La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

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gilson
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar gilson » 15 août 2011 14:26

Que J WAYNE ait dit ceci ou cela sur les costumes qu’il portait dans ses films compte peut-être assez peu, et en général, j’ai le sentiment qu’il faut lire ce que les gens célèbres comme lui disent d’eux-mêmes avec presque autant de suspicion que si c’était quelqu’un d’autre qui parlait d’eux. Deux secondes suffisent pour s’en convaincre (j’exagère toujours : 4 ou 5 ?): on vous fait un compliment. Pouvez-vous vous contenter de roucouler bêtement ? Vous détournez, souvent en plaisantant. Si on vous pose des questions sur vos tenues, mais c’est valable pour presque toutes les questions, vous sentez bien qu’on attache trop d’importance à quelque chose que vous avez, vous, relativisé, parce que vous êtes « dedans », dans le monde du cinéma, mais que les autres voient avec de tout autres yeux. Bref, peut-on vous faire confiance ?

Ce préambule fait, je reviens un peu sur la question des costumes dans « La Prisonnière … », mais aussi des apparences en général. Couvertures, tabliers, médailles, fusils customisés, … scalps, même, chapeaux, j’en oublie, tout cela va faire sens, les échanges sur le sujet en ont parlé. Sensible qui dit, qui parle : par exemple, quelqu’un avait relevé les nattes de Laurie, signifiant peut-être à Martin : « Mais c’est moi, ta petite Indienne ». On peut, après le bain de Martin, relever aussi le baiser de Laurie, sorte de marque au fer rouge mouillée, avec le fier« bonsoir » à Ethan et l’altière démarche jusqu’à la porte, dans cette robe qui semble momentanément occuper tout l’écran : « Celui-ci est à moi ; il est dans ma robe ». Apparences, apparences. Sensible partout. Sensible qui nous donne des significations, du sens, partout et tout le temps. Je voudrais dire deux choses plus précisément. Clayton, d’abord. Ethan lui demande s’il lui parle en tant que prêtre ou homme de justice, à un moment, ou même deux fois. Il se défait de ses habits de « civil » pour revêtir le costume de prêtre avant la bénédiction programmée ; il montre ses fesses* à la fin de l’attaque finale, mais surtout ses sous-vêtements. « Pas d’éperons à l’intérieur ! », intime-t-il à un adjoint, à un autre moment. Quel intérêt, tout cela, me direz-vous ? Le personnage de Clayton, j’ai presque envie de dire : les costumes de Clayton, la surface extérieure de Clayton, tout cela fait coulisser, de façon sensible, deux dimensions bien plus abstraites, en apparence : religion et Loi. L’abstraction s’incarne, change de tenue, montre ses fesses. Tout cela, on le voit ailleurs, dans d’autres westerns. Ce qu’on voit moins, c’est ce bonheur dans l’incarnation de l’abstraction, et l’espèce d’énorme plaisanterie qu’il y a à mettre ces deux abstractions dans ce même petit pot d’humanité, Clayton, bouffeur, jovial, brusque, rabelaisien. Le chef-d’œuvre se fabrique ici. Le personnage de Clayton est un personnage clé pour l’effet total produit par le film sur le spectateur, et un des tout premiers seconds rôles donnés par FORD à BOND, le premier, peut-être.

Ethan est presque le contraire : mû par une idée fixe, pas par les doughnuts de Martha. Et cela se voit sur lui, si j’ose dire. Puisque j’essaie de parler images, sensible, je me demandais quelle image me laissait WAYNE : celle d’un corps, d’une apparence, presque abstraits. WAYNE vieillissant a perdu les qualités physiques de sa jeunesse, c’est évident, il suffit de repenser aux vieux films du temps du cheval Duke. Ici, il a un corps souffrant (scène où il est blessé et soigné : corps pitoyable, pâtissant, fatigué), presque une idée de corps, idée de cabossé : volume, surface, et non formes sensibles ni sensuelles, encore moins (le bain de Martin et pas d’Ethan) : ce corps-là ne s’exhibe que si c’est nécessaire, justement, du point de vue des effets recherchés par FORD, pour montrer sensiblement le temps, cela a été dit amplement dans les échanges, ou une étape dans les relations avec Martin, par ex.. Et si WAYNE semblait ne pas attacher d’importance à ses tenues, le spectateur de westerns, habitué à une seule apparence, deux au plus, de WAYNE, a ici un sensible qui lui dit bien autre chose : neige, chemises, gris des tempes, même combat, signes du temps. Un peu comme le philosophe allemand voyant passer Napoléon BONAPARTE et son armée, et disant qu’il voyait passer l’Histoire sous sa fenêtre : sur l’écran, avec le corps abstrait de WAYNE, c’est le Temps qui passe. Et les gros plans du personnage d’Ethan ne sont pas contradictoires avec ces propos : impuissance et chagrin terribles, emblématiques, visage au dessus de la selle du cheval fatigué, quand il est clair que se prépare un massacre et que Martha et sa famille risquent d’en être victimes Mais le Temps n’est pas que le temps humain : Ethan a quelque chose d’inhumain, mal compris de Martin mais pas de Mose. Il ne se presse pas, n’arrive pas. Il sera toujours temps, à présent. Autre gros plan, avec le zoom, dans le fort, où il a vu les captives, où on sent presque une autre abstraction, une autre puissance surhumaine : la Vengeance, la Violence, la Haine. Complémentarité de ces deux personnages opposés, nous disent les apparences. Si on ajoute Martin, avec son sensible à lui (cuvette, couvertures, ruban bleu, robe de Laurie et chapeau de Look comme casseroles, traînant donc pas mal de coeurs après lui), on a un ensemble d’une richesse presque inépuisable, purement visuel, très savamment construit, satisfaisant tous les publics, ceux qui mangent des pop corn en sirotant leur soda, et ceux qui font leurs devoirs de vacances. Eh oui, les gars, il y en a qui ne pensent pas que c’est déjà la rentrée, et qui continuent à faire leurs exercices ! (Remarquez, pour être honnête, je racle les fonds de tiroir. Tout cela ne mérite pas une réponse.)


*au fait, quelqu’un a compris ? Pas moi. On lui demande : « Flèche ou balle ? » ; lui répond :"Aucune des deux!" et s’éloigne dans une superbe, au sens latin, une superbe contre-plongée, l'air très méprisant et digne. C’est d’ailleurs très intéressant : la scène est moyen drôle, cela a été dit. Mais ce qui est très réussi, à l’intérieur de la scène, et qui la sauve, c’est 1) la réunion des curieux autour du fondement de Clayton, conclave contristé, attentif et désireux de bien faire, 2) l’attitude très cambrée, elle aussi emplie de bonne volonté, de Clayton, soucieux de faciliter la tâche à ses examinateurs et ses explorateurs sondant les fondements de la Religion et de la Loi. Cela, c'est du grand comique. Même là, il y en a pour tous les publics.

PS : on atteint au grandiose si on y met vraiment un peu du sien, et qu’on pense, à propos de cette scène a priori de farce, à la leçon d’anatomie rembrandtienne. Après tout, les auteurs nous « augmentent », nous enseigne, je crois, la racine du mot, en même temps qu’ils nous imposent de l’autorité, une autorité en principe souriante. Nous pouvons bien, un peu, leur rendre la pareille. Si FORD est manipulateur d’espace, comme tout grand cinéaste, ce n’est peut-être pas si fou de penser à cette toile si connue, dont l’évocation, ici, loin d’être irrespectueuse, est simplement un « hénaurme » clin d’œil.
Modifié en dernier par gilson le 04 nov. 2011 18:41, modifié 5 fois.
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar limpyChris » 15 août 2011 14:47

Je 'reposte' mon pavé, jugé indigeste, tel quel, n'ayant finalement jamais trouvé le temps, ni vraiment l'envie, de l'amender, le retoiletter, bien que, il est vrai, deux passages font redite ou devraient se suivre, mais bah, tant pis ...

Ah, ben, d'accord ... Gilson a reposté ... Pas encore lu, Gilson ...mais je poste le mien, pasque ça presse. Je lirai le tien juste après.
Où l’ombre d’un vieux Grec plane sur les Totem poles (pour Gilson)

Personnellement, que les Comanches ne parlent pas Comanche ne me gêne pas, ici, à proprement parler. Nous savons qu’ils parlent Navajo, puisque nous reconnaissons les mêmes vieux figurants navajos présents chez Ford depuis « Stagecoach », ou au moins « Fort Apache », et nous connaissons tous l’anecdote révélée par Tony Hillerman, confirmée par un ou deux autres biographes par la suite, selon laquelle ils s’amusaient à dire des horreurs, qui faisaient rire tous les Navajos ensuite, lors des projections. (Le pourcentage de population parlant encore le Navajo devait avoisiner, à l’époque, les 100 %). Je pense que ni Ford, ni les Navajos ne se sont préoccupés de la situation, et les producteurs encore moins … Trouver un locuteur, adaptateur comanche = temps et argent perdus. Les figurantes navajos ne portent pas des vêtements comanches de l’époque, mais bien leurs vêtements navajos du dimanche … De même pour les porte-bébé, qui, ici comme dans Cheyenne Autumn, sont des berceaux de style navajo et non comanche ou cheyenne (seul celui aperçu de loin, si j’ai bien vu, partiellement couvert d’une couverture, dans la ligne des prisonnières indiennes, dans la séquence d’extérieur tournée au Canada, pourrait passer pour un cradleboard des Plaines). ‘Le chant de mort’ entonné avant la charge à travers la rivière n’est ni comanche ni chant de mort navajo. Pas même de guerre. (Le même chant, si j’ai bonne mémoire, est également utilisé, cette fois à bon escient, dans "A Distant Trumpet / La Charge de la Huitième Brigade".) Mais ‘chant de mort’, ça a de la gueule, non ?

Mais Monument Valley n’est pas davantage le Texas. Qu’en disent les Texans ? Il est pour moi plus gênant que les ‘Cheyennes’ de Cheyenne Autumn/Les Cheyennes, qui se veut une fresque historique, même si ce n’est qu’une ‘foot-note in History’, ne parlent pas Cheyenne … du moins les mêmes vieux figurants navajos. (Quelques mots ‘aboyés’ par les premiers rôles et ceux inscrits au tableau dans l’école de la Réserve sont effectivement du cheyenne.) … et Monument Valley est toujours là, pas davantage Oklahoma … Tout cela est de la licence cinématographique … Le Français prononcé par certains dans The Big Sky / La Captive aux Yeux Clairs et bien d’autres, même non westerns, est tout aussi risible. Plus proches de nous, Costner, ou M. Mann, dans "Le Dernier des Mohicans", ont ‘menti’ en ce qui concerne l’authenticité des dialogues amérindiens (Danse … était censé se passer avec des Comanches, mais Costner invoqua le fait que plus personne ne parlait le Comanche, pour aller tourner dans les Black Hills, avec des Lakotas … Le dernier ‘code-talker’ comanche est décédé en 2005 …) et ce, plus d’une trentaine d’années après "The Searchers", époque où ce genre de ‘détail’ ne froissait, n’ébouriffait pas grand monde.
Mais ici, les Comanches sont un repoussoir, un simple ressort de l’action, de l’histoire. Ils auraient tout aussi bien pu être une bande de Nordistes pas remis de la guerre et en goguette, ailleurs, des Maures ou des Ottomans, des Perses aux barbes frisées, ou même des Troyens ... (...)
Il se trouve que Pappy aimait prendre le large, loin d’Hollywood chaque fois qu’il en avait l’occasion, vers la verte Eire, ou à bord de l’Araner, voguant vers les îles fleuries aux senteurs de tiaré, ou la sauvage minéralité de Monument Valley. Nos Troyens seront donc pour l’occasion des Comanches navajos. Alors, qu’ils parlent comanche, navajo, peu me chaut …
Pike, je te prépare un autre post aux petits oignons sur les figurants navajos ...

Ford, avec "Stagecoach", "My Darling Clementine" (on y voit quelques femmes Navajos passer à cheval dans la rue, quelques hommes changer les chevaux au relais de diligence, ou devant la prison, ou encore poussant du bétail en ville, quelques anciens, emballés dans des couvertures, derrière 'l'ancien', Francis Ford au départ du comédien Granville Thorndyke), "Fort Apache", "She Wore … / La Charge Héroïque", "Rio Grande", "The Searchers", "Sergeant Rutledge" et "Cheyenne Autumn", mais aussi G. Sherman, D. Sirk et tant d’autres, en passant par George Marshall ("La Plus Grande Histoire Jamais Contée"), Paul Hogan, le "Geronimo" de Walter Hill, , et une centaine d’autres, en venant tourner à Monument Valley, Moab, sur la réserve navajo, transformèrent inéluctablement la société navajo. Du point de vue économique, bien sûr, mais également culturel.

Tout commença après la Grande Dépression, période pendant laquelle les Navajos avaient perdu une grande partie de leur bétail. Aucune industrie sur, ni autour de la Réserve. (De toute façon, les ‘choses’ étant encore pires à l’époque qu’elles ne le sont actuellement quant à leur emploi dans des entreprises … Un type -blanc-rencontré aux abords de la réserve cheyenne m’avait dit, il y a quelques années, que, pour ce qui était de l’emploi : On préfèrera employer un Blanc à un Noir, et un Noir à un Indien … "In the Laaand of the Free and the HOME of the BRAVE" …)
L’arrivée de l’industrie cinématographique fut donc accueillie avec reconnaissance, pragmatisme et sans arrière-pensées par les uns, et avec réticence par d’autres.
Dès le tournage de "Stagecoach", il y eut, paraît-il, des tensions entre figurants amérindiens : les casting directors avaient également engagés quelques Apaches, et les Apaches auraient souhaité qu’il n’y ait que des Apaches, l’histoire mettant en scène des Apaches … et les Navajos auraient souhaité qu’il n’y ait que des Navajos, l’histoire étant tournée sur la réserve navajo …
Jalousies, tensions par la suite, sur d’autres films, entre les Navajos vivant du côté Utah de la rèz et ceux de Kayenta, que les premiers accusaient de profiter davantage de la manne, alors que la plupart des films étaient tournés à Moab, disaient-ils …
Tensions aussi entre les traditionnels, qui voyaient d’un très mauvais œil que des étrangers foulent des endroits sacrés, et les pragmatiques, qui pensaient que l’arrivée de l’industrie du cinéma allait apporter un mieux vivre aux Navajos, et faire tourner l’Économie, jusque là inexistante, de la Tribu (Nation).
La plupart composa ou -zèrent.
Après tout, ils étaient Navajos, et jouer de méchants Comanches, Kiowas ou Cheyennes ne les dérangeait pas : ils étaient Navajos. Et cela en faisait même rire certains … Jouer un mauvais tour aux cousins apaches …
La paye moyenne d’un figurant (indien, en tout cas) était de 3,50 à 5 dollars par jour lors des premiers films tournés sur la réserve. On cite le cas où même les membres des familles des figurants et curieux venus assister au tournage furent payés pour leur ‘participation’ !
Ceux qui avaient la chance de côtoyer les membres des équipes de films achetaient des couvertures, tapis, bijoux … etc. à des artisans navajos, et les revendaient aux gens de cinéma deux à trois fois plus cher. D’autres se faisaient de l’argent en faisant de la contrebande d’alcool, la réserve Navajo étant une réserve ‘sèche’, et l’équipe de Pappy, ayant, on s’en doute, besoin de pas mal de carburant pour tourner (en) rond …
("Ils nous dirent de faire des choses bizarres, mais l’argent entrait et nous poussa dans le ‘business’", dit l’un des figurants. "C’est en faisant des films que nous prîmes connaissance de l’argent", dit un autre)
Harry Goulding, si j’ai bonne mémoire dit que lorsqu’il apprit que ‘ses’ Navajos passaient une mauvaise période, Pappy arriva pour y tourner un western … Je ne suis pas persuadé que cela ait été LA condition première qui avait décidé/décida(it) Ford à aller tourner un western à M.V. -surtout si l’on pense au temps qui aurait dû être nécessaire pour préparer un film … trouver un sujet, écrire le scénario, faire le découpage, attendre que les acteurs principaux choisis soient libres, y mettre tout ce que nous y trouvons …-, mais d’un autre côté, il faut reconnaître la fidélité de Ford envers ses figurants préférés (les faire venir jusqu’au Texas pour "Two Rode …") …
Aux décès de leurs vieux figurants préférés, Wayne et Ford payèrent les cercueils.
Wayne donna l’une de ses selles incrustée d’argent à Frank Jackson … qui perdit celle-ci et d’autres souvenirs de l’époque dans l’incendie de son trailer … incendie criminel, jalousie, dit-on.
Un autre se rappelle que Wayne avait l’habitude de distribuer des billets de 5$ aux figurants Navajos qu’il croisait. Le Duke lui glissa un billet froissé dans la main, en lui disant de déguerpir. Lorsqu’il déplia le billet, dans un coin tranquille, le Navajo se rendit compte que Wayne lui avait allongé un billet de 50$, une chose que, bien sûr, il n’avait jamais vue de sa vie. Il me semble avoir lu ‘quelque part’ également, que Wayne (et Ford ?) étai(en)t intervenu(s) pour payer les frais de transport et d’hospitalisation d’un enfant navajo souffrant de … ? ? -Je ne sais plus où j’avais lu cette dernière anecdote, ne peux donc la confirmer …
Mais d’autre part, les ‘traditionnels’ éprouvaient quant à eux un fort mécontentement. Les Belikânah* / Bilagaana* tournaient dans des lieux sacrés, là où reposaient des morts navajos, et le ‘vieux Peuple’, les Anasazi, là où habitaient des Esprits ; les hommes du cinéma faisaient faire aux Navajos des choses contraires à leurs croyances : mimer la mort (ce qui ne fait que l’attirer), laisser retomber ses cheveux lâches sur les épaules alors que la tradition navajo, pour des raisons religieuses, voulait que les hommes portent les cheveux noués en chignon à l’arrière du crâne. -à mon avis, il n’est pas étonnant que Ford ait reconduit son expérience avec les Navajos, en dehors, bien sûr, de l’attrait principal de Monument Valley, car, à l’époque, Années 30-50, toutes les photos que je possède ou ai vues représentant des Indiens de différentes tribus, tous les hommes, de tous âges, de différentes tribus avaient les cheveux courts, crew cut … Sauf les Navajos, population amérindienne la plus importante, isolée dans son coin du Sud-Ouest, très traditionnelle à l’époque, qui portaient encore, pour une partie suffisamment importante, les cheveux longs, noués, retenus en chignons.- Selon les Traditionalistes, on ne devait laisser retomber ses cheveux qu’en cas de décès, de deuil … et lorsqu’on les lavait, en contact avec l’eau, car les cheveux longs tombants représentaient la pluie. …etc. Les traditionalistes attribuaient donc au non-respect de cette croyance la sécheresse qui s’abat depuis sur la réserve navajo. ("Pour les Navajos, ce pays est sacré et il renferme de nombreux pouvoirs, qui peuvent accorder des bénédictions si on les respecte, et apporter des malédictions si on les ignore. L’industrie cinématographique utilisa involontairement de nombreux endroits sacrés dans leurs films sans comprendre que des êtres sacrés y résidaient et que des tombes d’Anasazi et de Navajos étaient disséminées dans toutes les Mesas et déserts de Monument Valley."
"Les vieux Navajos insistèrent pour faire savoir que ces agissements étranges, et particulièrement celle de faire semblant de tuer et d’être tués, ne devaient pas être pratiqués dans un espace délimité entre les quatre montagnes sacrées. Parce que les Navajos employés dans ces films n’avaient pas respecté ces enseignements, le Dinétah ne reçut plus la quantité d’eau nécessaire des Êtres Sacrés, mais que la réserve dut dès lors souffrir de sécheresse, ou de tempêtes de neige incontrôlables.")
Après la fin des tournages et le départ des Beligaana*, il n’était pas rare que des familles demand(ass !)ent des cérémonies de guérison (comme après le retour des jeunes hommes de la Seconde Guerre Mondiale), de Purification, pour restaurer l’Harmonie au sein du Dinétah, demander pardon aux Êtres Supérieurs de les avoir dérangés, de ne pas avoir respecté les Tabous.
On raconte encore qu’un navajo traditionnel, Little Gambler, ulcéré par le non respect des mises en garde, enfourcha son cheval et se rendit à l’endroit où l’équipe de tournage s’était installée (mais l’anecdote ne dit pas de quel film il s’agissait). L’homme fit tournoyer son poney autour des membres de l’équipe en faisant claquer son fouet au dessus de leurs têtes et en leur intimant l’ordre de déguerpir. Ils remballèrent le jour même.

Ford se vantait de pouvoir demander à un medicine-man, ‘Hastiin/Hosteen’ Tso, de faire pleuvoir, neiger, placer les nuages où il le souhaitait pour les prises de vue du lendemain … La rumeur veut que d’autres medicine-men traditionnels, qui n’acceptaient pas que l’on ‘joue’ avec les Croyances des Navajos, avec le Pouvoir, pour du divertissement de Bilagáana*, organisèrent des ‘contre-cérémonies’ pour faire revenir la pluie, et que Tso en mourut …(Les proches de Tso expliquaient quant à eux le décès de l’homme médecine par les suites d’une chute de cheval.)
Quelques morts furent jugées prématurées parmi les figurants navajos de premier plan (Lee Bradley ainsi que des cousins et cousines), et attribuées au fait qu’ils ‘avaient mimé la Mort’ … et plutôt, disent certains, à des cérémonies de ‘magie noire’ dues à des jalousies …
(Signalons quand même que Frank Bradley avait, selon mes sources, participé à la Première Guerre Mondiale en France, … ce qui a dû le faire naître au tournant des Siècles … Disons même 1900. Il est encore crédité dans "Cheyenne Autumn", en 1964 … Ce qui, à l’époque, le faisait dépasser de presque une dizaine d’années l’espérance de vie d’un Indien à l’époque. Les frères Stanley et Many Mules, vus dans ce même film, ne sont pas, eux non plus, on le voit, des ‘perdreaux de l’année’. Billy Yellow, medicine-man présent dans les films de Ford, et d’autres, depuis "Stagecoach", mourut centenaire et Susie Yazzie à plus de 90 …)

Bienvenue dans le XXième Siècle, Peuple de Manuelito.
Coyote, cette fois sous les traits d’un vieil Irlandais matois qui n’avait qu’un œil, avait encore joué un tour aux Navajos. ‘Natani Nez’ avait introduit la peau de grenouille verte dans Tsé Bii'Ndzisgaii.°
Le cheval était en Troie.
L’âme du Dinéh était pervertie.


*Différentes orthographes du mot désignant les Blancs, en Navajo.
° Nom navajo de Monument Valley.
Certaines informations pour ce 'billet' proviennent de "Navajo Land, Navajo Culture : The Utah Experience in the Twentieth Century", de Robert S. McPherson, 2001 ; de "A Navajo Legacy. The Life and Teaching of John Holiday", John Holiday, 2005, et bien sûr de "A la Recherche de John Ford", de Joseph McBride, chez Actes Sud, 2007 + quelques souvenirs d'articles de magazines sur Monument Valley et échanges personnels avec des amis crows et cheyennes (les motivations et ressentis des figurants ou traditionnels amérindiens étant généralement semblables, quelle que soit la tribu/Nation).
Modifié en dernier par limpyChris le 22 avr. 2015 21:26, modifié 2 fois.
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar musselshell » 15 août 2011 15:38

Gilson, tu as peut-être lu le petit bouquin de Luc Moullet, la Politique des Acteurs, où il tente de montrer que certains possèdent une personnalité si étroitement liée à une thématique propre qu'ils impriment un sens, réitéré, spécifique, qui n'appartient qu'à eux...et qui en font à part entière des créateurs ...Les quatre exemples choisis sont Gary Grant, Gary Cooper, James Stewart et John Wayne.
Je vais très vite: Gary Grant et la dynamique du corps cassé, tordu, tendu, désarticulé...une graphie de la réactivité et de l'étonnement, proche du dessin animé...Cooper le hiératisme héroïque, le sourcil savamment relevé vers lequel tout tend...James Stewart les mains, le jeu des mains, le bredouillement, l'acharnement anti héroïque de l'Americain moyen...
Et John Wayne. John Wayne ou la décrépitude.
Il s'agit bien de corps.
D'un corps massif, blessé, héroïque dans le poids, la douleur...héroïque non pas malgré mais par le vieillissement.
Car le Duke vieillit vite, s'en fera une spécialité. Ca commence avec Red River pour s'enchaîner avec She Wore a Yellow Ribbon.
L'héroisme n'est plus tant émanation de masculinité triomphante qu'endurance, dureté à la peine...le tout avec bedaine assumée. On aurait pas imaginé un Grant ou un Cooper grassouillet. Wayne s'autorise çà vite, tequila aidant...Il cesse vite de séduire, laissant çà au jeunot de service.
Contrepoint à une évidence majeure et incontournable: vieillir, s'alourdir, grossir, se parcheminer...puis souffrir, puis mourir. Le corps cinématographique de John Wayne (le "bassin de john Wayne", presque une cartographie géologique...qu'on imagera du grand Sud-Ouest) permet donc toutes les fictions que projettent l'angoisse du vieillissement conjuguée en force avec sa possible plénitude, sans jamais en exclure les affres.
Des trois corps mâles de the Searchers, les deux Indiens (le full blood Comanche joué par un Allemand et le huitième Cherokee de Jeffrey Hunter) se montrent, musculeux, souples, bronzés...celui de Wayne s'expose, blanc, plus flasque, affaissé...comme le visage dans les scènes que tu évoques Gilson...et il s'expose telle qu'il est à un moment d'abandon, de quasi renoncement. La beauté est ici celle de Ford tout autant que celle de l'acteur ...
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
Ah...c'est la limite haute...
Je renonce quand même. Je sais pas quoi dire, de toutes façons.

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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar gilson » 15 août 2011 15:51

Il y a des gens capables de faire rire en lisant le bottin. J’imagine que c’est ton cas, Limpy, mais : pas de son pour cela, sur le forum. Là, avec ton passé simple signé Zorro, un subjonctif imparfait décortiqué et encore choqué d’avoir été ainsi ass(!)imilé, une lettre de mademoiselle Anabelle, j’en passe, et ton message bourré de choses vivantes, intéressantes, suggestives, je me dis simplement que la vie n’est pas si mal fichue et qu’elle vaut parfois la peine.
Modifié en dernier par gilson le 15 août 2011 16:09, modifié 1 fois.
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar gilson » 15 août 2011 16:01

Tu m’avais déjà donné envie de lire ce bouquin, Mussel. Là, il devient encore plus urgent : je sens que j’ai rendez-vous avec lui. Mais, non : pas encore lu. Très joli commentaire de ta part. Comme je lis très lentement (et plutôt mal, d’ailleurs) et que j’ai lu peu de bouquins sur le cinéma, ce doit être énervant : je dis des choses qui ont souvent déjà été dites. Je demande de l’indulgence.
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar musselshell » 15 août 2011 16:06

Limpychris a écrit

Bienvenue dans le XXième Siècle, Peuple de Manuelito.
Coyote, cette fois sous les traits d’un vieil Irlandais matois qui n’avait qu’un œil, avait encore joué un tour aux Navajos. ‘Natani Nez’ avait introduit la peau de grenouille verte dans Tsé Bii'Ndzisgaii.°
Le cheval était en Troie.
L’âme du Dinéh était pervertie.


cool
Superbe :wink: . Ca vaut génuflexion.
On voit vraiment que tu ne la perds pas de vue, celle que tu as vue le premier...
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
Ah...c'est la limite haute...
Je renonce quand même. Je sais pas quoi dire, de toutes façons.

Jean-Louis
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar Jean-Louis » 15 août 2011 16:20

gilson a écrit :Il y a des gens capables de faire rire en lisant le bottin. J’imagine que c’est ton cas, Limpy,

et ton message bourré de choses vivantes, intéressantes, suggestives, je me dis simplement que la vie n’est pas si mal fichue et qu’elle vaut parfois la peine.



Moi Limpy ne me fait pas rire.
Il me touche, quelle humanité se dégage de ses interventions, tiens comme des personnages de John Ford.
Pour notre grande chance lui est de chair.

Mon livre de chevet ( pas de "Je vais", celui là je le lis, ) en ce moment est Les enfants de la terre de Jean M. Auel, en réalité après un break de 8 ans je l'ai repris au 6e tome : Les refuges de pierre.
On y retrouve des croyances et superstitions similaires à celles que tu nous rapportes à propos des Navajos.

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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar gilson » 15 août 2011 17:18

Les grands livres sont des livres comiques, Jean Louis. C’est parce que les gens ne le savent généralement pas qu’ils ne lisent pas ou qu’ils lisent peu. Et on le sent ou pas, cet aspect comique. Que Limpy dise très drôlement de très belles choses, et qu’il dise aussi des choses très drôles sans prétendre qu’elles ont belles (son personnage d'Anabelle n'est pas D'ABORD esthétique!), voilà qui me semble aller tout naturellement ensemble.

Maintenant, c’est la première fois qu’on me dit que je ferais mieux de lire plutôt que de dire que je vais lire. C’est très aimable, mais tu ne sais pas ce que j’ai lu. Et je te fais observer que ce livre que je n’ai pas lu, j’en avais deviné l’essentiel, en ce qui concerne ce dont je parlais. Je préfère m’arrêter là. C’est bête et pénible, alors qu’on cherche à être courtois.
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar musselshell » 15 août 2011 17:40

Gilson a écrit

Maintenant, c’est la première fois qu’on me dit que je ferais mieux de lire plutôt que de dire que je vais lire. C’est très aimable, mais tu ne sais pas ce que j’ai lu. Et je te fais observer que ce livre que je n’ai pas lu, j’en avais deviné l’essentiel, en ce qui concerne ce dont je parlais. Je préfère m’arrêter là. C’est bête et pénible, alors qu’on cherche à être courtois


Il y a une bizarreté là...Jean -Louis ne dit rien de la sorte...et comme tu ne me parais pas du genre à lire ce qui n'est pas écrit...ben, oui, çà doit être çà...un malentendu.
:sm32:
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
Ah...c'est la limite haute...
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar Jean-Louis » 15 août 2011 18:13

Gilson, franchement je ne comprends pas ta réaction.

Quand je parle de livre de "je vais", je fais référence à un post que j'avais ouvert il y a un an ou deux :
Mes livres de je vais, dans lequel j'évoquais les livres que j'avais achetés et que je lirai (peut-être) un jour.

Un mauvais jeu de mots dont j'ai le secret (Vin dixit).

Cette rubrique Les westerns autour du feu est un modèle de coutoisie, je le crois, n'est-ce pas ?

:sm43:

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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar gilson » 15 août 2011 18:47

Jean-Louis a écrit :
Moi Limpy ne me fait pas rire.

Mon livre de chevet ( pas de "Je vais", celui là je le lis, ) en ce moment .


Si j'ajoute, Mussel, ce qui m'est apparu comme une leçon de lecture ("moi, cela ne me fait pas rire"; il y a ce qu'on appelle du non-dit fait pour être entendu, non?) avec la parenthèse contenant la négation et l'opposition ("pas de "je vais", celui-là" etc; que vient-elle faire ici, sinon allusion à ce que je te répondais, à ta mention du livre que je n'avais pas lu, surtout que Jean Louis me citait, non?), j'ai un petit total qui m'a amené à réagir. Si j'ai mal interprété, Jean Louis, excuse-moi. Pour moi, c'était excessivement clair. Ou bien c'est seulement le résultat de la rencontre non pas d'un parapluie, etc, mais d'une sensibilité particulière aux mots (la mienne) et d'une humeur (la tienne) qui s'encombre moins d'entortillements. Dis-moi, Jean Louis, si j'ai fait ma crise de parano ou pas: auquel cas, de nouveau, je suis désolé.
"Words have too many shadows." (Little Dog, dans "La Plume Blanche"). Et j'ajoute: "Na!"

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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar gilson » 15 août 2011 18:49

Viens de lire ton message, Jean Louis. My parano, donc. Il y a un an, je tétais encore ma mère, presque. Encore confus. Merci de ton message. :beer1:
"Words have too many shadows." (Little Dog, dans "La Plume Blanche"). Et j'ajoute: "Na!"

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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar musselshell » 15 août 2011 19:06

Ben voilà l'explication...Jean-Louis ne faisait absolument pas référence au bouquin de Luc Moullet, tout occupé à placer ce dont il a le secret...
Le post sur Moullet...ben si çà se trouve, il l'a pô lu... :sm32:
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar musselshell » 15 août 2011 20:09

Je songais hier à divaguer autour de Ford et Ives (gilson est le coupable), mais ma paresse conjuguée à votre maestria ont bloqué le truc...il faut dire que le mélange improvisé , le divin hasard réunissant un Limpychris et un Gilson, çà vous les pose là, un peu de côté, vos vélléités glosatrices...
Bon, pour faire vite...
Dans les deux cas, des professionnels non professionnels.
Un musicien assureur.
Un cinéaste qui ne veut pas s'entendre dire qu'il est un artiste.
Un compositeur révolutionnaire inspiré essentiellement par les hymnes, les fanfares populaires de Nouvelle Angleterre, papa dirigeant l'une d'elle pour l'armée des Etats Unis d'Amérique. Fanfares qui jouent en même temps, qui se croisent...gros bordel le 4 Juillet. Un musicien collectant les chants populaires yankees sans prétention intellectuelle aucune, sinon amour de tout çà, dont il sent qu'il pourra se servir sans le desservir...un Bartok ricain (pour faire très vite, pardon...)
Un cinéaste qui se présente comme "réalisateur de westerns", donc pas comme un crrréaateur...baignant dans l'imagerie, des napperons de maman au bateau de papa...
De ces deux lustucrus et de ce qui les meut (les émeut) vont naître une nouvelle exemplarisation du fait que l'universel s'atteint miraculeusement quand on sait exalter ce qu'on devine du particulier...en l'occurence même du cliché.
Sur le plan formel, c'est également stupéfiant ce qui lie ces deux gars...
Chacun à leur façon...
Regardez Steamboat 'round the Bend, the Last Hurrah et écoutez a Holiday's Symphony
Ou the Searchers...callez vous sur les bons plans...puis The Unanswered Question...
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar gilson » 15 août 2011 21:16

Embêté, très embêté, maintenant. Surtout que j’ai gâché l’effet de ce chef-d’œuvre de Limpy (il va falloir que je lise ses œuvres complètes sur le forum. Ton message sur « the Unforgiven », d’il y a longtemps, par exemple, était parfaitement propre et rigoureux, Limpy, alors que tu joues sans arrêt les modestes et les naïfs. Quelle coquetterie ! Quelle élégance, je veux dire ! Je suis sûr que je trouverai d’autres choses, plein, qui valent génuflexion, comme dit très bien Mussel. Pas de réponse attendue, comeujdi. Qu’on m’excuse d’avoir lourdement égratigné ta modestie).

Pas grand-chose pour essayer de recadrer : juste un petit détail sur quoi j’aimerais revenir, et qui peut peut-être servir plus généralement. J’avais essayé de causer de la distinction entre éléments rationnels et éléments esthétiques, en prenant des exemples plus ou moins bien choisis (lumière qu’on éteint dans la pièce, avant l’attaque indienne, etc). Mussel disait qu’ils étaient nombreux, ce qui me va parfaitement. Si cette distinction n’est pas fausse (c’est peut-être d’ailleurs une autre porte ouverte que j’ai enfoncée, peut-être même un trou noir), elle devrait fonctionner comme un mémento : si un élément n’est pas rationnel, il n’est pas très pertinent de le retenir à charge, le problème se situant ailleurs. Même si c’est tentant : « Eh, vous avez vu, là, ça ne tient pas debout ! ». On se fait une réputation de critique à peu de frais. De toute façon, plus c’est invraisemblable, plus ça devrait être cru, cela avait été rappelé dans les conversations. On a ainsi un autre niveau d’exigence, mais qui n’est pas vraiment un critère d’appréciation, il me semble : une œuvre qui serait à la fois irréprochable sur le plan de la vraisemblance, de la rationalité, et grande sur le plan « esthétique ». Mais dans « La Prisonnière », FORD s’en fiche complètement. Et les connaisseurs (donc pas moi, qui n’avais pas remarqué cela) peuvent se dire immédiatement, dès la première image, presque, où on voit MV, avec comme légende « Texas 1860 » et quelque, que ce n’est vraiment pas le problème. Se dessine presque la notion d’"invraisemblance tolérable", à propos d’un film, peut-être quel qu’il soit. Notez d’ailleurs qu’avec les fameux films d’Ed WOOD, on a un extrême qui, malgré cela, tient quand même debout !! De façon on jugera grotesque, au 68ème degré, d’accord, mais quand même. Bizarre, tout ça.

PS:lu ton message Mussel. Encore superlatif (c'est presque décourageant). Sur BARTOK, tu as dû remarquer: il y a eu une période, dans les musiques de films, 60/70, où on s'en inspirait copieusement, et cela donnait des horreurs bruyantes (musique de "La Planète des Singes", par ex). Si le film prochain qui est retenu est un spaghetti, il ne sera peut-être pas inutile de s'en souvenir, même si, a priori, la musique de MORRICONE* est très différente. Ce que je veux dire, c'est que dans les films des années antérieures, on avait plutôt des choses inspirées des pièces orchestrales pré-sérielles du chef de l'école de Vienne exilé en Amérique (tu notes toutes mes prudentes périphrases anti HS! Eh: je suis passé chef sioux, et "n'en suis pas peu fier" -les chefs sioux adorent les clichés: pas de frontière-). Les modes musicales se succèdent, dans la musique de film.
*si c'est bien lui qui a fait la musique. Pas vérifié.
Modifié en dernier par gilson le 15 août 2011 22:46, modifié 1 fois.
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