La Dernière Chasse - The Last hunt - 1956 - Richard Brooks

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Capitaine Quincy Wyatt
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Messagepar Capitaine Quincy Wyatt » 10 oct. 2007 18:55

Jean-Louis a écrit :Désolé, mais je n'ai toujours pas reçu "La dernière chasse".
Je ne veux pas en parler sans l'avoir revu, la dernière fois que je l'ai vu
c'était au cinéma ça doit être en 57, je me souviens de quelques scènes...


Tu avais quitté la France ? :roll:

[spoiler](ce film a eu plusieurs diffusions depuis 1957) :mrgreen: [/spoiler]

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musselshell
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Messagepar musselshell » 10 oct. 2007 18:59

Voir un film autrement, après (en l'occurence assez longtemps) l'avoir apprécié, c'est souvent mesurer son vieillissement. Je reviens donc là dessus: the Last Hunt est aujourd'hui un peu prisonnier de son casting, et le plus ça va, le plus c'est cette pauvre Debra Paget qui devient le souci (j'aime cette expression, tout le monde dit "y a pas de souci")...une espèce d'icône "années 50", visage lisse, l'indienne de feuilleton par excellence. Ce qui, pour le propos, le projet de Brooks, âpre s'il en est, devient avec le temps de plus en plus gênant. Pour être juste, Nathalie Wood, pour des raisons pas tres differentes, "date" elle aussi the Searchers. C'est dit pour l'équité. Il n'y a pas que cela...La mise en scène elle même ne propulse pas le film vers cette dimension de malaise qui a été si souvent vantée par les commentateurs de tous poils (à commencer par P. Brion ici en France), je ne sens pas à ce point l'odeur des carcasses de bisons, et/ou le parallèle avec l'extermination des Indiens. Entendons nous: tel est bien le propos de Brooks, mais le tout ne laisse pas le spectateur abasourdi...En un mot, demeure une dimension "conventionnelle" qui nuit à la démonstration...hors quelques scènes fortes qui, de façon révélatrice, doivent assez peu aux principaux protagonistes.
Bon, tout ça pour dire (à tout le moins je donne mon sentiment) qu'un propos "militant" en 1956 ne fait pas forcément une oeuvre visible comme indivisible, un film qui échapperait à son temps. En 1954, Mann filme the Far Country, sans prétentions autres que plonger ses protagonistes dans le maelstrom de l'aventure. Il fait juste de son héros un individualiste forcené, un peu obtus. Et c'est éclatant de maîtrise et de modernité. Tout vibre autour de personages qui se densifient. La maîtrise de l'espace, y fondre les protagonistes, l'utiliser comme un autre à part entière, the Last Hunt l'exigeait...et cette dimension, "virgilienne" comme disait Bazin (ou Godard, pas le temps ou l'envie de vérifier), est loin de sauter aux yeux. Sauf dans la scène à laquelle je faisais allusion plus haut (Taylor assassinant Nolan)...L'arrivée de Granger et Paget dans la réserve indienne, Badlands enneigés, est belle, et d'un statisme justifié. Mais quand ça devrait s'emballer autour et dans l'espace, la caméra manque de lyrisme, d'imagination....Je suis "dur"? Je ne sais pas, peut-être, j'ai changé...

Brooks fera mieux par la suite...Je l'ai souvent "associé" à Huston, mais honnêtement, ni la constance, ni la capacité d'exploration via une mise en scène ne se comparent. Soulever la question (oui, je sais, j'y réponds!) est déjà un bel hommage à Richard Brooks... cool

Jean-Louis
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Messagepar Jean-Louis » 10 oct. 2007 19:36

Capitaine Quincy Wyatt a écrit :
Tu avais quitté la France ? :roll:

[spoiler](ce film a eu plusieurs diffusions depuis 1957) :mrgreen: [/spoiler]


Tu vois j'ai passé 35 ans de ma vie à faire tourner un studio de 5 personnes, crois-moi j'ai laissé passer un paquet de rediffusions à la TV,
les soirs, les samedis et même parfois le dimanche.

En gros il y a ce que j'ai vu jusqu'en 70 au cinéma et ce que j'ai vu depuis quelques années à la TV, c'est vrai j'ai pendant 20 ans enregistré plus de 300 VHS, mais je n'avais pas eu le temps de tous les voir.

Je n'étais pas à l'étranger mais sur une autre planète. Vlà

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Capitaine Quincy Wyatt
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Messagepar Capitaine Quincy Wyatt » 10 oct. 2007 19:48

Jean-Louis a écrit :
Capitaine Quincy Wyatt a écrit :
Tu avais quitté la France ? :roll:

[spoiler](ce film a eu plusieurs diffusions depuis 1957) :mrgreen: [/spoiler]


Tu vois j'ai passé 35 ans de ma vie à faire tourner un studio de 5 personnes, crois-moi j'ai laissé passer un paquet de rediffusions à la TV,
les soirs, les samedis et même parfois le dimanche.

En gros il y a ce que j'ai vu jusqu'en 70 au cinéma et ce que j'ai vu depuis quelques années à la TV, c'est vrai j'ai pendant 20 ans enregistré plus de 300 VHS, mais je n'avais pas eu le temps de tous les voir.

Je n'étais pas à l'étranger mais sur une autre planète. Vlà


Merci pour ces précisions... :applaudis_6:
[spoiler]La phrase était dite sur un ton humoristique. :wink:[/spoiler]

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Messagepar Jean-Louis » 10 oct. 2007 20:59

Capitaine Quincy Wyatt a écrit:

La phrase était dite sur un ton humoristique.

Moi aussi :mrgreen:

En réalité j'étais aux Beaumettes, 35 ans incompressibles, j'aurais dû attendre qu'il se retourne avant de vider mon barillet...

Personne n'est Parfait... :lol: :lol: :lol:

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mortimer
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Messagepar mortimer » 10 oct. 2007 21:11

musselshell a écrit :the Last Hunt est aujourd'hui un peu prisonnier de son casting, et le plus ça va, le plus c'est cette pauvre Debra Paget qui devient le souci (j'aime cette expression, tout le monde dit "y a pas de souci")...une espèce d'icône "années 50", visage lisse, l'indienne de feuilleton par excellence. Ce qui, pour le propos, le projet de Brooks, âpre s'il en est, devient avec le temps de plus en plus gênant. Pour être juste, Nathalie Wood, pour des raisons pas tres differentes, "date" elle aussi the Searchers.


Je suis d'accord avec toi et ton paralléle avec nathalie wood est trés juste pour la prisonniére du désert, il y a effectivement ce côté daté qui me gêne un peu ici avec debra Paget.

musselshell a écrit :C'est dit pour l'équité. Il n'y a pas que cela...La mise en scène elle même ne propulse pas le film vers cette dimension de malaise qui a été si souvent vantée par les commentateurs de tous poils (à commencer par P. Brion ici en France), je ne sens pas à ce point l'odeur des carcasses de bisons, et/ou le parallèle avec l'extermination des Indiens. Entendons nous: tel est bien le propos de Brooks, mais le tout ne laisse pas le spectateur abasourdi...En un mot, demeure une dimension "conventionnelle" qui nuit à la démonstration...hors quelques scènes fortes qui, de façon révélatrice, doivent assez peu aux principaux protagonistes.


Là en revanche je ne suis pas d'accord avec toi. En ce qui me concerne l'odeur des carcasses de bison je la sent bien. Tout comme je sens le malaise de Stewart Granger quand il entre dans le saloon complétement ivre. Je ressens aussi tout ce désespoir que porte le jeune métis, j'ai envie de crier (alors que lui justement ne crie jamais, il se content de rester toujours calme et civilisé). Alors je ne sais pas j'ai un doute sur le reproche que tu fais à la mise en scène. Manque t-elle vraiment d'envergure comme tu le souligne en regrettant que le film ne soit pas propulsé plus haut vers une dimension de malaise ou au contraire se contente-t-elle de rester toujours sobre pour mieux nous faire réagir ? Je crois que Brooks à misé là-dessus, c'est à dire sur notre capacité à réagir plus que sur une grande recherche au niveau de la mise en scène. Personnellement chaque fois que je vois ce film j'ai une impression bizarre comme lorsque l'on veut prendre une douche quand on se sent sale. Je n'ai pas le talent de Bazin ou de Godard mais cette derniére métaphore pour illustrer mon sentiment sur le film me plaît bien. :wink:

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Ellison
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Messagepar Ellison » 11 oct. 2007 13:32

Personne a écrit :C'est pourtant dans la chaleur du bison qu'il cherche la survie, comme un indien, Charlie, cet être sans coeur qui n'hésites pas à tuer indiens, bisons... Quel beau retournement de situation, de simple objet de monnaie d'échange pour Charlie, ce bison devient son seul salut. Il communie enfin avec la nature, dans la mort!

Film vraiment magnifique! :D


Ben je ne suis pas tout a fait d'accord avec ton analyse, du moins je n'ai pas vu sa mort sous cet angle.

Comme il a été dit precedement par Mortimer, Charlie n'ecoute rien ni personne (pas toi hein :)

Pour définir la façon dont je vois sa mort je dois d'abord expliquer comment je vois Charlie.
En fait depuis le début du film on voit un Charlie qui "s'improvise" chasseur de bison parce qu'on lui a dit que ça rapportait pas mal, en fait c'est pour l'appat du gain qu'il decide de chasser le bison, et bien sur pour etancher sa soif de sang, mais comme l'a dit Mortimer, Charlie est un bon a rien qui ne connait rien de la chasse au bison, sans doute la raison pour laquelle il va faire appel à un chasseur renommé.
On sait que Charlie deteste les indiens et il nous le prouvera tout le long du film, il s'estime plus haut qu'eux, mieux qu'eux et les prends pour une sous-race. c'est de plus un personnage fier et buté, sur de lui, qui n'en fera toujours qu'a sa tete.
Pour moi son contraire dans le film n'est pas Sandy, mais le jeune indien.
En effet, on voit au début du film que ce jeune cherche sa place, il ne sait pas s'il doit etre Blanc ou Rouge, il n'a aucune confiance en lui, ne sait pas faire grand chose mais est volontaire et ne demande qu'a apprendre, alors que Charlie, lui, s'estime mieux que tout le monde et reste hermetique à tout ce qu'on veut lui expliquer ou lui faire comprendre, ne respectant rien des idées des autres.
Ensuite on voit l'evolution des deux personnages, l'indien continu d'apprendre avec le vieux en qui il fait aveuglement confiance, il devient bon dans le metier et commence à s'affirmer alors que Charlie se butte toujours aux descisions justes de Sandy, commence à se méfier et décline lentement vers la folie, perdant ses reperes et sa confiance en soit. Le passage ou il tabasse le jeune indien dans le bar en est un bon exemple, il s'enerve et le tape, pour ensuite le supplier de venir l'aider parce qu'il a besoin de lui. L'indien, lui, encaisse sans rien dire puis, il lui balance "je suis un indien Charlie, l'avez vous oublié ?", ça y est, il a trouvé son identité, sa voie, et s'affirme face à Charlie qui a ce moment fait pitié a voir par ses supplications. Les roles se sont inversés, c'est désormais l'indien qui a le dessus. Il y a ici un tournant du film ou quelque part on peut se demander si le réalisateur n'a pas voulu dire :
"Regardez, ce mec est un raciste qui prend les indiens pour des imbéciles, alors que l'imbécile c'est lui et il vient de se faire damé le pion par un indien".
Dans la plupart des westerns les indiens etaient montrés comme des sauvages sans moralité qu'il fallait répugner, ici on nous montre que la bête immonde et sans moralité c'est l'homme blanc.

Pour en revenir à Charlie et sa mort, on peut voir alors qu'il arrive en ville (juste avant la scene du bar avec l'indien) qu'il passe devant des chasseurs de bisons en train de ranger leurs peaux, le temps est alors froid et l'on entend la conversation de ces hommes lorsque l'un d'entre eux enleve une peau de bison gelée du coral sur lequelle elle etait posée.
L'autre lui explique que la peau de bison non tannée est une horreur au froid puisqu'elle se retracte sur son support et devient dur comme du bois.

Lorsque Charlie veut se protéger du froid, il tue le bison et croit se proteger avec sa peau, mais celle ci, non tannée, durcit et l'emprisonne en se retractant sur lui. Pour moi la façon de mourrir de Charlie peut en fait se résumée en une phrase : "il est mort comme il a vécu, dans l'ignorance". C'est parce qu'il ne connaissait rien de ce métier, parce qu'il etait hermetique à tous les conseils et par son refus d'apprendre qu'il est mort. C'est l'orgueil qui l'a tué.

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Messagepar Personne » 11 oct. 2007 13:40

Perso, je trouve Stewart Granger parfait dans son rôle. Il garde tout enfouie au fond de lui, ne lèvera jamais la main sur son ami qui pourtant lui prend la femme qu'il aime. Il préfère fuir avec cette dernière que de l'affronter!
Jamais un Kirk Douglas, un John Wayne, un Fonda... n'aurait accepter un rôle aussi casse gueule à mon avis.

Il y a aussi pas mal de choses à dire sur le Général Philip Sheridan qui est cité une fois lors d'un feu de camp dans ce film.
Citation pas innocente d'ailleurs, on doit à ce dernier le célèbre"un bon indien est un indien mort".

Je laisse les experts nous éclairer sur ce Sheridan! cool
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Messagepar Personne » 11 oct. 2007 14:09

Ellison a écrit :Dans la plupart des westerns les indiens etaient montrés comme des sauvages sans moralité qu'il fallait répugner, ici on nous montre que la bête immonde et sans moralité c'est l'homme blanc.



C'est un peu comme le monstre du Loch Ness, on nous en parle beaucoup de ces westerns anti-indiens, mais je n'ai pas de souvenirs d'en avoir vu un seul! :?
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Messagepar Personne » 11 oct. 2007 14:28

Ellison a écrit :Pour en revenir à Charlie et sa mort, on peut voir alors qu'il arrive en ville (juste avant la scene du bar avec l'indien) qu'il passe devant des chasseurs de bisons en train de ranger leurs peaux, le temps est alors froid et l'on entend la conversation de ces hommes lorsque l'un d'entre eux enleve une peau de bison gelée du coral sur lequelle elle etait posée.
L'autre lui explique que la peau de bison non tannée est une horreur au froid puisqu'elle se retracte sur son support et devient dur comme du bois.

Lorsque Charlie veut se protéger du froid, il tue le bison et croit se proteger avec sa peau, mais celle ci, non tannée, durcit et l'emprisonne en se retractant sur lui. Pour moi la façon de mourrir de Charlie peut en fait se résumée en une phrase : "il est mort comme il a vécu, dans l'ignorance". C'est parce qu'il ne connaissait rien de ce métier, parce qu'il etait hermetique à tous les conseils et par son refus d'apprendre qu'il est mort. C'est l'orgueil qui l'a tué.


Ok! J'ai interprété ce que j'ai d'abord vu, c'est à dire la scéne ou Charlie ouvre un bison pour se saisir des entrailles chaudes. Scéne qui a sans doute inspiré George Lucas dans L'Empire Contre Attaque ou Solo ouvre un Ton Ton pour réchauffer Luke dans la chaleur des entrailles de l'animal! Vous me suivez? :mrgreen:
Si Charlie est assez 'bête' pour, dans le froid glacial, dépecé le bison et n'utiliser que la peau de ce dernier pour se réchauffer et c'est effectivement ce qui ce passe, alors tu as tout à fait raison. :D
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Messagepar Jean-Louis » 13 oct. 2007 18:38

:D Bien que n'ayant toujours pas revu le film.

Charlie Gilson et Sandy McKenzie ne sont-ils pas eux aussi les 2 côtés de l'homme.
L'un ancien soldat, tuer fait parti de lui-même, Sandy ancien chasseur de bisons, tuer a fait parti de lui-même.

La grande différence : Sandy a su évoluer, il a comprit que l'homme n'est pas qu'un prédateur, chose que ne semble pas avoir compris Charlie.

Mais cette idée que l'homme après tout n'est qu'un animal qui a évolué est intéressante, il est important de savoir qu'en nous la bête n'est jamais si loin que ça...

...regardez ce soir n'allons-nous pas assouvir une partie de nos pulsions
dans ce véritable combat où vont s'affronter 2 Nations, 2 Clans.
Je suis fasciné par ces coupes du monde de foot et plus encore de rugby
ce sont de vrais combats que se livrent des gladiateurs, ils portent notre
fierté nationnale...
...moi aussi je vibrerais, suivant le sort de notre équipe je serais heureux ou malheureux.

johnny g.
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La dernière chasse

Messagepar johnny g. » 14 oct. 2007 10:08

Je viens de voir le film. D'abord une remarque sur le dvd, présenté -contrairement à ce qui est écrit ici ou là- en version 4:3 letter boxed, ce qui n'est tout de même pas le summum (c'est une édition Turner). Les sous-titres sont par ailleurs très approximatifs.

L'idéologie du film est relativement simple : ce n'est pas pour rien qu'à une certaine époque on surnommait Brooks le prêcheur du cinéma. ceci dit c'est un film beaucoup plus complexe qu'il y parait habituellement (évidemment le parti-pris de faire jouer les indiens par des caucasiens atténue d'une certaine façon le propos).
Non, le personnage joué par Taylor ne représente pas l'animal qui est en l'homme : c'est le chasseur blanc, qui n'a pas d'état d'âme et pour qui l'indien n'est pas un être humain (croyance profondément ancrée dans l'origine puritaine de l'Amérique : pour les premiers colons, l'indien -qui vivait dans la forêt- était une créature du diable). Les scènes de chasse (réelles d'ailleurs puisque Brooks a filmé lors de la destruction annuelle d'une partie de la population de bisons dans une réserve du Dakota) sont proprement insoutenables par la tranquillité du geste. Et, logiquement, le personnage fait de même avec les indiens qui ont volé ses mules. Il les abat froidement, sans sourciller. Ou, évidemment, arrive la contradiction, c'est dans ses rapports avec l'indienne, qu'il considère assez humaine pour désirer (le fait qu'il attende son bon vouloir et ne la viole pas est totalement invraisemblable, et la seule faiblesse du film).
L'acceptation de la situation par l'indienne nous en dit d'ailleurs beaucoup quant à la situation de la femme dans la société indienne, elle n'a pas de volonté propre, elle appartient à celui qui la prend, l'échange ou l'achète.
Quant à Sandy (Stewart Granger) il a côtoyé les indiens et ne partage pas les préjugés de Taylor. Mais c'est avant tout un homme blanc et, quoi qu'il puisse en penser, il n'est pas question pour lui de revendiquer ce qui appartient à un autre homme blanc. Ni de se mettre en travers de son chemin. Jusqu'au jour où la coupe est pleine...
La fin est assez remarquable pour un film de cette époque : ce n'est évidemment pas Granger qui gagne (contre Taylor il n'avait pas la moindre chance) mais l'esprit de l'indien qu'il a tué et qui a, là, sa revanche ultime.
Ajoutons que, bien que Russ Tamblyn soit assez peu crédible en indienn/tom pouce, l'interprétation est excellente (Taylor tout à fait à contre-emploi, mais il le sera à nouveau ensuite...Granger ambigu dans sa distance et Lloyd Nolan que je n'avais jamais vu dans ce genre de rôle est remarquable)
Sans doute le meilleur film du prédicateur Brooks...

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Jean-Louis
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Messagepar Jean-Louis » 29 oct. 2007 20:00

:( Il y a pas loin de 2 ans l'un d'entre nous avait lancé une rubrique :
Trouvez vous que parmi les Westerns renommés certaines réputation soient usurpées.

Et bien AMHA La dernière chasse pourrait figurer en bonne place dans ce palmarès.
Les bons sentiments ne suffisent pas à faire un bon film, on le savait, en voilà la parfaite illustration.

La dedans tout est convenu, les personnages stéréotypés.

Le bon est tellement bon, pas l'ombre d'une méchanceté, quand il massacre les bisons il le fait bien à regret, il fait risette au petit indien : c'est touchant. Il monte avec la p. mais ne la touche pas, il pense à l'indienne et va noyer dans l'alcool sa frustration...
Le méchant est tellement méchant, pas l'ombre d'une trace d'humanité, Il tue les Indiens comme il massacre les bisons il le fait en prenant son pied, d'ailleurs il n'y a là qu'il le prend, impuissant qu'il est à faire l'amour à l'indienne.
Le métis, à aucun moment n'est crédible,
pas plus que l'indienne il faut la voir passer mollement sa raclette sur les peaux de bisons,
les peaux de bison aussitôt écorchées, aussitôt assouplies, prêtes à la vente.
Seul Jambe en bois tient la route.

Il faut dire que dès que j'ai commencé à visionner le DVD, j'avoue avoir été très déçu les premières séquences montrant quelques bisons filmés au grand angle, les plans croisés
m'ont un peu pris à froid.
Les séquences de présentation de Sandy McKenzie sont tout de même assez étonnantes, je sais bien que Sandy vit seul depuis des années, mais il est devenu sourd comme un pot :
se laisser surprendre comme ça par un troupeau de bisons.
L'arrivée de Charlie aussi le surprend, vous avez déjà entendu un cheval arriver dans une prairie ?
La bande d'indiens qui a dérobé les chevaux sort d'où, elle arrive comme ça juste à propos, de plus "encombrée'" d'une squaw et d'un jeune enfant.

Tout est symbolique et arrive comme ça à point, je ne parle pas seulement du bison blanc mais par exemple du bison de la dernière séquence, Charlie avait décidé, comme ça, de remettre le duel au lendemain, ce crétin n'a même pas l'idée de se faire un feu
non, c'est tellement plus simple d'abattre un bison (au revolver) de le dépecer et de s'envelopper dedans, ben voyons...

La seule justification à tout ça, serait de l'ordre de la parabole.
Je reviens à la charge avec l'idée que Charlie et Sandy sont les 2 faces (étant à ce point si peu nuancés) de la nature humaine.
Modifié en dernier par Jean-Louis le 29 oct. 2007 21:42, modifié 1 fois.

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Messagepar Personne » 29 oct. 2007 20:02

Je suis d'accord avec toi sur tes remarques Jean-Louis, la mollesse de la squaw, des invraisemblances en pagailles, les 2 faces de la nature humaine, la fin... Sauf que j'ai réussi à y prendre du plaisir, et pas qu'un peu. :)
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chip
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Messagepar chip » 30 oct. 2007 9:32

Critique assassine de Jean Louis pour un beau film, ce western est tellement VRAI que les spectateurs américains l' ont boudé. D'accord en ce qui concerne Debra Paget que Dwan à propos de"the river's edge" trouvait sexy mais inexpressive. J'ai vu de nombreuses fois "the last hunt" (en salle) et à la télé , toujours avec plaisir.
Et puis Robert Taylor n'a jamais été aussi bon que dans ce film.
A mon le dvd est justifié.



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