El Perdido - The Last Sunset - 1961 - Robert Aldrich

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gilson
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Re: El Perdido - The Last Sunset - 1961 - Robert Aldrich

Messagepar gilson » 12 nov. 2011 21:16

LANCASTER rassure, DOUGLAS met mal à l’aise, jusque dans nos identifications. Ce n’est vraiment pas pour revenir à la charge de ma pseudo-thèse (1 en 2, contrairement à certains shampooings) du personnage à la Cyrano (Cyrano + Christian= héros de roman), mais si j’étais complètement de mauvaise foi, je dirais que la fadeur de Bribling, ce qui est ressenti comme tel, nous place dans une situation plus confortable de ce point de vue, nous réconforte : s’ils (Bribling et O’Malley) sont vécus comme un peu complémentaires, l’alchimie de l’acceptation, dans notre cervelle de spectateur, peut plus facilement avoir lieu. Il y a du vide, du manque, en chacun d’eux ; à deux ; ça va mieux. LANCASTER est presque biblique dans son rôle de « solid rock », que, de film en film, il polit sous des tas de facettes distinctes.*

Entièrement, d’accord, Ch’tite Rivière, très bien vu, je veux dire, pour « mélodrame réussi ». Ce qui expliquerait peut-être l’impression qu’on peut avoir que le film ne se préoccupe guère d’espace. Dans les westerns, la confrontation à l’espace est, même pas centrale : consubstantielle au genre. Dans le mélodrame, on n’est pas dans cette espèce de rapport. Une ânerie de plus ? Je ne suis pas à ça près.

* intéressant de se demander ce qu’il est pour le bonhomme dont tu as parlé à quelques reprises à propos de son bouquin « la Politique de l’acteur », s’il en parle –toujours pas lu-. Mais tu avais suggéré des pistes en causant d’un LANCASTER italien.
Modifié en dernier par gilson le 13 nov. 2011 12:24, modifié 1 fois.
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Pike BISHOP
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Re: El Perdido - The Last Sunset - 1961 - Robert Aldrich

Messagepar Pike BISHOP » 12 nov. 2011 22:47

STRIBLING ! pas BRibling, GLISSON !!!
If they move, kill'em !!

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gilson
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Re: El Perdido - The Last Sunset - 1961 - Robert Aldrich

Messagepar gilson » 13 nov. 2011 12:18

Marrant, ça, Pike : je me demandais justement. Mais seulement s’il y avait un « l » ou pas (« Bribling » ou « Bribing »). C’est vrai que c’est là toute la question, dans mes propos. Au fait, pourquoi me rajouter un « s » ? : Glison, j’aime bien aussi. Je voulais même, à propos de Gribling, chercher dans le dico s’il n’y avait pas un message subliminal à propos du nom, car

34ème variation :

Là encore, je prends ma calculette : O’Malley est chanteur, poète, beau parleur, rêveur jusqu’au fétichisme, nul en affaires (il perd son 1/5 aussi facilement qu’il l’a gagné), chevaleresque, chevaleresque, oui, quand il sauve Stribling des sables mouvants, en sachant qu’il n’aura rien en échange, puis en laissant Belle au grand. Moi, mon total me dit : ce gars-là n’est pas du côté du principe de réalité. Il n’a que de mauvaises cartes, il est peut-être carrément une mauvaise carte lui-même. Là, attachez vos ceintures car ça va être encore plus loufoque que d’habitude. Je me demande si avec cette accumulation de handicaps pour la course à la Belle, O’Malley ne passe pas de l’autre côté du personnage, ne devient pas un type, presque une caricature, ne perd pas en crédibilité (eh, oui, c’est comme ça : épicé mais pas trop), ne devient pas, presque, personnage de personnage. Et dans ce contexte, je reviens à mon début, je m’attendais bien à trouver à : « to brible » : tremper les mains dans le cambouis, se colleter avec la rugueuse réalité, des choses comme cela. Mais il faudra que j’aille chercher à « strible », ou «crible », aussi.


35ème variation

Cette scène, extraordinaire, où Breckenridge (c’est bien cela ???) est sommé de baisser son pantalon, horrible situation, cauchemardesque, cauchemardesque, est intéressante à plus d’un titre. Pas peur : j’ai rangé la calculette. Juste une seule chose : O’Malley et Stribling arrivent, se regardent, se comprennent sans un mot, mesurent l’extrême gravité de la situation. La scène, encore le contexte, rappelons-le, est précédée d’une presque confrontation, évitée par Belle. Retour à la cantina ou au saloon (très curieuse architecture : ça ressemble à une partie d’église, ce fond où les deux ennemis-amis se retirent avec le corps du mari) : le spectateur sent parfaitement cela, il a été sensibilisé aux regards par pas mal de scènes précédentes. C’est là, je crois, que se produit l’infusion de l’un dans l’autre et que non pas l’eau se change en vin mais la métamorphose réciproque s’amorce. Dans cette scène-clé, qui ouvre toutes les portes (à Stribling et à O’Malley), est ouverte aussi la communication entre les deux personnages, l’un directement importé de la vraie vie, l’autre déjà un peu passé dans une autre région du personnage de film. A propos de personnages de film, j’ai trouvé que pour des mecs, des vrais, ils étaient un peu naïfs de tourner le dos au sale type du saloon. Pas vous ? Certes, certes, il faut que le mari passe dans l'éternel, dans l’éternité, mais tout de même…
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gilson
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Re: El Perdido - The Last Sunset - 1961 - Robert Aldrich

Messagepar gilson » 14 nov. 2011 13:39

« Mélodrame réussi ». Quand je te disais que tu électrisais, Ch’tite Rivière ! Alors, voilà, ça a continué dans ma petite tête, et je vous dis. Non ? Vous sautez, alors, comme dit Limpy. C’est très égoïste, au fond : il faut que je me débarrasse de cela, et le mieux, c’est de l’écrire. Tenace, ces sales bêtes : va arrêter les pensées, je n’ose pas appeler cela : idées. C’est sans doute pour cela que pas mal de gens en ont peur. Ca a une vie à soi et ça n’a sans doute pas l’affect de peur, une pensée. La peur, justement, v’là qui nous y mène aussi, indirectement, à une

36ème variation : ALDRICH chez MINNELLI

Tout le monde connaît ce cours donné à la Femis par DELEUZE sur l’idée au ciné. Si je me souviens bien, pour lui, l’idée, chez l’auteur de « Brigadoon », ce serait : surtout, ne laissez pas quelqu’un vous faire entrer dans son propre rêve. Non, j’aurais dû m’y prendre par l’autre bout. Mais on va y arriver quand même. Voici le cheminement : mélodrame => espaces intérieurs => ; mais mélodrame => aussi SIRK et HUDSON son acteur-fétiche (allez, ne chipotez pas) ; et mélodrame => qui ?, qui ? MINNELLI aussi, pardi (me rappelle une chanson, tiens). Parce que n’oublions quand même pas : c’est, comme toujours, la faute à Eve : je veux dire que c’est Missy qui égare encore davantage O’Malley. Il n’a pas besoin de cela, le bougre, mais le fait est qu’il tombe sur le plus dangereux (et merveilleux, pour lui : difficile de résister à une telle force, à un tel rêve) petit bout de femme qui ait pu traîner sur sa route. Il est un personnage de son rêve, de son paysage intérieur, et le reste n’existe pas. Au fait, j’y songe en me relisant, ça donne un peu de poids à cette possibilité qu’O’Malley soit un personnage très particulier, coupé de son espace réel mais en prise directe avec ses idées fixes et celles des autres. Espace, espace : vous vous souvenez de cette scène idyllique, un peu limite, un peu nouille, du grand et de Belle enlacés dans le chariot : intime, douillette, chaude : ils ont trouvé. O’Malley cherche, il est perdu, sans étoile, et il va prendre le rêve d’une autre pour cette étoile. Et puis aussi : cette scène avec Missy, dans l’herbe, je crois : presque un décor de papier peint*, en même temps qu’est évoqué le bouquet, domestication (domus) de l’exubérance naturelle. Par contraste, absolu dénuement de la scène finale, aux couleurs désolées, sèches, table rase sur quoi vont s’écrire les destins des deux femmes.

37ème variation : le kiki et le meumeuh

Encore un chien qui cabotine (pardon) chez ALDRICH. Plus du tout comme dans « UZ », bien sûr, mais c’est intéressant. Il sert, ce chien, à montrer la violence d’O’Malley, à le striblinguiser un peu après quand, dans une scène cadrée « intérieur », avec un feu de camp, je crois, le personnage l’appelle (il manque juste le susucre), et à rappeler la mort de Breckenridge (le chien vient s’incliner, si j’ose dire, sur la tombe de son maître, à côté de la croix). A la rappeler et à la souligner. Je reviens sur cette scène dans la cantina-saloon, et ce décor qui m’avait intrigué : espace fermé, étouffant, oui, oui, mais drôle de connotation, cette voûte, d’église, m’a-t-il semblé. Cela me fait deux éléments : la croix, l’église. Ajoutez les expressions christiques de Breckenridge (grande interprétation de COTTEN), qui meurt pour que les autres puissent continuer tranquillement leurs petites affaires à la noix. Et n’oubliez pas la scène avec Stribling, Missy et le petit veau : l’âne et le bœuf, vous l’avez vu venir. Avec les inversions que vous voulez, d’accord. Avec aussi quelque chose qui peut passer pour une scène opposant O’Malley et Stribling (violence de l’un, douceur de l’autre), mais c’est avant la scène de la cantina. Où je veux en venir ? A ceci qu’avec ces éléments se construit un ensemble cohérent, normal, « fade », familier, et que cet ensemble non pas exclut O’Malley, mais, ajouté à d’autres cohérences**, rappelle en pointillés un espace mental fait de reconnaissances communes mais dont son enfermement dans les rêves, les siens et celui d’une autre, lui barre l’accès.

*je sais, j’exagère un peu, mais ce n’est pas si mal trouvé, non ?

**par ex, Stribling est un excellent négociateur, avec les Yaquis.
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