Au delà du Missouri - Across the Wide Missouri - William A. Wellman - 1951

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chip
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Messagepar chip » 30 déc. 2007 19:13

Très bien professeur, je vais me tenir éloigné de la rubrique en question ça m'évitera un zéro pointé. Bon réveillon.

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musselshell
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Messagepar musselshell » 30 déc. 2007 19:47

Bouffé par des histoires d'enceintes acoustiques, je ne poste plus depuis trois semaines. En même temps, il est vrai que je n'avais pas envie de bouffer le film de Wellman.Les westerns disséqués, j'ai donné. Et ça m'a plu...à d'autres...et je reviendrai (je ne dis pas qu'on m'attend! cool )
Ne vous fachez pas; c'est la période des bonnes résolutions, de l'échange, de l'amour du prochain et tt le toutim...
JL dit ce qu'il pense, parfois raidement. Chip...il est vrai qu'en refusant de gloser sur des pages, tu ne favorises pas l'esprit des "westerns disséqués"...
Longway se contente de poser les bonnes questions ("se contente"...déjà énorme).
Bonnes libations, buddies :beer1:

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chip
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Messagepar chip » 31 déc. 2007 13:41

Je dis toujours ce que je pense moi aussi, raidement je ne sais pas, sincèrement oui au risque de déplaire, peu importe.

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Vin
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Re: Au delà du Missouri - Across the Wide Missouri - William A. Wellman - 1951

Messagepar Vin » 21 oct. 2008 0:51

Bon bon, je voulais donner un petit avis sur ce film que j'ai revu ce soir, et je tombe en pleine bagarre, heureusement fort ancienne!

Allez, droit dans ses mocassins, tête haute.

Ce genre de film ( je pense par exemple dans le même genre à "la captive aux yeux clairs") s'apprécie sur grand écran, où les décors naturels , qui sont somptueux, prennent leur dimension.
Le scénario est en effet assez mince, mais que d'efforts par contre dans la mise en scène.

Quelques exemples : la montée de la montagne par les cavaliers: il y a des scènes non truquées où les trappeurs passent à cheval là où je me garderais bien de passer à pied.
L'importance des caractéristiques des armes (un coup rechargeable) ressort bien, avec son point d'orgue dans le combat final entre Gable et Montalban.
Les personnages secondaires sont assez proches de ce que j'imagine être la réalité de ces trappeurs, d'après mes lectures d'époque : écossais, français (béarnais pour être précis pour certains).

On est pas dans un chef d'oeuvre, mais dans une invitation au voyage immobile, avec des paysages franchement superbes. Sauf erreur de ma part, il y a une seule scène en studio, tout le reste est en extérieurs.

Allez,posez les pieds sur la table basse, prennez votre Kentucky rifle dans la main droite et une tranche de pemmican dans la gauche, et faites un voyage temporel aux temps des trappeurs.
:sm34:
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custer
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Re: Au delà du Missouri - Across the Wide Missouri - William A. Wellman - 1951

Messagepar custer » 24 oct. 2008 8:42

c'est le genre de film que j'apprécie pour les décors en extèrieure,ou je regarde,captivé par ces splentides paysages,tout comme jeremiah johnson,la vallée des géants,et en plus clark gable est magnifique un film ou l'on se laisse pas déconcentré,moi j'ai bien aimé et en plus je l'ai déjà vu plusieurs fois.Mais mon préféré dans le genre est " je suis un aventurier" avec mon acteur fétiche james stewart
fais attention,a cinq cent mètre il loge une balle dans un crouton de pain

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gilson
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Re: Au delà du Missouri - Across the Wide Missouri - William A. Wellman - 1951

Messagepar gilson » 15 nov. 2011 9:12

Quand on regarde un film, il faudrait avoir deux paires d’yeux. Pas pour mieux voir : une pour regarder le film et une pour se regarder regarder. Non pas que nous soyons très intéressants à contempler mais pour savoir quel effet le film produit sur nous. « Tu avais un de ces airs idiots ! », vous dit votre femme ou quelqu’un d’autre qui vous aime bien. Très bien, mais lequel ? Je m’imagine très bien lequel j’avais, en regardant tout le début d’ « ADDM » : celui de l’imbécile heureux, mais heureux !....., le sourire de l’idiot ravi !....

Le long début. Dans un western au moins, c’est la séquence comique la plus longue, et sans doute la plus soutenue, une fois quelques jalons posés, que je me rappelle. Ces personnages truculents à la Jules VERNE, alors qu’on attendrait plutôt CURWOOD, emblématisés pour notre faculté, comment dire, une faculté que nous avons en réserve depuis Guignol ou les contes, celle de nous réjouir et de « marcher », c’est tout un (le grand dadais écossais, le commerçant français, le guide porté sur la bonne bouteille, le père anticipé par le récit du fils, les Indiens sortis de chez BARRIE revu par DISNEY), WELLMAN réussit à les camper en un rien de temps, à les présenter à une partie de nous qui les a toujours connus, et, en même temps, en leur donnant une fraîcheur confondante. Premier miracle.

Le deuxième est cette longue séquence comique qui commence avec un pou. Ce pou est capital (cas de le dire !) : il est le signe qu’on est propulsé, oui : propulsé, dans un au-delà du récit. On se fiche pas mal du résultat des négociations nuptiales (de toute façon, avec GABLE parmi les concurrents, guère de souci) : ce qui intéresse, c’est la destination finale du pou. L’idée, l’objet, l’objectif disparaissent derrière la réalité immédiate, le grain du réel ; mais c'est une réalité recomposée. Les poux, pour nous, ce sont aussi ces nuages de vermine qui apparaissaient quand on ouvrait une chambrée de camps d’internement en 39/45. Ici, la bestiole est sublimée, elle devient presque un hymne à la gloire divine : merci, mon Dieu, d’avoir fait cette extraordinaire créature qui va embêter mon rival. Farce de gamin, pas autre chose : on est bien dans ce registre, pendant toute cette séquence, hallucinante d’allant, de bonheur, de réussite. Farce, grotesque. Mais nous sommes déjà passés dans un ailleurs.

Et notez que tout cela est magnifiquement construit : les trappeurs, aux grâces à la fois pachydermiques et singulièrement troublantes, dansent le mariage de Flint Mitchell, le préparent, en même temps que leur danse puis leur mêlée générale que tout le monde attend avec fièvre et envie, préfigurent, j’imagine, ce qui attend le trappeur par la suite (pas revue, encore). Restons quelques instants avec eux : ils sont tous là : les géants des plaines, dont les aventures contées par F COOPER avaient frappé DH LAWRENCE dans ses « Etudes », les petits teigneux, les manchots, les unijambistes, les Indiens représentés par leur chef, allégé de son pou, qui rejouent à l’envers la Conquête en enfilant la tenue, l’armure des Espagnols. Bonne « scène à faire » ? Rien n’est fini : celle de la nuit de noces est une des plus jolies et des plus drôles trouvailles que je connaisse : là encore, anticipation, ou inversion, ou détournement : tout commence par une scène de ménage, là où, vous me permettez un cliché ?, on attend un "tendre colloque" *, et une scène de ménage où il ne manque pas une casserole ni une assiette. Non, pas encore fini : on boucle cette extraordinaire introduction par un baptême dans lequel la gnôle de messe est sifflée par le célébrant.

Cela nous fait notre troisième ou notre quatrième miracle : ce mariage, c’est aussi celui de cette veine (farce, grotesque) avec la part religieuse des hommes, pas du tout maudite, et, au contraire gonflée d’une assurance, d’une santé, d’une absence de scrupules qui nous semblent venues d’un autre monde : non celui d’un monde d’avant la faute, mais d’un monde où on veut l’oublier, et se refaire une Bible, comme on dit : se refaire une santé : espèce de composite de reconnaissance des bienfaits, d’exubérance d’enfants que le Père vient de lâcher dans le Paradis Terrestre, d’effrayant appétit de jouissance et de profit, de paillardise flamande, d’émerveillement panthéiste.

Pas pu aller beaucoup plus loin, pour l’instant : le bonheur, ça se mérite et ça se digère.

*ah, c'est bon! Merci.
Modifié en dernier par gilson le 15 nov. 2011 20:36, modifié 1 fois.
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Re: Au delà du Missouri - Across the Wide Missouri - William A. Wellman - 1951

Messagepar gilson » 15 nov. 2011 11:45

J’engouasse. J’ai la trouille. Trouille que la suite ne soit pas aussi bien : de ma 1ère vision, j’ai le souvenir d’un très bon film, privilégié. Pas miraculeux. Là, si, et ça continue avec la suite, après cette scène d’ouverture.

Il y a en musique des moments qui font penser à ce passage du film où, justement, un géant des plaines tombe sous une balle indienne et est immédiatement scalpé : coup claquant de timbale claire dans une symphonie, éclat sidérant d’un chœur dans une Passion, déchirement aigu de cuivres ailleurs : on entre dans le récit de cette façon, dans « ADDM ». Violence inouïe, après cette introduction qui suspend le temps. D’ailleurs, est-ce retour du même ou éternité suspendue ? On se donne rendez-vous à l’année prochaine. Ce n’est qu’un au revoir. La vie devant soi. Sauf qu’on est entré dans le récit, et que le récit, il en consomme, des vies, il carbure à ça. Sauf, aussi, qu’avec ce film, on est dans une curieuse connexion entre enfance, dont je causais avant, et enfance du monde, entre récit et Histoire. Ce qui attire ou fascine, là-dedans, c’est peut-être qu’on se prend à croire que le récit va refaire l’Histoire –parce que dans la dimension où WELLMAN nous a projetés, avec son pou, tout est possible-, que des fantômes de pellicule (aucun jeu de mots avec pou), qu’ils soient en mots change peu, que ces fantômes, donc, vont être plus forts que la réalité.

Vous voulez toucher pour croire ? D’accord. Un détail qui n’a l’air de rien : le guide français, Flint et Kamiah sont dans la cabane, elle explique sa généalogie avec sa couverture ou sa peau, son espèce de livre sacré familial, et elle parle de son grand-père. On demande à Flint où est le sien. « Tué par les Indiens. », répond-il. Il est en train de charger son fusil, ça traîne un peu par rapport aux concours de tir du début, mais : pas grave. Ce qui est intéressant est qu’il sourit en disant cela, que pas une ombre de haine de ou de ressentiment n’accompagne sa réponse. Il faut bien réaliser, me semble-t-il : on a là, avec cette simple nonchalance, une remise en cause d’un moteur de récit, d’histoires, d’Histoire aussi. Le talion, la vengeance ? Pas pour lui. Pas pour WELLMAN, non plus, j’ai tendance à le croire : il est entré dans l’histoire, dans son histoire, presque à contrecœur, et j’imagine que la suite jouera sur ce conflit entre le désir et la réalité (euh : juste un petit problème : il y avait quelqu’un avant vous. Oh, pas grand-chose, quelques millions d’Indiens). Effet de conjuration du réel, peut-être. Oui, p’têt ben : « ADDM » est un film au conditionnel, celui des enfants qui s’inventent une autre vie.
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Re: Au delà du Missouri - Across the Wide Missouri - William A. Wellman - 1951

Messagepar gilson » 15 nov. 2011 17:15

‘A y est ! Fini !! J’ai revu « ADDM ». A mon âge (63, le pépère), on commence vraiment à se demander, chaque fois, si ce n’est pas la dernière fois qu’on voit un film. Mais ne nous égarons pas. -Alors ? –Alors, c’est sympa de demander, les gars ( !) :) , alors, c’est un film qui m’a paru fait comme l’est l’Indienne Kamiah, ce personnage lumineux qui vous balance ses casseroles à la figure dans un premier temps, puis qui se pend à votre cou et vous ensorcèle*, et puis, à la fin, s’en va trop vite. Ce film est une étoile filante. Il y a des films chansons, des films vagues de la mer et de l’amour, cela dit pour grillparzériser un peu, des films coups de poing (ah, les films coup de poing !), des films comment ça fait pour tenir qu’on appelle aussi des films et pourtant elle tourne et même drôlement bien, etc, j’abrège. Celui-là, ze dirais que c’est un film étoile filante, vi, vi.

Entrevue … et déjà partie. Le début est trop extraordinaire et crée, j’ai l’impression, une envie d’éternité que le récit ne peut satisfaire, presque par définition. Promesse non tenue ? Pas vraiment, pas du tout, même. Je ne sais pas si WELLMAN l’a fait intentionnellement mais telles qu’il prend les choses, avec cette rampe de lancement où tout y passe, de l’éternité aux casseroles, éternité plus casseroles, éternité dans une casserole, on voit mal comment continuer sur le mode ordinaire des récits. C’est sans doute pour cela que Kamiah meurt. Je ne vois pas de vraie nécessité dramatique dans cette mort, et j’ai le sentiment qu’elle meurt parce qu’il faut bien un point de butée dramatique, un point fort, pour que l’étoile filante ressemble un peu à ce qu’on connaît. Mission impossible mais mission accomplie par WELLMAN. Kémiah ne meurt pas, de toute façon, puisqu’on ne meurt pas au pays des étoiles filantes.


Eh, ça vous rappelle aussi, non ? : « Elle est retrouvée ? -Quoi ? -L’éternité. ». -C’est « Au-delà du Missouri ».

*"ensorcèle" me paraissait bon, et maintenant non; de fait, c'est "ensorcelle", je viens de vérifier.
Modifié en dernier par gilson le 15 nov. 2011 19:28, modifié 2 fois.
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Re: Au delà du Missouri - Across the Wide Missouri - William A. Wellman - 1951

Messagepar gilson » 15 nov. 2011 17:28

PS: oui, je sais, on va me dire: étoile filante ou éternité, il faut choisir, pépère. Non, les gars, je vous en prie, faites un effort: le film est une étoile filante, dans son mouvement, mais qui cause bel et bien, dans le petit coeur de chacun, à son désir d'éternité.
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Re: Au delà du Missouri - Across the Wide Missouri - William A. Wellman - 1951

Messagepar musselshell » 15 nov. 2011 18:00

Joli gilson...
Kamiah meurt pour tous les Indiens qui meurent, pour continuer d'exister ailleurs, dans une dimension qui n'est pas seulement celle du rêve ou de la nostalgie, celle d'un fils narrateur et celle, d'emprunt, de nous autres spectateurs...Elle meurt comme une mère, comme une épouse, aussi. Prégnance du souvenir fondateur...Kamiah à jamais...alors que tout est balayé par le temps.
Il y a là quelque chose du désir inassouvi du narrateur de Lourdes Lentes, rejoignant sa maîtresse de jeunesse depuis longtemps disparue, avançant en songe vers son âge d'or évanoui... "mais il y a encore entre nous une distance incommensurable d'après nos mètres, une durée que n'évalue pas les horloges."
Kamiah meurt en fait pour cette nécessité là. Se souvenir d'un "il était un temps".
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
Ah...c'est la limite haute...
Je renonce quand même. Je sais pas quoi dire, de toutes façons.

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Re: Au delà du Missouri - Across the Wide Missouri - William A. Wellman - 1951

Messagepar gilson » 15 nov. 2011 19:17

Oui, Petite Rivière : HARDELLET comme une sorte de Don Quichotte dont le temps lui-même aurait été une des lubies, un des fantômes, indépendamment des accidents (=des formes) de ses manifestations. Et ce qui m’a semblé frappant et vraiment rare (unique ?) dans « ADDM », c’est que par quelques dilatations (le film se compose d’assez peu d’épisodes distincts), et surtout cette explicitation par l'annonce -écrit en toutes lettres après avoir été montré-, ce panneau au sens littéral sur lequel on a écrit que l’éternité,c’est l’année prochaine*, WELLMAN ait réussi à créer cette impression de temps édénique, pré-historique. A cet égard, il faut que le récit se déroule malgré tout, après la séquence initiale, par contraste, par opposition et par équilibre, pour donner encore plus de consistance à l’éternité, même si ce récit ne peut que véhiculer le temps et donc la mort.

Le plus extraordinaire, dans l’histoire, si j’ose dire, ce sont les moyens employés : farce, farce, farce. On ne savait pas trop, jusque-là, que c’était un des chemins d’accès à l’éternité. Si, MAHLER, dans « Le Cor Merveilleux de l’Enfant », ou le final de la 4ème. Mais citer le recueil populaire, c’est déjà tout dire.

*panneau dans lequel tombe le spectateur, puisqu’il ne demande qu’à croire
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Re: Au delà du Missouri - Across the Wide Missouri - William A. Wellman - 1951

Messagepar musselshell » 15 nov. 2011 21:09

La dilatation est dans le titre, déjà...ce "wide", chez Bernard De Voto et Wellman, qui étire le rêve, comme roulent les plaines quand on remonte la rivière. La collusion n'est pas seulement celle du temps retrouvé, de, des histoires, grande ou petites...ces dernières donnant leur poids d'âme et de chair à la première.
Le temps est visible ici dans l'espace. L'espace géographique et celui qui se rêve...
Le Missouri n'est pas si large que çà...On le rêve large...long, pour sûr. Clio, la rivière...Celle-ci est la plus Clio de toutes..."puisque quelque part vers l'Ouest se trouve notre devenir"...bientôt transfiguré en souvenir rêvé.
La diphtongue de "wide", à elle seule, chante l'espace en même temps qu'elle en déplore l'évanouissement.
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
Ah...c'est la limite haute...
Je renonce quand même. Je sais pas quoi dire, de toutes façons.

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Re: Au delà du Missouri - Across the Wide Missouri - William A. Wellman - 1951

Messagepar gilson » 15 nov. 2011 22:08

Pas du tout pensé à cela, au Missouri, alors qu’il est dans les deux titres, français et anglais. Clio, je n’avais absolument pas remarqué !! Mais maintenant que tu le notes, en effet…

Sur la notion d’espace, je ne sais pas trop. J’ai eu l’impression de cartes postales, sans sens péjoratif ; si on aime mieux : de livre d’images, avec, presque des cristallisations sur des souvenirs d’enfance, au sens de : ce qui peut rester à un enfant de ce qu’il a vécu (et qui correspond exactement, je suis bête, au sens apparent du film –la voix off-) ou de ce qu’on lui a raconté, plus précisément (la fois où je me suis fait poursuivre par les Indiens, la fois où j’ai donné une fessée à ta mère, etc). Je dis « sens apparent » car le fils s’efface derrière le père, et le père lui-même s’efface devant le monde, est moins important que le monde qu’il représente.

C’est d’ailleurs assez intéressant, cette question de l’étendue dans l’espace du personnage de Flint. Pas si omniprésent que cela. On craint pour l’honnêteté de son engagement dans le mariage, mais le film ne propose pas, et heureusement, d’ailleurs, de rachat-rédemption : il fait comme beaucoup font dans un mariage plus ou moins arrangé : il apprécie sa femme avec le temps. Il est tendre, chaleureux, c’est un chef, mais il n’irradie pas vraiment. Extraordinaire ? Pas vraiment non plus. Un homme, un homme solide, sans rien de démesuré. D’où vient le sentiment (le mien, en tout cas) que Kamiah le dépasse, comme personnage ? Sa mort montrée (de la même façon que si tous les enfants qui ont vu ce film ont sans doute voulu avoir un grand-père indien, c’est peut-être parce que celui du film meurt tué par un méchant fou : paradoxe non pas du comédien mais du personnage : il doit mourir pour vivre ?? Trop simple mais amusant ou curieux) ? Je ne crois pas que ce soit seulement le charme extraordinaire de la comédienne et sa composition dans le rôle. Tu parlais d’espace : c’est elle qui ouvre l’espace et dévoile la Terre Promise (le terrain de chasse, traduit immédiatement Flint !!), et dont la mort referme deux possibles : celui du retour de l’éternité chaque année au bout du chemin à droite, et de la coexistence des Blancs avec les Indiens dans n’importe quels temps et lieu. L’espace n’est plus ouvert, mais s’est refermé, restreint, avec cette mort.
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Re: Au delà du Missouri - Across the Wide Missouri - William A. Wellman - 1951

Messagepar limpyChris » 15 nov. 2011 23:32

:lol: et un quatrième d'ouvert !! J'arrive pas à suivre, et à vous lire, les gars, mais qu'est-ce que je vais me régaler quand j'aurai le temps, entre les sorties Sidonis, et vos entrées, ici et sur les autres fils sur lesquels vous marchez, funambulesques zamis !!
Je suis un vieux Peau-Rouge solitaire qui ne marchera jamais en file indienne.

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Re: Au delà du Missouri - Across the Wide Missouri - William A. Wellman - 1951

Messagepar musselshell » 16 nov. 2011 6:13

gilson a écrit

Sur la notion d’espace, je ne sais pas trop. J’ai eu l’impression de cartes postales, sans sens péjoratif ; si on aime mieux : de livre d’images, avec, presque des cristallisations sur des souvenirs d’enfance, au sens de : ce qui peut rester à un enfant de ce qu’il a vécu (et qui correspond exactement, je suis bête, au sens apparent du film –la voix off-) ou de ce qu’on lui a raconté, plus précisément (la fois où je me suis fait poursuivre par les Indiens, la fois où j’ai donné une fessée à ta mère, etc). Je dis « sens apparent » car le fils s’efface derrière le père, et le père lui-même s’efface devant le monde, est moins important que le monde qu’il représente.


Tout à fait: cartes postales (je parlais d'image d'épinal au début de ce fil...).
Et justement...le film ne joue effectivement pas du tout à travailler formellement l'espace, à le mettre en mouvement, à l'éprouver ou le traduire. Le titre, par contre, en est gonflé. Ce "wide" fige plus qu'il ne met en mouvement...mais ce qu'il fige (le souvenir du mouvement, de l'agitation parfois rigolote, frénétique, le tout coloré par l'embellissement rétrospectif) est bien l'idée absolue d'un temps et d'un espace qui lui est ici lié à jamais...
Across...c'est au delà, de l'autre côté...mais le "wide" fait comme si l'étendue liquide du Grand Boueux imposait la fixation du rêve...Celui de l'enfance bien sûr...celui d'une petite minorité évanouie, moteur inconscient, sinon innocent, d'un devenir...
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
Ah...c'est la limite haute...
Je renonce quand même. Je sais pas quoi dire, de toutes façons.


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