La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

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Cole Armin
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La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar Cole Armin » 01 juil. 2011 7:38

Attention, les SPOILER sont autorisés, donc ne lisez pas ce topic avant d'avoir vu le film.
Pour ceux qui n'auraient pas vu le film, merci de vous référer à ce topic : http://www.westernmovies.fr/forum/viewtopic.php?t=275

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musselshell
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar musselshell » 01 juil. 2011 7:51

En guise de prologue, un hors-sujet… :wink:
Douglas Gordon est un artiste écossais qui travaille essentiellement à partir de l’image vidéo, de l’épistémologie du cinéma, du lien socio-psycho-esthético-politico-tout ce que vous voudrez entre le mot et l’image… il y en a des dizaines comme çà depuis les années 80/90.
Vous pouvez trouver pas mal de trucs sur le net en ce qui le concerne…

Né en 1966, il est beaucoup allé au cinéma, a pas mal regardé la télé.
Beaucoup de westerns.

Comme de nombreux gamins, beaucoup de « John Wayne movies »…
Mais celui-ci posait problème. Car il faut bien que çà remue et que çà galope. Pas un John Wayne comme les autres… Il comprendrait « quand il serait plus grand ».
Et le film ne devait pas le quitter…bien que (parce que ? c’est toute la question), plus tard, il ne le comprendrait pas davantage…pas faute de l’avoir vu et revu.

En 1996, il décide de travailler sur the Searchers.

La quête d’Ethan et Martin dure cinq ans (sept …disent certains). Le film, pour tenter de se faire comprendre, devrait durer cinq ans.
Dilution du temps narratif dans le temps réel, du raconté dans ce qu’il raconte… C’est « the 5-year Drive-in ». Le film est projeté sur un écran géant installé dans le désert à une dizaine de kilomètres de 29 Springs, au nord de Josuah Tree…

Bon… l’expo durera en fait 7 semaines… 20 minutes par image fixe… Vous faites le calcul en multipliant par 24…Si le film était intégralement projeté, l’idée de départ serait totalement respectée.
L’extrait choisi : de la minute précédent l’entrée d’Ethan et Martin dans la tente de Scar aux extérieurs après leur sortie (« You speak good Comanche, someone teach you ? »)…
Symptomatique , qu’on trouve çà intéressant ou non…une icône géante…impalpable mais aussi minérale et sans réponses que l’horizon alentour.

La question : pourquoi aime ton un film, pourquoi, parfois, est-on « obsédé » par un film, ce qui n’est pas la même chose ?
Quel film unit autant le clair (grandiose clarté) et l’obscur (qu’est-ce qui meut les personnages… qui est… que veut… qu’est-ce qui hante Ethan Edwards ? que cherche à nous dire John Ford ? du noir au noir en l’occurrence…une immense clarté entre les deux…) ?
Ou encore le classicisme et l’ambivalence à ce point ?
Car la Prisonnière du Désert n’est que questions. Les visions multiples n’arrangent rien…questions, toujours…découvertes aussi…vers d’autres questions.
Dans the Man who Shot Liberty Valance…le spectateur sait, en dépit de cette foutue épistémologie commune aux deux films, car dans ce dernier chef d’œuvre, il explique... Dans the Searchers…mystère.

Ou foultitude de conjectures, ce qui est pareil…ou pire…ou mieux …

Douglas Gordon a au moins saisi çà pour le ralentir, ce mystère, sous le fallacieux prétexte (çà ne servira à rien) de le mieux cerner, en le conjuguant formellement à la lumière changeante du temps dans le désert (image noyée le jour, présence monumentale la nuit, apparitions/disparitions lentes, faux statisme…)

Le mystère est tel que les interprétations les plus divergentes sont toujours possibles,à chaque vision, et à chaque fois étayées par la substance filmique elle-même… « A psychological epic » disait Ford… Le film est bien loin du roman de Le May, lui-même inspiré des mémoires de Cynthia Parker (spécialiste involontaire des Comanches), bien ailleurs…car c’est d’un homme dont il est question …monolithique mais contradictoire, brut de décoffrage mais hanté.

D’un homme et d’une société, celle du Texas blanc des années 1868…Tout çà mêlé, inextricablement…et avec les purs moyens du cinéma (les plans ne sont pas vainement beaux : ils « disent »…on y reviendra, l’été est long… en apparence).

Mais le centre est bien Ethan Edwards.

Ce qui le fait errer, dans tous les sens du terme, contrepoint dans l’image et le souvenir de l’image de cette chanson des Sons of the Pioneers (quelle ironie chez Ford, la country standard aimée…pour servir une telle vision inquiète du monde), dont chaque couplet est une question …
Sa haine… exercée à l’égard de qui ? des Indiens ? de lui-même ? du désir en lui ? de la frustration ? du remords ? Ethan réceptacle d’autre chose , qui le dépasse et l’englobe ?… s’effondre t’elle quand il soulève Debbie, aveuglée par la peur et le soleil, avant la toute fin qui pour lui, et pour nous, n’en est pas une? (la scène fétiche de Scorcese, un des plus beaux plans de l’histoire du cinéma, comme on dit…avant la toute fin et la porte qui se clôt comme elle s’est ouverte, autre « plus beau plan »).

Croyait-il vraiment qu’il allait la tuer ?

Que voit-il, qui voit-il derrière Debbie ? La nièce à qui il a donné autrefois une médaille « qui ne vaut rien » ?
La fille qu’il aurait dû avoir (à la place de son frère) ?
Le miroir vivant de son échec ?
Le temps, autre dévorant protagoniste, grandiose et absurde, via les buttes recommencées de Monument Valley ?

Cette haine, cette défiance arrogante…pathologie individuelle? sociale ?…car tous sont atteints : Martin (seul personnage positif, au croisement des races) s’oppose même à Laurie, sa promise, qui attend…attend…quand ils évoquent le sort de Debbie (L :« You know what Ethan will do if he has a chance – he’ll put a bullet in her brain. And I tell you Martha would want it. » M:« Only if I’m dead. »…Clayton est prêt à charger le camp de Scar sans penser un instant à Debbie, ce qui convient parfaitement à Ethan…)

Questions…en tous sens, sans réponses… mais jamais gratuites…peintures interrogatives de la complexité, tant collective qu’individuelle…et quelles peintures…

On n’est pas sortis de l’auberge pour disséquer çà… :sm32:
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
Ah...c'est la limite haute...
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar Juh » 01 juil. 2011 11:02

Plein de questions mais ce n'est pas qu'il n'y a pas de réponses, c'est qu'il y en a plusieurs possibles. Rester sur des interrogations, c'est mieux que d'oublier le film aussitôt comme c'est le cas la plupart du temps. C'est même le signe d'une qualité exceptionnelle : tout le monde doute, personne ne sait vraiment, que ce soit le spectateur ou les personnages eux-mêmes...un reflet de la vie, sans doute, que l'on passe avec le vain espoir d'y piger quelque chose...Pour "Liberty Valance", je ne dirais pas que c'est dépourvu de questions. Par exemple, le personnage de Vera Miles est-il amoureux de Tom Doniphon ? Le début et la toute fin semble l'indiquer clairement alors que le reste l'infirme plutôt. Pourquoi ? Est-ce un amour "restrospectif" , une prise de conscience tardive ? Aime-t-elle toujours Ransom à la fin du film ? Bref, vivent les questions, dans la mesure où le film est assez intelligent pour suggérer des réponses.

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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar musselshell » 01 juil. 2011 16:24

Tu as raison ici d'évoquer l'amour d'Hallie pour Tom ...pour Ranse et Tom en fait. Ranse est celui dont elle tombe amoureuse à un certain moment de sa vie, la jeunesse assoiffée de nouveau...Tom sera bien plus tard celui qu'elle magnifie , aidée en cela par l'embellissement du souvenir d'une jeunesse perdue, comme l'Ouest lui même s'est transformé...s'il a jamais été autre, puisque lui aussi transmué par la nostalgie...
Rapport au temps, qui décolore, repeint, efface...omni-présent, protagoniste majeur dans les deux films...(et dans tout Ford...un Hawks s'en fiche).
Mais s'il ouvre tout, Pappy plante plus de poteaux indicateurs dans TMWSLV que dans the Searchers, où l'ambivalence est partout... jouant même sur les symboliques lourdes, dont les sens se contredisent autant qu'ils se complètent ...la grotte par exemple, refuge pour Ethan et Martin, attaqués...puis refuge inutile pour Debbie, puisqu'elle en réchappera, Ethan l'agresseur cette fois-ci, ayant, en ce même endroit où il la répudiait (le testament en faveur de Martin)... décidé de la "ramener à la maison"...
Plein d'autres exemples, dans des scènes (tellement peu de choses pour signifier ce qu'il y eut entre Ethan et Martha...), dans toute la trame des motivations qui s'en suivent ... dans les origines aussi...les identités même, la filiation...Cette phrase de Clayton à Ethan: "You fit a lot of descriptions"...On pourrait l'appliquer à tout le film.
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar EthanEdwards » 02 juil. 2011 11:47

Je suppose que vu mon pseudo je me dois de participer à cette discussion ! :lol: :lol: :lol:
Je vais essayer de préparer quelques arguments, ce n'est pas mon exercice préféré surtout face aux grands spécialistes du forum, mais c'est mon western de référence, alors je vais faire un effort. :D
Image
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar Pike BISHOP » 02 juil. 2011 12:15

Oui, FORD a l'art de l'ambivalence, de la Bi-valence...capable de mettre dans un personnage une chose et son contraire
de magnifier une scène, tout en ayant un propos dénonciateur...Beauté des scènes du 7° de cavalerie sous la neige
et en fait expédition de massacre et de déportation des Comanches et des Kiowas..
Plaçant en ses personnages le meilleur et le pire, il humanise à mort..Les rends vivants et attachants, là où il ne devrait,
il ne pourrait y avoir que dénonciation et traits au vitriol...
Il faut rappeler que le roman de LE MAY est d'une âpreté incroyable...Les Comanches sont sauvages, les "settlers" le sont
encore plus, et pétris de leur religion fanatique et de leurs préjugés raciaux et de soi-disant castes sociales..
FORD qui n'est pas HUSTON (Et encore, LE VENT DE LA PLAINE, aussi a été édulcoré) adoucit une partie de cette rugosité
impose un superbe "Happy End" là où il n'y a qu'amertume, et ne peut se résoudre à faire de WAYNE , la bête raciste
et tueuse, le névrosé psychopathe du roman..
If they move, kill'em !!

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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar Juh » 02 juil. 2011 14:40

Question ambivalences, John Ford s'y connaissait : James Stewart disait que tout ce qu'on pouvait dire du cinéaste était vrai, mais que le contraire l'était aussi. On a envie de dire que c'est la nature humaine tout simplement qui aime les ambiguïtés et les contradictions. Cela dit, l'oeuvre de Ford n'en est pas réaliste pour autant. Son univers reste idéalisé et trop attirant pour être vrai...

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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar musselshell » 02 juil. 2011 18:07

Juh a écrit :Question ambivalences, John Ford s'y connaissait : James Stewart disait que tout ce qu'on pouvait dire du cinéaste était vrai, mais que le contraire l'était aussi. On a envie de dire que c'est la nature humaine tout simplement qui aime les ambiguïtés et les contradictions. Cela dit, l'oeuvre de Ford n'en est pas réaliste pour autant. Son univers reste idéalisé et trop attirant pour être vrai...


Pas réaliste oui...dans la mesure où il construit un univers qui lui est propre (pas exempt de tics, de répétitions, de situations récurrentes qui font que, oui, çà a vieilli...), qu'il reste prisonnier d'une certaine vision éthique et idéologique de l'Amérique...
Mais c'est bien ce qui ronge ses propres croyances de l'intérieur qui fait que l'oeuvre perdure...mieux: qu'on la redécouvrira toujours après lassitude ou indifférence...Dans certains films surtout, ceux où ses contradictions personnelles s'illustrent le plus, au point où il travaille sûrement consciemment dessus: en un mot (pour les westerns) plus My Darling Clementine (immense dans sa façon de ne pas l'être obstensiblement), the Searchers et TMWSLV que Cheyenne Autumn (où on ne sent le cinéaste que dans ses tics, même si çà peut paraître sévère...).
Univers idéalisé oui...mais ce qui gangrène l'idéal est toujours là derrière, comme une amertume sans fond...qui se creuse avec le temps...Déjà là dans My Darling Clementine, couplée avec un clacissisme époustouflant...qui paradoxalement n'appartient ici qu'à lui...Définitivement à part...
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar Juh » 02 juil. 2011 20:29

Dans la "prisonnière", tout est blufflant, chaque personnage, chaque plan...Et le style ! La façon de raconter ! Demandez à n'importe quel réalisateur, avec la même histoire, de faire comprendre que Martha est amoureuse du frère de son mari. Il faudra s'attendre à tout , mais quel résultat aura la classe de la version Ford ? Et cette idée de Ward Bond au premier plan , découvrant le petit secret en même temps que nous et sans rien manifester...Quand je pense qu'il arrive à certains abrutis ( pas sur ce site, bien sûr) de minimiser l'importance de Ford comme cinéaste...

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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar limpyChris » 04 juil. 2011 13:31

Dans "The Quotable Wayne" : Le'Duke aimait la poésie de Walt Whitman, et l'un de ses passages préférés était : "I contradict myself ? Very well ... I can contradict myself. I am large ; I contain multitudes."
Je suis un vieux Peau-Rouge solitaire qui ne marchera jamais en file indienne.

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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar musselshell » 04 juil. 2011 18:59

limpyChris a écrit :Dans "The Quotable Wayne" : Le'Duke aimait la poésie de Walt Whitman, et l'un de ses passages préférés était : "I contradict myself ? Very well ... I can contradict myself. I am large ; I contain multitudes."


Oui, il parait que Wayne était plus lettré qu'on ne le croit...
En même temps, il parait qu'il cherchait un paquet de justifications (dont des littéraires) à son penchant pour la bibine...
Point commun avec Papy (la bibine, surtout...).
Sans rire et au final...tous ces gars ont des choses en commun avec Hemingway ou Faulkner. Au delà de la bibine... cool
Chez Ford, c'était la pose machiste obligatoire...surtout ne pas paraître un intellectuel qui aurait pu lasser et faire ricaner le vrai wasp conquérant...alors que le fond du gugusse, catholique Irlandais facilement nostalgique, dont les mensonges s'élèvent carrément à la hauteur de mythologies celtes réinventées... c'était pas çà du tout. On fait plus que le sentir dans ses plus grands films...
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar limpyChris » 06 juil. 2011 21:12

Hihi, je l' savais qu'i d'vait être en embuscade pas loin ...
Cette citation choisie aussi parce qu'elle a un lien avec ce que vous disiez sur le film et le personnage d'Ethan.
Encore des impressions sur le film en général, ou est-ce que vous pensez en parler par séquences, thèmes, et est-ce qu'on peut poser des questions sur un point ou un autre ... ? Est-ce trop tôt … On attend encore un peu, le mois prochain, pour décortiquer et y aller chacun de nos interprétations sur tel ou tel point … ?
Sans rapport avec ce que je viens de taper ci-dessus ... Je ne me lasse jamais de voir et revoir "The Searchers". Pour Ethan/Wayne, Martin Pawley/Hunter, le Révérend Samuel Clayton et sa voix de Pierre Morin (nostalgie de l'enfance, où les films ne passaient pas en VO), Moses/Moïse et sa quête d'un rocking-chair, Lars Jorgensen/John Qualen (‘Next time, I raise pigs, by Golly ! you never hear anyone running off with pigs, I bet you !’, ‘She vas a school-teacher, you know !’ ; two letters in one year ! By Golly !’ … et chaussant ses lunettes pour lire La lettre par-dessus l’épaule de l’un ou l’autre et bien sûr : ‘Ah, Ethan, that country …’), les visages burinés et récurrents de western de Ford en western de Ford -et autres- des Bradley, Many Mules et autres, la musique de Steiner, qui s’auto-cite (thèmes repris de « They Died With Their Boots On », « Jim Thorpe - All American » , et « Silver River ») pour ici magnifier sa musique, et lui donner un côté envoûtant, comme les flûtes kiowas de « The Unforgiven », les scènes dans la neige citées par Pike, les couleurs pétantes du Technicolor, les changements de costumes des plus variés etc. … Et, last but not least, enfin, mais non des moindres … nous le savons tous, le carton d’ouverture indiquant ‘TEXAS 1868’ s’efface, la porte s’ouvre … sur Monument Valley … à part deux-trois scènes en studio, la séquence ‘chasse aux bisons au Canada’, ces cinq-sept années de traque tournent dans M.V. Et je ne sais pas si ce film aurait eu le même côté envoûtant s’il avait réellement été tourné au Texas …
Mais je ne veux pas précipiter les choses …
(et c'est là que les 2 cents de certains vont me/nous ? manquer ...)
Je suis un vieux Peau-Rouge solitaire qui ne marchera jamais en file indienne.

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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar limpyChris » 06 juil. 2011 21:50

Et :oops: j'ai oublié de citer la scène à la fin du film, dans laquelle Ethan soulève Debbie, écho à celle du début du film, avec la célèbre phrase ...
Je suis un vieux Peau-Rouge solitaire qui ne marchera jamais en file indienne.

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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar Pike BISHOP » 08 juil. 2011 16:52

On a dit souvent que FORD avait ses films déjà construits dans sa tête...Qu'il ne filmait que 2 ou 3 prises au grand maximum
et était pratiquement le seul à pouvoir/savoir les monter..Qu'une autre alternative venue des studios était impossible...
Dans cette rigueur...Il se permet d'improviser souvent des scènes gags..De jeter quelques pages de scénario au vent si on vient lui dire
qu'il a du retard...Economiser toute une bataille et son budget et rattraper son retard aussi en faisant monologuer FONDA, blessé,
dans "DRUMS ALONG THE MOHAWK"...

La rigueur de son ouverture et fermeture de "THE SEARCHERS" est certainement de lui..Tellement visuelle..Ce noir profond..Cette
porte qui s'ouvre sur le désert, la silhouette de MARTHA en ombre chinoise qui tout doucement s'éclaire en rentrant dans l'histoire
qui tremble d'émotion à la silhouette qu'elle a déjà reconnue...Je ne suis pas sûr que FORD n'aie pas déjà usé du procédé..
"STRAIGHT SHHOOTING" il me semble (?)..Ensuite ce sont les silhouettes habituelles, les robes se soulevant dans le vent, la
communauté (la famille) venant s'encadrer sous la véranda..devant la maison ( HOW GREEN WAS MY VALLEY, FORT APACHE, SHE WORE..
QUIET MAN..Ect..)

De l'importance d'une capote militaire.... Ce parti pris initial a toutes les chances d'être du à FORD...Trop parfait ce cadre avec centré
le point cavalier qui se précise..Seul moment où ETHAN apparaît comme un soldat...Tenue assez disparate d'ailleurs...
Un pantalon de cavalerie qui pourrait être Nordiste, une capote sudiste d'artillerie (doublure et galon rouge) reprisée d'un morceau
de manche bleue marine...Presque un lambeau..Que la belle soeur aimante va traiter comme un manteau de luxe...
Tout est dit, compris, tu, et à la fois toléré et puni par le révérend CLAYTON...Merveille de mise en scène...Buvant son café face à la
caméra, il surprend le geste , la caresse de MARTHA sur la capote quelle va porter à ETHAN...La caresse interdite qu'elle reporte sur
un objet signifiant...Sans se détourner il enregistre les adieux non dits dans son dos..Puis avec il emporte ce secret non sans montrer sa désapprobation
en bousculant MARTHA au passage en sortant..Merveille de rudesse bourrue et de tendresse pudique...
Le vêtement n'ira pas dans la tombe de MARTHA, mais servira de linceul à l'ainée de ses filles....

Trois guerres perdues.... La mesure de la névrose d'ETHAN....On ne peut que deviner ou supputer le pourquoi de son départ...Le pourquoi
du choix de MARTHA...A-t'elle épousé l'ainé, aimé ensuite le cadet ? ETHAN a-t'il choisi la guerre pour fuir la situation cornelienne..
AARON est-il depuis toujours âpre et attaché au matériel (scène des dollars or qu'il s'empresse de mettre en cachette) pour n'avoir quitté
ni épouse, ni ferme, pour aller combattre...Toujours est-il qu'ETHAN a choisi le mauvais camp..celui des perdants...Perdant en amour,
puis perdant une première guerre, refusant la reddition, puis allant se louer au Mexique, encore dans le mauvais camp...MAXIMILIEN
certainement, les dollars tout neufs en or (les Juaristes ne l'auraient sans doute jamais payé), la médaille militaire, certainement
Autrichienne, qu'il offre à DEBBY...Aucune valeur pour lui, récompense des services dans un camp vaincu...

ETHAN a tout perdu, et l'extermination de sa famille, dernier refuge, ou départ d'une seconde chance, vient anéantir sa vie, et sa raison
de vivre...Il n'a plus qu'une motivation qui ne peut être celle des autres, qu'il renvoie dès que leur repli (retraite est évoqué) retrouver
la nièce enlevée..Mais surtout exterminer les responsables de la mort de MARTHA...Et à partir du moment où DEBBIE devient pubère
et manifestement femme de Comanche (de son alter ego en plus, le chef SCAR) la tuer elle aussi...La fin idéale n'efface pas le regard
terrible de WAYNE dans le poste enneigé face aux captives blanches ayant perdu esprit et toute éducation blanche...

Dans des documentaires, sur la bande annonce, on voit d'autres plans de WAYNE solitaire, chevauchant dans l'immensité, puis sur des crêtes
sa capote militaire soulevée par le vent...Manifestement, l'idée de la porte qui s'ouvre n'était pas la première...
Cette idée entraine celle de la fin... Bien trop belle, de la fiancée qui a attendu MARTIN et du couple qui se reforme, des pionniers texans
qui accueillent avec chaleur l'enfant raptée et vont la réintégrer dans une société tolérante...Seul bémol..L'homme névrosé, reste un
perdant, un exclu..Lui , ne rentre pas dans le cocon sombre..Il reste dans le vent à l'extérieur, comme l'errant qu'il a toujours été,
tâche accomplie ou pas...
Cette fin superbe et artificielle a-t-elle dictée le début, ou en est-elle la conséquence ? Certainement de FORD plus que d'un scénariste...
Tellement elle recrée un univers familial rêvé et magnifié par le cinéaste...Changeant du tout au tout la fin terrible et désabusée du roman...
A partir de la descente de DEBBIE vers la grotte refuge, tout vient s'éclairer d'une rédemption et d'un Happy end..que seule l'exclusion
d'ETHAN dans la cour du ranch tempère...
Dans le roman ETHAN fait tout pour tuer DEBBIE, va jusqu'à vouloir tuer MARTIN qui essaye de l'en empêcher..au moment ou MARTIN se résout
à tuer ETHAN, un comanche le devance....Ensuite, les rangers, soldats et colons texans qui ont laissés pas mal de morts sur le carreau
rejettent DEBBIE la squaw, et MARTIN le vagabond métis....La douce "fiancée" n'a pas hésité longtemps non plus entre un errant sans le sou
et un héritier de ranch..Elle a épousé CHARLY McCORY, et rejette MARTIN et sa squaw avec virulence...
MARTIN et DEBBIE iront chercher un autre endroit (illusoire) où ils seront inconnus et acceptés..Fin presque semblable à celle de "DANSE avec les LOUPs"
Il est sûr qu'un final aussi âpre ne pouvait convenir à un FORD et à l'Hollywood des années 50..Un HUSTON l'aurait osé, allant certainement
à l'échec...
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Juh
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Re: La Prisonnière du désert - The Searchers - 1956 - John Ford

Messagepar Juh » 08 juil. 2011 19:16

Au sujet de ce plan de l'intérieur vers l'extérieur, il est aussi utilisé quand Ethan découvre les cadavres de la famille dans le petit abri de bois. On appréciera la manière : son accablement est uniquement exprimé par un mouvement de tête et non par une expression de visage (dans l'ombre). Pudeur, sobriété ( et génie) font mieux qu'un jeu de physionomie. Et puisque vous parlez aussi de vêtements, cette même scène montre Ethan manipulant à son tour un vêtement de Martha. Ce détail justifierait-il à lui seul la quête acharnée du personnage contre le chef commanche ? Ce dernier a déshabillé Martha, comme un rival, comme lui aurait peut-être aimé faire, dans un tout autre sentiment, bien sûr...D'ailleurs, Ethan et Scar ( l'Eclair) sont rivaux aussi parce qu'ils se ressemblent à plus d'un titre : caractère de chien, vindicatifs, hors-la-loi, toujours en errance, acharnés à garder Debbie, attaquant le campement de l'autre, défendant la famille à tout prix...Dans ce film, tout est prétexte à thèse, tout semble recéler un sens : les habits, les objets, les gens, les paysages...Bon, allez, je ne vais pas encore en tirer des complaintes passéistes et ronchonnantes...



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