L'Homme aux colts d'or - Warlock - 1958 - Edward Dmytryk

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Vixare
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Messagepar Vixare » 23 mai 2007 21:45

fa a écrit :
certes Machos (et donc comme la plupart des machos, méprisant des femmes), dont l'un s'habille constamment en cuir moulant et l'autre est un travesti notoire. Deux hommes qui partagent le même wagon -lol- dont l'un est souvent torse nu à l'écran et frappe une femme au générique ? D'autant que la série a été créé par Michael Garrisson, qui a toujours affirmé haut et fort son homosexualité. Il a d'ailleurs lui même avoué que cette série avait été pour lui un moyen de militer pour les droits des homosexuels.


D'accord pour l'habillement de West mais ce n'est pas parcequ'un homme s'habille de cette manière et collectionne les conquêtes féminines qu'il a un penchant homo-sexuel, moi même je connais dans la vie des hommes comme ça et ils ne sont pas homosexuels. Pour Gordon, les séquences où il s'habille en femme sont vraiment peu nombreuses comparées au nombre d'épisodes qui ont été tourné, l'image du travesti est surtout véhiculée par le film de Sonnenfiel : où sur les 3 déguisements de Kevin Kline, il se déguise une fois en femme, de plus si tu enlève son déguisement dans Wild Wild West Revisited de Kennedy, il ne te reste plus beaucoup de séquences où tu le vois en femme sur les 104 épisodes tournés ... ça fait un peu léger pour l'affubler du titre de travesti :wink:
Pour le générique, n'oublie pas qu'au départ dans la saison 1, le personnage fait juste un coup de chapeau à la femme avant de repartir.
Je veux bien que certains éléments aient été greffés par Garrisson, certaines séquences, rares mais elles existent, mais c'est loin d'en faire un hymne à l'homosexualité ...


fa a écrit : Il faut en vérité remettre les choses dans leur contexte Warlock date d'une époque où il était mal vu aux USA de défendre ou d'afficher ouvertement une homosexualité. Il fallait donc "enrober" les choses, les dissimuler... Rien à voir avec l'époque actuel qui permet à un film comme Brockeback d'exister...
Et l'article de l'Huma que je site date de 1995... Bien avant Brockeback donc. :wink:


sauf que les journaux que tu as cité dont L'huma sont tout sauf objectif sur la question :wink: , encore les derniers mois, je cite Marie-George Buffet : «Ce qui est accordé aux hétéros doit l'être aux homos» et ça ne date pas d'hier ! On voit donc que sur ce sujet, le PCF et donc L'humanité a pris position on a un jugement encore moins objectif sur ton extrait de site gay, bien entendu qu'une supposée relation homosexuelle dans un western ne pourrait pas être néfaste à cette communauté, seulement je crois qu'on fait parler les faits comme on veut du moment qu'on a un peu de troubles et des éléments qui pourraient éventuellement tenir la route mais là ça dévie trop à mon goût de l'idée de départ. J'espère que Dmytrik n'est pas en train de se retourner dans sa tombe :lol:
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fa
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Messagepar fa » 23 mai 2007 23:10

Il n'y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir... :wink: Que tu refuse de voir dans Warlock ou WWW l'homosexualité latente des personnages est ton droit. Mais force est de constater que le fait est affirmé par nombre d'historiens du cinéma ; repris dans de nombreux sites (et même dans les fiches de Monsieur cinéma -lol); et même sujets d'articles et de thèses (je me souviens en particulier d'un article publié par l'Université de Tours et un autre, mais en anglais, par l'UCLA...). Je ne dis pas qu'ils ont raison, et mieux vaut se faire soit même son opinion... Mais il n'y a pas de fumée sans feu. D'autant que l'homosexualité est un sujet que l'on retrouve régulièrement dans la filmo de Dmytryk (La rue chaude ; les enfants d'Hitler...). Etant donné l'époque du film (ou de la série WWW pour la TV...) il était difficile de montrer clairement et ouvertement. Tout est donc caché, latent... C'est un parti pris de prudence (surtout pour un réa sous surveillance comme l'était Dmytryk) qui a pour risque d'être "invisible" à ceux qui ne veulent pas voir, ou qui s'offusquent... La question est en vérité : "ou est le problème ?" Que les héros soient homo, hétéro, ou je ne sais quoi... Ils restent les héros. Warlock reste un grand film, et WWW une grande série quelque soit la sexualité de ses personnages. Reste le discourt des auteurs (masqué mais récurent chez Dmytryk) et plus affirmé (puisqu'il l'a confirmé lui même) chez Garrisson.

chip a écrit :que dire de Laurel et Hardy


http://culture-et-debats.over-blog.com/article-3932360.html :lol:

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Vixare
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Messagepar Vixare » 23 mai 2007 23:28

Tout ce que je veux dire c'est que dans Les mystères de l'ouest autant que dans Warlock, on a des éléments ambigues, mais cela doit rester dans le domaine de l'ambiguité et dans ce genre de cas, je préfère ne pas prendre de risque, les éléments à notre disposition ne peuvent à mon avis pas nous faire avancer concrétement l'hypothèse homosexuelle dans les 2 cas. Dmytrik a, à mon avis cherché à nous mettre le doute dans l'esprit ( il y arrive plutôt bien d'ailleurs ), mais je pense qu'avec ce dont on dispose, on a pas d'arguments assez lourds pour prendre position de manière si avancée. Le doute est là, voulu par le réalisateur mais c'est tout, ça ne reste qu'un simple doute ( d'ailleurs je doute qu'à la date de réalisation, Dmytrik ait pensé à toutes les analyses qu'on a pu évoquer jusque là, son ambition n'était pas là ), que des éléments ambigues dans une tradition western du pistolero et de son fidèle compagnon.
Par contre pour La rivière rouge, là je suis d'accord mais ça me paraît plus être un jeu qu'autre chose de la part de Hawks ... pour Warlock, queneni :wink:

La question n'est pas de savoir si un héros ne peut pas être homosexuel, ça serait complétement idiot, pendant la première guerre mondiale, on sait aujourd'hui qu'il y a eu des cates à tendance homosexuels dans les tranchées et ça n'a pas empêché certains de ces hommes de devenir des héros de guerre ... On ne juge pas les personnes et les personnages sur le forum, on essaie de les comprendre et moi je comprend que dans Warlock il n'y a pas d'homosexualité :D mais que notre ami Dmytrik s'est sûrement amusé à nous concocter un film qui nous ferait réfléchir sur le sujet, j'irais même jusqu'à dire qu'il ignorait probablement la réponse lui-même si tel s'était avéré être le cas.
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Longway
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Messagepar Longway » 24 mai 2007 0:33

Bon ! Si vous n'y voyez pas d'inconvénients on peut faire une petite pause pour ce sujet délicat qui devient un peu trop envahissant, et nous fait oublier le western en lui même. Mais vous pouvez continuer après si le coeur vous en dit. Moi je préfère revenir à du classique.
Dans ce débat nous n'avons pas encore parlé de la bande à Mc Quown et qui nous donne une belle brochette de hors la loi.
J'aimerais donc combler quelque peu ce manque.

D'entrée de générique le ton est donné, les rénégats à cheval font l'ouverture en se dirigeant vers warlock.
A ce moment là on devine tout de suite quel sera le rôle tenu par Richard Widmark au sein de ce groupe. Un rôle à part, un hommes qui parait déja différent de ses comparses, il chevauche à la traine, solitaire à l'arrière, désirant visiblement rester en retrait.
Oui ! Il ne sera pas le grand méchant loup, comme nous avions pu le découvrir un an auparavant dans le non moins fameux " TRESOR DU PENDU " de John Sturges. Ici une splendide réhabilitation l'attend.

Maintenant le chef du clan, le patron: Mc Quown... Un fourbe subversif, qui n'hésite pas à rendre tout duel inéquitable, prenant soin à l'avance de placer des tireurs embusqués dans le dos de ceux qu'il veut éliminer, tout en faisant croire à l'équité du gunfight.

Un autre tueur qui ne vaut guère mieux ( sinon pire ) c'est Pony Benner, à ne pas croiser sur sa route, très susceptible de prime abord, et le barbier en fera les frais pour un geste aussi maladroit qu'involontaire.

Jack Cade, le plus grand de la bande et le plus vil, celui dont se sert Mc Quown pour tirer dans le dos de Blaisdell.

Billy Gannon, le petit frère de Johnny, encore un gosse, trop fier de jouer les héros, téméraire, inconscient, il paiera le prix fort en provoquant Blaisdell, qui pourtant lui avait donner sa chance afin qu'il renonce au duel.

Enfin j'y arrive, celui que je nommerai l'homme clé du film : Curley BURNE ( De Forest Kelley, un habitué pour ce genre de rôle )
Il va en quelque sorte être le personnage qui empêchera le mot " FIN " de survenir au bout d' 1h30 de projection ( le film dure 1h57 ).
Ce bandit suit le tracé semblable à celui de gannon, mais avec un temps de retard. Pas si mauvais garçon que cela, un brin ironique, c'est lui qui provoquera Blaisdell en premier, mais apparement sans vouloir tirer, désirant juste s'essayer au plus rapide à dégainer, et cela blaisdell le comprit, puisque lui même tout en étant le plus prompt, ne fit pas usage de son arme. C'est encore lui qui au début du film achète le ravitaillement pour la bande, il préfère attendre dans la rue la fin de la réunion des citoyens de la ville, plutôt que d'obliger les commerçants à ouvrir de force leur commerce.
Sans doute est ce le bras droit de Mc Quown pour les activités du ranch ne nécessitant pas l'usage des armes. Et c'est encore lui qui colle les affiches de Mc Quawn annonçant qu'il devenait régulateur.
Tout bascule pour lui, et dans le sens de la loi, au moment où Gannon se rend au ranch afin d'imposer la légitimité et le respect de son étoile. A ce moment Mc Quawn cherche à obliger Gannon à faire un faux témoignage, à son avantage bien sur, sur le duel qui couta la vie à Billy Gannon, mais voyant son refus il se met brutalement avec la complicité de ses hommes à passer à tabac Gannon, jusqu'à la fameuse scène où un des malfrats lui plante un couteau dans la main. Curley Burne qui suivait l'affrontement sans vraiment réagir, esquisse un mouvement conjugué à un regard d'effroi.
A partir de cet instant on sent l'homme basculer du côté du bon droit, et c'est encore lui qui empêchera Mc Quawn d'achever Gannon en insistant qu'un duel à Warlock, seul face à lui, serait une meilleure solution.
Il a une idée derrière la tête, il sait que Gannon, seul, et avec sa main blessée, n'a aucune chance de s'en sortir. D'un autre côté Morgan empêche Blaisdell de seconder Gannon dans le duel.
C'est donc lui qui agira en promettant la régularité de l'affrontement, réussissant en bonus à convaincre les habitants de l'aider afin de déjouer le guet apens inéluctable de Mc Quown et de ses hommes prêt à tirer avec la traitrise qui leur est propre.
Ce duel est un des grand tournant du film. Une autre issue que celle avortée par Curley aurait été pénalisante pour la suite.
On peut supposer qu'alors une fois Gannon tué, Blaisdell et Morgan auraient des fenêtres de lesquelles ils se trouvaient, éliminés dans la foulée le reste de la bande, et ainsi accélérés le final du film, devenant alors les grands vainqueurs.
Curley Burne est bien l'homme à l'origine des évènements qui ont fait basculer une situation bien mal engagée pour Gannon, et cela, ni Blaisdell, ni Morgan ne l'avaient prévu.

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Messagepar Carcasse » 24 mai 2007 6:45

Cela se tient. Curley Burne est un personnage très important dans ce film. Seulement, avec toujours un remps de retard. Curley n'agira et ne prendra confiance qu'en voyant agir Gannnon et c'est l'attitude de ce dernier et l'amitié qu'il a envers lui qui le fera basculer. C'est d'ailleurs à Gannon et Gannon tout seul, que Curley promet un combat loyal.
Bien sûr, son action entraînera la réaction d'autres villageois, mais on sent que cette fois, ils étaient prêts : que leurs armes étaient chargées et à portée de main...
On imagine mal un Burne s'étant concerté avec les villageois : il n'avait pas si bonne presse, jusqu'à présent.

La ville n'attendait qu'un shérif courageux qui franchisse le premier obstacle. Ce fut fait à travers l'acte de courage d'un Gannon blessé et l'aide au déroulement loyal de Burne... Il fallait les deux.
Cuacuacocomekiki ? (Averell Dalton)

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Messagepar Carcasse » 24 mai 2007 7:26

Je ne crois d'ailleurs pas que Morgan et Blaisedell eûssent pu se permettre de tirer par la fenêtre...
D'abord, ils se sont déjà trouvés coincés dans un hôtel (ce qui ne leur avait guère réussi) et Morgan tient trop à "montrer" son héros au public esbaudi...
Et ce nest pas le genre, Blaisedell ne s'apprêtait-il pas à descendre pour aider Gannon ?

Cela dit, peu d'importance, la fin était déjà écrite ! :?
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Messagepar tepepa » 24 mai 2007 9:09

Vous ne trouvez pas que la relation entre Curley Burne et Gannon est un peu trouble? :mrgreen:
Modifié en dernier par tepepa le 24 mai 2007 12:23, modifié 1 fois.

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Messagepar chip » 24 mai 2007 12:22

Arrêtons avec ces histoires de relations " troubles" ça devient lassant...

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Messagepar Lone Star » 24 mai 2007 19:00

Ca y est, film revu et topic relu, je suis essentiellement d'accord avec Carcasse et Musselshell.

Juste un mot sur l'homosexualité éventuelle... celle-ci n'existe pas dans les faits (ni même dans les détails : cf les tableaux de femmmes dans les apparts, chacun a ou a eu une romance avec une femme). Homosexualité latente seulement dans la façon dont ils sont présentés et seulement de la part de Morgan (et encore).
Il est vrai que sa jalousie est troublante : il est incroyablement sarcastique dès que Jessie est là (cf la remarque sur le ventre vide préférable quand on prend une balle, et quand il lui tend son flingue pour qu'elle l'aide, etc), mais elle est la marque d'une relation beaucoup plus complexe et malsaine entre les 2 hommes. Bref, l'homosexualité, peut-être que oui, mais il y a bien plus intéressant dans le film, donc je n'y reviendrai plus.

Bien que Blaisedell apparaisse comme un homme fort et équilibré, il est en même temps assez vain et presque fat (cf ses remarques sur le salaire juste suffisant à payer les cartouches pour l'entrainement, ses draps de soie). Pourtant il semble conserver une part d'innocence et sa vanité pourrait n'être que dûe à la mauvaise influence exercée par Morgan.
Il ne semble pas si résolu que ça. Jessie lui fait un peu de rentre-dedans (lui tenir tête au début et aller le draguer dans le Grand Canyon), et hop, Blaisedell parle déjà de mariage. Et la jalousie de Morgan s'explique peut-être par la relative facilité avec laquelle il se fait "retourner". Cette "faiblesse" de Blaisedell n'est connue que de Morgan, ce qui explique à quel point il le couve et le protège (et son suicide final est peut-être une façon de lui dire, "tu veux me quitter, débrouille-toi donc tout seul maintenant, tu verras si tu y arrives").
Blaisedell n'est pas très futé non plus. Il ne voit pas que Morgan l'a manipulé dans les grandes largeurs avec l'histoire des Nicholson (bon il finit par piger mais ça a été dur), ne comprend pas les motivations de Morgan quand celui-ci se laisse tuer. A la fin, il pète complètement les plombs, joue de sa personnalité intimidante pour effrayer des gens déjà bien pleutres, s'en prend à un infirme, et brûle le Palace. Il y a dans cette grandiloquence vaine et inutile (qui m'a toujours mise mal à l'aise) une immaturité qui ne fait que confirmer le manque d'envergure de Blaisedell. Le lendemain, c'est un autre Blaisedell qui descend la rue avec ses colts d'apparat. Il semble s'être repris, il a compris que s'embarquer dans une nouvelle relation n'est peut-être pas la meilleure des choses à faire au moment présent, il lui faut donc partir et se retrouver lui-même. Son demi-sourire montre qu'il a déjà parcouru une partie du chemin vers la sagesse.

Si Morgan aide à rétablir l'ordre, ce n'est pas par altruisme, mais pour entretenir la légende héroïque de Blaisedell (légende qui lui profite, Blaisedell étant son employé cf la distribution de cartes au faro).
Morgan est un meurtrier, un menteur et un manipulateur. Blaisedell est sa création/créature, il le contrôle et l'utilise aussi bien professionnellement (cf le faro) que sur un plan personnel (ses affaires de coeur avec Lily). L'affection qu'il semble lui porter n'est peut-être qu'égoïsme (enfin un type qui le voit en égal, et quand un type de cette trempe vous voit en égal, c'est hautement gratifiant). Mais comme le créateur est toujours plus fort que sa créature, il peut lui balancer au visage qu'il est meilleur que lui (et le lui prouver ensuite). Sa jalousie ? il n'a pas fait tout ça pour que Blaisedell se tire avec la première bonne femme venue.

Le personnage de Gannon est bien banal en comparaison, mais pas tant que ça. Il a une conscience (cf le massacre des Mexicains qui le hante) et un sens moral plus développé que les autres cow-boys (les back-shootings lui sont insupportables alors qu'ils sont très bien tolérés par les autres). Peut-être pas de talent spécial en effet, mais déjà une âme forte dans une ville qui en est plutôt dépourvue. Il est LE héros du film, les 2 autres n'étant que des anti-héros (c'est pour ça qu'ils sont plus intéressants).
Pour Morgan, Gannon est un gêneur, un type qui tombe mal car le héros doit être Blaisedell et personne d'autre. Quand Blaisedell prétend aller l'aider, c'en est trop pour Morgan qui voit surtout que la réputation de Blaisedell va terriblement en pâtir (jouer les porteurs d'eau à un type aussi banal ? c'est la honte suprême). Ce qui transparaît à ce moment du film, c'est que Blaisedell a plus en commun avec Gannon qu'avec Morgan, et que cette image de justicier implacable ne correspond pas vraiment à sa personnalité profonde. Et s'il jette ses colts, c'est parce que ce sont les reliquats de sa légende, il tourne ainsi symboliquement le dos à Morgan.

D'accord avec Longway sur le rôle majeur joué par Curly (DeForest Kelley, le futur docteur de Star Trek ne pouvait être un mauvais bougre :mrgreen: ). Curly a la même attitude que Gannon lors de la première confrontation avec Blaisedell (avec Curly justement, intéressant croisement des destins et des rôles).
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Sartana
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Messagepar Sartana » 25 mai 2007 9:57

Je vous propose un parallèle entre Warlock et le western italien, ou « Comment le western italien doit beaucoup à L’Homme aux colts d’or : (pour éviter une tartine indigeste, j’ai gagné de la place en ne citant que très peu de titres italiens de référence). Dans mon post suivant, j’ai donné mon avis sur certains points hors western-italien sur Warlock :

• Le film commence comme beaucoup de westerns italiens, puisque la première scène nous montre un pays sous la coupe d’une bande de malfrats, avec un shérif impuissant à pouvoir maintenir l’ordre, qui se fait descendre sous les yeux de la populace lâche et calfeutrée.

• Le deuxième point est l’attendue scène du « il faut faire venir quelqu’un qui saura nous aider » avec les traditionnels phrases types du genre : « Vous allez faire venir ce joueur de tripot, ce mercenaire ? » :lol: S’ensuit la scène de l’arrivée en ville du héros solitaire mais qui a un faire-valoir (sauf qu’un faire-valoir joué par Anthony Quinn, cela devient un rôle à part entière ;)). Les deux hommes ont pas mal baroudés ensemble (on repense évidemment à Anthony Steffen et Mark Damon, dans Les pistoleros du Nevada, qui se font des méthodes selon les villes qu’ils ont traversé du style : « Comme à Yuma ? » « Comme à Yuma ! » )

• Point spécifique au western américain, notre tueur est blasé de sa vie dans l’ouest qui n’est que de rendre la justice de patelin en patelin. Le héros du western italien est souvent heureux de sa condition de solitaire et bien souvent, il se fait justice pour lui-même, guère pour les autres. Une exception, dans le film Qui a tué Fanny Hand ? de Primo Zeglio, 1968, le héros joué par Peter Lee Lawrence devient shérif pour faire éclater la vérité sur un meurtre.

• Vient ensuite la description émouvante du pourquoi du remords de Gannon. Richard Widmark filmé en plan fixe explique la raison de son mal-être. Les italiens reprendront souvent ses scènes d’explications sur les crimes qui ont été commis au pays (lorsque le héros revient chez lui, par exemple), mais incrusteront, dans leur goût prononcé pour la démesure, des plans de violence ou d’incendie pour éviter que le spectateur s’ennuie. Il faut préciser qu’en Italie le cinéma était à l’époque fait avant tout pour le public et pas pour que les acteurs reçoivent un ours d’honneur à Berlin. D’où cette résurgence du : ' »il faut animer cette scène sinon, le public va quitter la salle ».

• On apprend que le héros a des méthodes expéditives (il tue dès qu’il est menacé), et le faire-valoir ordonne au videur du saloon de «tirer qui il veut « du moment que Clay est en danger ».

• Autre scène réutilisée à foison dans le western-péplum (les westerns mélés de tragédie grecque) le fatalisme du fratricide. Quoiqu’il arrive, Gannon ne sauvera pas son jeune frère Billy, trop tenté de se mesurer au pistolero. Les arguments de son frère ou du marshall ne changeront rien à l’issue tragique du jeune Billy.

• L’une des deux femmes importantes du film, Lily, la femme de saloon, est typique dans son attitude au début du film aux futures femmes de l’ouest à l’italienne. Elle est tout charme devant mais ne rêve que d’assister au meurtre d’un des personnages, tant sa haine est grande pour cet individu. La femme fatale est aussi représentée à chaque épisode ou presque des Mystères de l’ouest ;)

• Deux points sur lesquels Mortimer a déjà pointé le bout de son nez : la référence aux colts d’or dans le western italien est évidemment présente dans Ringo au pistolet d’or de Sergio Corbucci, une œuvre très moyenne dans sa filmographie. Autre point évoqué précédemment, la blessure à la « main tireuse » de Gannon, inspirera encore Corbucci pour son personnage de Django, pour celui de Silence joué par Trintignant. Ce personnage meurtri qui tentera de surmonter son handicap (avec plus ou moins de succès selon le film :lol:) sera ensuite dévoyé dans des œuvres où le handicap sera parfois traité comme un prétexte pour relancer l’action et faire tenir le film 1h30…


Voilà pour un avis qui n’intéressera pas tout le monde mais qui a le mérite d’exister. Ca fait quand même une tartine, désolé :D.
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Messagepar Sartana » 25 mai 2007 9:58

• Le personnage de Morgan est un homme persuadé que le bon vieux temps doit rester inchangé, il cherche avant tout la protection de son ami. Son but est de rester en coopération avec lui, afin que tout demeure comme avant. Morgan est un personnage du passé, et qui y restera. Il a vis-vis de son ami un refus de partage évident et une méfiance envers tout ce qui est nouveau (son agression envers les femmes, de même qu’envers Gannon qu’il préfère voir tuer sans rien faire pour l’aider), ceci dans le but de laisser Clay être un héros afin qu’il reparte, comme au bon vieux temps, etc : Morgan tourne en boucle.

• Widmark est le paria rongé par le remords qui va trouver une nouvelle foi en se tournant vers la justice, au point de se trouver dans la même situation que le shérif Tompson au début du film.

• Quant à Fonda, le parallèle fait précédemment avec La Cible humaine est frappant : les personnages sont aussi blasés l’un que l’autre sur leur vie de justicier/ tueur. Les rôles sont effectivement très proches…

• Enfin, deux détails de la réalisation m’ont attiré : le premier est la lampe dans la chambre d’Anthony Quinn qui vient cacher à un millimètre prêt l’intimité d’une jeune femme nue présente sur un tableau : j’ai trouvé le plan somptueux.
Le deuxième est la petite maquette de diligence présente sur le bureau du shérif. C’est un détail mais cela m’a frappé : pourquoi cette maquette ? A-t-elle un but autre que celui de simple objet de décoration ? J’attends vos avis… (La dissection provoque de graves troubles chez les amateurs de cinéma… :lol:)
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Messagepar Vixare » 25 mai 2007 17:28

Carcasse a écrit :On imagine mal un Burne s'étant concerté avec les villageois : il n'avait pas si bonne presse, jusqu'à présent


J'ai envie de dire, pas si sûr, il me semble bien que lorsque lorsque Blaisdell arrive en ville, qu'il se réunit avec les membres du comité, les gens parlent en généralité de San Pablo et l'un coupe son ami en disant quelque chose comme : " Ils ne sont pas tous si mauvais ! J'ai pour ma part une petite préférence pour Johnny Ganon, Curley Burne" et là Blaisdell demande ce que ce soit lui qui juge les cow-boys quand il en sera temps. On pourrait presque même se douter qu'il ait un tel rôle à jouer dans l'action, ami de Ganon, assez sympathique ...
Donc pas si sûr que Curley ne soit pas trop apprécié, bien sûr, il est de San Pablo mais il n'est pas le pire et sa réputation n'est pas celle d'un vaurien.
Aprés tout, s'il a promis à Ganon en repartant l'autre soir, sa main ensanglantée que le combat serait loyal, c'est qu'il avait ses assurances, et savait qu'il aurait l'appui de certains citoyens même si la plupart ne n'aurait probablement pas aidé de leur propre action Ganon. Pour moi Curley est celui qui a donné le tout petit quelque chose qui manquait aux villageois, ce qui leur a faillit aprés des belles paroles de début de films, sans jamais passer aux actes, certes fois ils ont agis pour eux et par la même occasion aidé Ganon.
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Messagepar Longway » 25 mai 2007 18:06

Le deuxième est la petite maquette de diligence présente sur le bureau du shérif. C’est un détail mais cela m’a frappé : pourquoi cette maquette ? A-t-elle un but autre que celui de simple objet de décoration ?


Pour moi pas d'explication ! Juste une supposition. ( encore)
Cette maquette était déja présente du temps du shérif Thomson. Possible qu'avant d'être représentant de la loi, Thomson dirigeait une compagnie de diligence qu'il dut interrompre pour cause de faillite. Je pense que cela restait un souvenir d'une époque dont il gardait la nostalgie ( et je le comprend )

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Messagepar Longway » 25 mai 2007 18:31

le premier est la lampe dans la chambre d’Anthony Quinn qui vient cacher à un millimètre prêt l’intimité d’une jeune femme nue présente sur un tableau


Moi j'ai ma petite idée la dessus, mais par crainte de relancer le débat qui semble à priori apaisé, je n'en dirai pas plus. :lol: cool

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Messagepar mortimer » 25 mai 2007 20:20

Sartana a écrit :Voilà pour un avis qui n’intéressera pas tout le monde mais qui a le mérite d’exister.


tu veux rire Sartana ? non seulement j'ai trouvé ton commentaire trés intéressant (et je ne pense pas être le seul :wink: ) mais en outre il se démarque totalement des commentaires que nous avons tous fait jusqu'à présent par son originalité (il suffit de regarder les commentaires des sites anglais ou américains sur Warlock pour s'apercevoir que nous n'avons guére brillé par nos réflexions, déjà maintes et maintes fois évoqués ailleurs) en revanche ton post est vraiment novateur.

et là je dis bravo ! :applaudis_6:



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