Duel au soleil - Duel In The Sun - 1946 - King Vidor

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musselshell
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Re: Duel au soleil - Duel In The Sun - 1946 - King Vidor

Messagepar musselshell » 09 mars 2011 17:16

Pour sûr, la poésie lyrique traverse toute l'oeuvre des deux cinéastes...Eros et Thanatos, horreur et inévitable acceptation du temps, auquel les héros s'affrontent, en même temps qu'ils s'affrontent à la société, qu'ils la servent ou la déservent, l'un pouvant parfaitement aller avec l'autre...
Ford autant que Vidor sont hyper conscients du social, alternativement à servir ou à combattre...Le social, c'est aussi la cellule familiale, elle même symbole de solidarité ou d'asphyxie...d'expension possible ou d'enfermement...
dans Duel au Soleil, Lew est à la fois le héros, le méchant, le rebelle et...le chouchou de sa maman.
La famille, c'est le ranch...qui se ferme au futur...
Les femmes tirent les ficelles... Via l'eros, évidemment, ou l'amour filial... Dans the Fountainhead, l'architecte hanté de liberté que joue Cooper n'abdiquera que face à l'amour, superbement sexué là encore (la scène finale où l'héroine monte en haut du gratte-ciel où l'attend Roark)! Vidor veut tellement faire comprendre çà qu'il fait construire des tours à Roark , alors que Frank Lloyd Wright (qui a inspiré le roman éponyme) ne jurait que par la maison individuelle et l'horizontalité...
Autre rebelle mis en danger: Kirk bien sûr face à Jeanne Crain dans Man without a Star...
Bref, l'attirance charnelle qui déstabilise l'ordre moral, le temps qui, de toutes façons, balaiera tout çà...mais ce tout çà figé dans la flamboyance du souvenir...c'est notre King Vidor...Un cinéaste obsédé d'individualisme, mais dans le même mouvement profondément humaniste, peintre et philosophe...
S'il y a un poète qui colle au mieux avec lui, ce serait un Américain: Walt Whitman...chantre et de l'individualisme, et des "masses" ( Leaves of Grass)...du corps charnel et du corps social...
King Vidor donc, malgré Selznick...
Car il est vrai que Duel in the Sun ne possède pas la rigueur, la quasi perfection formelle de the Crowd, the Fountainhead ou Northwest Passage...A cause de tout ce "bigger than life"méchamment souligné qui signe le producteur...Mais quand même et au bout du compte, la thématique profonde du film est bien vidorienne...
Je serais bien en train de me répéter là... :sm32:
C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
Ah...c'est la limite haute...
Je renonce quand même. Je sais pas quoi dire, de toutes façons.

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Pike BISHOP
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Re: Duel au soleil - Duel In The Sun - 1946 - King Vidor

Messagepar Pike BISHOP » 09 mars 2011 22:47

"THE HALLIDAY BRAND" y fait un peu penser...
Un autre film semble aussi en être l'héritier direct
"UNTAMED FRONTIER" de HUGO FREGONESE aussi avec JOSEPH COTTEN...
Le fils gâté pourri est interprété par SCOTT BRADY.. qui tourne à la délinquance..
le juste et droit COTTEN ira contre la volonté du patriarche en coupant les barbelés qui interdisaient
le passage des "settlers"..
Deux films intéressants, mais loin de la force et des passions multiples et exacerbées de "DUEL IN THE SUN"
If they move, kill'em !!

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Alec Longmire
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Re: Duel au soleil - Duel In The Sun - 1946 - King Vidor

Messagepar Alec Longmire » 11 mars 2011 15:54

Je ne peux pas prétendre connaître vraiment le cinéma Vidor, mais le grand thème de fond qui me semble le mieux coller à ses préoccupations dans les films que j'ai vus serait celui l'inadaptation de l'individu à la société. C'est d'ailleurs une conséquence directe de l'individualisme et du désir de liberté, relevés par Musselshell.
Ces sujets me parlent, et pour moi c'est dans Man without a star que cela est le plus abouti et que ça me touche le plus. Ce leitmotiv, d'ailleurs, colle particulièrement bien avec le western, puisque c'est un thème crépusculaire par excellence. Lewt est un inadapté, tout comme Pearl qui ne peut réfréner son désir pour lui au mépris de la morale bien-pensante que son père puis Laura Bell s'efforcent de lui inculquer. Dempsey dans Man without a star sera à mon avis le plus bouleversant, celui qu'un instinct fait avancer sans qu'il ait besoin d'une étoile à suivre. Tout cela, évidemment, ne peut durer bien longtemps, ce que Duel in the Sun montre bien.

Pike BISHOP a écrit :Deux films intéressants, mais loin de la force et des passions multiples et exacerbées de "DUEL IN THE SUN"

Oui, deux films intéressants mais pas comparables en effet à l'ampleur de celui qui nous occupe ici. Cela dit, les budgets et les ambitions n'étaient sans aucun doute pas non plus comparables !

Pour finir sur l'aspect lyrique et poétique du film, je viens de me rendre compte que le Rubaiyat d'Omar Kahayyam n'a été traduit et édité en occident qu'à partir de 1859. L'action de Duel in the Sun devrait donc a priori lui être postérieure pour éviter tout anachronisme ; cela révèle en tout cas une grande érudition de la part du père de Pearl, qui est le révélateur du destin tragique de sa fille.

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Pike BISHOP
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Re: Duel au soleil - Duel In The Sun - 1946 - King Vidor

Messagepar Pike BISHOP » 12 mars 2011 11:19

Les grand thèmes du mélodrame exacerbés ici...Qui avaient certainement leurs racines dans le roman
et les cinématographies précédentes et qui engendreront des films ou s'illustrera DOUGLAS SIRK par exemple...
On peut penser à "ECRIT sur du VENT" avec ces familles richissimes qui se rongent elles-mêmes..
Manifestement SCOTT CHAVEZ ( Herbert MARSHALL) et LAURA BELLE (LILIAN GISH) viennent d'une aristocratie sudiste...
Grandes culture et grandes manières..CHAVEZ certainement marqué déjà d'une tare (mésalliance des parents, origine espagnole CHAVEZ ? pauvreté)
qui fait que l'union ne peut se faire...CHAVEZ va se mésallier encore plus en succombant à la passion pour une indienne..
LAURA BELLE épouse un magnat du bétail, conquérant, dominateur et grossier..Il a tout..la puissance, la gloire, le courage...
sans doute grand blessé glorieux à la guerre..Saul qu'il n'a pas la classe, le vernis aristocratique...
On pense au début de "GEANT" et ce qui pourrait advenir dans le temps du magnat rude intransigeant et raciste..
et de son épouse cultivée et sensible qui pourrait doucement patiner les choses...
Seulement il y a les deux fils..Le moral et l'immoral, celui qui est élevé dans la rectitude et le gâté-pourri si séduisant
qu'on ne peut rien lui refuser...qu'on cède à lui malgré tout..Le fruit gâté qui va pourrir la panier...
Et arrive après le drame initial,(L'homme trompé, écoeuré par sa déchéance, qui tue femme adultère et amant et
se condamne ainsi lui même à la pendaison) PEARL la si jolie métisse, déclassée, méprisée par le patriarche..Choyée par la mère qui
voit en elle la fille qu'elle n'a pas eu avec CHAVEZ...
Objet central..de tous les regards, tous les désirs, qui additionne beauté, sensualité et fatalité...Un fils la désire, l'aime..
L'autre s'en sert comme d'un de ses jouets que par ses caprices d'enfant gâté on ne lui a jamais refusé...
Viennent s'entremêler le pêché, la religion,le puritanisme(le pasteur itinérant plutôt inquiétant WALTER HUSTON) la punition, la rédemption
Les tentatives de PEARL d'échapper à LEWT..Ses fiançailles avec le frustre lourdaud (BICKFORD) qu'elle n'aime absolument pas..
Les drames, les tueries de LEWT qui ne laisse personne toucher à ses jouets...
ET au final, la haine et l'irréparable étant consommés le dernier éclat de lueur, la passion dominante, mais l'amour aussi enfin
révélés..LEWT mourant, pour la première fois réalise qu'il aime sa "possession" et PEARL qui l'a tué par amour pour l'autre frère
celui qu'elle a perdu, qu'elle n'aura jamais..Réalise que celui-là aussi était l'amour de sa vie..Un dernier effort quasi surhumain
pour ramper vers la montagne de la tête de squaw, et mourir dans le sang et le soleil dans les bras de son amant...
Entre ce canevas des séquences extraordinaires de furias..D'armée incroyable de vaqueros se rassemblant au son des cloches
du ranch..(On verra presque baroque semblable dans "VAQUEROS" de FARROW) de chemin de fer en construction, de régiments de
cavaleries..De cieux immenses, nuageux ou écarlates..de soleil couchant sur la ligne d'horizon..
Très belle séquence du patriarche croyant à la mort de son ainé et rassuré par son vieil ami/adversaire (HARRY CAREY) le soleil
s'engloutit dans un horizon sanglant et les personnages ne sont qu'ombres chinoises..Futurs morts eux-mêmes d'un monde
en disparition...Du cinéma outré certes, mais du spectacle géant...
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jamesbond
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Re: Duel au soleil - Duel In The Sun - 1946 - King Vidor

Messagepar jamesbond » 12 mars 2011 14:08

C"est très touchant ce que tu viens de dire Pike, en fait tu as dis tous l'essence de ce que représentait ce western mélodramatique . Je voudrais tous simplement dire un mot sur le réalisateur et quelques acteurs:Le grand King Vidor à toujours était un réalisateur rebelle et en marge de ceux qu'on appeler à l'époque les nabab , or ce western représentait vraiment la pensé du grand cinéaste,la violence de Lewt, ce compare à la réalité de ce réalisateur qui était un des seuls pionniers lequel n'a jamais voulut se soumette à une dictature que imposer les studios.Il faisait parti de ces réalisateurs rebelles qui avait du poids dans les studios,il n'y avait pas beaucoup de réalisateur qui avait un caractère virulent et à la Foi respecter .Quand on voit dans ce western il y un mondes illusoire celui de l'amour impossible de Pearl qui voit toute ses rêves partir en fumé et qui finira dans le désert au coté de l'homme qu'elle détestée Lewt puis elle s'apercevra qu'elle aimait mais trop tard. Cette fin est presque quasiment identique que celle de Gone With The Wind(Autant en emporte le vent) dont les deux finales sont tragiques sauf que scalett O'Hara ne meurt pas mais elle perd l'homme Rhett Butler qu'elle croyait détestée et en fin de compte elle s'apercevra trop tard qu'elle aimait.

Ce western n'est pas si négatif que ça, il montre que l'ouest avec ses beaux paysages est un rêve enfouit et ensevelie dans la poussier du désert, le bouquet final est un exemple,deux êtres mourants l'un vers l'autre en s'avouant leur amour sous un soleil torride et une réalité c'est que la vie continue,les montagnes sont toujours la avec une représentation d'un visage du début du film taillée sur de la roc. J'ai vue pas mal de westerns tragédiens mais il me semble que celui ci est en dessus de tout .

Si vidor était un rebelle ,ses acteurs en particulier ses amis qu'il à connut à l'époque du muet Lionel Barrymore,Harry Carrey,Walter Huston et Lillian Gish qui sont représentés dans ce western baroque toute une épopée du cinéma dont le décors était la création de l'ouest jusqu'à son apogée ,la mort inéluctable du vieux ouest et du rajeunissement d'une jeunesse fougueuse en pleine nouvel essor. Lillian Gish qui n'avait pas besoin qu'on lui apprenne le métier d'actrice car elle disparaitra pendant 16 ans à Hollywood pour être une des plus grande comédiennes tragédiennes dans des grandes pièces de théâtre qui étaient avec sa sœur, Dorothy ses ses premiers amours.Elle était revenu rendre visite à son père du cinéma D.W Griffith lorsque son vieil ami King Vidor lui à demandé de revenir sur le grand écran . Griffith qui habitait à Hollywood venait souvent voir sa protégé dans les studios pendant le tournage de Duel In The Sun. Elle à été à l'école du grand maître, D.W Griffith qui lui à tout appris,il avait fait travailler dans des conditions pénible jours et nuit elle avait très peu de repos, Griffith la faisait travailler dans des périodes hivernales infernales, parfois sous la pluie ,il lui faisait prendre des risques et elle même le considérer comme son second père . Griffith à été également son instituteur,son pygmalion ,il lui à appris avec toute la noblesse du sud à parler et a devenir quelqu'un. C'est ça la magie du cinéma. Grégory Peck qui était un jeune loup des années 40 venait souvent hors tournage voir ces dinosaures du cinéma d'avant garde.Il avait un profond respect pour Lillian et pour les autres également.
This is the West ,Sir . When the legende becomes fact, print the legende( The man who shot Liberty Valance,L' homme qui tua liberty valance)

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Pike BISHOP
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Re: Duel au soleil - Duel In The Sun - 1946 - King Vidor

Messagepar Pike BISHOP » 31 mars 2011 14:19

Avant d'en finir avec le mois guerrier et ce "DUEL IN THE SUN" dont nous avons finalement peu parlé...
J'ai lu quelque part une phrase de VIDOR (King) qui disait quelque chose dans le genre..
"Donnez moi des batailles, des guerres, des scènes de foules à filmer et je serai plus à l'aise que dans une scène d'amour!"
Je ne sais à qui il faut attribuer la paternité des scènes de "DUEL..." Mais les ressemblances font qu'on sent bien au dessus la patte de KING (Vidor)
Les scènes d'amour sont filmées comme des affrontements.. PEARL/LEWT et même PEARL/JESSE et encore plus PEARL et son éphémère mari
(CH.BICKFORD) celui-là déjà perdant dès le début...
La ressemblance est troublante avec les amours/affrontements du "FOUNTAINHEAD" COOPER/NEAL...de "MAN WITHOUT A STAR" DOUGLAS/CRAIN
de "RUBY GENTRY..La même JENNIFER JONES/CH.HESTON et encore "SALOMON & SHEBA"...
Coté batailles, VIDOR a peut-être été frustré, côté foule certainement pas...Extrordinaires mouvements déjà dans le saloon initial lors de la
danse de la squaw, Galopades énormes pour le rassemblement des vaqueros à travers de multiples collines..Ces paysages vallonés qui semblent
eux aussi inspirer bien fort VIDOR..On retrouve ces mêmes mouvements dans "GUERRE et PAIX" la bataille de la Moscova..
Dans "SALOMON & SHEBA"..Sans les batailles, mais les mêmes vallonnements à traverser.."MAN WITHOUT A STAR".."NORTH WEST PASSAGE"...
Quelles parts ont prit DIETERLE, VON STERNBERG et autres, supervisés par le producteur mégalo SELZNICK..On ne le saura jamais,
mais indéniablement l'oeuvre est majoritairement un film de VIDOR (King)...

Il a sans doute été plus à l'aise avec d'autres films dont "NORTH WEST PASSAGE" un autre de ses chefs-d'oeuvre, au moins il n'a pas eu de
scènes d'amour à filmer..Mais je crois que le tournage n'a pas été de la tarte non plus...
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WYOMING
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Re: Duel au soleil - Duel In The Sun - 1946 - King Vidor

Messagepar WYOMING » 15 janv. 2012 12:55

Je ne me ferai jamais à DUEL AU SOLEIL. Sur ce que l'on s'autorise à appeler un western on se situe dans un mélodrame.
Il fallait bien une Jennifer Jones pour s'accaparer ce type de film, Grégory Peck prenant sans doute plaisir à regarder sa partenaire, il en oubliait sa ceinture
ses colts et sa prestance et donc cet oubli faisait totalement oublier le genre western.
Je ne vais pas accabler la belle Jennifer mais une question se pose : Dans quel film a t-elle du talent ?
Comparons quelques '' provocantes '' du cinéma ; Marylin Monroe, ne montre t'elle pas une force en compagnie de Robert Mitchum en descendant cette rivière sans retour ?
Jane Russell, l'incontestable poitrine la plus avancée du cinéma hollywoodien à su nous offrir quelques rôles intéressants où son talent prenait le dessus sur son corps plantureux.
En écartant les provocantes femmes du cinéma américain, je me pose la question de savoir où pourrait se situer Jennifer Jones par rapport au Barbara Stanwick, Veronika Lake,
Linda Darnell, Virginia Mayo et d'autres encore ?
Si l'on décide de se détendre dans son canapé un samedi soir avec quelques pop-corns mieux vaudrait éviter DUEL AU SOLEIL et passer directement sur un Boetticher ou un Sturges.
C'est presque à se demander ce que Grégory Peck est venu faire dans ce prétendu western. Quant à King Vidor je m'oblige par ce grand monsieur du cinéma à ne pas trop en rajouter.

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lasso
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Re: Duel au soleil - Duel In The Sun - 1946 - King Vidor

Messagepar lasso » 15 janv. 2012 13:59

tu n'aimes pas les belles femmes ? souvent elles ne servent que de décors..

WYOMING
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Re: Duel au soleil - Duel In The Sun - 1946 - King Vidor

Messagepar WYOMING » 24 févr. 2012 10:03

Bon, allez, je vais un effort objectif pour Duel au Soleil, La photographie est très belle, les couleurs sont chaudes.
Mais je n'y peux rien j'adore les femmes lorsqu'elles sont représentées à juste titre et ne servent pas de décor ou de prétexte.
L'avocate des indiens dans '' La Porte du Diable '', La méchante qui se repent, la gentille aux côtés de Todd le comanche, la belle indienne victime du racisme dans '' la Dernière Caravane ''.
Pardonne moi Nathan Brittles.
je suis sûr que nos goûts vont converger dans certains westerns...Tu vas voir !

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Yosemite
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Re: Duel au soleil - Duel In The Sun - 1946 - King Vidor

Messagepar Yosemite » 25 avr. 2012 16:21

Bien compliqué d’identifier ce qu’est vraiment l’amour et donc, fatalement, de le donner en conséquence… Car dans le fond, en amour comme en toutes choses, on ne peut jamais donner que ce qu’on a reçu.
Pearl Chavez est aimée par son père, Scott, elle l’aime beaucoup également. Ils s’aiment d’ailleurs d’une façon presque ambigüe tant ils se tiennent proches l’un de l’autre lorsqu’elle lui rend visite dans sa geôle.
Sa mère ? On ne sait pas quel est son réel rapport avec elle, ce qu’il est permis de soupçonner toutefois au vu de sa vie de danse et de prostitution, c’est que cette mère manque a minima de disponibilité à l’égard de sa fille. Tout le contraire de « celle qui aurait pu être sa mère » selon la formulation de Scott Chavez : Laura Belle (devenue Laura Mc Canless).
Une femme douce à son égard, attentionnée et, qui sait ?, toujours amoureuse de Scott Chavez malgré le nombre d’années qui les sépare.

Au titre de seconde ambigüité, Laura est présentée, toujours par Scott comme « une cousine » et une « amante »…
Pas facile pour une jeune personne de se retrouver là-dedans…

Pour poursuivre un peu plus avant dans ce sens, le père de Pearl tue sa mère et, par ailleurs, le Sénateur, mari de Laura, méprise en fait cette dernière et la laisse mourir de consomption. Toutefois, si l’attitude du Sénateur nous est présentée comme répugnante il n’en est pas de même de celle du vrai père Scott, qui est d’emblée présenté comme un homme délicat.
La phrase que j’évoquais ci-dessus (« celle qui aurait pu être sa mère » [de mémoire et selon les sous-titres]) prend un sens tout à fait saillant dans l’histoire familiale de Pearl. Finalement, on se plairait à imaginer une Pearl ayant pour mère Laura Belle et pour père Scott Chavez. C’aurait été bien agréable tout ça, même si… dans ce cas, elle n’aurait pas été métisse... Une simple idée qui a de quoi raviver une difficulté supplémentaire en elle en fait.
Loin de tout ceci, Pearl ne dispose finalement que de parents (naturels ou adoptifs) qui se détestent, comme si le couple et la proximité qu’il occasionne était synonyme de détestation et si au contraire, la distance (celle entre Scott et Laura) était synonyme d’amour.

Le personnage de Pearl, reconstitue précisément ce schéma là en fait. Elle avoue à un instant que Jesse fait partie des seules personnes qui ait été gentille avec elle. Et elle avoue cela à l’épouse de celui-ci qui plus est.
Malgré ses « je t’aime » à m’attention de Lewt, elle le tue. Ils s’entretuent plus exactement. Mais malgré ces « je t’aime », je suis convaincu pour ma part que son véritable amour est, pour elle aussi, distant et représenté par Jesse, sa proximité avec Lewt ne devenant encore une fois que désir de mort.

Plus qu’un problème de couple, c’est un problème de dualité qui nous est montré je pense. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le titre (respecté en français) évoque le duel. Il n’y a que des duels dans ce western en somme.
Le portrait des personnages principaux ne va que dans ce sens d’ailleurs. G. Peck utilisé à contre-emploi en personnage odieux et tenté par le viol (je crois d’ailleurs qu’il s’agit bien de viol dans le livre original) n’en devient ainsi que plus dérangeant, Pearl métisse désirée et violentée, le Sénateur ancien rival du père de Pearl… la liste est longue.

Dans le fond, lorsque Scott Chavez tue la mère de Pearl et l’homme avec qui elle se trouve, il cherche à sauver sa fille. Il cherche à la sauver d’une vie de prostitution (il lui explique à plusieurs reprises dans les scènes précédentes qu’elle ne devrait d’ailleurs pas se trouver dans ces lieux) en l’éloignant de ce lieu et en la confiant à la femme dont il est toujours amoureux. Il la sauve d’une vie de prostitution qui est déjà suggérée en tout début du film par le premier homme qui accoste Pearl en train de danser.

En définitive, tout l’amour passe par la séparation dans cette histoire… quel thème complexe, complexe mais bien traité à mon sens si on se cantonne aux moments les plus intimistes du film. En effet, leur harmonisation avec la monumentalité de l’ensemble n’est pas toujours, je trouve, du meilleur goût.
Yo.



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