Johnny Guitar - 1954 - Nicholas Ray

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limpyChris
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Re: Johnny Guitar - 1954 - Nicholas Ray

Messagepar limpyChris » 08 oct. 2011 21:54

J'ai lu ces deux pages avec intérêt grandissant et plaisir ! Rassuré aussi de voir que je n'étais pas le seul à avoir le traczire en regardant Vienna Crawford et Emma-Mercedes (phrase écrite pour le plaisir de 'traczire', qui est un mot que j'aime bien ! Mais c'est vrai quand même qu'elles me glacent, les deux là !!). Merci à Pike pour les quelques mots sur Joan Crawford ... qui ne m'a jamais attiré, et donc pas intéressé ... N'aurais pas fait l'effort d'une recherche ...
Et il me fait rire chaque fois qu'il parle de Bond !!
Et j'aime bien aussi l'anecdote rapportée par chip !

(Pour faire un dernier aparté concernant les VO vs VF, je me battrais pour celles de "Rio Bravo", "The Searchers/La Prisonnière ..." et la trilogie de la cavalerie de Ford + "L'Homme Tranquille", tous vus de nombreuses fois gamins, ado ... Pour les autres ... Je suis certes content de retrouver les LOYER, MORIN -comme ici-, RAINE (Victor McLAGLEN), Paul VILLÉ (Stumpy), Georges AMINEL, Serge NADAUD (Spencer Tracy) dans d'autres films, mais cela ne me fait pas le même effet qu'avec ceux cités ci-dessus ... content de compléter leur voxographies, mais ici, ne l'ayant pas vu gamin -pour la bonne raison que "y avait pas d'Indiens" !!- la VF ne me fait pas d'effet. Rien ne vaut alors la VO.)
Je suis un vieux Peau-Rouge solitaire qui ne marchera jamais en file indienne.

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yves 120
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Re: Johnny Guitar - 1954 - Nicholas Ray

Messagepar yves 120 » 09 oct. 2011 15:41

limpyChris a écrit :J'ai lu ces deux pages avec intérêt grandissant et plaisir ! Rassuré aussi de voir que je n'étais pas le seul à avoir le traczire en regardant Vienna Crawford et Emma-Mercedes (phrase écrite pour le plaisir de 'traczire', qui est un mot que j'aime bien ! Mais c'est vrai quand même qu'elles me glacent, les deux là !!). Merci à Pike pour les quelques mots sur Joan Crawford ... qui ne m'a jamais attiré, et donc pas intéressé ... N'aurais pas fait l'effort d'une recherche ...
Et il me fait rire chaque fois qu'il parle de Bond !!
Et j'aime bien aussi l'anecdote rapportée par chip !

(Pour faire un dernier aparté concernant les VO vs VF, je me battrais pour celles de "Rio Bravo", "The Searchers/La Prisonnière ..." et la trilogie de la cavalerie de Ford + "L'Homme Tranquille", tous vus de nombreuses fois gamins, ado ... Pour les autres ... Je suis certes content de retrouver les LOYER, MORIN -comme ici-, RAINE (Victor McLAGLEN), Paul VILLÉ (Stumpy), Georges AMINEL, Serge NADAUD (Spencer Tracy) dans d'autres films, mais cela ne me fait pas le même effet qu'avec ceux cités ci-dessus ... content de compléter leur voxographies, mais ici, ne l'ayant pas vu gamin -pour la bonne raison que "y avait pas d'Indiens" !!- la VF ne me fait pas d'effet. Rien ne vaut alors la VO.)


Rien à voir avec Johnny Guitar :? mais ce mot" traczire " me rappele des souvenirs ,on le disait tous jeune ya au moins un demi-siècle :roll:
merci , limpy pour ça :wink: et par la même occasion j 'aime beaucoup ta signature , :D Je suis un vieux peau -rouge solitaire qui ne marchera jamais en file indienne ... Merveilleux :sm32:
" Qu' est - ce qu 'un revolver ? Ni pire ni mieux qu 'un autre outil , une hache , une pelle ou une pioche .
Qu 'il en sorte du bien ou du mal dépend de qui s'en sert . " SHANE

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ROY ROGERS
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Re: Johnny Guitar - 1954 - Nicholas Ray

Messagepar ROY ROGERS » 09 oct. 2011 21:33

cet aprème, fatigué par une partie de chasse, après avoir bricolé que fais-je ? A votre avis ? Béh ouaih ! JOHNNY GUITAR ! :gun:

Je ne sais pas comment j'ai pu passer à côté de ce western ! peut-être Vienna tjrs maquillée, aux vêtements impec sortant du pressing ! Je ne sais pas ! peut-être aussi ce dvd Montparnasse à la bande son pourrie, aux couleurs trop rouges ! Je ne sais pas !

Un vrai bon western, avec un N RAY qui règle ses comptes aec le MC Carthysme, le féminisme bien sûr, j'ai l'air de me répéter mais c'est quand même incontournable ! IL n'y a que 2 femmes dans ce film, et la horde masculine gravite autour, pas tjrs virile. Mais c'est aussi une belle histoire d'amour (quelle scène, quand Johnny lui demande de lui dire des choses, même en mentant !)

Dans tout bon western, au début on pose les personnages, ici on les présente, mais rien n'est dit. Tout se dévoile au cours du film ! Bcp de rythme. Je ne revien drai pas sur les actrices, on en a parlé plus haut ! mais je trouve tout le monde bien dans son rôle (on rit de Bond s'est sur, sachant ses positions politiques). Pas tjrs d'accord avec ce qui s'est dit dans les discussions, et si tu me permets honorable (je mets les formes) Gilson, mais beaufitude pour Borgnine..... heuuu ! pas en rapport avec l'époque... la brute, le salaud oui !!!! mais beauf !!!! ce n'est pas le terme que j'aurai choisi ! Hééé c'est mon ressenti !

Egalement pour l'incendie, je trouve que c'est bien rendu, pas trop court ! Plus long, on penserait à un doc sur l'incendie de Reichtag :) :)

Très parlant la horde toute de noir vêtue, celà renvoie à pas mal de choses ! Une chose, lorsqu'EMMA se lance à la poursuite, elle perd son voile noire, il tombe dans la poussière, la caméra s'attarde dessus ! Je ne vois pas trop la symbolique de ce plan.

une chose un peu longuette, les explosions, elles n'en finissent pas, on dirait un bombardement !

Ha oui la cascade ! Je vois qu'elle a éveillé chez certains leur âme d'enfant, d'aventurier ! Batman, Zorro !

Plein d'autres choses encore, !!!!! mais le topic n'est pas fini :sm80:
dit "ROBERT"

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gilson
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Re: Johnny Guitar - 1954 - Nicholas Ray

Messagepar gilson » 09 oct. 2011 23:30

Le beauf est-il intemporel, Roi Roger ? Abyssale question !! Tu dis « brute », « salaud ». Si tu veux, si tu préfères. Je me souviens d’un film de BOISSET, je crois, avec Jean CARMET, où le beauf viole et tue la gamine de son copain, il me semble. C’est un bouquet de tout cela, c’en est la quintessence, la beaufitude. Et puis, comment résister à un mot comme celui-là : je ne m’en suis pas encore fatigué, en tout cas. Note, de toute façon, que si on parle maccarthysme comme Eager Beaver, à juste titre, ou psychanalyse à 50 cts la consultation, comme je l’avais timidement fait dans l’ombre de l’accorte accoucheuse des tourments de Charlie Brown*, on est aussi dans le télescopage temporel. Mais est-ce évitable ? Impossible pour nous de voir les films autrement qu’avec ce que nous sommes à l’époque où nous sommes. Ou alors pas longtemps ! :) :beer1:

Pour rester sur le personnage de BORGNINE, je me demande dans quelle mesure l’acteur ne dépasse pas le personnage, mais je ne sais pas. Le personnage me paraît simple, et RAY le présente surtout comme une brute vicieuse, face à Johnny Guitar, au moins. La suite est peut-être plus complexe, et je me pose aussi des questions sur ce qui m’avait paru une nette différence de régime, d’intensité, d’intentions entre la 1ère et la 2nde partie du film (s’il n’y en a que deux). Mais c’est une autre histoire : je reverrai le film demain ; la lumière jaillira peut-être !!!. Sur ce personnage, je reviens à mon début de §, même avec le héros masculin-bien-atteint-dans-son-orgueil-de-mâle-puisqu’il-va-être-employé-de-Madame, il y a plus que de la simple brutalité : il dit : Je veux le connaître. Plutôt chouette et gentil, non ?, même si on voit bien, et Johnny aussi, ce qu’il y a dessous. Et au moment où tous deux sortent pour régler leur différend entre hommes, dans une situation cliché présentée de sorte à annuler tout effet dramatique, par avance**, que fait BORGNINE ? Il sourit quand on lui retire le couteau dont il comptait bien se servir, « déloyalement »***. Et, notons-le, le sourire n’est pas vraiment méchant ou sadique : il est presque enfantin, et il y a de la gourmandise dedans ou dessus : sa farce vient d’être éventée. Le personnage est loin de la caricature et de la simplicité.

*qui a des airs de nos deux héroïnes, non ?, autre anachronisme avoué donc pardonné. Comment s’appelait-elle, déjà ? Ah, oui : Lucy !

** c’est la seconde fois en peu de temps que RAY parle de « la fin de la violence » :1) par la danse et la chanson, 2) par cette mise à distance de la bagarre entre grands mâles ridiculisée par Vienna : Allez faire vos conneries ailleurs !, alors que FORD raffole d’une bonne castagne entre mecs, des vrais.

*** autre cliché
Modifié en dernier par gilson le 11 oct. 2011 19:19, modifié 1 fois.
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gilson
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Re: Johnny Guitar - 1954 - Nicholas Ray

Messagepar gilson » 10 oct. 2011 16:01

Viens de rerevoir le film. Sentiment un peu différent, et j’ai cru un peu mieux en voir la cohérence (du film). J’essaie d’être bref.

-Je tire quelques fils, dont l’un, surtout, qui me paraît important : l’enfance. Je causais de l’expression de Bart (BORGNINE). Ce qui m’a frappé, en revoyant, c’est qu’Emma a des attitudes, des comportements très proches de ceux de l’enfant au début et à la fin. Revoyez la scène d’invitation à la valse : elle y est confuse comme un enfant qu’on prend par la douceur au lieu de lui fiche les taloches auxquelles il est habitué. Presque toutes ses mimiques vont dans ce sens aussi. Emma est une Small, Johnny le souligne dans la chanson qu’il improvise. De deux choses l’une : RAY l’a voulu(e) ainsi, ou bien c’est une volonté d’interprétation : la tension entre le côté enfantin et la monstruosité du personnage est extrêmement efficace dramatiquement. Je penche pour la 1ère solution, évidemment.

-Enfance, encore : a) Turkey, bien sûr, qui veut être homme mais se fait manipuler comme un enfant. Extraits : « Tu n’as pas été assez longtemps enfant », « Qui va te protéger, toi, si tu me protèges ? ». b) Mais aussi : Johnny pris en faute comme un enfant : il a touché aux allum…, pardon : au pistolet, et maman le gronde sévèrement, très sévèrement. c) La maquette de la cité, jeu du train électrique, renversée lorsque l’enfant Turkey, caché dessous, est découvert ; d) le fantastique, très beau dialogue Johnny/Vienna, au conditionnel passé ; les enfants emploient le présent (tu serais le papa) ; ici, c’est : nous aurions été. Magnifique façon de se rejouer sa vie, alors que tout reste possible, que l’action n’a pas imprimé son sens aux évènements, n’a pas bridé leur liberté. e) RAY lui-même s’amuse : il met son film en abîme, en faisant dire au Kid, après la superbe 1ère séquence : « Merci pour cet excellent moment », se moque du film d’action par la voix de Johnny G : -« Pourquoi m’as-tu sauvée ? » -« Je n’allais pas manquer une chance d’être un héros ! », et ridiculise le principal cliché des westerns : le duel, en opposant deux femmes, pendant que les enfants (les hommes) regardent. f) au train électrique, on peut ajouter la cascade, la cabane, le passage secret. Lorsque Chip parle de western rêvé, c’est avec ces couleurs de l’enfance que je comprends l’expression.

-Tout n’est pas si simple, bien sûr : ainsi, lorsque Johnny et Emma dialoguent, et que Johnny lui demande du mensonge, il est certain que ce jeu d’enfant ne peut être proposé que par un adulte : un enfant ne sait pas que le mensonge vaut souvent mieux que la sèche et stérile vérité, et que les mots, même si on les sait faux, font du bien.

-Second fil (je m’arrêterai là), en vitesse : les dialogues de ce western sont sans doute parmi les plus beaux qu’on ait écrits pour un western. Jusqu’à la seconde partie, je veux dire la partie « action », où la magie cesse. Enorme suspension, mise entre parenthèses du monde, quasi la moitié du film. La querelle entre Bart et Johnny donnait le la : le montage alterné (bagarre sans intérêt et dialogues entre Vienna et le Kid) nous disait déjà que l’action n’était pas ce qui intéressait RAY. Vienna la blâme (alors que, notons-le, elle prend son arme au début du film !!!), puis s’y résout, puis l’accepte et même la revendique (« Je t’attends », à Emma). Cette action est placée sous le signe et la couleur de la mort (le noir de l’expédition). Il y a comme une chute, une Chute, avalisée à contrecœur par Vienna (elle jette son pistraque* après le duel), suivie d’un retour à une forme d’innocence (franchissement de la Porte de … l’Enfer de l’action, 1er matin du monde devant la cascade, vert paradis baudelairien, fais-moi mal, Johnny, etc.). Paradise Lost, then Regained. Que faisaient Adam et E…, pardon : Eve et Adam avant que le serpent trouve que la petite blonde était sans doute une bonne cliente ? Ils parlaient. C’était sans doute beau comme au début de « Johnny Guitar ».

*PS: j'adore ce mot
Modifié en dernier par gilson le 11 oct. 2011 19:22, modifié 1 fois.
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Re: Johnny Guitar - 1954 - Nicholas Ray

Messagepar limpyChris » 10 oct. 2011 20:47

"on le disait tous jeune ya au moins un demi-siècle" ... Ben crotte, alors, Yves 120 ! Je m'étais pas rendu compte que ça faisait déjà ... :oops: :( :lol:
Et pour "Le vieux Peau-Rouge solitaire ...", content que ça te plaise : c'est d'un poète surréaliste belge, Achille Chavée :wink:
:beer1:

Gilson a écrit : "que fait BORGNINE ? Il sourit quand on lui retire le couteau dont il comptait bien se servir, « déloyalement »***. Et, notons-le, le sourire n’est pas vraiment méchant ou sadique : il est presque enfantin, et il y a de la gourmandise dedans ou dessus : sa farce vient d’être éventée." Je m'étais fait exactement la même remarque en le voyant !
et
"le fantastique, très beau dialogue Johnny/Vienna, au conditionnel passé ; les enfants emploient le présent (tu serais le papa) ; ici, c’est : nous aurions été. Magnifique façon de se rejouer sa vie, alors que tout reste possible ..." :sm28:
Je suis un vieux Peau-Rouge solitaire qui ne marchera jamais en file indienne.

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Re: Johnny Guitar - 1954 - Nicholas Ray

Messagepar Jean-Louis » 14 oct. 2011 18:01

:? Il y a plus de 5 ans, déjà, nous croisames le fer Carcasse et moi à propos de Johnny Guitar :

viewtopic.php?f=1&t=2598&hilit=johnny+guitar

Je dois avouer que compte tenu du pourcentage de nanars datant de ces années là que j'ai revu depuis, je remonte nettement plus haut
Johnny Guitar (malgré ses innombrables emprunts à ce chef d'oeuvre qu'est Il était une fois dans l'Ouest, un exemple ?
Tu remplaces l'harmonica par une guitare, ni vu, ni connu, t'as un magnifique héros...)
:num10

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Re: Johnny Guitar - 1954 - Nicholas Ray

Messagepar musselshell » 14 oct. 2011 19:35

Merci Jean-Louis.
Relire Carcasse, c'est quelque chose. :( :wink: :sm32:
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
Ah...c'est la limite haute...
Je renonce quand même. Je sais pas quoi dire, de toutes façons.

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Re: Johnny Guitar - 1954 - Nicholas Ray

Messagepar Eager Beaver » 17 oct. 2011 11:02

Très intéressant en effet le débat d'il y a 5 ans. La verve était belle.

Dans son livre sixguns and society, a structural study of the western (1975), Will Wright qualifiait Johnny Guitar et High Noon de western de transition, entre le modèle classique de la communauté qui a viscéralement besoin d'un héros, qui à la fin sera tenté de l'intégrer, à un monde de professionnels qui reste extérieur à l'environnement social (Les professionnels, Rio Bravo) - pour faire court.
Le western de transition, comme son nom l'indique, permet ce passage.
Il se caractérise par une ville qui devient l'ennemie des héros, ou qui le délaisse dans son combat. De mémoire, cela incluait également la flèche brisée.
Ce western de transition caractérise en fait trois oeuvres "politiques". Toutes les trois datent de la première partie des années 1950, Johnny Guitar étant le plus récent.
La critique de l'ostracisme de la société US de l'époque en est le filigrane. Elles chamboulent donc toutes trois les codes : un sheriff seul lâché par les bonnes-gens, une histoire de femmes meneuses d'hommes, et de bons indiens.
Le genre n'aura pas vraiment de suite à l'époque.

Le choix de Sterling Hayden sert complètement ce contrepied. Il vient en effet juste de sortir l'année précédente du Kansas Pacific, dans lequel il joue un dur de dur va-t-en guerre, prêt à accomplir les ordres de l'armée nordiste sans coup férir.
Le fait que High Noon fut qualifié d'anti-américain par John Wayne (qui provoqua en retour la réalisation de Rio Bravo) et que Ward Bond, son siamois idéologique, fasse partie de la distribution de Johnny Guitar rend encore plus croustillante la manipulation de Ward Bond par Nicholas Ray.

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jamesbond
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Re: Johnny Guitar - 1954 - Nicholas Ray

Messagepar jamesbond » 18 oct. 2011 1:51

je suis assez d accord avec Chipre la dessus ,je ne suis pas non plus très particulièrement friand de cette rubrique,c'est pour cela que je m'était tue pendant un certains temps sans intervenir sur les westerns suivants,sachant que tout le monde peu rajouté une pensée sans savoir ci le réalisateur aurait été d'accord avec le positif ou le négatif d'une ou de plusieurs personnes. Un film c'est souvent personnel. Johnny Guitar est l'un de mes westerns préférés avec "The Searchers "(la prisonnière du désert) des années 50 tourné dans dans une palette de couleurs magnifiques et d'un story line original et inventif qui tenait vraiment la route. Tout les acteurs étaient excellent,un chef d'œuvre du western que l'on fait plus aujourd'hui. :beer1:
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Re: Johnny Guitar - 1954 - Nicholas Ray

Messagepar gilson » 18 oct. 2011 16:17

A Jamesbond :

FLAUBERT à E. FEYDEAU, 11/09/1873 : « Pour ce qui est de "Saint Antoine", je ne m’en occupe nullement. Ce livre maintenant n’existe plus pour moi. Quand le publierai-je ? Je l’ignore. »

Pourtant, le livre, "la Tentation de Saint Antoine", n’est pas fini depuis très longtemps : quelques mois. Tombé là-dessus hier soir. Cela rejoint ce que le bon sens nous suggère. Mais, Jamesbond, si même les créateurs s’en fichent, qui reste-t-il, pour s’occuper de ce qu’ils créent ? Les amateurs, les passionnés, peu importe le nom. Et si l’auteur s’en fiche, on peut leur laisser, aux amateurs, carte blanche pour dire les âneries qui leur plaisent : qu’importe ? Ils font vivre l’œuvre, font vivre quelque chose qui est déjà un peu mort pour celui même qui l‘ a créé. Sympas, les amateurs ! Jeu de toutes parts. Personne ne se prend au sérieux, ne doit le faire, en tout cas.

C’est plus qu’une transition, d’ailleurs, « se prendre au sérieux ». On pourrait parler de « dépaysement », si on préfère, à propos de « Johnny Guitar ». Le personnage est dépaysé : pas son vrai nom, et, en plus, un nom qui n’en est pas un, dit le Kid. Et puis, regardez-le : paumé dans l’établissement de Vienna, exilé à l’extérieur pour la castagne, poireautant dehors, encore, quand Vienna fait chauffer sa carte à la banque, un peu plus à l’aise pour sauver nuitamment, comme dans un film de cape et d’épée (j’y reviendrai peut-être avec Lady Godiva), la châtelaine de la plus Haute Tour (la nuit, tous les Johnnies sont gris, là, ça va), jetant un regard gullivérien sur l’attaque et les explosions au début, pas chez lui dans la cabane (Tu me files une panoplie, Kid ?), réduit au statut de spectateur lors du crêpage de chignon final entre filles*, même si tous les hommes en sont réduits à cela à ce moment. Pas à la fête, l’anti-héros, même pour un anti-héros.

Tout cela me semble symptomatique : RAY me paraît vouloir un vaste dépaysement : souvenons-nous : avez-vous ressenti souvent cette impression d’être projetés dans un ailleurs comme on l’éprouve lorsque Johnny entre dans la « boîte » de Vienna ? Surtout lors de cette tempête de sable ? On est où, là, pour parler familièrement ? Pas dans un western, en tout cas !!! Le « réel », avec son attirail, reprend ses droits après, mais l’effet est créé. L’espace du western est mis à l’épreuve, nos repères bousculés. La nuit, la mine, le noir des lyncheurs. Le franchissement d’une frontière avec la cascade. La fausse quiétude de la cabane, avec toutes ces fausses pistes : où est l’armoire, où sont les œufs, passe-moi le sel, etc. Les frôlements amicaux et les incessants allers et retours amitié/détestation entre le Kid et Johnny, un des charmes du film** . RAY brouille les cartes. De la même façon qu’il nous parle, je crois, de la fin de la violence, il nous parle non pas de la fin du western, mais de son dépaysement dans autre chose. Il fond le western dans un ailleurs pour le faire devenir un film comme un autre, le désolidariser des pesanteurs du genre, l’en affranchir.

Deux mots de conclusion. Lu un message de Limpy sur Lady Godiva, dans un « post » sur les scènes osées, etc. Lady Godiva, Lady Godiva, ça me disait bien quelque chose, mais quoi ? Et puis Limpy est arrivé, et j’ai bien cru me souvenir, apprenant au passage l’origine de la fameuse expression « peeping Tom ». Dans les échanges, on se tâte : Ca serait-y pas un western ? Même pas sur les bords ? Avec un film comme « Johnny Guitar », il y a de quoi devenir circonspect. Non sur le film avec le personnage de cette femme nue sur le cheval (magnifique invention), nue la nuit, pour la bonne cause, mais en général. Les petites cases sont utiles, je ne dis pas, mais, tenez : je regarde en ce moment des films avec Ginger ROGERS : comédies ou comédies musicales, et je le fais avec les mêmes lunettes d’amateur de westerns, parce que la distance ne me paraît pas si grande. Au fait, si « Mademoiselle et son bébé » repasse, ne le manquez pas : la fin est une merveille de vertigineuse drôlerie, sur le mensonge. A quoi j’ai pensé ? Au : »Mens-moi » de Johnny, bien sûr.

*question : le film est-il ridicule, à ce moment, ou RAY veut-il ridiculiser un cliché ? Et est-ce réussi, en ce sens ?

**encore une question d’espace : un des personnages dit quelque chose comme : Dans cette cabane, il n’y a pas de place pour vous deux
Modifié en dernier par gilson le 18 oct. 2011 21:28, modifié 1 fois.
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Re: Johnny Guitar - 1954 - Nicholas Ray

Messagepar Eager Beaver » 18 oct. 2011 16:47

De plus Jamesbond, si comme tu le mentionnes en bas de tout tes mails, il faille imprimer la légende, qui peut le faire, hormis ceux qui la contemplent? et surtout qui peut le faire mieux que les amateurs du genre. Et si ceux là ne le font pas, personne ne le fera à leur place.
La rubrique "autour du feu" est donc fondamentale sur ce site, c'est l'espace où les films sont encore vivants, magnifiés tant par le docte savoir que l'engouement le plus midinette voire la mauvaise foi. Ce qui compte c'est de débattre, et pas uniquement de faire partager une nostalgie de photos collectors (souvent splendides) dans des rubriques déjà dédiées à ce type de contribution. Les deux sont complémentaires, et il serait dommage de négliger le verbe qui peut seul animer l'image.

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Re: Johnny Guitar - 1954 - Nicholas Ray

Messagepar jamesbond » 18 oct. 2011 18:09

Je suis d'accord la dessus ,mais je pense que chacun à un point de vue personnel sur ce western !
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Re: Johnny Guitar - 1954 - Nicholas Ray

Messagepar Pike BISHOP » 18 oct. 2011 19:02

Magnifique idée que cette maison/gambling house/saloon, hors de tout, adossée, quasi sculptée dans la falaise...
battue par le vent et la poussière..Presque surréaliste...
On comprend plus tard le pourquoi et on devine le comment VIENNA a certainement payé de sa personne
pour obtenir l'information, voire faire dévier le tracé du futur chemin de fer qui va ignorer la ville...

Idée reprise (pompée ?) chez LEONE d'IL ETAIT UNE FOIS......Ranch des McBAIN tout aussi surréaliste)
de structure canadienne dans un désert aride sans le moindre arbre..Là aussi le train va passer...
Signifiant la fin du vieil ouest..Stupidité d'ignare de l'histoire de l'Ouest..Puisque les trains ne marquent pas
la fin de la conquête mais le début...Et ils ne vont pas vers la mer, mais en partent...
Esbrouffe de la grosse mise en scène Leonnienne avec fourmillement de coolies, presque inutile
à la trame de l'histoire...

Intelligence de l'utilisation des travailleurs du rail chez RAY...Les explosions masquent la foule des ouvriers
mais sont un élément presque indispensable de la narration, puisqu'elles empêcheront la fuite de la bande du KID...
Les ramenant à leur repaire sous la cascade, bel et digne des meilleurs feuilletons...
A toutes les allégories et messages sous-jacents ou pas..RAY n'oublie jamais les règles du jeu..Raconter une
histoire, passer en les sublimant ou pas par des points obligés..Hold-up, fusillades, fuites et poursuivants
lynchages et gunfights.....Ce pourrait être un petit film..C'en est un grand !!!!
If they move, kill'em !!

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Re: Johnny Guitar - 1954 - Nicholas Ray

Messagepar gilson » 18 oct. 2011 20:12

Pas de problème, Jamesbond : bien sûr que chacun a son avis sur un film. Le contraire serait désespérant. Ce qu’il y a de vrai dans ce que tu dis, et qui est sous-jacent, c’est qu’il n’est pas facile de dire un désaccord avec quelque chose sans que cela apparaisse comme une mise en question de quelqu’un. Mais cette rubrique, avec l’espace tacitement accordé aux participants (on peut davantage s’étendre, au risque de fatiguer ; à chacun de faire au mieux), comme dans une émission qui laisse parler les invités, pour, un peu, approfondir, avec les smilies, d’autre part, cette rubrique permet de nuancer les choses, dans une grande mesure. :)

Important rappel, Pike, sur le train et le début/fin de la Conquête de l’Ouest. Disons peut-être que s’il a pu y avoir une confusion là-dessus, c’est qu’il s’agit de deux moments distincts d’un même processus : l’un plus humain, l’autre plus mécanique (même si, évidemment, la mécanique est le produit de l’humain). Et le western se plaçant, à ce sujet, sur un terrain proche de ceux de ROUSSEAU ou DE FOE dans leurs présentations simplifiées (on prend avant tout des individus, des types, mais on n’analyse pas des civilisations dans leur ensemble), on a tendance à se dire que ces situations « humaines » donnent un cadre, lequel est brisé par l’étape suivante, alors que cette étape n’est qu’une … étape, une suite. Autrement dit, le train, de simple outil qu’il est, formidable accélérateur mais simple accélérateur, est parfois vécu par les amateurs de westerns comme un signe de rupture. Tu penses comme moi à TMWSLV, où c’est très net : l’Ouest d’avant, celui d’après, alors qu’on nous montre des personnages qui ont connu les deux époques, et que Tom Doniphon, l’homme d’ »avant », vient juste de mourir.

Retour au film : n’y a-t-il pas un déséquilibre en ceci : les éleveurs sont montrés en nombre, avec des chefs, des dissensions, des hésitations*, alors que les tenants du train ne sont représentés que par une femme, des dynamiteurs anonymes et un homme, au début, bien timoré ? Si je ne dis pas de bêtise sur cette absence d’équilibre, il faut sans doute lire ici le signe que RAY ne parle pas d’un problème spécifique (éleveurs contre train, ancien contre nouveau) mais que ses éleveurs, leur noir le montre, sont des symboles, ceux d’une justice sous influence, un peu comme on a pu symboliser le Mal sous des apparences concrètes diverses.

** d’ailleurs, on dit : c’est un western de femmes. Les relations entre hommes, les différences, sont tout ce qu’il y a d’intéressant, il me semble. Tenez, regardez, par exemple: ce bandit qui bouquine, en montant la garde, devant la cabane. Ca aussi, c'est quelque chose. Gag?
"Words have too many shadows." (Little Dog, dans "La Plume Blanche"). Et j'ajoute: "Na!"



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