La Porte du Paradis - Heaven's Gate - 1980 - Michael Cimino

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Cole Armin
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La Porte du Paradis - Heaven's Gate - 1980 - Michael Cimino

Messagepar Cole Armin » 04 sept. 2006 18:57

Attention, les SPOILER sont Autorisés, donc ne lisez pas ce topic avant d'avoir vu le film.

Merci d'indiquer si votre avis se réfère à la version longue ou courte.


Tous les documents sont à poster dans ce topic:
http://westernmovies.fr/forum/viewtopic.php?t=3551


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Messagepar fa » 05 sept. 2006 23:06

La Porte du paradis est un de mes films préférés. Un de ceux qui ne cessent de m’émouvoir à chaque vision de sa version longue. Un pur et grand chef d’œuvre.
Cimino signe une œuvre politique, techniquement sublime et artistiquement superbe. Un western qui n’en a que l’image superficielle mais qui en vérité est un vrai anti-western…
Ici il n’est pas question de glorifier les propriétaires (tel jadis John Wayne dans Chisum par exemple) : Cimino nous les montre riches, puissant, laches et crapuleux.
Ici il n’est pas question de glorifier les colons de la conquête de l’ouest : Cimino nous les montres, pauvres, illettrés, massacrés comme des bêtes et incapable de se défendre…
Ici pas question de glorifier le chérif, figure emblématique du western, pourfendeur de hors-la-loi… Cimino nous le montre hésitant, incapable d’empêcher quoique se soit, pas même les valeurs de l’Amérique.
Ici pas question de glorifier la sacro-sainte cavalerie US, Cimino nous la montre comme un repaire de bandit et de tueurs…
Bref, Cimino brise ici le rêve fondateur de l’amérique. Les USA ne sont pas un Paradis où chacun a pu faire sa fortune et sa gloire. L’amérique est né dans le sang, la haine, l’injustice, le racisme…
Dans la forme, le film est visuellement superbe. L’auteur alternant les scène chorégraphiées au centimètre, et des scènes plongées dans la plus grande anarchie. C’est un monde en construction qu’il nous montre, un monde non fini, où la loi écrite côtoie la loi du plus fort…
Cimino use de tous les artifice cinématographiques pour faire passer son message : changement de chromatiques, mouvement de caméra… A ce titre la fabuleuse scène du bal en patin est inoubliable tant artistiquement que dans le message : le noir et blanc encre cette danse dans le passé, comme la musique traditionnelle jouée à ce moment. Les patins tournent les protagonistes vers l’avenir et les emportent à grande vitesse vers leur destin. Un destin effroyable que Cimino à voulu montrer dans sa noirceur crue, sans emphases pour ne pas la glorifier mais simplement montrer comment les Usa sont vraiment nés : dans le sang, les larmes et la douleur.
Seule moment volontairement épique : la mort de Christopher Walken, le tueur qui se cherche et qui fait le choix de son sacrifice…

Contrairement à la légende ce n’est pas tant le dépassement de budget qui fit couler l’United Artist, mais plutôt la demande des hauts pontes d’Hollywood, et des sénateurs conservateurs, qui ne souhaitaient pas voir sur les écrans un film qui vomissait sur la légende dorée de l’Ouest. Même au nom de l’Histoire… Des ordres furent donnés pour que le film soit partout retiré de l’affiche après quelques jours d’exploitations. A partir de là, difficile d’entrer dans les fonds. Pas grave, c’est United Artist qui coulait… Une major qui avait été fondée pour que les artistes échappent aux contraintes des studios…

Il y a tant à dire sur ce monument…

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musselshell
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Messagepar musselshell » 06 sept. 2006 9:35

Heaven's Gate était un vieux projet de Cimino, dont un des thèmes de prédilection a toujours été les minorités et la façon dont elles sont traitées dans la société américaine...les minorités, ou plus précisément encore: ceux qui ne sont pas d'extraction, stricto-sensu, anglo-saxonne...ceci d'une part. Les pauvres, les modestes, d'autre part, et ça va souvent bien ensemble. The Deer Hunter, en 1978, c'est déjà ça.
Comme Shane en 1952, La Porte du Paradis s'inspire de la Johnson County War au Wyoming en 1892. Contrairement à George Stevens qui désire avant tout faire un western, et qui tient à distance tout discours politique en réduisant les affrontements à des figures mythiques, Cimino décide de s'attaquer à l'Histoire tout court, dans toute ses dimensions...Comme le dit justement Fa, on sort alors du cadre du western pourvoyeur de mythes fédérateurs (ce qu'il appelle un anti-western). On est dans une fresque historico-sociale, ou Michael Cimino trouve matière à rétablir certaines vérités, tout en poursuivant l'exposition-exploration de sa thématique et de ses obsessions personnelles...
C'est donc cette dimension historique qui me conduit ce matin à écrire cette bafouille (je ne travaille pas aujourd'hui :num1 )...Je n'ai pas vu le film depuis peut -être six ou sept ans, mais bon...assez de souvenirs pour dire quelques trucs (vu plusieurs fois).
C’était quoi, la Johnson County War ? A la fin des années 1880, le Territoire du Wyoming accueille de plus en plus d’émigrants originaires, pour environ la moitié d’entre eux, d’Europe centrale ou de l’est, des fermiers qui s’installent, pour l’écrasante majorité légalement, sur des terres livrées jusqu’alors aux grands propriétaires (les cattle barons), dont l’étendue des propriétés était pour le moins peu définie légalement. Ca ne leur plait pas, au nom de la « free pasture » (libre pâture), au nom d’intérêts économiques bien sentis…Ce qui déclenche le conflit ne réside évidemment pas dans cet aveu : c’est le vol de bétail, considéré comme un fléau grandissant depuis que la population blanche du territoire augmente (Territoire qui devient Etat en 1890). Les cattle barons , fédérés sous la bannière de la Stock Growers Association dès la seconde moitié des années 80, décident d’organiser la traque des voleurs. En 1892, elle engage une cinquantaine de mercenaires chargés de capturer (pour les faire pendre…) une bonne centaines de personnes soupconnées…Ces mercenaires envahissent le Comté de Johnson. Les fermiers, exaspérés, organisent leur résistance. La tension est telle que le président Harrison décide de l’interposition de l’armée…L’affrontement n’aura pas lieu.
La JCW de 1892 fait deux victimes : deux membres de la milice organisée par la Stock Growers Association, tués par leurs propres employeurs parce qu’eux-mêmes soupconnés de vol de bétail, à savoir Nate Champion (Christopher Walken dans le film) et l’un de ses amis. Les deux hommes sont abattus comme Cimino le montre dans le film : la cabane incendiée, les notes écrites à la toute fin…
James Averill (Chris Kristopherson) et Ella Watson (I. Huppert) furent aussi des protagonistes réels. Dans le film, le premier survit aux évenements, la seconde est abattue par les mercenaires de la SGA.
Averill n’était pas marshall, mais hôtelier (saloon keeper) et défendait effectivement les fermiers contre les cattle barons (il écrivait). Ella Watson était une prostituée, échangeant selon les cattle barons, ses charmes contre du bétail volé…Les deux ont été assassinés en 1889, et sont en quelque sorte devenus des martyrs dévoués à la cause des petits fermiers.
Voilà. Le « rétablissement » des faits ne change rien à la portée du film de Cimino, et surtout à sa réussite sur le plan artistique. Je viendrai là-dessus après revisionnage…si les "apprenants" m'en laissent le temps et l'énergie, ce truc que j'ai déjà pas beaucoup... :( :num1

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musselshell
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Messagepar musselshell » 20 sept. 2006 11:36

Bon, je l’ai revu….vu, devrais-je dire (3h40….je ne connaissais que des charcutages, il faut bien appeler ça comme ça, même s’ils ont été décidés par le metteur en scène)…
Quelque chose se passe avec les films de Cimino : ils poursuivent leur chemin dans votre tête une fois terminés. Le propre de toutes les grandes œuvres, c’est sûr, mais avec chez lui une espèce de paradoxe : certaines scènes sont vécues presque trop longues à la vision (le mariage dans the Deer Hunter en est un exemple)…et on les admet incontournables à la fin du film, plus encore à la remémoration. La cérémonie de fin d’année à Harvard par exemple, avec la danse qui la clôture , cérémonie qui ouvre le film, annonce l’ensemble des motifs qui vont le traverser, voire le constituer. Une ronde sans fin, individualisée pour chaque communauté, refermée sur elle-même et ses rituels (le Beau Danube Bleu à Harvard, le bouquet en haut d’un arbre autour duquel la gentry WASP fait cercle, les immigrés tournoyant sur leurs patins à roulettes à l’Heaven’s Gate…pour finir sur l’encerclement des mercenaires par les fermiers). Cimino campe incroyablement bien ses personnages, dans la mesure justement où rien ne se dit, tout se devine, quand c’est possible, comme dans la vie… et on peut toujours se tromper, ça fait partie du jeu, un jeu auquel personne n’échappe. Le personnage joué par Kristofferson (Jim Averill, marshall dans le film) est à cet égard révélateur : on ne sait pas grand-chose de son cheminement, d’Harvard à un poste de marshall, on ne comprend jamais vraiment la genèse de son quasi-dégout de la classe qui est la sienne et de son rapprochement des immigrés (d’autant plus qu’il est toujours, d’une façon ou d’une autre, légèrement à l’écart…), jusqu’à la nature du sentiment qui le lie à Ella (Isabelle Huppert) qui n’est jamais explicité ( elle le lui dit elle-même). Christopher Walken et Isabelle Huppert (Nate, le tueur mercenaire qui changera de camp et Ella la patronne de bordel) semblent volontairement plus nettement dessinés, ne serait-ce que parce qu’ils appartiennent à un milieu qu’on choisit et qui vous met à part, et par tout le monde…
Les trois protagonistes principaux de cette fresque historico-politique (anti-western pour certains…), de cette somptueuse «mise au point » socio-historique, sont donc des déclassés, n’appartenant réellement à aucun camp, soit de fait, soit parce qu’ils voudraient rejeter ce qu’ils sont. Fresque somptueuse, pour des tas de raisons, y compris le travail en exterieurs, notamment près de Chief Mountain à Glacier National Park…où personne n’était allé tourner.
C’est dans le Montana, pas au Wyoming. Un truc presque fordien ! (plus sérieusement, le film est aussi dans la genèse du Ford "social" de Grapes of Wrath, How Green was my Valley, the Informer...plus généralement encore: cette façon d'inscrire des individualités dans le maëstrom du collectif et de l'Histoire, lier la dénonciation à la somptuosité des cadres...)
C’est bien la preuve que c’est AUSSI un western !
:num1
Modifié en dernier par musselshell le 20 sept. 2006 13:02, modifié 1 fois.

Jean-Louis
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Messagepar Jean-Louis » 20 sept. 2006 12:31

:D musselshell, tu sais que tu me donnerais l'envie de le revoir :applaudis_6: :applaudis_6: :applaudis_6:

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Messagepar musselshell » 20 sept. 2006 13:15

Jean-Louis a écrit ::D musselshell, tu sais que tu me donnerais l'envie de le revoir :applaudis_6: :applaudis_6: :applaudis_6:


:idea: Alors allez hop! devant la téloche! (pardon, dans ton movie-theater! ):num1

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Messagepar Carcasse » 20 sept. 2006 13:42

Excellentes remarques... depuis quelque temps, j'avais envie d'écrire un petit sujet sur ce film et j'y repensais sans cesse. Effectivement Cimino est un cinéaste que l'on doit se remémorer pour saisir mieux la quintessence de son œuvre.
Ces non-dits, en particulier. Ces deux amis que la vie a séparé : cette jeune femme avec qui il danse, mais dont on entend plus parler. Est-elle dont il trimbale la photo, que s'est-il passé, d'où lui vient ce désespoir qu'il semble noyer dans l'alcool, En quoi ces non-dits ont-ils altéré sa relation avec Ella et lui ont-ils imposé cette retenue qu'il perd justement quand il sent qu'elle va mourir ?
Et cette fin sur le bateau, cette froideur rigoriste... Nous n'en saurons pas plus. Peut-être que Cimino aime à ne pas tout dire, suggérant simplement et laissant au spectateur le soin d'imaginer ou de ressentir les choses.

Autre chose qui m'a frappé, non pas uniquement dans ce film, mais aussi dans "The Deer Hunter", c'est la description de cette amérique profonde qui souffre, qui vit ou plutôt qui survit et parfois trompe son ennui dans des fêtes empreintes d'une joie factice.

Alors, le cinéma de Cimino est assez atypique : effectivement pas toujours facile à regarder, car il est volontairement lent et long, mais tellement intéressant à se rappeler.

Un film qui me trottera encore longtemps dans la tête.
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Messagepar musselshell » 20 sept. 2006 16:21

Justes propos. Cimino réussit à filmer quelque chose qui ressemble au temps, dans son étirement et ses fulgurances. C'est passionnant chez lui dans la mesure où il fait prendre conscience, plus que beaucoup d'autres, qu'il y a autant de façons de prendre son temps qu'il y a de cinéastes. La lenteur, c'est pas tout...Pourquoi est-on lent, c'est là toute la question. Ce qui me fascine chez lui, c'est la façon dont le film s'installe après. A cause aussi de tous les non-dits, justement voulus (plans fugitifs, propos apparamment anodins...) et donc perçus comme tels par le spectateur, qui s'interroge à posteriori...comme lors de vrais rencontres. Filmer l'altérité n'est pas à la portée de tout le monde...
Autre chose: déclencher l'apocalypse à la fin du film, c'est effectivement ne pas respecter l'Histoire (l'affrontement n'avait en fait pas eu lieu en 1892), mais peut-être davantage en respecter l'esprit. Les immigrés avaient à l'époque été frustrés de leur combat...Cimino le leur offre dans son film: rien à redire...

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Messagepar fa » 20 sept. 2006 18:25

musselshell a écrit :Autre chose: déclencher l'apocalypse à la fin du film, c'est effectivement ne pas respecter l'Histoire (l'affrontement n'avait en fait pas eu lieu en 1892), mais peut-être davantage en respecter l'esprit. Les immigrés avaient à l'époque été frustrés de leur combat...Cimino le leur offre dans son film: rien à redire...
Il serait d'ailleurs interessant de savoir quelle part de l'Histoire Cimino à retenue. Il s'inspire d'un fait réèl, et de fait s'impose donc des limites historiques ; pourtant, sans vraiment connaitre les faits véritables dans le détail, j'ai la sensation qu'il les fait éclater pour s'en servir dans son message...

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Messagepar Carcasse » 20 sept. 2006 18:40

musselshell a écrit :Autre chose: déclencher l'apocalypse à la fin du film, c'est effectivement ne pas respecter l'Histoire (l'affrontement n'avait en fait pas eu lieu en 1892), mais peut-être davantage en respecter l'esprit. Les immigrés avaient à l'époque été frustrés de leur combat...Cimino le leur offre dans son film: rien à redire...

Oui et c'est peut être pire que ça encore. J'ai eu l'impression que Cimino souhaitait faire ressortir davantage cette frustration.
Il leur offre le combat, mais la victoire leur sera refusée par l'intervention de l'armée, au moment même où elle semblait inéluctable. Cette même armée qui s'était bien gardée de protéger les immigrés, mais qui est venue au secours des cattle barons sur le point de succomber. Un autre type de frustration immédiate (et non pas dans le temps) donc, peut-être plus facile à communiquer.
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Messagepar Carcasse » 20 sept. 2006 18:46

fa a écrit :Il serait d'ailleurs interessant de savoir quelle part de l'Histoire Cimino à retenue. Il s'inspire d'un fait réèl, et de fait s'impose donc des limites historiques ; pourtant, sans vraiment connaitre les faits véritables dans le détail, j'ai la sensation qu'il les fait éclater pour s'en servir dans son message...

Juste : c'est un sujet intéressant... Mais relis le troisième message - le premier de Musselshell - il nous en livre déjà un résumé assez complet... et assez sidérant !
Après ton message, peut-être notre spécialiste en histoire américaine trouvera-t-il matière à nous le compléter ! cool
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Messagepar musselshell » 20 sept. 2006 19:00

Carcasse a écrit :
musselshell a écrit :Autre chose: déclencher l'apocalypse à la fin du film, c'est effectivement ne pas respecter l'Histoire (l'affrontement n'avait en fait pas eu lieu en 1892), mais peut-être davantage en respecter l'esprit. Les immigrés avaient à l'époque été frustrés de leur combat...Cimino le leur offre dans son film: rien à redire...

Oui et c'est peut être pire que ça encore. J'ai eu l'impression que Cimino souhaitait faire ressortir davantage cette frustration.
Il leur offre le combat, mais la victoire leur sera refusée par l'intervention de l'armée, au moment même où elle semblait inéluctable. Cette même armée qui s'était bien gardée de protéger les immigrés, mais qui est venue au secours des cattle barons sur le point de succomber. Un autre type de frustration immédiate (et non pas dans le temps) donc, peut-être plus facile à communiquer.


Exact, les frustrer de leur victoire dans le film, c'est ce qu'il y a de plus efficace pour illustrer celle qui suivit la frustration de l'affrontement à l'époque...amplification de l'amertume. A l'époque, les pseudo-poursuites judiciaires à l'égard de la Stock Growers Association n'avaient debouché sur rien. La cavalerie devient l'emblême d'une justice qui ne doit surtout pas s'exercer.

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Messagepar musselshell » 20 sept. 2006 19:32

fa a écrit :
musselshell a écrit :Autre chose: déclencher l'apocalypse à la fin du film, c'est effectivement ne pas respecter l'Histoire (l'affrontement n'avait en fait pas eu lieu en 1892), mais peut-être davantage en respecter l'esprit. Les immigrés avaient à l'époque été frustrés de leur combat...Cimino le leur offre dans son film: rien à redire...
Il serait d'ailleurs interessant de savoir quelle part de l'Histoire Cimino à retenue. Il s'inspire d'un fait réèl, et de fait s'impose donc des limites historiques ; pourtant, sans vraiment connaitre les faits véritables dans le détail, j'ai la sensation qu'il les fait éclater pour s'en servir dans son message...


Cimino respecte moultes détails, maniaquement (la mort de Nate dans la cabane, ses dernières impressions notées et glissées dans sa poche avant d'être abattu sont des faits avérés...) au point ou certains détails scénaristiques pourraient sembler n'être que cela, alors qu'ils reproduisent scrupuleusement ce que l'on sait des évènements...Par contre, il choisit d'inclure dans les évènements de 92 des protagonistes lynchés en 89. J'ai pondu un truc là-dessus au début du topic. Il change un peu leur identité "sociale"...Averill n'était pas particulierement issu d'un milieu bourgeois, Ella n'était ni française ni patronne de bordel (employée)...Mais tout cela SERT la démonstration, Averill devient celui qui rejette son milieu sans pouvoir totalement intégrer l'autre (il n'est pas conscient de la valeur matérielle de ce qu'il offre à Ella), au point où son personnage frôle le mutisme (savoir s'exprimer, c'est endosser la puissance de ceux qu'il rejette)...Averill est le témoin, la lucidité du wasp débouchant sur une forme d'impuissance...On ne sait ni quand ni comment ni pourquoi il réintègrera son milieu longtemps (?) après les évènements. Nate Champion est le plus proche de la réalité historique, mais là encore, Cimino créée de ttes pièces ses rapports avec Averill et Ella. Ces trois là-volontairement ou involontairement déclassés- servent de contrepoint victime et profondément désenchanté au propos: la lutte acharnée des classes, là au Wyoming, puisqu'il s'agit bien de cela, qu'il s'agissait de cela. Sur le fond, Cimino fait passer ce qu'il veut faire passer, en littéralement re-créant des personnages, pour mieux servir ce qu'il juge important de transmettre.

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Messagepar mortimer » 20 sept. 2006 20:33

la porte s'est entrouverte mais de paradis je n'ai point vu :oops: , certes j'ai trouvé ce film intéressant et vos commentaires sont un bel hommage, mais permettez-moi de marquer moins d'enthousiasme à l'égard de ce film. Je confesse ne pas aimer les westerns des années 80 ceci explique peut-être cela :| Cimino nous livre un beau film mais très froid à mon sens (peut-être est-ce le fait de la photographie de ce film que je n'aime pas) la réalisation est de qualité mais elle nous tient trop à distance (quand walken regarde isabelle hupert la caméra à beau s'attarder sur les visages tout est froid, la scène de bal ne dégage pas de réelle émotion, l'image est léchée, le travail est beau mais le spectateur n'y est pas convié, nous restons en dehors de l'histoire et je déteste ce sentiment). Les personnages sont aussi souvent déconcertants ce qui m 'empêche également de me sentir bien dans ce film et puis il y a cette fin que je trouve détestable avec ce final digne d'un bricolage de l'agence tous risques et un festival pyrotechnique (j'avais d'ailleurs déjà remarqué dans le film cette exagération chez Cimino, il faut vider tout un chargeur pour abattre un seul homme, la mort du chef de gare est filmé comme un western spaghetti tout comme celle de Walken). J'ai depuis revu le film et mon sentiment est resté le même. Parler de chef d'oeuvre c'est aller trop loin à mon sens :shock:

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Messagepar Carcasse » 20 sept. 2006 21:01

mortimer a écrit :quand walken regarde isabelle hupert la caméra à beau s'attarder sur les visages tout est froid, la scène de bal ne dégage pas de réelle émotion

Bien sûr, qui a dit le contraire ?
Désolé, je me cite :
Autre chose qui m'a frappé, non pas uniquement dans ce film, mais aussi dans "The Deer Hunter", c'est la description de cette amérique profonde qui souffre, qui vit ou plutôt qui survit et parfois trompe son ennui dans des fêtes empreintes d'une joie factice.

Sinon, pourquoi cette salle de bal désespérément vide ?
Personne n'a, je crois, utilisé le mot chef-d'œuvre (je n'ai pas relu)... mais nous avons tous parlé d'un film très intéressant qui peut apparaître certes, de prime abord un peu longuet, mais dont l'histoire reste dans notre esprit... et qui se bonifie chaque fois que l'on se le remémore.
Ici, comme dans l'œuvre de Cimino, le vide a sa propre importance...
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