Vera Cruz - 1954 - Robert Aldrich

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Carcasse
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Messagepar Carcasse » 06 févr. 2007 12:10

Vixare a écrit :
Et pour quoi ? L'or ? Pas très morale, même si cet or il le laisse...


Avant tout je coris que le personnage de Cooper fait appel à sa moral, l'or doit revenir aux partisans qui se sont battus comme des lions à Vera Cruz "ils ne l'auront pas volé"Tren
Or Joe veut voler cette cargaison d'or ce qui serait sommes toutes tout à fait immoral; alors Cooper s'interpose pour rendre l'or aux mexicains et respecter le marché conclu avec le général Ramirez.

Enfin, disons plutôt qu'il n'est pas vraiment question de morale, mais d'éthique.
De morale, il n'y en a pas vraiment quand on souhaite voler l'or de ses employeurs... Mais nous sommes entre voleurs et sur le plan éthique, ça fonctionne ; on ne lui a pas confié - on le lui a même caché - et le trésor est sévèrement gardé : il n'y a pas de rapports de confiance.
Par contre, Coop donne sa parole au général Ramirez et celui-ci en fait de même : les rapports sont de confiance et l'éthique entre alors en action : lui se contentera des 100 000 dollars promis. Pas Joe.

Lors du duel final, Coop, s'il n'avait voulu que venger Panade, aurait pu l'abattre. Or, il lui offre un combat "à la loyale".
Pourtant, il doit le tuer, non pas pour Panade (le seul type "bien", comme par hasard, dans la bande à Joe), mais parce qu'il a donné sa parole... Et ça ne lui procure aucun plaisir au contraire ! Nous retrouvons là le principe même du héros épique qui fait ce qu'il doit faire.
Cuacuacocomekiki ? (Averell Dalton)

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musselshell
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Messagepar musselshell » 07 févr. 2007 8:24

Ce qui me fascine dans l'affrontement final, c'est, comment dire, sa dimension "archétypale", au sens jungien du terme (contenu de l'inconscient collectif, éventuellement chez un peuple donné, apparaissant dans les productions culturelles, enracinées dans l'imaginaire individuel)...Qu'est-ce à dire?
Burt Lancaster est un parangon de puissance physique, de séduction carnassière (jusqu'au sourire, avec ses dents impeccables: charme et dangerosité, l'eros et la morsure...). Joe Erin, c'est le corps masculin dans la fleur de l'âge, le mauvais garçon tombeur de ces dames, subjuguant ses hommes, terrorisant les bonnes manières avec la classe de ceux qui jonglent avec le monde, laissent les principes aux faibles, puisque les principes sont l'arme (ou l'armure ) des faibles (l'échange final, comme si nos lascars parlaient d'un Diogène!)...
Joe Erin mange la pellicule de sa présence physique...Un félin.
En face, 53 ans, efflanqué, fatigué: Benjamin Trane. Déjà miracle de la métalinguistique (dans des noms propres!): Joe, ça claque. Erin, l'Irlande, son court, comme un uppercut...Benjamin, ça traine, Trane, ça tombe bien, son long, comme le drawl du sud.
Alors quoi, ou ki veut en venir?
Quand Trane laisse tomber sa winchester pour signifier son acceptation ("not if you give me a fair chance on the draw"...de mémoire...), quand le sourire d'Erin explose de toutes ses dents, amusé, sûr, admiratif, ironique et soulagé dans le même mouvement...on sait que c'est lui qui va mourir. Pas seulement parce qu'il y aurait une convention à respecter (j'en conviens évidemment)...Parce qu'en face, il est un autre archétype, qui est moins un corps, un Eros, qu'un mystère. C'est Gary Cooper. Le mystere est de son côté. L'invraisemblance aussi (tellement rapide le vieux?). Invraisemblance de surface. En profondeur, derrière cette tronche, cette démarche fatiguée, il y a autre chose que l'image brute, autre chose qu'un corps. Et on sait qu'il tirera plus vite. Qu'il peut se permettre, au delà même du souci éthique qui préside au geste, "a fair chance on the draw"...Le mystère, c'est Gary Cooper. Et c'est quelque chose qui va loin, qui vient de loin, qu'on sent, qu'on sait. Vera Cruz dynamite le western, merci Burt. Et entretient le mystere, merci Coop. cool

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Vixare
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Messagepar Vixare » 07 févr. 2007 23:29

Enfin, disons plutôt qu'il n'est pas vraiment question de morale, mais d'éthique


Un autre passage abordant le thème de l'éthique m'a marqué, celui où Trane, Erin et les 15 Américains sont pris au piège dans un village en compagnie du marquis par le général Ramirez. Tous les guerrillos se levant pointant leurs armes sur nos héros, alors qu'une mort certaine leur ai promise ou tout du moins une rude bagarre, Jo parvient à faire plier Ramirez en prenant en otage des enfants du village par ses hommes.

Là aussi ce film annonce le tournant du western, Erin n'aurait sans doute pas hésité à faire exécuter un voir tous les enfants pour s'extirper de ce piège, et le spectateur en est pertinament conscient ! ( cela me fait repenser à la scène d'entrée de La Horse sauvage, Pike et ses hommes se cachant derrière les civils pour sortir de la banque ...). Mais on a aussi la touche du western "classique", Ramirez : "ce serait payer trop cher que de laisser exécuter des gosses". On retrouve la même chose dans la réaction de Trane au cours de sa réplique avec le marquis :
"Il a vraiment bleufé le général ... mais était-ce du bleuf ?"
B.T : "Les gosses sont en vie à ce que je sache"

Répliquant avec dépit on sent que Trane n'apprécie guère les méthodes de Jo sachant lui aussi que son ami n'aurait pas hésité à exécuter les enfants, dans un premier temps dépité par les méthodes de Jo, Ben se garde bien de toute critique puisqu'il est parfaitement conscient que sans cela il avait toutes les chances d'y laisser sa peau ...

Cela est aussi annonciateur d'un réel tournant, je pense qu'auparavant, le héros d'un tel film aurait contrecarré la tentative de son ami pour se frayer un chemin par les armes ou la négociation tout en se gardant bien de ne pas effrayer certaines valeurs qui se retrouvent "bafouées" dans Vera Cruz, ce qui néanmoins contribue à en faire un quasi chef-d'oeuvre :D
" Leboeuf j'te conseille de pas te trouver sur ma route ou tu t'rendras compte que j'suis pas encore fini et que j'ai encore une bonne dose de dynamite dans les poings !"

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As de Pique
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Re: Vera Cruz - 1954 - Robert Aldrich

Messagepar As de Pique » 23 avr. 2013 10:14

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