ou plutôt un pouce en moins) contre Silence.

Silence compte bien faire d'une pierre deux coups : faire régner la justice et régler son compte à Pollicutt. Mais la loi existe belle et bien à New Yo... euh Snow Hill et son représentant, un commissaire volontaire mais débordé et un peu benêt compte faire ce qu'il peut pour mettre un terme à la mafia locale.

Hélas, il est bien trop idéaliste et n'a pas assez "côtoyé le milieu" pour savoir comment lutter contre des tueurs vicieux et organisés. Il succombera donc à Tigrero, le plus serpent à sonnette des tueurs à gage de Pollicutt.

La veuve tombera amoureuse de son détective privé qui, s'il n'a pas la gueule de Delon, sous sa barbe mal rasée est beau comme Trintignant ! Elle lui propose de le payer en nature ce qu'il refuse, car notre privé a sa moralité et des principes. C'est d'ailleurs un défaut, contre les ordures auxquelles il doit faire face.
Cela lui portera préjudice puisqu'il manquera de se faire avoir par Tigrero qui a compris sa technique dite de la "légitime défense" et ne dégainera pas. C'est au cours de cette confrontation que le commissaire imbécile sauve la vie de Tigrero, ce dernier dans la situation inverse ne laissera pas une chance au flic.

Les mafieux prendront finalement un building en otage et ce sera à Silence de les déloger. Hélas, déjà blessé de par sa confrontation avec le parrain Pollicutt, les hommes de main de Tigrero le tueront ainsi que la veuve, venue à son secours. Car selon ses sacro-saint principes, le privé ne s'est pas dégonflé, il croyait en ses chances, et mal lui en a pris.

Le tueur partira en tuant tout le monde mais en promettant de revenir toucher sa part du pactole, car malgré la mort du parrain, les tueurs trouveront toujours une autre mafia pour les employer.

Le parrain est mort, vive les mafieux !
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Re: Le grand silence - Il Grande silenzio - 1968 - Sergio Corbucci

Messagepar edocle » 21 janv. 2009 22:39

.............. LE GRAND SILENCE.................

:sm5: :sm5: :sm5: :sm5: :sm5: :sm5:

Amicalement E.
:beer1: :beer1:
Quand les colts fument ... on l' appelle Cimetière !

" Quelque soit la couleur de la peau, le sang est rouge pour tous !"
(Au-delà de la haine de Alessandro SANTINI - 1972)

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Re: Le grand silence - Il Grande silenzio - 1968 - Sergio Corbucci

Messagepar Sartana » 22 janv. 2009 18:03

Le grand Silence est la caricature d'un western italien. Tout y est, et pourtant, on est dans autre chose.
Et cette autre chose c'est la destruction, notamment la destruction de Django.

Nous avons en effet nombre de similitudes entre les deux films : une ville quasi-déserte, boueuse dans l'un, enneigée dans l'autre. Une femme rousse (très important chez Corbucci !), dans les deux cas prostituée. Dans les deux cas encore, l'on trouve une romance avec la femme qui a besoin de protection...

Même la technique est similaire : ainsi nous avons le même schéma narratif dans les deux films :
- introduction : le héros arrive. De nulle part. Il rencontre des hommes de main et les descend. Il n'est pas maladroit avec son arme.
- Présentation des méchants et des villageois qui ne peuvent rien pour lutter contre.
- Rencontre du héros avec le méchant dans le saloon (Django/Major Jackson - Slience/Tigrero)
-Le héros se débarasse de nombres d'acolytes du méchant. Mitrailleuse pour l'un, Arme automatique pour l'autre.
- Le héros subit des violences : mains broyées pour Django, Main brûlée puis trouée pour Silence.
- Confrontation finale, l'un se surpasse et gagne, l'autre est impuissant et meurt. Le bon gagne dans Django, il perd dans Le grand Silence.

Ces coïncidences sont trop énormes pour être anodines ou le fait du hasard.

Nous savons tous que Corbucci avait été passablement énervé de la déferlante de suites données aux aventures de Django. Peut-être a-t-il voulu désacraliser ces héros une bonne fois pour toute, en montrant à quel point ils sont finalement peu de choses ? Peut-être aussi n'a-t-il pas voulu que le personnage de Silence subisse le même sort que Django ?...
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Re: Le grand silence - Il Grande silenzio - 1968 - Sergio Corbucci

Messagepar Breccio » 22 janv. 2009 21:19

Intéressantes réflexions, Sartana amigo mio.
Mais quid de la chronologie ?
Date de sortie de Django ?
Date de mise en chantier du Grand Silence ?
Je ne dis pas que tu te trompes, je dis que tu dois affiner ton analyse.
Tally-ho !
B.
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Re: Le grand silence - Il Grande silenzio - 1968 - Sergio Corbucci

Messagepar tepepa » 22 janv. 2009 21:51

Breccio a écrit :Date de sortie de Django ?
Date de mise en chantier du Grand Silence ?
B.


Hé bien quoi? Je ne vois pas d'impossibilité à l'analyse de Sartana?
Moi je pense surtout que Corbucci a fait avec Le Grand Silence le film qu'il n'a pas osé faire avec Django.

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Re: Le grand silence - Il Grande silenzio - 1968 - Sergio Corbucci

Messagepar Inisfree » 22 janv. 2009 23:16

Django a été fait bien avant (1966) Il grande silenzio (1968). il a été même fait avant I crudeli, ce qui m'a beaucoup étonné, mais bon.
Les deux interprétations de Sartana sont très intéressantes et montrent que le film est complexe et dépasse largement les œuvres habituelles du genre, même celles que l'on peut trouver plus réussies formellement. Il y a toujours chez Corbucci ce mélange de choses très travaillées (certains mouvements, le découpage de certaines scènes, le sens de l'espace dans les fusillades) et de choses presque bâclées. D'une certaine façon, il en a fait un style.
La remarque de Tepepa me plait aussi beaucoup. Il y a de nombreuses similitudes entre les deux films, de fond et de formes. La façon dont Django et Silence se comportent avec les femmes. Par contre Django est encore proche des personnages joués par Eastwood chez Léone alors que Silence est très original. Pour rebondir sur ce qu'écrivait L. sur le "viril" des westerns italiens, il est intéressant de noter le choix de Trintignant qui a incarné en France une certaine forme de séduction (Et Dieu créa la femme, Un homme et une femme...) et qui joue aussi de la fragilité, aspect qui a motivé des cinéastes italiens comme Risi et Zurlini. Dans le film, je le trouve tout à fait crédible dans l'action et en même temps, il dégage quelque chose d'enfantin, comme s'il n'avait pas grandit après sa mutilation.

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Re: Le grand silence - Il Grande silenzio - 1968 - Sergio Corbucci

Messagepar rex lee » 23 janv. 2009 8:05

Sartana a écrit :Le grand Silence est la caricature d'un western italien. Tout y est, et pourtant, on est dans autre chose.
Et cette autre chose c'est la destruction, notamment la destruction de Django.

Nous avons en effet nombre de similitudes entre les deux films : une ville quasi-déserte, boueuse dans l'un, enneigée dans l'autre. Une femme rousse (très important chez Corbucci !), dans les deux cas prostituée. Dans les deux cas encore, l'on trouve une romance avec la femme qui a besoin de protection...

Même la technique est similaire : ainsi nous avons le même schéma narratif dans les deux films :
- introduction : le héros arrive. De nulle part. Il rencontre des hommes de main et les descend. Il n'est pas maladroit avec son arme.
- Présentation des méchants et des villageois qui ne peuvent rien pour lutter contre.
- Rencontre du héros avec le méchant dans le saloon (Django/Major Jackson - Slience/Tigrero)
-Le héros se débarasse de nombres d'acolytes du méchant. Mitrailleuse pour l'un, Arme automatique pour l'autre.
- Le héros subit des violences : mains broyées pour Django, Main brûlée puis trouée pour Silence.
- Confrontation finale, l'un se surpasse et gagne, l'autre est impuissant et meurt. Le bon gagne dans Django, il perd dans Le grand Silence.

:applaudis_6: :applaudis_6: :applaudis_6: Merci d'avoir mis par écrit ce que, inconsciement ,je savais...

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Re: Le grand silence - Il Grande silenzio - 1968 - Sergio Corbucci

Messagepar edocle » 23 janv. 2009 9:30

Le milieu technique qui travaillait avec Corbucci rappelle volontiers son soucis de faire un cinéma
"populaire de qualité" et qui sortait un peu des sentiers battus. Il n'était pas le seul, bien sûr, mais il
a su se doter d'un style et influer sur un genre!
C'est à mon avis sa plus grande réussite : celle de rendre crédible un genre qui n'était pas la spécilaité
du milieu dans lequel il évoluait, et qui surtout, on le voit encore aujourd'hui pour certains, un bon western
ne peut-être qu'américain!
Et bien non, Corbucci et les autres on fait aussi bien sinon mieux !
Des messages, des idées, évidemment il y en a : c'est toute la richesse de ce film!
Le grand silence est une excellent film, doublé d'un bon divertissement, puisque chacun peut en tirer
une réflexion différente!
La preuve : ces posts !
But atteint :applaudis_6:
Merci !
Amicalement E.
:beer1: :beer1:
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Re: Le grand silence - Il Grande silenzio - 1968 - Sergio Corbucci

Messagepar edocle » 10 févr. 2009 15:01

et s'il était besoine de conclure, cette semaine son passage TV !
Image
Amicalement E.
:beer1: :beer1:
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