Les pionniers de la Western Union - Western Union - 1941 - Fritz Lang

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Cole Armin
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Les pionniers de la Western Union - Western Union - 1941 - Fritz Lang

Messagepar Cole Armin » 01 mai 2011 9:10

Attention, les SPOILER sont autorisés, donc ne lisez pas ce topic avant d'avoir vu le film.
Pour ceux qui n'auraient pas vu le film, merci de vous référez à ce topic : http://www.westernmovies.fr/forum/viewtopic.php?t=1394

Tous les documents sont à poster dans ce topic :
viewtopic.php?f=20&t=12384


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musselshell
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Re: Les pionniers de la Western Union - Western Union - 1952 - Fritz Lang

Messagepar musselshell » 05 mai 2011 9:05

Des trois westerns de Lang, Western Union est mon préféré.
On n’a pas dit grand-chose quand on a dit çà alors développons un peu…
L’épopée collective conjuguée au fatum individuel, un ton jouant avec la comédie sans y tomber, le brossage d’un monde suffisamment vivant pour que l’imagerie semble se rapprocher de la vie, une avancée narrative fluide au service et de l’aventure et du drame…
L’aventure, c’est le télégraphe dans les plaines.
Le drame est celui d’un destin auquel on ne saurait échapper, quitte à le précipiter .
Se racheter sans trahir ou trahir pour se racheter. Il y a tout çà dans Western Union.
Des les premiers plans, Lang tisse la trame. Des bisons en plan large, un cavalier, un travelling sur d’autres, et le premier qui s’élance vers le troupeau…Vance Shaw fuit . Et finira par rattraper ce qu’il fuit pour en finir.
En décidant de s’inscrire dans l’épique à la De Mille (genre Pacific Express), Lang ne renonce pas au cœur de sa thématique de prédilection… Et c’est Randolph Scott (un de ses plus beaux rôles) qui rejoint tous ceux qui devront expier, aller au bout d’un rachat prédestiné…comme le Fonda de You Only Live Once , de the Return of Frank James, plus tard le Stewart Granger de Moonfleet, ou bien avant tout çà le Liliom de Mabuse…
Quand on pense que le film a plu à des old timers pour sa fidélité à l’époque, on peut rester pantois devant le fait qu’il soit aussi un vrai film de Fritz Lang, toujours « viennois » au fond…
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
Ah...c'est la limite haute...
Je renonce quand même. Je sais pas quoi dire, de toutes façons.

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HART
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Re: Les pionniers de la Western Union - Western Union - 1952 - Fritz Lang

Messagepar HART » 22 mai 2011 14:37

Décidément , les "westerns autour du feu" ne sont plus ce qu'ils étaient.
"Western Union" , un des plus beaux westerns des années 40 : un seul commentaire ( le toujours avisé Musselshell !) , il y a quelque deux ans , "Django" : 215 messages...
J'aime bien "Django" , mais "Western Union" , c'est autre chose.
Je regrette d'avoir négligé " le tour du feu" depuis plusieurs mois , mais je n'imaginais pas que cette rubrique puisse être à ce point abandonnée par les amateurs.
D'où ce modeste essai de rattrapage .
"Western Union" , c'est un peu une leçon de western donné par un européen aux américains , leçon bien plus convaincante que les tentatives transalpines vingt ans plus tard.Les thèmes traditionnels sont tous là : conquête , vengeance , amour , amitié,rédemption,sacrifice...Mais Lang les triture , les modifie et au final, il donne un film plus atypique que classique , même si cela ne saute pas aux yeux.
C'est déjà la fin de l'Ouest qui est évoquée dans cette histoire qui raconte l'implantation du télégraphe ,l'apport du progrès et de la civilisation.L'homme de l'Est , à la fois ridicule et pragmatique , renvoie déjà au passé le "westerner " légendaire , bien que non dénué de défauts.Les indiens sont parfois des blancs déguisés,le progrès technique s'impose ( électrocution des sauvages) , et les personnages ne sont plus de purs héros : l'arrogance du pied tendre s'oppose à la culpabilité du hors-la-loi.
Loin des scénarios formatés de l'époque , ce film apporte son lot de surprises dont la moindre n'est pas l'issue de la fusillade finale : dans quel autre western américain le héros est-il abattu par le " bad guy" lequel contemple sa victime étendue ? Franchement , je n'en vois pas.
Il faut revoir " Western Union", un film magnifique.
C'est à la fois l' épopée et les grands espaces mêlés aux thèmes de l'apprentissage et de la rédemption , qui ont rarement été aussi bien traités dans un western.
Allons ingurgiter un peu de la potion du Dr Lang et rêver un instant pour nous guérir d'une actualité sordide et déprimante.
Et si cet argument n'est pas suffisant , revoyons le film pour cette séquence magique : Randy Scott , le plus grand acteur du western ( avec W.S.Hart !!!) essayant de tenir ses colts dans ses mains brûlées pour faire face aux tueurs lors de son dernier combat.J'en frissonne toujours...

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gilson
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Re: Les pionniers de la Western Union - Western Union - 1952 - Fritz Lang

Messagepar gilson » 22 mai 2011 16:27

Juste une chose à propos du nombre de participants à cette partie du forum : je mettrais bien mon grain de sel si j’avais vu le film récemment, en admettant que j’aie qq chose d’un peu intéressant à dire. Mais c’était il y a plusieurs années, alors que je ne prenais même pas qq notes, comme je le fais maintenant. Et il faut voir et revoir pour causer un peu précisément. Cela pose le problème de ce qui nous unit sur ce forum. Si on parle de films qu’on a achetés, chacun peut y aller de sa chansonnette ; les autres n’ont pas forcément acheté le film, et on peut se sentir désespérément seul (j’ai clamé dans le désert) et éprouver tout le poids de cette solitude. Il faudrait qq chose de fédérateur. J’avais pensé, bien sûr, à Canal Sat, grâce à qui j’ai vu plein de choses, moi qui suis provincial, ces dernières années. Mais tout le monde n’est pas obligé d’avoir une parabole chez soi ni de s‘abonner. Je le dis d’autant plus librement que, changeant de maison, je vais … cesser d’avoir Canal Sat un certain temps au moins ! Je vis d’ailleurs cela comme une forme d’appauvrissement culturel (je parle de ciné classic, club, TCM, notamment).

Sur le film, je me souviens de qq chose d’exceptionnellement dense, même si certaines choses (costumes ?) avaient peut-être un côté pacotille –je n’affirme rien-. Impression que LANG avait désossé le genre, ou l’avait échographié. On peut voir le verre moitié vide ou etc : lourdeur « teutonne » ou penchant à philosopher au cinéma. J’observe que le film n’a pas, dans mon souvenir au moins, l’éclat du diptyque « Tigre du Bengale » et »Tombeau Hindou ». Pas la même époque, sans doute ( ? les deux films me semblent postérieurs, non ?), mais pas du tout la même démarche quand même. Haute idée du cinéma que se faisait LANG (raison pour quoi GODARD le filme dans vous savez quoi) ? Désir de montrer à Hollywood ce qu’on pouvait faire avec des pistolets et du tagada ? Ou simple constatation que les chiens ne font pas des chats, comme dit ma concierge : quoi que fasse LANG, ce sera du LANG. Voire, d’ailleurs : le diptyque, justement, je ne l’ai jamais vu comme du LANG mais comme une évasion de LANG de son propre univers, une merveilleuse parenthèse dans laquelle les apparences ne sont pas remises en cause, où chacun se berce de sa naïveté et où l’aventure est aussi resplendissante que la Vénus du peintre italien naissant de son coquillage. Mais je m’écarte du sujet. D’accord avec musselshell pour la parenté DE MILLE/LANG. J’avais cité les deux parmi mes réalisateurs préférés, je me souviens, lors du questionnaire d'arrivée sur ce forum.

PS: je me rends compte, après coup, qu'on peut me répondre, sur le 1er point: "Et ta filmothèque?". Peu de choses à répliquer à cela, sinon que 1) on ne peut pas tout avoir, même pas tous les films qu'on a aimés, on n'est pas obligé de les posséder, et que c'est peut-être une façon de continuer à les aimer; 2) avec le cinéma à la tévé, pendant des années ma filmothèque s'emplissait en même temps qu'elle se vidait: je regardais, j'admirais parfois, je commençais à oublier. C'est ainsi.
"Words have too many shadows." (Little Dog, dans "La Plume Blanche"). Et j'ajoute: "Na!"

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ROY ROGERS
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Re: Les pionniers de la Western Union - Western Union - 1952 - Fritz Lang

Messagepar ROY ROGERS » 26 mai 2011 15:57

b jr, très très occupé et pour quqques temps encore, mais je jette tjrs un p'tit coup d'oeil. jamais vu ce western, ou peut-être il y aaaaaaaaaaaaa..... ! l'intérêt du forum s'il n'est pas tjrs actif sur certains sujets, c'est de ns rappeler qu'il ns reste encore de bon films à découvrir, dont ce film du mois. je ne connais pas bien les westerns de LANG, à pârt RANCHO Notorious, mais il est sur que je ne louperais pour rien au monde un film de ce grand cinéaste. En résumé rien à dire, mais informé grâce au forum ! :sm80:
dit "ROBERT"

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Pike BISHOP
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Re: Les pionniers de la Western Union - Western Union - 1952 - Fritz Lang

Messagepar Pike BISHOP » 29 mai 2011 11:00

Depuis 2/3 mois...Beaucoup de choses se sont accumulées...Des pas très agréables..On passe, c'est fini pour le moment ..On oublie..
d'autres relatives au boulot qui s'est accumulé sur ce trimestre et pas mal de déplacements au milieu...qui font que je n'ai guère
été actif sur W-M, sur la période, bien que j'ai réussi à assurer le minimum..La semaine TV...
Désolé donc ne n'avoir pu épauler l'ami MUSSEL...
Sur le film précédent, l'eusse pu, l'aurai-je voulu ?...Ce n'est pas que je ne l'ai jamais vu..Je me suis fait piéger à la curiosité ,à sa sortie
en salle..Voir un Beatle dans un western.. L'indigence m'a vite fait regretter mon temps et mes quelques sous de jeune travailleur fauché...
Pour ce "WESTERN UNION" de FRITZ LANG, je ne l'ai jamais vu en salle..Mais il fut ma première VHS après l'achat de mon premier
magnétoscope..Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans......
C'est dire si je l'ai vu en boucle dans sa VF avec des voix très "Comédie Française"...
deuxième western de LANG aussitôt dans la foulée du "RETURN of FRANK JAMES"... LANG s'est plus que fondu dans la narration et le
genre typique US...ZANUCK à qui on reprochait fort de confier des westerns à "L'Allemand" ..répondait qu'il y verrait des choses que
les américains avaient oubliées ou survoleraient...On pourrait regretter que LANG n'est pu être plus original...
Il le sera dans son dernier western "RANCHO NOTORIOUS" abusant peut-être de l'aspect construit et théâtral..
Il en demeure pas moins que son épopée, un poil moins pompière que les "De Milliennes", est assez réussie...N'introduisant que
très peu d'emprunts à des films précédents (Quelques stock-shots sur les bisons..Des cieux de FORD " La Piste des Mohawks")..

Ampleur de l'épopée..Exaltation de l'Américain entreprenant (l'époque voulant cela ;WW2)..Mais aussi beaucoup de comédie
et un drame personnel qui a aussitôt (d'après Lotte Eisner) séduit LANG...Le solitaire en rupture avec un passé, qui trouve
à un tournant décisif de sa vie, son idéal d'amitié, de travail et d'amour... Le fatum qui le rattrape en la personne d'un frère
ennemi resté, lui, un outlaw, ou un mercenaire sans scrupules....Rien du paradis entrevu et déjà perdu par ses mauvaises
actions de sa vie précédente, ne lui sera donné..Et le hors la loi au coeur d'or,après maintes avanies essayant de ménager
chèvre et chou..Sera obligé de se sacrifier pour la réussite du projet et la future vie heureuse de son aimée avec son rival
..Personnage amusant, mais bien moins profond et intéressant..

Si on ne sent pas une oeuvre très personnelle, il semble quand même que LANG ait veillé à une grande authenticité des
décors, costumes et ambiance des camps de travailleurs, ainsi que des costumes indiens..
Quelques mouvements de caméra et des symbolismes si cher à LANG subsistent...
Un fil coupé qui pend, suivi d'un panoramique qui découvre toute une tribu Sioux...
Une image très marquante de CHILL WILLS..Une des nombreuses figures secondaires, qui ne cesse de cracher sa chique
partout et sur tous..Après l'attaque indienne quand tout est fini..Robert YOUNG s'étonne de l'arrêt de cette pluie de bave de tabac
et la caméra cadre le cadavre de WILLS resté pendu tout en haut du poteau télégraphique..
Marquantes aussi, les brûlures aux mains de RANDOLPH SCOTT et son abnégation lors du dernier gunfight..

On peut lui préférer, les joliesses de "FRANK JAMES" ou la profondeur de "RANCHO NOTORIOUS" mais LANG n'avait pas à rougir
de son parcours westernien..Il reste parmi les meilleurs dans le genre, même s'il a brillé et brillera encore plus ailleurs.
If they move, kill'em !!

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Re: Les pionniers de la Western Union - Western Union - 1952 - Fritz Lang

Messagepar jamesbond » 31 mai 2011 11:48

Je n'ai rien a dire sur ce commentaire de ce western puisque je ne l'ai jamais vu,je ne sais même pas si ce western est sortie en DVD,DVD Blu-ray etc...mais quand on parle de Lang je rebondi,le seul western que j'ai vu de lui est l'excellent "L'ange des maudits" sinon c'est un excellent réalisateur dans la catégorie: Film Noirs. :sm80: :beer1:
This is the West ,Sir . When the legende becomes fact, print the legende( The man who shot Liberty Valance,L' homme qui tua liberty valance)

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Re: Les pionniers de la Western Union - Western Union - 1952 - Fritz Lang

Messagepar Pike BISHOP » 31 mai 2011 14:36

WESTERN UNION est sorti en france dans une collection assez rare "LES FILMS SANS FRONTIERES"
www.films-sans-frontieres.fr
Le DVD en VOST est accompagné d'un autre disque de "home-movies"
caméra assez tremblotante en 8mm couleurs des voyages de LANG dans l'Ouest américain...Déserts, Mésas, pueblos
tout un tas de repérages et visualisations des paysages de westerns qui ont certainement fait rêver l'enfant autrichien
à un far-west d'aventures...Preuve aussi que LANG s'était déjà documenté sur ses sujets...Ces films datent d'avant
ses réalisations westerns...Avec un peu plus de libertés de production, il aurait pu nous donner de très grands
westerns réalistes...
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Re: Les pionniers de la Western Union - Western Union - 1952 - Fritz Lang

Messagepar jamesbond » 31 mai 2011 17:05

Pike BISHOP a écrit :WESTERN UNION est sorti en france dans une collection assez rare "LES FILMS SANS FRONTIERES"
http://www.films-sans-frontieres.fr
Le DVD en VOST est accompagné d'un autre disque de "home-movies"
caméra assez tremblotante en 8mm couleurs des voyages de LANG dans l'Ouest américain...Déserts, Mésas, pueblos
tout un tas de repérages et visualisations des paysages de westerns qui ont certainement fait rêver l'enfant autrichien
à un far-west d'aventures...Preuve aussi que LANG s'était déjà documenté sur ses sujets...Ces films datent d'avant
ses réalisations westerns...Avec un peu plus de libertés de production, il aurait pu nous donner de très grands
westerns réalistes...


Merci pour cette information Pike ! :sm80:
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Eager Beaver
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Re: Les pionniers de la Western Union - Western Union - 1952 - Fritz Lang

Messagepar Eager Beaver » 05 juin 2011 23:46

Découverte totale de ce film.

L'arrivée du pied tendre plombe un peu le début de ce film ainsi que la mise en place de la troika romantique. Tous les poncifs du kitch semblent alors regroupés.
Puis l'aventure collective fait le lien avec l'ouverture du film. Un équilibre se construit alors entre l'aridité de l'histoire individuelle violente et tourmentée du héros et l'épique de la marche du progrès dans un monde hostile.
En conséquence, si l'opposition entre le héros de l'ouest aguerri et l'homme de l'Est caricatural a un côté nettement artificiel dans les premiers temps, l'alchimie prend assez rapidement dès que la caravane prend la route. Tant que cette opposition reste dans le registre du choc des univers et de la rivalité romantique, elle est narrativement peu utile et semble surtout meubler l'ensemble. Par la suite, elle devient un moteur de l'histoire, générant rebondissements dramatiques et psychologiques. Le duo fonctionne alors admirablement.

Scott tient en effet là un de ses plus beaux personnages. L'élégance amidonnée de Scott, au début, contribue à l'artificialité viennoise du film, puis le personnage gagne en subtilité au gré du resserrement de l'intrigue. Il en devient même poignant à compter de la scène des liens et ce jusqu'à la fin.
Un chipotage tout de même, pourquoi ravive-t-il les flammes alors qu'il lui suffit de prendre une grosse braise?
En tout cas, le résultat est là. Scott est magnifique et grandiose dans le chemin de sa destinée.
On pourra toujours opposer que Lang manie à merveille l'effet Koulekov sur le visage impassible de son acteur principal, mais le résultat est incontestable. Scott nous fait vivre une montée de son drame intérieur avec une force narrative admirable.

Il convient également de noter la part belle consacrée au comique tout au long de ce drame. Cette part d'ailleurs devient très conséquente au fur et à mesure que l'intensité dramatique s'accroit. Au début, l'humour est porté par le pied tendre, ce qui nuit à cette partie. Par la suite, elle devient l'apanage du cuistot, véritable Rowan Atkinson de l'époque. Et étonnamment, les scénettes s'enchaînent avec constance sans jamais tomber dans le trop, ni nuire à la montée dramatique. C'est une véritable prouesse de mise en scène et de montage.

Enfin, ce film en couleur porte la marque d'une grande culture du noir et blanc. Cela se constate par l'importance du travail sur les ombres. J'ai fait le test en coupant la couleur. Les scènes sont visuellement très travaillées et superbes de contrastes.

En résumé, le début a plutôt mal vieilli, mais on a envie de se repasser en boucle la seconde partie.

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Re: Les pionniers de la Western Union - Western Union - 1941 - Fritz Lang

Messagepar gilson » 09 juin 2011 14:09

Propos simples et fins à la fois, Eager Beaver, comme d’autres, très intéressants, sur ce sujet (Pike, notamment). Et de jolies formules : « élégance amidonnée » de R. SCOTT, me plaît bcp. J’ai tjrs du mal avec lui (comme avec A MURPHY ou A LADD, dans un autre style). Lui me semble marmoréen et compassé, pour ne pas dire « repassé », bref, un peu TROP qq chose, les deux autres, que j’aime bien aussi mais dont je ne suis pas fan, un peu PAS ASSEZ. Peut-être une question de gabarit. [je crois que c’est dans « Le diable dans la peau » de G SHERMAN, qu’on voit assez bien ces limites : Audie MURPHY joue le rôle d’un tueur-justicier, qui révèle à presque tous et chacun sa culpabilité, mais il est trop petit, trop jeunot, un peu trop petit, un peu trop jeunot ; il me semble, en tout cas. Cela dit, j’apprécie que AM ait remis en cause sa réputation et la réalité de son courage pendant la 2ème guerre dans le fameux « Red badge… » de HUSTON. Dans la réalité, c’était un vrai dur; au cinéma, je n’y crois pas vraiment. On doit trouver des cas exactement contraires.]. Puisqu’il est question d’espace, dans le western, il faut l’occuper. Sur SCOTT, je sais bien qu’on a théorisé cela (son côté gravé dans la pierre) pour BOETTICHER, et que RS est présenté comme l’acteur idéal pour cette vision du western. J. STEWART, que j’adore, comme bcp d’entre nous, me paraît dans l’entre-deux : un peu trop fluet, malgré les grands MANN. Je ne m’étonne pas que FORD lui ai fait jouer ce rôle en tablier et costume trois pièces dans « Liberty Valance ». Mort d’un modèle, d’une figure, celle de l’homme d’une autre trempe, remplacé désormais par les techniciens, les juristes, les administrateurs, comme dans les différentes étapes de l’occupation d’un territoire (découvreurs, militaires, etc).

Et ta problématique individu/collectif est sans doute très pertinente pour LANG (son film sur le lynchage, ou même « M le Maudit », tout simplement, ou encore « Métropolis »), même si elle ne lui est pas particulière. Tout bon western s’inscrit dans ce rapport, sauf à se condamner à l’anecdote pure. Précisément, c’est peut-être un des objectifs « pédagogiques » de LANG dans ce film : ancrer les héros dans leur arrière-plan social, alors que, je hasarde cela, dans la production westernienne ordinaire de l’époque, cet arrière-plan est réduit à trop peu ou presque rien. Chez LANG (mais je n’ai pas vu le film depuis lurette), arrière-plan et devant de la scène interfèrent, si je me reporte à tes propos, se volent la vedette. Masse et puissance, masse et puissances. C’est CANETTI, si je me souviens bien, qui parlait de la forêt comme d’une figure majeure dans les représentations allemandes, la forêt en tant qu’image du collectif (au fait, je me dis en écrivant toutes ces âneries, que c’est peut-être en raison de la force de cette représentation collective que le romantisme allemand a été si vivace, exubérant, riche et coloré : il lui fallait encore plus de vigueur pour s’extraire de la masse et s’exprimer, puis y retourner, transfiguré).
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Re: Les pionniers de la Western Union - Western Union - 1941 - Fritz Lang

Messagepar musselshell » 09 juin 2011 18:22

gilson a écrit

Masse et puissance, masse et puissances. C’est CANETTI, si je me souviens bien, qui parlait de la forêt comme d’une figure majeure dans les représentations allemandes, la forêt en tant qu’image du collectif (au fait, je me dis en écrivant toutes ces âneries, que c’est peut-être en raison de la force de cette représentation collective que le romantisme allemand a été si vivace, exubérant, riche et coloré : il lui fallait encore plus de vigueur pour s’extraire de la masse et s’exprimer, puis y retourner, transfiguré).


...qu'est ce que tu veux dire par là? :sm32:
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
Ah...c'est la limite haute...
Je renonce quand même. Je sais pas quoi dire, de toutes façons.

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Re: Les pionniers de la Western Union - Western Union - 1941 - Fritz Lang

Messagepar gilson » 09 juin 2011 20:09

Je veux dire que LANG, s'il est bien un cinéaste allemand, a dû être imprégné par l'image de la "psyché" allemande que chaque allemand comprend et à laquelle il est rattaché, plus ou moins (représentation collective); cette image, la forêt, selon CANETTI, est celle du collectif, si je me rappelle bien. Très forte chez nos voisins, elle l'est bien moins chez nous (l'arbre qui cache la forêt; outre-Rhin, je me demande si l'expression existe, s'il ne faut pas l'inverser ou la transformer: l'arbre, l'individu, s'estompe au profit de l'ensemble, du collectif, de la forêt, de l'autre côté du Rhin). Les propos sur lesquels je brodais me semblaient, me semblent reliés à cette façon de voir les choses, "inscrivant " LANG dans le fil des grands auteurs allemands.

Quant au romantisme allemand, en incidente, je voyais, dans cet accent mis par CANETTi sur la forêt (donc l'individuel et le collectif) une clé pour comprendre pourquoi il a été sans doute la plante la plus énergique et la plus singulière de tous les romantismes de l'époque: plus c'est difficile de pousser, plus le fruit a de caractère (la vigne, par ex). J'espère que c'est un peu plus clair.
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Re: Les pionniers de la Western Union - Western Union - 1941 - Fritz Lang

Messagepar Eager Beaver » 09 juin 2011 21:07

Pour reprendre ta métaphore allemande au niveau du film, il est à noter que temps que les arbres sont standardisés par la main de la civilisation et servent à ponctuer en pointillés les plaines de l'Ouest, Randolph Scott noie sa problématique individuelle dans cette avancée collective, qu'il trahit à demi-mot.
C'est lorsqu'il découvre son Caïn grimé dans la forêt, que s'écrit la première articulation dramatique de son conflit personnel dans l'histoire du progrès en marche. Ce ne sera que lorsque la forêt brulera totalement, mettant en danger le collectif, que le héros s'extirpera du groupe pour le protéger.
C'est bon je suis raccord? :sm57:
Modifié en dernier par Eager Beaver le 09 juin 2011 22:17, modifié 1 fois.

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Re: Les pionniers de la Western Union - Western Union - 1941 - Fritz Lang

Messagepar musselshell » 09 juin 2011 21:39

Tu es raccord Eagerbeaver, avec maestria... :sm32:
T'inquiètes gilson...j'avais à peu près compris... :wink:
C'est la notion de "retour au collectif" qui me questionnait...La forêt germanique s'entend...celle de Siegfried...
On a tellement dit que la fascination exercée par cette dernière sur l'"âme" allemande a fini par se conjuguer avec une autre idée, la pureté de la race, elle même en partie justifiée/expliquée par son émanation des grandes forêts sombres...perversion du romantisme de Weber (le compositeur), d'Hölderlin ou Novalis...puis de Wagner...avant le grand loup revisiteur...

Pour en revenir à Lang: lui est Autrichien...
Il veut tout d'abord être peintre, genre Klimt ou Schiele...futur dégénéré.
On est à mon avis et dans le romantisme et dans une vision décadente. En partie issue chez le cinéaste de son expérience de la guerre en plus du climat viennois...C'est ce mélange là, plus les mythes germaniques, plus les lectures de Karl May et de Fenimore Cooper (en passant par Kierkegard, Shakespeare et Goethe), qui va fonder l'originalité du discours de Lang dans ses westerns...telle que bien définie par ce que vous dites ci-dessus...un ton qui doit énormément à ses racines austro-allemandes, même si les motifs sont évidemment partagés...
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
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