Les sept mercenaires - The Magnificent Seven - 1960 - John Sturges

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Messagepar fa » 04 mai 2007 12:37

Je n'ai pas encore participé ne sachant pas quoi dire sur ce western que j'adore pourtant. C'est pas le meilleur film de Sturges même si certaines scènes sont fabuleuse. Le casting est aussi génial, mais mal exploité. Le montage est parfois maladroit... Reste la musique. Bref un film plein de défaut et qui pourtant fonctionne à merveille, reste enthousiasmant et qui procure à chaque vision un grand plaisir. Difficile d'en dire plus pour moi, l'original de Kurosawa est à des années lumières supérieur, mais le plaisir est plus grand dans le film de Sturges. C'est un film mystère, un de ceux qui malgré les imperfections deviennent des monuments du 7ème art.

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Messagepar Personne » 05 mai 2007 11:45

En regardant bien cette distribution, on peut remarquer que la première femme au générique est une actrice Mexicaine peu connue. En cela le film de Sturges dynamite un peu le genre du western américain à papa. Le traditionnel triangle amoureux, deux grands acteurs, une grande actrice, cette dernière faisant parfois, il faut bien le dire 'pot de fleur'.
Leone qui détestait les femmes dans le western a sans doute apprécié ce Sept Mercenaires (le personnage de Personne dans Mon nom est Personne, hommage à Chico en est un exemple, le lieu ou se déroule l'action de son premier film aussi, mais il doit y en avoir bien d'autres), assez en tous cas pour aller lui piquer l'idée de reprendre un scénario de Kurosawa, 'Yojimbo' pour en tirer le western que l'on connait tous!

Yul Brynner ... Chris Adams
Eli Wallach ... Calvera
Steve McQueen ... Vin
Charles Bronson ... Bernardo O'Reilly
Robert Vaughn ... Lee
Brad Dexter ... Harry Luck
James Coburn ... Britt
Jorge Martínez de Hoyos ... Hilario (as Jorge Martinez de Hoyas)
Vladimir Sokoloff ... Old man
Rosenda Monteros ... Petra
Rico Alaniz ... Sotero
Pepe Hern
Natividad Vacío ... Miguel (as Natividad Vacio)
Mario Navarro
Danny Bravo
John A. Alonzo ... Tomas (as John Alonso)
Enrique Lucero
Alex Montoya
Robert J. Wilke ... Wallace (as Robert Wilke)
Val Avery ... Henry (corset salesman)
Whit Bissell ... Chamlee (undertaker)
Bing Russell ... Robert, (Henry's traveling companion)
Horst Buchholz ... Chico
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Lone Star
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Messagepar Lone Star » 06 mai 2007 18:28

J'ai tellement adoré ce film que je ne ratais aucune des rediffusions à la télé, en ces belles années où les westerns passaient en prime time.
Qu'y a-t-il à détester dans "Les Sept Mercenaires" ? Même ses défauts le rendent attachant, que ce soit les détails (comme les anachronismes vestimentaires, les héros sont peut-être pleinement issus des années 50-60 mais qu'est-ce qu'ils sont classe) ou les incohérences scénaristiques (Chico se faisant passer pour un membre de la bande de Calvera...). Ce film est comme une bd, et c'est avec une certaine bienveillance qu'on ferme les yeux sur ses inconvénients, après tout le scénario certes mince sert surtout de prétexte à des thématiques universelles, comme l'engagement et la liberté, ou l'attitude à adopter lorsqu'on est victime d'une injustice.

Le thème du choix de vie est abordé certes pas de façon approfondie, mais cependant il est assez récurrent pour un film semblant purement fait pour la distraction. On a deux mondes qui se rencontrent alors que rien ne les rapproche, les mercenaires et leur vie sans attaches, les paysans liés à leur terre, à leur famille et à leur village. Chez les pistoleros, cette rencontre renforce l'impression de doute (malaise est un terme un peu fort) qu'ils ressentaient quant à leur choix de vie. Le sujet revient plusieurs fois, par exemple : la conversation où Chris, Lee et je ne sais plus qui recensent les avantages de leur style de vie ("aucun ennemi... en vie" etc), Bernardo qui surligne le thème lorsqu'il parle du vrai courage à des enfants qui assimilent courage et port d'armes.
Vivre libre comme l'air, sans attaches n'est pas garant de réussir sa vie (au sens d'être satisfait de ses accomplissements et d'en retirer une certaine fierté), c'est le constat que les mercenaires ont fait pour la plupart dès avant le film. Ils arrivent à un point où leur choix ne semble plus le meilleur (que ce soit à cause de leur âge ou de leur expérience ou de l'époque qui a changé et qui ne valorise plus ce genre de vie). Si pour la plupart, il est trop tard pour changer (là encore à cause de l'âge pour Brynner ou du tempérament pour McQueen qui ne se voit décidément pas en épicier, ou de l'usure pour Vaughn qui est à un point de rupture), il est encore temps pour Chico qui conserve encore une part d'innocence.

L'autre thème qui m'avait frappée, c'est la réflexion sur ce qu'un être humain "normal" peut aller jusqu'à faire lorsqu'il est la victime de la brutalité d'autrui. Et combien il est difficile d'aller contre sa nature lorsque confronté à la violence. Pour les paysans, c'est la question cruciale, face à laquelle les met le patriarche auprès de qui ils demandent conseil. Dans un premier temps, ils se résignent à s'impliquer physiquement dans leur défense, mais même si la proposition de Brynner les soulage de ce poids (les mercenaires pourraient s'occuper du sale boulot à leur place), au moment décisif, il est impossible de ne pas prendre part à la bataille malgré le prix à payer (en vies, mais aussi en innocence).

Côté personnages, à l'instar de Mortimer, Sartana et Musselshell dans les premières pages du topic, j'ai été impressionnée par la performance de Robert Vaughn (la première fois que j'ai vu le film, je n'ai vu que lui). Il compose le personnage assurément le plus intéressant du lot et le plus profond de tout le film. Un pistolero à l'opposé des autres de la bande (rien déjà que dans le style vestimentaire tiré à quatre épingles et ses goûts de luxe, il détonne). Rongé par une peur qui le fait douter, désabusé quant aux avantages du style de vie aventurier et la fausse liberté qui n'est qu'une solitude ne disant pas son nom, il a atteint un point de non retour où la liberté, la vraie, ne sera achevée que dans la mort. Et affrontant celle-ci, il triomphe de ses démons, accédant à la grandeur par l'utilité de son sacrifice : il libère les paysans prisonniers de fort belle façon, et ainsi le combat change d'âme (et l'espoir de camp).

Le film de Sturges dispose d'une réflexion certes pas approfondie, mais j'aime assez ces films où le spectateur peut poursuivre la réflexion après le visionnage, sans que celui-ci ne se soit trop apesanti dessus et du coup, je considère même les films commerciaux comme dotés d'un subtext (pas trouvé de bonne traduction pour ce terme), et donc comme ayant matière à questionnement.
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Carcasse
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Messagepar Carcasse » 11 mai 2007 23:01

J'aime beaucoup ton analyse Lone Star. Personnellement, j'avais moins été surpris par le rôle de Robert Vaughn peut-être parce que je le connaissais déjà en espion chic dans une série (Napoléon Solo dans "des Agents très spéciaux). Cela dit, je l'avais trouvé excellent.

Mais dans l'ensemble, tu as bien résumé le principe. Les 7 mercenaires est un film commercial, mais bien fait et très attachant. C'est un indispensable pour tout amateur de western.

Quant à une dissection, elle ne se mesure pas au nombre de lignes ou de pages, mais à la qualité de son contenu et à ses intervenants.

Et en ce qui concerne les 7 mercenaires, nous avons été gâtés.
Cuacuacocomekiki ? (Averell Dalton)

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musselshell
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Messagepar musselshell » 12 mai 2007 18:52

Lone Star a écrit :J'ai tellement adoré ce film que je ne ratais aucune des rediffusions à la télé, en ces belles années où les westerns passaient en prime time.
Qu'y a-t-il à détester dans "Les Sept Mercenaires" ? Même ses défauts le rendent attachant, que ce soit les détails (comme les anachronismes vestimentaires, les héros sont peut-être pleinement issus des années 50-60 mais qu'est-ce qu'ils sont classe) ou les incohérences scénaristiques (Chico se faisant passer pour un membre de la bande de Calvera...). Ce film est comme une bd, et c'est avec une certaine bienveillance qu'on ferme les yeux sur ses inconvénients, après tout le scénario certes mince sert surtout de prétexte à des thématiques universelles, comme l'engagement et la liberté, ou l'attitude à adopter lorsqu'on est victime d'une injustice.

Le thème du choix de vie est abordé certes pas de façon approfondie, mais cependant il est assez récurrent pour un film semblant purement fait pour la distraction. On a deux mondes qui se rencontrent alors que rien ne les rapproche, les mercenaires et leur vie sans attaches, les paysans liés à leur terre, à leur famille et à leur village. Chez les pistoleros, cette rencontre renforce l'impression de doute (malaise est un terme un peu fort) qu'ils ressentaient quant à leur choix de vie. Le sujet revient plusieurs fois, par exemple : la conversation où Chris, Lee et je ne sais plus qui recensent les avantages de leur style de vie ("aucun ennemi... en vie" etc), Bernardo qui surligne le thème lorsqu'il parle du vrai courage à des enfants qui assimilent courage et port d'armes.
Vivre libre comme l'air, sans attaches n'est pas garant de réussir sa vie (au sens d'être satisfait de ses accomplissements et d'en retirer une certaine fierté), c'est le constat que les mercenaires ont fait pour la plupart dès avant le film. Ils arrivent à un point où leur choix ne semble plus le meilleur (que ce soit à cause de leur âge ou de leur expérience ou de l'époque qui a changé et qui ne valorise plus ce genre de vie). Si pour la plupart, il est trop tard pour changer (là encore à cause de l'âge pour Brynner ou du tempérament pour McQueen qui ne se voit décidément pas en épicier, ou de l'usure pour Vaughn qui est à un point de rupture), il est encore temps pour Chico qui conserve encore une part d'innocence.

L'autre thème qui m'avait frappée, c'est la réflexion sur ce qu'un être humain "normal" peut aller jusqu'à faire lorsqu'il est la victime de la brutalité d'autrui. Et combien il est difficile d'aller contre sa nature lorsque confronté à la violence. Pour les paysans, c'est la question cruciale, face à laquelle les met le patriarche auprès de qui ils demandent conseil. Dans un premier temps, ils se résignent à s'impliquer physiquement dans leur défense, mais même si la proposition de Brynner les soulage de ce poids (les mercenaires pourraient s'occuper du sale boulot à leur place), au moment décisif, il est impossible de ne pas prendre part à la bataille malgré le prix à payer (en vies, mais aussi en innocence).

Côté personnages, à l'instar de Mortimer, Sartana et Musselshell dans les premières pages du topic, j'ai été impressionnée par la performance de Robert Vaughn (la première fois que j'ai vu le film, je n'ai vu que lui). Il compose le personnage assurément le plus intéressant du lot et le plus profond de tout le film. Un pistolero à l'opposé des autres de la bande (rien déjà que dans le style vestimentaire tiré à quatre épingles et ses goûts de luxe, il détonne). Rongé par une peur qui le fait douter, désabusé quant aux avantages du style de vie aventurier et la fausse liberté qui n'est qu'une solitude ne disant pas son nom, il a atteint un point de non retour où la liberté, la vraie, ne sera achevée que dans la mort. Et affrontant celle-ci, il triomphe de ses démons, accédant à la grandeur par l'utilité de son sacrifice : il libère les paysans prisonniers de fort belle façon, et ainsi le combat change d'âme (et l'espoir de camp).

Le film de Sturges dispose d'une réflexion certes pas approfondie, mais j'aime assez ces films où le spectateur peut poursuivre la réflexion après le visionnage, sans que celui-ci ne se soit trop apesanti dessus et du coup, je considère même les films commerciaux comme dotés d'un subtext (pas trouvé de bonne traduction pour ce terme), et donc comme ayant matière à questionnement.


J'avais loupé ton texte, Lone Star...C'est réparé! et c'est épatant... :applaudis_6:

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Gabeso
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Messagepar Gabeso » 12 mai 2007 19:28

Tout d'abord, il est vrai que la version des 7 Samouraïs de Kurosawa, reste un chef d'oeuvre absolu pour des siècles et des siècles... Ameeeeeeen ! Pour ce qui est des 7 Mercenaires, la réussite est quand même au rdv. Vous savez, c'est comme une recette de Paëlla. Certains mettent du lapin, d'autres du poulet, ou les deux. Le résultat, c'est que c'est toujours bon. Donc laissons les 7 Paëllas Nipone à Kurosawa, et les 7 Paëllas Us à Sturges. Les deux sont excellente, c'est juste une question de goût !

Même si Sturges s'en ai inspiré, laissons lui au moins le fait qu'il l'a bien fait. Nous grandissons tous dans la vie, avec des inspirations de quelque chose ou de quelqu'un. Je trouve aigri de dire" ha ben oui mais il a fait un copier collé !" Je trouve qu'il a eu une idée gênial de mettre à la sauce western une oeuvre asiatique. Si on va par là, bon nombres de films ont été inspirés par d'autre. Donc pour ma part, bravo Mr Kurosawa, et félicitation Mr Sturges
J'ai vu trois de ces cache-poussières à la gare. A l'interrieur de ces cache-poussières y avait trois hommes, à l'interrieur de ces hommes y avait trois balles.

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Messagepar fa » 13 mai 2007 8:41

Au niveau des personnages il y aurait certainement une réflexion à faire... Nous avons 3 personnages qui se distinguent (McQueen, Bryner, Buscholtz) qui sont justement ceux qui survivent. Les deux premiers ne cherchent qu'à se prouver des choses à eux mêmes, ils ont roulé leurs bosses. Le troisième est le jeune qui veut changer de condition et rêve devant les vieilles légendes. Il finira par comprendre qu'il y a d'autres valeurs, devenant enfin adulte.
Les autres mercenaires ne sont guère mis en valeur au-delà de quelques scènes, et souvent leur mort. Vaugn en effet est le plus passionnant, vetu de noir et de blanc, les symboles sont respecté... Il est probablement le plus compétent de tous mais ce qu'il cherche c'est une fin. Une fin à ses traumatismes, et un rachat. Coburn est aussi un ancien, mais aux méthodes différentes (contrairement à McQueen et Bryner), un solitaire, un individualiste qui mourra seul. Bronson est celui qui tente de s'imposer une image de dur qu'il n'est pas, qui sera aimé des enfants. Il est celui qui finalement laissera un souvenir, sorte de personnification de la légende, de la déformation de l'histoire au travers des yeux enfantins. Dexter est le plus fidèle à sa condition, ne croyant jamais à la bonne cause, et logiquement le premier à mourir.

C'est succinct, mais il est vrai que chacun de ces caractères est souhaité et pensé, jusque dans la mise en scène dont on est parfois surpris comme elle s'attarde peu sur certain. C'est voulu.

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Messagepar Lone Star » 14 mai 2007 12:24

Carcasse a écrit :J'aime beaucoup ton analyse Lone Star. Personnellement, j'avais moins été surpris par le rôle de Robert Vaughn peut-être parce que je le connaissais déjà en espion chic dans une série (Napoléon Solo dans "des Agents très spéciaux). Cela dit, je l'avais trouvé excellent.

C'est vrai que je découvrais cet acteur avec ce film, c'est plus tard que j'ai vu "Les Agents très spéciaux" (bien après "Poigne de fer et Séduction").

Concernant le qualificatif de commercial pour "les Sept Mercenaires", je lui préfère celui de divertissement (pour moi, un film commercial, c'est plutôt "Teenage Mutant Ninja Turtles IV" que le film de Sturges). Mais j'aurais probablement un autre discours si j'avais vu les "Sept Samourais" de Kurosawa (je sais, c'est pas bien de ne pas avoir encore vu ce classique :oops: ).
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Inisfree
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Messagepar Inisfree » 15 mai 2007 21:37

Bon, j'arrive après la bataille. J'avais pourtant acheté le DVD, j'ai revu le film il y a une quinzaine mais,une chose derrière l'autre... Pourtant, ça me travaille, alors je vous livre quand mes réflexions sur ce film qui a une importance historique certaine. Je pense toujours à cette réflexion faite par un critique (Rieupeyrout ?) à propos de High Noon : « C'est un western pour ceux qui n'aiment pas les westerns » (ce qui est un peu excessif, il suffit de lire les cinq pages précédentes).

Je trouve que le film ne résiste pas à l'analyse. La mise en scène de Sturges est fonctionnelle, classique, sans éclat. Pour s'en tenir au réalisateur, je me suis toujours rappelé l'organisation de l'espace en cercles dans Fort Bravo et cette idée très forte du trou où sont piégés les héros. Je me suis toujours souvenu de l'atmosphère fantastique dégagée par Le trésor du pendu et sa ville fantôme. Mais dans les 7 mercenaires, on retient surtout l'allure des héros et quelques bonnes répliques. Il n'y a pas de grandes scènes de cinéma, sauf peut être la montée au cimetière du début. La bataille surtout déçoit. Elle est assez confuse, à l'image des irruptions de Chico, j'entre, je sors, je me roule par terre. Il n'y a pas une vision d'ensemble de la scène, comme dans Rio Bravo ou Alamo pour rester sur la même période. Sans parler de ce que fera plus tard Peckinpah avec La horde sauvage.

Le scénario a plusieurs gros trous. Le plus évident étant que Calvera ne tue pas les mercenaires quand il les tient à sa merci. On pourra argumenter sur ce qu'il dit ça ne tient pas debout. Dans ces circonstances, on ne fait pas de cadeau. D'autant que cela ramène à la façon dont Calvera abat le péone au début du film. Là, il n'y avait aucune raison de le tuer. D'ailleurs, le péone n'avait aucune raison d'avoir ce geste idiot. Je sens trop l'artifice scénaristique destiné à montrer combien Calvera est méchant. D'ailleurs, dans la logique de ce genre de film, s'il avait voulu faire un exemple, il l'aurait pendu. Autre trou, la quasi-absence du père de la jeune mexicaine et le retournement final qui voit Chico rester au village. Outre que cela est en contradiction avec la réplique finale de Chris (pompée telle quelle à Kurosawa), rien dans l'attitude des paysans ne laisse à penser qu'ils n'auraient pas accueilli sincèrement les survivants. C'est une contradiction flagrante avec le film original et la clef de « l'adaptation ». le film a délibérément évacué tous les ressorts psychologiques et sociaux, les conflits dramatiques, pour ne garder que des postures (on est loin par exemple du discours de L'homme qui n' a pas d'étoile et de son poignant final). Tout au long du film, les paysans sont de braves types, même le traître se rachète. En fait, ils sont assez transparents, ce qui est peut être dù aux problèmes rencontrés sur le tournage comme l'explique le documentaire sur le DVD.

Côtés acteurs, ce n'est guère mieux, même si je reconnais l'intelligence du casting. Mais dans le détail, comme l'on noté plusieurs interventions, seul le personnage de Robert Vaughn est véritablement original. Dexter est banal, Bronson et Coburn manquent d'espace pour exister au delà de leur charisme naturel. Brynner est monolithique, il sera bien plus intéressant dans Le mercenaire de minuit. McQueen tripote son chapeau mais manque lui aussi de matière à jouer, nous faisant une variation « cool » de Josh Randall. Reste Buchholz, assez intéressant et Vaughn qui est le seul à nous faire croire à un passé et donc à un homme derrière le six-coups. Pour mesurer le peu d'épaisseur de ces figures, il suffit de se rappeler du personnage de « mercenaire » de Henry Fonda dans L'homme aux colts d'or. La fameuse scène où les 7 parlent de leur vie apparaît comme plaquée, vaine tentative de donner un peu d'épaisseur qui n'est qu'une succession de bons mots où chacun fait son numéro.

Finalement, le seul point sur lequel nous sommes tous d'accord, c'est que la musique est une véritable réussite.

Les 7 mercenaires m'apparaît comme une série B surgonflée qui privilégie la posture, l'icône, la pose, la poudre aux yeux. En cela, le film, de part son succès, marque un coup d'arrêt aux magnifiques années 50 et inaugure une décennie de films très commerciaux, stars et action, dont la plupart ont bien vieillit aujourd'hui. Malgré quelques beaux combats d'arrière garde, une page est tournée et il faudra attendre la révolution du western italien puis la rage de Peckinpah pour que le western retrouve le chemin du grand cinéma.

Série B donc, mais Tourneur, Boetticher, Maté et bien d'autres savaient transcender leur histoires pour proposer autre chose. Sturges fait le chemin inverse et sous exploite son matériau d'origine, en gomme toutes les aspérités, n'en garde que l'ombre. Bel exploit quand on sait combien les 7 samouraïs fut un grand film.

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Vixare
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Messagepar Vixare » 15 mai 2007 22:47

Inisfree a écrit :Finalement, le seul point sur lequel nous sommes tous d'accord, c'est que la musique est une véritable réussite.

Les 7 mercenaires m'apparaît comme une série B surgonflée qui privilégie la posture, l'icône, la pose, la poudre aux yeux. En cela, le film, de part son succès, marque un coup d'arrêt aux magnifiques années 50 et inaugure une décennie de films très commerciaux, stars et action, dont la plupart ont bien vieillit aujourd'hui. Malgré quelques beaux combats d'arrière garde, une page est tournée et il faudra attendre la révolution du western italien puis la rage de Peckinpah pour que le western retrouve le chemin du grand cinéma.



:shock: WOW :shock: Bon le moins que l'on puisse dire c'est qu'on a une panoplie d'avis trés divergents mais là c'est violent :lol: T'as une dent contre ce film, il t'a marqué étant petit ? :lol:
Je vois Les 7 mercenaires comme une nouvelle manière de voir le western, au 1er degrés certes mais trés bien travaillée, lorsque tu dis série B bien travaillée :shock: je me dis que tu dois avoir beaucoup de série Z dans ta filmographie, personnellement c'est un des westerns que je prend le plus de plaisir à regarder, l'allure de Brynner, les remords de Vaughn, le talent de Sturges pour adapter ce film de samourais au western me suffit à prendre beaucoup de plaisir. Maintenant au second degré c'est vrai qu'il est beaucoup moins parlant que pour d'autres westerns mais le vrai intérêt c'est dans la psychologie des personnages plus qu'ailleurs. La scène où tous les 7 s'interrogent sur leur vie est à mon goût extrêmement bien réalisée et interprétée !

Pour revenir à Calvera qui épargne nos mercenaires, on a plusieurs explications mais moi je resterais sur ma position où Calvera estime énormément Chris qui se détache, il n'avait plus l'habitude que de voir des paysans se baissant à ses pieds et à son retour il trouve un homme et 6 compères qui se dressent contre lui, enfin un homme refuse la loi qu'il impose depuis plusieurs années.
Par leur condition ils ont beaucoup de points communs : " Notre métier c'est de faire parler le fusil" " Le miens aussi ".
A 7 contre 40, je pense que Calvera se dit : "ils sont soit fous soient sûrs de leur coup" et rien que pour cela, prendre autant de risques délibérémment cela force le respect, même celui de l'ennemi.
Souvenez vous de Cameron, aprés des heures de bataille farouche et de résistance Française, les soldats de Napoléon III sont cernés alors tous ils croient qu'ils vont mourir :
il leur crie : « rendez-vous ! » - « nous nous rendrons si vous nous promettez de relever et soigner nos blessés et si vous nous laissez nos armes ». Leurs baïonnettes restent menaçantes. « On ne refuse rien à des hommes comme vous ! » répond l’officier.

Je crois que c'est un peu ce qu'il s'est passé avec Calvera ... Pour moi le raisonnement se tient :wink:
Modifié en dernier par Vixare le 15 mai 2007 22:55, modifié 1 fois.
" Leboeuf j'te conseille de pas te trouver sur ma route ou tu t'rendras compte que j'suis pas encore fini et que j'ai encore une bonne dose de dynamite dans les poings !"

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Messagepar tepepa » 15 mai 2007 22:51

Je ne voulais pas écrire sur ce film sans l'avoir revu, parce que mine de rien ça fait longtemps la dernière fois que je l'ai vu! Mais avant ça, comme je le connaissais par coeur ce film! Quel western! Quelle histoire prenante! Quels personnages!
Finalement, je crois que je ne vais pas le revoir, parce que vos dissections ne m'en donnent pas envie. Je n'ai pas envie de voir les défauts, je n'ai pas envie de découvrir le manque de profondeur, je n'ai pas envie d'être déçu. Je vais rester avec mes souvenirs, un corbillard qui monte au cimetiere dans une ville apeurée, l'homme qui dort et qui joue du couteau, le petit jeune entêté qui suit derrière, l'entraînement des paysans, la débâcle des sept et leur retour, la bataille finale avec le lâche qu'on désèspère de voir tirer. Et la musique!!
Donc non merci. Autant j'aime bien intellectualiser un western quand il en vaut la peine, autant je n'aime pas juger qu'un western n'en vaut pas la peine parce qu'il manque de substance.
Pour moi Les sept mercenaires restera donc un grand western :D

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Messagepar Vixare » 15 mai 2007 22:53

tepepa a écrit :Pour moi Les sept mercenaires restera donc un grand western :D


Quoiqu'il en est je resterai sur ces mêmes positions et rien ne me fera changer d'avis :mrgreen: Même si d'autres westerns valent mieux, celui-là a malgré tout une place considérable et incourtournable chez moi !
" Leboeuf j'te conseille de pas te trouver sur ma route ou tu t'rendras compte que j'suis pas encore fini et que j'ai encore une bonne dose de dynamite dans les poings !"

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Messagepar fa » 16 mai 2007 7:16

Je crois, comme je l'ai dis, que c'est ce qui est extraordinaire dans ce film. Comme cela a été souligné, il est bourré de défauts et pourtant pour beaucoup de personne c'est un film énorme, fabuleux, génial, etc... Un film magique. Sturges à réussi un tour de force que seuls quelques très rares réa ont réussi : faire qu'un film à priori "moyen" soit regardé et considéré, surtout après tant de temps, comme un si grand film. Sturges parvient simplement à nous faire prendre du plaisir, et c'est bien la la grande qualité du film. Nous devrions nous demander comment est-ce possible ? Quelle sauce magique le réa à mis en place ?

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Messagepar Inisfree » 16 mai 2007 8:36

il t'a marqué étant petit ?


C'est marrant que vous ayez écrit cela, parce que ce film, je l'ai raté quand j'étais petit. J'avais vu la bande annonce dans mon cinéma de quartier et elle m'a fait rêver longtemps. J'avais aussi un poster de Brynner en Chris au dessus de mon lit. Et puis, ça a été une succession de rendez vous ratés, j'ai fini par voir les 7 samouraïs avant et je n'ai vu le film de Sturges que passé 20 ans. Quelque part, j'aurais du faire comme Tepepa, rester sur le film que j'avais rêvé.

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Messagepar Lone Star » 17 mai 2007 10:56

Inisfree a écrit :La bataille surtout déçoit. Elle est assez confuse, à l'image des irruptions de Chico, j'entre, je sors, je me roule par terre. Il n'y a pas une vision d'ensemble de la scène

Je n'ai pas trouvé la bataille finale si confuse, ou alors c'est que la confusion régnant sur le terrain (attaques et duels multiples, ça canarde de partout ce qui est normal vu la topographie du village). Le numéro de Chico, j'ai bien aimé, c'est le côté bd dont j'ai parlé précédemment, ça me rappelle mon enfance quand je jouais aux cow-boys et aux Indiens.

Vixare a écrit :La scène où tous les 7 s'interrogent sur leur vie est à mon goût extrêmement bien réalisée et interprétée !

Je trouve aussi, et si ce n'est un coup de génie d'avoir mis une scène pareille dans un film plutôt centré sur l'action, c'est en tout cas extrêmement bien pensé.

Les "Sept Mercenaires" est l'un des rares films vus dans mon enfance qui ont plus ou moins bien résisté à un visionnage adulte, je m'aperçois.



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