L'Homme aux colts d'or - Warlock - 1958 - Edward Dmytryk

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Jicarilla
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Messagepar Jicarilla » 27 mai 2007 19:10

chip a écrit :Les membres de notre bien-aimé site seraient-ils tous devenus fous?
J' hallucine en vous lisant.
PAUSE


:sm27: :sm27: :sm27: :sm27: :sm23: :sm23: :sm23: :sm23: :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: :sm31: :sm31: :sm31: :sm31:
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Sartana
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Messagepar Sartana » 27 mai 2007 19:17

chip a écrit :Les membres de notre bien-aimé site seraient-ils tous devenus fous?
J' hallucine en vous lisant.
PAUSE

Pas fou, mais passionnés. Et la passion fait voir parfois des choses qui ne sont pas visible par le commun.
Non, pour etre sérieux je trouve moi aussi que vous y allez fort. Déjà moi avec mon histoire de petite diligence :lol: Mais je ne vois pas différents films comme les suites éventuelles d'un autre si elles n'en sont pas. Le personnage d'Eastwood dans les films de Leone est bien différent de ceux de Sierra torride ou de l'homme des hautes plaines :shock:
"Il suffit de franchir les limites de la violence individuelle qui est criminelle,
pour atteindre la violence de masse qui... qui fait l'histoire..." Brad Fletcher dans Le dernier face à face
Personne a écrit :Sartana, tu as un coeur de pierre!

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musselshell
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Messagepar musselshell » 27 mai 2007 20:05

Sartana a écrit :
chip a écrit :Les membres de notre bien-aimé site seraient-ils tous devenus fous?
J' hallucine en vous lisant.
PAUSE

Pas fou, mais passionnés. Et la passion fait voir parfois des choses qui ne sont pas visible par le commun.
Non, pour etre sérieux je trouve moi aussi que vous y allez fort. Déjà moi avec mon histoire de petite diligence :lol: Mais je ne vois pas différents films comme les suites éventuelles d'un autre si elles n'en sont pas. Le personnage d'Eastwood dans les films de Leone est bien différent de ceux de Sierra torride ou de l'homme des hautes plaines :shock:


Les suites comprises comme cela relèvent bien sûr des "projections" du passionné...mais attention, certaines choses, si elles ne sont pas patentes, peuvent interroger...pas au sens "suite" stricto sensu, mais à un autre niveau, celui de la vie, des expériences partagées, surtout quand elles ont atteint des sommets...Je m'explique (j'ai d'ailleurs déjà fait allusion à ça): prenez Wayne et Stewart dans the Shootist. Personnages tres différents de TMWSLV. Mais il y a là retour de quelque chose, de plus complexe, disons même moins trivial qu'une suite imaginaire. Comme si Stoddard déclarait enfin là l'admiration respectueuse à l'égard de Doniphon...comme si Doniphon avait su ne pouvoir compter que sur le courage de Stoddard pour s'entendre dire la vérité...On peut être sûr que les acteurs qui se retrouvaient là partageaient quelque chose, entre autres une expérience commune: TMWSLV...Je crois qu'on est finalement ici plus proche d'une certaine charge de vérité que du pur fantasme de passionné...(bien sûr, il faut l'être aussi pour éprouver ça...) cool

Carcasse
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Messagepar Carcasse » 28 mai 2007 9:11

Non pas fous, je te rassure.
Pourtant, si je trouve que Personne exagère un peu (ce n'est pas une "baffe" à l'talienne que Blaisedell semble donner au malabar, mais bel et bien un coup de crosse de son revolver), j'avoue que la première fois que j'ai vu MNEP, j'ai immédiatement pensé "Blaisedell".

Bien sûr, je n'irai pas jusqu'à penser qu'il s'agit d'une suite directe d'un quelconque personnage ayant changé de nom.

Mais un de ces anciens prévôts, plus ou moins en marge de la loi, faisant attention à ne jamais trop en franchir la limite qui, déjà désabusé et se voyant avec surprise arriver vivant en fin de carrière, s'est endurci.
Alors oui. Beauregard pourrait être le "mythe d'une sorte de Blaisedell" qui aurait survécu...

D'ailleurs était-ce vraiment Henry Fonda qui avait été prévu initialement été prévu pour le rôle de Beauregard ou n'aurait-il pas été proposé auparavant à un autre westerner ultra-célèbre qui aurait refusé ? :P

Ces démonstrations sont toujours alléchantes. Ainsi, un homme a démontré un jour, à force de calculs savants et très complexes que la hauteur des pyramides avait un rapport précis avec la distance de la Terre à la Lune.
Dix ans plus tard, on s'apercevait que la fameuse pyramide s'était, au long des siècles, enfoncée dans le sable et que la hauteur prise pour base de ces savants calculs n'était pas la bonne... :mrgreen:
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Lone Star
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Messagepar Lone Star » 28 mai 2007 10:42

Vixare a écrit :Longway, ça peut s'appliquer aussi pour John Wayne ? J'ai l'impression qu'il a souvent les mêmes vêtements seuls les coloris changent, et encore :lol: ( 100 ans de naissance aujourd'hui ? :D )

John Wayne aussi avait tendance à s'habiller pareil (même sa gourmette revient plusieurs fois, il me semble). Mais Widmark les bat tous, on dirait qu'il arrive à peine de chez lui et met juste son chapeau et son ceinturon de colts.

Longway a écrit :Tu voudrais dire que Jack Beauregard serait en réalité Blaisedell ayant changé de nom pour se faire oublier et commencer une nouvelle vie.
Pourquoi pas ! :D

Et peut-être que Gannon menait une double vie sous le nom de Jake Wade aussi (ça tombe bien, les 2 films datent de la même année) :mrgreen:
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Vixare
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Messagepar Vixare » 01 juin 2007 0:59

Il y a un personnage, assez peu évoqué jusqu'ici qui tient un rôle assez important dans le film, je dirais même peut-être beaucoup plus important qu'il n'en a l'air c'est celui du juge Halloway.
En effet, du début à la fin de Warlock, je personnages de Wallace Ford incarne la bonne conscience dans le film, un certain respect des règles qui peut paraître lourd, voir même très lourd et qui plus est entrave un certain déroulement de l'intrigue. Et à la fin j'ai quelque part été bien content de le voir enfin se prendre une tarte par Blaisdell car il commençait à me courir sur l'haricot avec sa bonne conscience et son air bureaucratique. :lol: Mais à y réfléchir je me demande si sous des traits dissimulés celui-ci n'aurait pas été formaté par Dmytrik pour parler en son nom, et peut-être même par le biais de l'autodérision.
Vous avez parlé précédemment du MacCarthysme, je l'implication de Dmytrik dans ces affaires communistes et certaines répliques du juge m'ont marqué, lorsque le comité décide de recourir à Blaisdell il dit :
"Vous en appelez à l'anarchie et à la violence pour remédier à l'anarchie et à la violence", pourquoi l'emploi d'une telle généralité si ce n'est pour dissimuler un engagement contre les politiques Américaines d'époque ... le MacCarthysme justement ? Les Soviétiques recourent au Goulag, vous vous recourir à la chasse aux sorcières, vous n'êtes pas mieux ! les citadins ne sont pas mieux que les McQuawn dans le fond. Mais cela me parait emplit de dérision lorsque l'on considère la situation en place, la bande à McQuawn terrorise les citadins alors que les Américains ont une frousse bleue des dégâts de la doctrine Marxiste et de la puissance idéologique et militaire des Soviétiques.
De plus ce film est un réel pamphlet contre l'hypocrisie à outrance des Américains, les "on va faire quelque chose", interrompus totalement et brutalement par l'arrivée de 3 cow boys de San Pablo dont 2 assez "cools" dans la réunion du comité.
Ensuite j'ai peut-être une autre explication sur une autre scène, mais ça me semble un peu poussé mais ... bon allez je la livre :lol: mais avec une certaine méfiance. C'est la scène où Morgan est mort, Blaisdell l'a porté, et le juge est aux premiers rangs de la pseudo-cénémonie organisée par Clay, une seule réflexion du juge convint Fonda de le balancer par terre malgré son handicap et de lui dire :
" Rampe devant lui, lui au moins c'était un homme, pas un bavard " et si Dmytrik s'en prenait à lui-même ? Miné par les remords qui lui ont fait "balancer" sa liste d'amis à McCarthy, Blaisdell ne représenterait plus que sa conscience qui le ronge toujours plus.

Vos avis ? :lol:
" Leboeuf j'te conseille de pas te trouver sur ma route ou tu t'rendras compte que j'suis pas encore fini et que j'ai encore une bonne dose de dynamite dans les poings !"

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El Lobo
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Messagepar El Lobo » 28 oct. 2007 13:40

Je suis en train de relire le roman "Warlock" de Oakley Hall, et j'en ai profité pour relire vos commentaires sur le film. J'ai beaucoup apprécié les commentaires, souvent passionnants, et toujours de qualité, ce qui fait une différence avec la plupart des forums
Il y a cependant beaucoup de choses prétées à Dmytryck qui sont tout simplement dans le roman d'origine. Le film est très fidéle au roman, à quelques détails près, dont certains sont de taille: dans le roman Morgan est brun, et il n'est pas invalide du tout. Il est l'ancien amant de Kate Dollar, et son ex-souteneur car il vivait de ses charmes, ayant fait tuer par Blaisedell l'homme qu'elle voulait épouser. Gannon est obsédé par une tuerie de mexicains à laquelle il a participé avec les hommes de San Pablo, d'où sa hantise de la légalité, de l'ordre juste.
Quand aux sempiternelles évocations de l'hommosexualité, il ne faut pas oublier qu'une grosse partie de la critique intello aux USA est gay et n'avait de cesse à cette époque-là de trouver des relations hommosexuelles dans tous les films, ne serait-ce que pour banaliser la chose. Vous connaissez peut-être la blague classique d'Hollywood:"On l'a dit de tout le monde, sauf de john Wayne et de son cheval...et encore pour le cheval il y a des doutes.."
C'est bien dommage que beaucoup de ces romans n'aient pas été traduits en français car c'est souvent passionnant de voir les différences entre le texte d'origine et le film qui en est issu, dans la plupart des cas le romans étant largement supérieur. Dans ma petite collection j'ai plusieurs classiques: Shane, Monte Walsh, The Shootist, Warlock, Josey Walles, Soldier Blue, True Grit, A Man Called Horse, etc.et c'est intèressant de voir en quoi le réalisateur s'est écarté du texte d'origine.

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Sebwalker
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Re:

Messagepar Sebwalker » 18 janv. 2009 12:21

Vixare a écrit :
fa a écrit :
certes Machos (et donc comme la plupart des machos, méprisant des femmes), dont l'un s'habille constamment en cuir moulant et l'autre est un travesti notoire. Deux hommes qui partagent le même wagon -lol- dont l'un est souvent torse nu à l'écran et frappe une femme au générique ? D'autant que la série a été créé par Michael Garrisson, qui a toujours affirmé haut et fort son homosexualité. Il a d'ailleurs lui même avoué que cette série avait été pour lui un moyen de militer pour les droits des homosexuels.


D'accord pour l'habillement de West mais ce n'est pas parcequ'un homme s'habille de cette manière et collectionne les conquêtes féminines qu'il a un penchant homo-sexuel, moi même je connais dans la vie des hommes comme ça et ils ne sont pas homosexuels.


Je trouve que vous vous emportez un peu, je trouve James West très classe et super viril,
après si des Gays fantasment dessus, c'est autre chose ....

Peabody
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Re: L'Homme aux colts d'or - Warlock - 1958 - Edward Dmytryk

Messagepar Peabody » 05 oct. 2009 14:52

Bonjour à vous,
Je découvre votre forum que je trouve très intéressant ;)

Je suis moi aussi en train de lire Warlock (le roman) de Oakley Hall, qui ressemble de très près au film qu'en a tiré Dmytryk, simplement, une chose me frappe, c'est l'étroitesse du lien entre ce roman et l'histoire, réelle, de Wyatt Earp et Doc Hollyday. D'ailleurs Pynchon, qui fait de Warlock l'un de ses romans américains préférés, explique que c'est très explicitement, de la part de Hall, une reprise du mythe de Earp, avec des noms différents et une construction plus ramassée autour de la question de la loi et de l'ordre...

Qu'en pensez-vous?

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Pike BISHOP
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Re: L'Homme aux colts d'or - Warlock - 1958 - Edward Dmytryk

Messagepar Pike BISHOP » 05 oct. 2009 17:03

Je ne connais pas le roman, il me semble d'après ce qu'on en a dit qu'il n' y ait pas cette part trouble chez MORGAN que DMYTRYCK
ou ses scénaristes lui aient rajouté, ni l'invalidité qui amplifie et simplifie le "back ground"...
Si il y a référence à WYATT et DOC, bien des éléments concordent, la fonction semi-légale de WYATT et celle de DOC + la maitresse
de DOC...Par contre, jamais évoqué de sentiments troubles entre eux..
Peut-être vaguement dans "DOC" de Frank PERRY, dans lequel WYATT voit en Kate FISHER (Faye DUNAWAY) une rivale à éliminer..
If they move, kill'em !!

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gilson
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Re: L'Homme aux colts d'or - Warlock - 1958 - Edward Dmytryk

Messagepar gilson » 05 août 2011 18:12

C’est bizarre, une discussion sur un forum : ça tarit puis ça meurt, difficile de savoir pourquoi.
Impossible à faire renaître ; je voudrais seulement rendre un tout modeste hommage à un de mes films préférés.

Sur « Warlock », la discussion, très souvent passionnante, avec des formules parfois parfaitement frappées s’est peut-être enlisée (sur l’homosexualité, surtout ; je ne sais même pas si cela mérite une parenthèse :1) le western est sans doute, à l’époque, le genre le plus saugrenu pour y placer ce souci-là 2) la relation entre Blaisedell et Morgan cesse d’être intéressante si on soupçonne quelque chose de ce genre 3) ces personnages deviennent ridicules ou grotesques si on va dans cette direction, alors qu’ils sont tout sauf cela), s’est peut-être, donc, enlisée un peu vite. Dommage : on y trouvait de très bonnes choses. Je ne prétends à rien : juste quelques petits cailloux, puisque le sujet n’est pas verrouillé.

1) Le film est un des préférés des amateurs. Simple question : pourquoi ? Je donne ma réponse, pas forcément la plus attendue : c’est le western de l’élégance. Dans l’entretien figurant sur le DVD, TAVERNIER parle de western « urbain ». Blaisedell et Morgan vont de ville en ville, ce sont des citadins distingués, malgré le pied-bot de Morgan, qui apportent ordre mais aussi perversions urbains (impossible de séparer l’un de l’autre : « Je suis responsable de lui, il est responsable de moi ». Et la mort de l’un est aussi celle de l’autre.). Dans un genre où on est souvent dans la poussière et la boue (poussière dont sont recouverts les deux compagnons en arrivant à Warlock à cause du voyage mais dont ils se débarrassent définitivement), ils sont un point d’accrochage pour le spectateur, urbain lui aussi où qu’il soit, aujourd’hui ou à la sortie du film. A sa façon, le comportement de Morgan est suprêmement élégant : il se laisse tuer, parce que cette humiliation (la huée de la foule) est trop forte pour son sens du départ en beauté, et surtout pour que son ami soit beau comme dans la légende qui commence à courir à son propos (on écrit déjà des livres sur lui). D’ailleurs, en même temps qu’elle est monstrueuse, dévorante et à sens un peu unique, notons-le*, cette amitié, dans son absolu, a pas mal de ressemblances avec celle des « deux amis » de LA FONTAINE ou celle, encore plus connue, du vieux maire de Bordeaux avec l’auteur de « La Servitude Volontaire ». Toutes relations d’une intensité hors du commun. Dévouement et élégance suprêmes, sublimes, que Blaisedell tente d’égaler un peu avec le sacrifice du feu**, à la fin, et, négativement, avec l’acte le plus dénué d’élégance qu’on puisse imaginer : le coup de pied dans la béquille du vieux juge. Mais c’est surtout le comportement de Blaisedell, bien sûr, qui est en cause : démarche d’échassier précieux, dignité, calme, sang-froid. Mussel parlait de chorégraphie à propos de FORD : ici, les fois où Blaisedell se sert de son arme sont tout sauf de la simple fonctionnalité : presque de l’art : monstration de virtuosité (« duel » avec Curly), d’efficacité (entrainement), d’humanisme même dans le moment crucial (son « Billy, Billy » et sa maîtrise suprême quand il doit se débarrasser du frère de Gannon), l’autre faux duel avec le marshal Gannon à la fin. On atteint à un sommet, ici. Quand FONDA marche, danse, tire, on regarde et on admire. Juste une dernière comparaison : les membres du forum ne savent peut-être pas tous que … Bruce LEE, grand chorégraphe de ses combats, était aussi un excellent danseur. Pas étonnant, comme c’est souligné dans les échanges, que FONDA ait été pressenti pour les westerns européens, plus formalistes et moins « terriens ». J’arrête sur ce point. Je suis trop long

2) Plus brièvement : a) « Warlock » est un film où on va profondément dans les choses, les êtres. Le scénariste a dû aider DMYTRYK, TAVERNIER le souligne. Mais encore fallait-il suivre telle piste et non pas d’autres, un livre étant, j’ai l’impression, par principe, plus riche qu’un film en général. Qu’est-ce qu’une bande ? Quelque chose qui n’est pas du tout homogène (Curly, et, dès le début, Johnny Gannon), et DMYTYK explore ici un aspect peut-être moins mis en valeur par d’autres : comment ça se passe, chez les méchants ? Un beau méchant, comme disait HITCHCOCK ? Le film dit : une bande n’est pas une bande, c’est aussi une relation entre des individus, différents, chez lesquels Bien et Mal ne sont pas simples à pointer. Ce n’est pas une question de différence de psychologie : on a des bandes avec des bonshommes bien distincts, ayant chacun leur personnalité, PECKINPAH le montrera bien. Ici, c’est différent –et, dans les échanges, je me souviens d’un excellent message concernant Curly-. Relations Morgan/Blaisedell, labyrinthiques, je passe rapidement. Importance des femmes et complexité du personnage de Lily : consolation du guerrier (fin), ex-entraineuse, furie vouée à la vengeance, femme prête à tout, même à pardonner, par amour, à celui qu’elle poursuit, assez forte pour tenir tête à Morgan ; l’autre personnage féminin (le parallèle est souligné par DMYTRYK par le montage : les deux grandes séquences « avec femmes », si j’ose dire, se suivent. Pas si fréquent que, dans un western, les femmes aient un tel poids : n’oublions pas que c’est pour les beaux yeux de Jessie que Blaisedell s’oppose à Morgan), l’autre personnage féminin, donc, est un peu moins fouillé, mais quand même : du « très comme il faut » au début, à la femme amoureuse qui va trouver Blaisedell s’entraînant à tirer, le lui disant, lui faisant la cuisine, le tenant déjà presque au bout de la corde, ce n’est pas rien. Et regardez : les échanges parlaient de « High Noon ». Sauf erreur, il n’y a pas de personnage ressemblant à Blaisedell dans ce film (très vieux souvenir). Le serviteur de la justice n’a personne autour de lui (puis contre lui) qui ressemble à Blaisedell. Qu’est-ce que ce personnage : un double (de Morgan) et un remplaçant ? Les messages parlaient aussi de la place d’honneur dans le générique. On a là un curieux film où le « brillant » est laissé au personnage entre deux mondes (Blaisedell), ce que comprend parfaitement Morgan, alors que la figure de la vraie justice est bien plus terne, pas trop bien fagotée (même si WIDMARK change plusieurs fois de tenue ; rien à voir avec l’élégance de Blaisedell). Personnage principal ? De qui parlez-vous ? Qu’il était joli garçon, l’assassin de papa ! On sent bien, donc, dans ce film, que les assignations héros/pas héros, Bien /Mal, secondaire/principal, justice publique/privée, j’en oublie, sont malmenées, pour notre trouble et donc notre plaisir esthétique.

b) promis, je fais très court : rédemptions, à la pelle, dans le film. Je ne suis pas sûr que la rédemption soit un thème, à proprement parler ; je la verrais plutôt comme un commode mécanisme de récit, comme la « dialectique » ami/ennemi ou l’inverse, le schéma d’apprentissage, les péripéties de la conquête amoureuse, etc. Et puis, dans cet ordre d’idées (comment ça fonctionne), le film, dès le départ, marche à coup de fausses pistes (autre nom de la « complexité » ?) : problème : méchants ; solution : la loi ; puis Blaisedell ; puis Gannon. On doit retrouver le mécanisme à l’œuvre ailleurs. (par ex.: Blaisedell "adjuvant" de Gannon, puis "opposant", comme on dit dans les manuels de collège)

Excusez-moi : trop long. Mais quand on aime… Pas de réponse attendue. C’était juste un hommage, je le redis.

*Blaisedell a donné du respect à Morgan, quand Morgan lui sacrifie presque tout, quitte à l’instrumentaliser, n’oublions quand même pas, ce serait trop simple !!

**si je dis : mort de Patrocle, on va encore retomber dans l’ornière ; donc je ne dis rien, mais le bûcher est bien là, ou presque.
Modifié en dernier par gilson le 06 août 2011 18:51, modifié 3 fois.
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Re: L'Homme aux colts d'or - Warlock - 1958 - Edward Dmytryk

Messagepar Abilène » 05 août 2011 21:02

Très bonne analyse Gilson, et pas trop longue,je te rassure car très intéressante et claire :applaudis_6: :applaudis_6: :applaudis_6:

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Re: L'Homme aux colts d'or - Warlock - 1958 - Edward Dmytryk

Messagepar gilson » 05 août 2011 21:16

Merci, Abilene. Sympa.Toujours peur de dire des bêtises ou d'enfoncer des portes ouvertes.
"Words have too many shadows." (Little Dog, dans "La Plume Blanche"). Et j'ajoute: "Na!"

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Re: L'Homme aux colts d'or - Warlock - 1958 - Edward Dmytryk

Messagepar limpyChris » 05 août 2011 22:18

Ça ne meurt jamais vraiment, Gilson, puisque les sujets ne sont pas verrouillés, et que chaque nouveau membre peut y aller de ses commentaires, souffler sur les braises et faire revivre la discussion. (Idem pour l'intervention d'Emma_Peel sur "Man in the Wilderness", que je salue ici) Moi, par exemple, tu m'as donné envie de le revoir.
De plus, un mois est vite passé, et on n'a pas toujours le temps de poster, d'avoir (re)vu le film dans les 'délais', d'aller creuser dans les sujets précédemment 'traités' ...
Je suis un vieux Peau-Rouge solitaire qui ne marchera jamais en file indienne.

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Re: L'Homme aux colts d'or - Warlock - 1958 - Edward Dmytryk

Messagepar gilson » 06 août 2011 11:06

Dans les messages sur ce film, on prend en général le problème par ce bout : « Warlock »pose la question de la Loi, de son application, de la difficulté de son application. Disons juste à ce propos que le problème était avant tout que, dans l’Ouest, à cause des communications et de la faiblesse du quadrillage pendant une longue période, l’appareil d’Etat, c’est un seul bonhomme. Contre une bande, si facile à réunir, c’est ric-rac. Il me semble que le film prend aussi les choses par l’autre côté : qu’est-ce qu’un méchant a dans la tête ? C’est très simple : il pense que c’est les autres, les méchants, et que sa conception de l’ordre à lui en vaut bien une autre. On croit que les méchants veulent simplement voler et tuer, pour vivre sans travailler. Non : le film nous dit : ils font de la politique. Souvenez-vous de Billy Gannon juste avant le duel : Les gens comme Blaisedell, dit-il presque mot à mot, ce sont des gens qui nous empêchent d’être libres. A quoi son frère répond : Tu parles comme Abe (Mc Qwonn). Discours bien rôdé, connu, que Gannon reconnaît immédiatement. Même rudimentaire, c’est un vrai discours « politique », une justification par le discours de type politique d’un comportement et d’un mode de vie qui nous paraît simplement crapuleux, par un chef qui a de l’autorité morale sur ses hommes.

Un autre mot sur Curly. Lui aussi est élégant, policé : il tient des propos entortillés pour provoquer, dans lesquels on décèle quelque chose de pas commun, il lève son chapeau après son duel avec Blaisedell, attend poliment, même si ironiquement, lorsqu’on lui dit qu’on est en réunion (il prend la queue comme tout le monde), a rédigé les affiches contre Blaisedell, rend son chapeau à Johnny Gannon après la scène dramatique dans l’antre des méchants, promet un combat loyal à Gannon et tient parole(alors que Blaisedell est empêché d’être fidèle à sa parole (par Morgan)). Dans la confusion qui règne entre les valeurs de la société et les contre-valeurs des méchants (Blaisedell est mis au ban, et, ensuite, sommé de quitter la ville comme ceux qu’il a combattus), Curly est le chaînon manquant qui permet que tout tienne ensemble.

On parle en général du couple Blaisedell/Morgan, bifrons, Janus, stevensonien, comme on veut. Et si on disait un mot de Blaisedell, tout seul ? Je me souviens d’un message très intéressant où on se demandait s’il n’était pas un peu niais, enfin s’il n’y avait pas un peu de niaiserie dans le personnage. C’est une impression comme cela que m’avait laissée le film. En revoyant, j’ai plutôt été attentif à ceci : un personnage qui connaît ses limites, les assume (je ne suis qu’un croupier, je ne sais que faire le marshal, faire marshal), poli et délicat en toutes circonstances (« May I join you ?» quand il offre du punch à la jeune femme) avec ce quelque chose de particulièrement retenu qui renvoie à autre chose que de la simple politesse ; un personnage qui sait (la scène est à mettre en parallèle, je crois) ce qu’il y a derrière les banalités de la conversation, s’y plier sans en être la dupe (« Et maintenant, mademoiselle », dit-il après avoir répondu à ses propos sur le temps, « de quoi allons-nous pouvoir parler ? »*), et, autre très belle scène, un personnage qui, comme dans « The Tin Star », se fait mentor d’un plus jeune (Gannon avant son duel avec Mc Qwonn)**. Splendide énigme, que ce personnage de Blaisedell.

• *excellente scène : un des rares westerns où on échange ainsi des phrases toutes faites, style M’ame Bouziges et M’ame Plessis-Trévise, personnages d’un chroniqueur bien connu, pour faire déboucher cela sur le baiser et sur une déclaration d’amour parfaitement non-conventionnelle.
• **Tiens : 2ème fois qu’HOMERE nous fait signe.
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