L'Homme Qui Tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) 1962 - John Ford

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musselshell
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Re: L'Homme Qui Tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) 1962 - John Ford

Messagepar musselshell » 25 sept. 2011 13:21

Dire plutôt que raconter, je suis assez d'accord avec çà...
La jeunesse du monde portée par un mort, envahissant...
Bien sûr, puisqu'elle est envolée, cette jeunesse...si elle a jamais existé autrement que dans la nostalgie, l'embellissement rétrospectifs. Ce qui reste de cette jeunesse (celle d' "avant le chemin de fer"), c'est Appleyard, le brave type transfiguré par sa simple qualité de survivant-témoin, la diligence ("mais dites donc, c'est bien celle là"), Pompey, témoin lui aussi, du même temps et d'un autre, en creux, celui de Tom obscur et sans armes "depuis longtemps" (çà c'est politique...Tom a toujours compris).
Hallie est au centre et pivot de la jeunesse envolée, la sienne, celle de Shinbone, celle d'un Ouest rêvé.
La fleur de cactus, elle la pose sur ce qu'elle fut et ne sera plus, ce qui fut et ne sera plus non plus.
Ranse comprend. Aussi prisonnier soit-il du monde qu'il a contribué à mettre en marche.
Le film est bien sûr, et avant tout, affaire de personnages.
Mais la dimension politique (mythologie politique éminemment fordienne) n'est pas qu'une toile de fond. Elle organise le temps (les temps), où devront s'inscrire comme ils le peuvent les pulsions, les passions...puis les choix des individus.
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
Ah...c'est la limite haute...
Je renonce quand même. Je sais pas quoi dire, de toutes façons.

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Re: L'Homme Qui Tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) 1962 - John Ford

Messagepar musselshell » 25 sept. 2011 13:32

Un truc... cool
Gilson, tu évoques Le Bon, la Brute...et tu hésites pour le troisième.
Je vois pour ma part aussi un emprunt au cinéma, à deux types précis...
La rencontre du Ringo Kid de Stagecoach et du Jefferson Smith de Mr Smith goes to Washington.
Cette fois-ci dans une oeuvre crépusculaire...
Il devient alors irrémédiablement réducteur de chercher des adjectifs.
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
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Re: L'Homme Qui Tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) 1962 - John Ford

Messagepar gilson » 25 sept. 2011 14:51

Cherché, sans trouver, sur ton premier message, Mussel !!! Sans doute que ce qui nous sépare est plus le jugement que chacun porte sur « Les Cheyennes » que le rapprochement avec TMWSLV. Ce serait donc un autre sujet. Un grand VOUI, donc !! :) :wink:

Si, quand même : je tire le fil d’un mot ou deux: « innocence, culpabilité », pour ne pas rester sans voix. Il m’a semblé que FORD, dans ce film, montrait la familiarité qu’il avait avec le monde des « zoutelaves » (encore un souvenir de chez tout petit). Note, pour n’y plus revenir, que c’est normal, puisqu’il faut savoir de quoi on parle, et que je n’avais pas eu de sentiment de gêne avec « Les Cheyennes » : je voyais FORD à son affaire, depuis le temps qu’il en causait, des Indiens. Mais c’est vrai que je suis à des années-lumière de celles (les lumières, bien sûr) de Limpy ou d’autres sur le forum.

Ici, LV et ses hommes sont dessinés de façon complexe et intéressante, et le thème de l’innocence/culpabilité abordé une première fois : LV n’est pas qu’ultra-violence : il veut se présenter aux élections, se contredisant lui-même (ce n’est pas qu’un gag) : lui aussi connaît la politique, en plus de celle qu’il fait dans son boulot de bandit ; il apparaît au grand jour, ne prenant pas même la peine de contredire des accusations extrêmement graves ; il parade partout comme un innocent, quand chacun le sait coupable. Ce n’est pas que de l’ultra-violence : c’est du cynisme, aussi, du cynisme rajouté à la violence, même si aucune loi ne condamne le cynisme. Mais c’est peut-être le personnage de L VAN CLEEF qui est poussé le plus loin ; en tout cas , c’est un complément très important : il tempère à deux reprises la violence de son patron ; il essaie de manipuler la foule pour un lynchage, à la fin, lui aussi avec un cynisme médusant. En toute … innocence, si j’ose dire, et je le dis exprès.

De son côté, Stoddard se retrouve au banc des accusés, par une rhétorique certes creuse (il n’y a rien sur le bout de papier ni dans le discours de l’orateur) mais efficace puisqu’elle le dissuade, avant que Doniphon intervienne, de se présenter, ce dont, d’ailleurs il n’avait pas l’intention en arrivant. Retournement de la bestiole, du couple innocent/coupable. Il y a là, pour le spectateur, un vrai coup de théâtre, qui donne de l’intérêt dramatique à la scène, je le note en passant à l’intention de Juh. Alors, parallélisme bon/méchant ? Opposition stérile dos à dos ? Certainement pas, bien sûr. J’avais causé de lectures à plusieurs niveaux, de pelure d’oignon. Le développement de ce thème s’inscrit sans doute, pour la vision de FORD, dans la perspective que tu retraces, et, pour la construction du film, dans la thématique des lectures qui s’enroulent et se déroulent, des vérités qui en recouvrent d’autres.

PS: pas lu tes deux messages. M'y plonge après avoir envoyé.
Modifié en dernier par gilson le 25 sept. 2011 16:18, modifié 1 fois.
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Re: L'Homme Qui Tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) 1962 - John Ford

Messagepar Juh » 25 sept. 2011 15:04

A Mussel : on peut se demander ce qui attirait le plus Ford dans cette histoire. Sûr que le thème politique, la notion de liberté du citoyen etc...ont fortement titillé son intérêt . Retirons-les du film et un pan de ce chef-d'oeuvre s'écroule. Mais retirons-en l'amour de Doniphon pour Hallie, et c'est tout le film qui me semble partir en miettes et en baîllements. Et pourtant, je n'ai pas une tournure d'esprit spécialement fleur bleue !

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Re: L'Homme Qui Tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) 1962 - John Ford

Messagepar gilson » 25 sept. 2011 15:24

Cette difficulté de trouver un nom ou un qualificatif pour Doniphon, Mussel, vient sans doute de son statut : il est d’abord un cadavre entre quatre planches, puis il apparaît après que de la poussière a été soufflée sur une relique de musée, reparaît dans la fumée d’une cigarette. Le Bon, la Brute et le Fantôme ? Rien ne va, décidément, et c’est peut-être une des plus grandes réussites du film : avoir créé ce genre de personnage, quasi une ombre, au sens où on parlait du royaume des ombres, une ombre qui éclaire, irradie, réchauffe ceux qu’elle a approchés, même après la mort, et nous atteint presque autant.
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Re: L'Homme Qui Tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) 1962 - John Ford

Messagepar musselshell » 25 sept. 2011 16:02

Juh a écrit :A Mussel : on peut se demander ce qui attirait le plus Ford dans cette histoire. Sûr que le thème politique, la notion de liberté du citoyen etc...ont fortement titillé son intérêt . Retirons-les du film et un pan de ce chef-d'oeuvre s'écroule. Mais retirons-en l'amour de Doniphon pour Hallie, et c'est tout le film qui me semble partir en miettes et en baîllements. Et pourtant, je n'ai pas une tournure d'esprit spécialement fleur bleue !


Aucun doute là dessus. La puissance poétique du film s'écroule sans l'amour...C'est lui qui transcende Tom Doniphon.
Mais ...est-ce un hasard si c'est Hallie qui dit à Ranse:

"Look at it. Once it was a wilderness. Now it's a garden. Aren't you proud of it?"

Hallie ne sait pas que son mari ne fut que l'un des catalysateurs ...car le vieil Ouest a su se détruire pour laisser place à l'Amérique, aux Stoddard, à l'éducation dans les livres, à la loi, à l'ordre...au progrès.
Ranse, pour le bien des fermiers, par la loi, pourra faire passer son "irrigation bill".



gilson a écrit :Cette difficulté de trouver un nom ou un qualificatif pour Doniphon, Mussel, vient sans doute de son statut : il est d’abord un cadavre entre quatre planches, puis il apparaît après que de la poussière a été soufflée sur une relique de musée, reparaît dans la fumée d’une cigarette. Le Bon, la Brute et le Fantôme ? Rien ne va, décidément, et c’est peut-être une des plus grandes réussites du film : avoir créé ce genre de personnage, quasi une ombre, au sens où on parlait du royaume des ombres, une ombre qui éclaire, irradie, réchauffe ceux qu’elle a approchés, même après la mort, et nous atteint presque autant.


cool :applaudis_6:
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Messagepar musselshell » 25 sept. 2011 16:11

Dis donc Gilson, il me vient un truc...
Puisque tu as le don de relancer les posts, sache que l'automne est là, qu'il sera suivi de l'hiver. Qui dure longtemps sur certaines hauteurs... :sm32:
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
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Re: L'Homme Qui Tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) 1962 - John Ford

Messagepar gilson » 25 sept. 2011 16:36

Pas de souci, Petite Rivière. :wink: Tu dois connaître cela puisque tu es ou as été prof* : il a dû souvent t’arriver de te lancer dans quelque chose sans du tout savoir ce que tu allais dire la minute d’après. Et de te sentir pas si mécontent du résultat, après tout. Aussi mystérieux qu’un des Apôtres chougnant sur l’épaule de Jésus : « Mais, Maître, nous ne savons pas parler ! », Jésus, répondant : « T’inquiète, bonhomme, cause et tu causeras ». Si Jésus le dit… . Pour l’exprimer autrement, je ne comprends pas la gêne de pas mal de participants au forum : on a quelque chose à écrire ? On l’écrit. Pas à s’inquiéter : ça vient.

*lu dans ces échanges
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Re: L'Homme Qui Tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) 1962 - John Ford

Messagepar musselshell » 25 sept. 2011 17:36

Ton comico-dérisoire on

Je te répondrai mardi, j'aurai le temps, puisque je serai en grève. cool

Ton comico-dérisoire off
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Re: L'Homme Qui Tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) 1962 - John Ford

Messagepar gilson » 25 sept. 2011 18:34

Ouaip! Il y a aussi le "Pas maintenant, j'ai des copies!" :) :)

Tiens, tu vas peut-être l'aimer, celle-ci: J'ai connu un prof (d'anglais) qui en avait accumulé des paquets (de copies) et qui s'est présenté devant ses élèves, l'air vraiment furibard (un peu à la Pike, pour te faire une idée :) ), leur assénant: "C'était tellement mauvais que j'ai été obligé de les déchirer! Vous allez me recommencer tout ça!". Il y a de cela longtemps, mais on peut toujours tenter le coup. :evil:
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Re: L'Homme Qui Tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) 1962 - John Ford

Messagepar U.S. Marshal Cahill » 25 sept. 2011 21:17

Image :?
CAHILL, UNITED STATES MARSHAL
ImageImageImage

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Re: L'Homme Qui Tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) 1962 - John Ford

Messagepar gilson » 25 sept. 2011 21:29

Dura lex, etc, USMC. :oops: :beer1:
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limpyChris
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Re: L'Homme Qui Tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) 1962 - John Ford

Messagepar limpyChris » 25 sept. 2011 21:46

Ça va à une cadence ... Ici et chez l' Tuco ... On risque le strabisme, et de confuser, à suivre un coup ici, un coup sur l'autre fil ... Mais je me régale ! Merci les copains !
(J'avais pensé moi aussi à faire un parallèle avec "Monsieur Smith au Sénat" ... Et typiquement fordien aussi, de "Judge Priest" à "La Dernière Fanfare")
Il y a ici -dans ce film- plusieurs moments d'émotion, et étrangement (?), à chaque fois, les derniers plans dans le train, là aussi, ça m'émeuh -comme disent mes copines, la Noiraude et la Steûlette, qui les regardent passer, les trains-. Mais ça n'est pas simplement pour vous faire un clin d'oeil, faute de temps, et donc de mieux-
A chaque fois, même dans cette scène finale, où le contrôleur s'en va sur les mots du titre, et le train s'éloigne, j'ai un pincement, et je me dis "sacré Pappy. C'était quand même un sapré bon !"
Je suis un vieux Peau-Rouge solitaire qui ne marchera jamais en file indienne.

Juh
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Re: L'Homme Qui Tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) 1962 - John Ford

Messagepar Juh » 26 sept. 2011 6:25

Pareil pour moi. Sur cette dernière image, au premier plan, les hautes herbes ( blés ?) agitées par le vent, je ne sais pourquoi, ne sont pas loin de me pousser aux larmes.

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Re: L'Homme Qui Tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) 1962 - John Ford

Messagepar Pike BISHOP » 26 sept. 2011 8:23

Juh a écrit :Pareil pour moi. Sur cette dernière image,


Parce que le pathos et la corde sensible sont au plus tendu...Que la musique en rajoute une couche...
Qu'on réalise qu'un homme a sacrifié son bonheur, sa vie, pour que celle qu'il aime au dessus de tout ça, vive dans le bonheur
la sécurité, la classe d'un monde qu'il a eu la clairvoyance de prévoir, mais qui n'était pas le sien..
Qu'il est resté fidèle à son mode de vie de jeunesse et a vécu tel, triste et pauvre...
Parce qu'on réalise que son sacrifice n'a peut-être pas comblé les deux autres et qu'au soir de leur vie ils réalisent
que le vrai bonheur était dans leur jeunesse et dans les lieux de leur jeunesse...
Parce que tout ça n'est dit qu'à travers une fleur de cactus et une simple phrase "Rien n'est trop beau
pour l'homme qui a tué LIBERTY VALANCE !" dérision du mensonge, de la morale d'un pays ou la gloire vient
de la notoriété d'un meurtre (d'un bandit soit)...
Le train s'éloigne, les herbes ondulent mais sur un monde fini qui n'existe plus...
Vous ne voulez pas avoir la gorge serrée ?
If they move, kill'em !!



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