L'Homme de l'Ouest - Man of the West - 1958 - Anthony Mann

Analyses en profondeur de westerns avec débats, documents, ...
> A l'affiche : La Rivière sans retour
Voir tous les films de la rubrique
(anciennement 'Westerns Disséqués')
Règles du forum
Règles
> Respectez les opinions des autres...
> L'objectif est de débattre, discuter, et non de dire un en une ligne "j'aime", "je déteste".

Voir tous les films de la rubrique
Avatar du membre
musselshell
Castor éclopé
Messages : 2533

Messagepar musselshell » 04 nov. 2007 13:55

John Mallory a écrit :Je rejoins complètement Carcasse dans son ressenti par rapport à ce film.

Le début de l'histoire est en effet trompeuse et je me souvient qu'à la première vision, j'avais été assez destabilisé sitôt que l'on assiste au grand revirement (lorsque Cooper rejoint les bandits dans la cabane). J'avais justement trouvé cette partie dans la cabane trop longue et cassant le rythme que le film avait établi auparavant.

Mais par la suite, je m'en suis accommodé et ce n'est qu'alors que j'y ai décelé toute la richesse de cette oeuvre magnifique et crépusculaire, qui diffère beaucoup des autres westerns de Mann avec James Stewart.


La scène de la cabane est le pivot du film. De sa longueur (disons objective, pour ma part, je ne l'ai jamais trouvé trop longue) nait la montée en tension, elle même liée à la découverte du noeud de l'histoire,le passé de Link Jones, la caractérisation des membres de la bande de Tobin, à commencer par Doc Tobin lui même...Je parlerais plus volontier de densité que de longueur. Au point où il y a là une des scènes d'"intérieur" les plus "étouffantes" de l'histoire du western...Quand Doc reconnait Link ("you look fine...you're eating good?"), laisse monter sa rage sourde contre les incapables qui l'entourent ("look at those pigs" puis le fameux "no guts anymore!"), on est quelque part entre le drame psychologique, le film noir et le western...Surtout et avant tout le western: regardez Cooper, London et O'Connell approcher les lieux, de loin, avec le crépuscule...comme la caméra prend son temps lors de l'approche de Cooper.

Jean-Louis
Westerner
Westerner
Messages : 2833

Messagepar Jean-Louis » 05 nov. 2007 11:04

:D Musselshell puisqu'avec toi nous avons un spécialiste de l'anglais
qu'elle est la signification exacte du titre : Man of the West.

Breccio j'aimerais aussi avoir ton avis, comment le traducteur (reconnu)
que tu es l'aurait-il traduit ?



Image

L'origine du monde ?

Avatar du membre
musselshell
Castor éclopé
Messages : 2533

Messagepar musselshell » 05 nov. 2007 14:29

L'Homme de l'Ouest est à la fois la traduction littérale et la meilleure possible(c'est pas si souvent compatible!) ...Titre à la fois hiératique/emblematique (qui fait référence au mythe), objectif (Link Jones vient d'une bourgade plus à l'ouest, "west of here" dit-il à Coaley), ironique (Jones est bien mal en point, la vie c'est pas drôle, ni pour lui ni pour Tobin), interrogatif (Jones ou Tobin?)...et aussi en forme d'hommage (à Coop)...
Le meilleur titre qui soit.

Jean-Louis
Westerner
Westerner
Messages : 2833

Messagepar Jean-Louis » 05 nov. 2007 18:42

:D L'Homme de l'Ouest, ce que j'ai compris :

Link Jones est l’envoyé d’une communauté en quête de l’élément, laïque, qui va cimenter le groupe auquel désormais lui et la famille qu’il a fondée appartiennent.

Pour ce faire il “affronte” le progrès, qu’il découvre, le monde a énormément évolué.

Il est confronté à la violence, mais la société qui s’est policée veille et protège ses ressortissants.
Link Jones écarté de cette communauté (le train), avec 2 marginaux, pour survivre suit la route balisée qui s’ouvre devant lui,
prisonnier de son destin il se retrouve confronté à la famille qui avait été la sienne, il l’avait fuit, il compose avec son passé, mais se rend compte
que ce n’est qu’un mirage.

Si Link Jones veut être en paix avec lui-même, à nouveau pouvoir se regarder dans un miroir, il lui faut par le sang versé, rompre avec son passé.

Avatar du membre
musselshell
Castor éclopé
Messages : 2533

Messagepar musselshell » 05 nov. 2007 19:17

JL, t'as tout compris.
:num1
Maintenant, exemples à l'appui, on va enfoncer une porte ouverte: expliquer en quoi c'est jouissif mais pas drôle (ou l'inverse). Je prends mon temps, il y a jusqu'à la fin novembre (le 29, c'est mon anniversaire, pourquoi je dis ça? ben pour rien, comme ça...)

Juste un truc: à la fin du film, Link n'est pas si sûr que ça qu'il se regardera tranquillement dans un miroir. Il a fait ce que les évènements l'ont conduit à faire. C'est tout. Quand il tue Claude à Lassoo (on reviendra sur le filmage d'anthologie), on sent son dégoût, son accablement...voulait-il vraiment tout çà?
Complexe, vous dis-je...

Avatar du membre
tepepa
Westerner
Westerner
Messages : 2153
Contact :

Messagepar tepepa » 06 nov. 2007 15:49

J'ai vu ce film plusieurs fois, mais il y a longtemps. Je ne l'aimais pas, en grande partie à cause de cette scène de strip tease forcé, qui montre la faiblesse du personnage joué par Gary Cooper. A vrai dire, dans mon souvenir, la femme et le personnage de Gary Cooper étaient beaucoup plus intimement lié que ne laisse supposer le résumé du film ce qui donnait à la scène une force encore plus dramatique. Cette faiblesse qui fait de Gary Cooper un anti-héros véritable et qui laisse le spectateur floué et déçu...

Il faudrait que je le revois.

Avatar du membre
musselshell
Castor éclopé
Messages : 2533

Messagepar musselshell » 06 nov. 2007 16:49

tepepa a écrit :J'ai vu ce film plusieurs fois, mais il y a longtemps. Je ne l'aimais pas, en grande partie à cause de cette scène de strip tease forcé, qui montre la faiblesse du personnage joué par Gary Cooper. A vrai dire, dans mon souvenir, la femme et le personnage de Gary Cooper étaient beaucoup plus intimement lié que ne laisse supposer le résumé du film ce qui donnait à la scène une force encore plus dramatique. Cette faiblesse qui fait de Gary Cooper un anti-héros véritable et qui laisse le spectateur floué et déçu...

Il faudrait que je le revois.


Pourquoi ne pas aimer un film parce que le personnage principal serait faible? Et puis quelle faiblesse? Celle qui consiste à avoir une emprise limitée sur les évènements? Les subir? Moi ça ne me dérange pas (et pas seulement parce que je suis tres typiquement dans ce cas là :mrgreen: ), ça rend le film un peu plus adulte, c'est tout...et c'est pas rien. Par ailleurs, il est faible Gary, mais à sa façon, fort paradoxale, puisqu'il corrige Coaley (belle scène non?), et flingue tout le reste! Plus sérieusement, n'est-on pas, en tant que spectateurs, davantage floués quand les héros sont tout d'une pièce, quasi invincibles, à l'abri de l'humiliation, etc..? Bref, quand on nous fait croire que c'est simple. Quand on nous fait admirer et/ou envier des chimères (le héros sans peur et sans reproches en est une)? C'est d'ailleurs tout le mérite de Cooper d'avoir joué des personnages parfois un peu complexes. Complexes, les héros de Mann le sont toujours. Ce ne sont pas des gagnants...Sauf V Mature dans the Last Frontier...mais justement, le réalisateur nous le présente presque comme un noeud-noeud. :num1
Là, c'est quand même Gary Cooper nom de dieu... cool

Ceci dit Tepepa, j'ai compris ce que tu voulais dire: tu ne l'aimais pas quand tu étais petit! :num1 :beer1:

Avatar du membre
tepepa
Westerner
Westerner
Messages : 2153
Contact :

Messagepar tepepa » 06 nov. 2007 17:14

musselshell a écrit :Ceci dit Tepepa, j'ai compris ce que tu voulais dire: tu ne l'aimais pas quand tu étais petit! :num1 :beer1:


Oui enfin, je devais bien avoir 15-18 ans quand même :lol:
En attendant, sans demander un héros pur et dur monolithique, j'ai quand même toujours du mal à m'attacher à un anti-héros. Et en ce qui concerne Gary Cooper, entre ce héros ci et celui de High Noon qui est aussi une sorte d'anti-héros, je n'ai jamais vraiment accroché avec cet acteur, peut-être uniquement à cause de ces deux films vus dans ma jeunesse. :|

Avatar du membre
chip
Grand Sachem
Grand Sachem
Messages : 6861

Man of the west (1958) de A. Mann

Messagepar chip » 06 nov. 2007 17:27

Revu hier en VO "Man of the west". Difficile de croire que Cooper est le neveu de Cobb, lui-même n'a pas l'air convaincu, encore plus dur de croire que Coop a fait partie de cette bande de tueurs, son talent n'est pas en cause, mais comme disent les américains il est "miscast", le choix d'un autre acteur aurait été plus judicieux: Richard Widmark, Arthur Kennedy par exemple ou Barry Sullivan tous excellents comédiens, certes moins célèbres. Un chef- d'oeuvre du western "l'homme de l'ouest" ? peut-être, il a ses partisans, personnellement je continue à lui préférer ceux du tandem Stewart-Mann.

Avatar du membre
musselshell
Castor éclopé
Messages : 2533

Messagepar musselshell » 06 nov. 2007 17:33

tepepa a écrit :
musselshell a écrit :Ceci dit Tepepa, j'ai compris ce que tu voulais dire: tu ne l'aimais pas quand tu étais petit! :num1 :beer1:


Oui enfin, je devais bien avoir 15-18 ans quand même :lol:
En attendant, sans demander un héros pur et dur monolithique, j'ai quand même toujours du mal à m'attacher à un anti-héros. Et en ce qui concerne Gary Cooper, entre ce héros ci et celui de High Noon qui est aussi une sorte d'anti-héros, je n'ai jamais vraiment accroché avec cet acteur, peut-être uniquement à cause de ces deux films vus dans ma jeunesse. :|


15-18 ans, c'est , disons, pas grand.
J'aime bien les antis-héros moi, je m'identifie plus facilement. Ceci dit, au cinéma, ils font juste semblant...
C'est pas juste :cry:

Avatar du membre
John Mallory
Dernier des Mohicans
Dernier des Mohicans
Messages : 490
Localisation : Lausanne (CH)

Re: Man of the west (1958) de A. Mann

Messagepar John Mallory » 06 nov. 2007 19:20

chip a écrit :Revu hier en VO "Man of the west". Difficile de croire que Cooper est le neveu de Cobb, lui-même n'a pas l'air convaincu, encore plus dur de croire que Coop a fait partie de cette bande de tueurs, son talent n'est pas en cause, mais comme disent les américains il est "miscast", le choix d'un autre acteur aurait été plus judicieux: Richard Widmark, Arthur Kennedy par exemple ou Barry Sullivan tous excellents comédiens, certes moins célèbres. Un chef- d'oeuvre du western "l'homme de l'ouest" ? peut-être, il a ses partisans, personnellement je continue à lui préférer ceux du tandem Stewart-Mann.


Je trouve au contraire que la présence de Cooper dans un tel rôle est ce qui rend le film si fort. Gary Cooper, on avait tellement l'habitude de le voir en héros typique, défenseur de la veuve et de l'orphelin, que ça fait comme un choc de le voir casser cette image. Mais moi, c'est ce que j'apprécie particulièrement, lorsque de grands acteurs acceptent de casser leur image et d'écorner le mythe qui les entoure, au travers d'un rôle d'anti-héros. C'est comme pour Randolph Scott dans Coups de feu dans la Sierra ou dans une moindre mesure John Wayne dans L'homme qui tua Liberty Valance.

Mais après évidemment, ça dépend du point de vue de chacun.

Avatar du membre
musselshell
Castor éclopé
Messages : 2533

Re: Man of the west (1958) de A. Mann

Messagepar musselshell » 06 nov. 2007 20:38

John Mallory a écrit :
chip a écrit :Revu hier en VO "Man of the west". Difficile de croire que Cooper est le neveu de Cobb, lui-même n'a pas l'air convaincu, encore plus dur de croire que Coop a fait partie de cette bande de tueurs, son talent n'est pas en cause, mais comme disent les américains il est "miscast", le choix d'un autre acteur aurait été plus judicieux: Richard Widmark, Arthur Kennedy par exemple ou Barry Sullivan tous excellents comédiens, certes moins célèbres. Un chef- d'oeuvre du western "l'homme de l'ouest" ? peut-être, il a ses partisans, personnellement je continue à lui préférer ceux du tandem Stewart-Mann.


Je trouve au contraire que la présence de Cooper dans un tel rôle est ce qui rend le film si fort. Gary Cooper, on avait tellement l'habitude de le voir en héros typique, défenseur de la veuve et de l'orphelin, que ça fait comme un choc de le voir casser cette image. Mais moi, c'est ce que j'apprécie particulièrement, lorsque de grands acteurs acceptent de casser leur image et d'écorner le mythe qui les entoure, au travers d'un rôle d'anti-héros. C'est comme pour Randolph Scott dans Coups de feu dans la Sierra ou dans une moindre mesure John Wayne dans L'homme qui tua Liberty Valance.

Mais après évidemment, ça dépend du point de vue de chacun.


Tu as tres bien choisi ton avatar: le vieux Kirk aura été jusqu'à Van Gogh, entre autres...ou un officier français accablé par les excécutions de déserteurs...et en plus, il était démocrate! :beer1:

Avatar du membre
John Mallory
Dernier des Mohicans
Dernier des Mohicans
Messages : 490
Localisation : Lausanne (CH)

Re: Man of the west (1958) de A. Mann

Messagepar John Mallory » 06 nov. 2007 20:53

musselshell a écrit :Tu as tres bien choisi ton avatar: le vieux Kirk aura été jusqu'à Van Gogh, entre autres...ou un officier français accablé par les excécutions de déserteurs...et en plus, il était démocrate! :beer1:


Kirk Douglas est vraiment un acteur à part. Pour moi, il est l'anti-héros par excellence, presque toujours à contre-courant. Mon acteur favoris depuis l'enfance. :D

Avatar du membre
chip
Grand Sachem
Grand Sachem
Messages : 6861

Messagepar chip » 07 nov. 2007 8:39

Ami John Mallory cette fois je suis d'accord avec toi, idem pour moi, c'est Kirk qui est à l'origine de mon intérêt pour le cinéma et le western en particulier après la découverte en salle de "l'homme qui n'a pas d'étoile" j'avais 12 ans. Certainement le film que j'ai le plus visionner avec "Johnny Guitare" (au moins une vingtaine de fois).

Avatar du membre
musselshell
Castor éclopé
Messages : 2533

Messagepar musselshell » 09 nov. 2007 19:29

Aurais-je comme l'impression que ce film mérite qu'on relance la machine?
Je l'ai.
Alors abordons l'essentiel puisqu'il s'agit d'un art visuel: le scope selon Anthony Mann. Aux antipodes de l'esbrouffe et de ce pourquoi on l'avait conçu, à savoir plus d'image, plus d'immersion, un truc comme le panoramique photographique permanent. Bien sûr que ça peut servir à ça, pour Mann comme pour d'autres. Il nous offre donc de l'espace...Mais s'il n'y avait que ça, Mann ne serait pas Mann. Chez lui, le cinemascope sert la narration, l'inscrit toute entière dans l'image bien au delà d'une éventuelle magnificience qui serait celle du décor. Mais elle l'est aussi, tour de force quand on voit que ce n'est pas l'essentiel...Tout d'abord l'histoire, à raconter visuellement. Et l'histoire est autant celle des protagonistes que celle que le spectateur appréhende. Inscrire et l'action, et les motivations du mouvement, jusqu'à la composante psychologique telle que la traduit le regard en, parfois, UN plan, est un tour de force. Lors du combat à Lassoo, ce que nous voyons est soit ce que voit Cooper, alors hors champ, soit ce qui nous est accordé en tant que privilégiés. Quand Link et Claude sont à trois mètres l'un de l'autre, l'un en dessous, l'autre au dessus des planches, Anthony Mann transforme un format en outil narratif. Tous dans le champ, puis plans rapprochés avant reprise de distance. Dans cette même image large, le glissement du revolver sur le bois avant le basculement de Link vers le premier plan pour faire feu sont d'anthologie. L'action, la tension de l'action, la stratégie et le drame humain (toute l'histoire de "famille") avec et non pas malgré, le scope.
Les exemples sont multiples, et pas seulement en rapport avec l'action. L'approche de la cabane de Tobin en est un autre. Le travelling latéral de la grange à la cabane est quasi imperceptible, Cooper parcourt tout le champ de l'image dans un plan qui parait fixe, alors que ça se déplace, légèrement en décalage avec le marcheur...résultat: on est à la fois avec lui et avec l'espace, la tension monte, et semble monter de l'horizontalité même de la prairie, alors qu'on parcourt les cent mètres séparant une grange d'une cabane.Les rails de la voie de chemin de fer... Les cavaliers à l'horizon...Le cinémascope comme compensé par le démarrage étudié des travellings avant qui introduisent la profondeur ( la mort lente de Trout), de la grand-rue morte de Lassoo au désert, et aller-retour (Cooper allant récupérer le revolver de Trout).
Tout çà au service d'une indéniable force poétique, qui consiste à faire vibrer l'espace autour des protagonistes ou à les inscrire dans un drame qui les dépasse. Tout anthony Mann donc, et notamment celui de the Man from Laramie, où notre réalisateur fait ses premières gammes avec le format, d'une façon moins voyante peut-être, mais aussi moins époustouflante...



Retourner vers « Les Westerns autour du feu : débat »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 3 invités