Tire encore si tu peux - Se sei vivo spara - 1967 - Giulio Questi

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Cole Armin
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Tire encore si tu peux - Se sei vivo spara - 1967 - Giulio Questi

Messagepar Cole Armin » 02 déc. 2010 20:45

Pour ceux qui ne connaissent pas le film, voir ICI


Attention, les SPOILER sont autorisés, donc ne lisez pas ce topic avant d'avoir vu le film.


Tous les documents sont à poster dans ce topic:
viewtopic.php?f=20&t=11803


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Inisfree
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Re: Tire encore si tu peux - Se sei vivo spara - 1967 - Giulio Questi

Messagepar Inisfree » 04 déc. 2010 13:33

j'ai un peu déserté le forum, y compris pour des films qui me passionnaient :roll: . J'espère avoir un peu de temps pour celui-ci, un film assez particulier dont la découverte il y a une douzaine d'années m'a ouvert de nouvelles portes sur le cinéma all(italianna. Je commencerais en vous proposant un texte écrit en 2003 :

Lecteur internaute qui, intrigué par le titre sans doute, est entré dans cette chronique, laisse moi te parler à présent d’un film qui se mérite. Il ne s’agit pas d’une sortie récente (le film date de 1967), il ne s’agit pas d’un classique, il ne s’agit ni d’une sortie vidéo ni d’une sortie DVD et encore moins d’une reprise en salle. A ma connaissance, le seul à l’avoir passé ces dix dernières années, c’est Jean Pierre Dionnet dans son cinéma de quartier sur Canal +. En fait, Tire encore si tu peux est un Western spaghetti, un vrai, mais d’un style tout à fait particulier. Et celui qui aura la chance de tomber dessus va découvrir une petite perle rare qu’il n’aura de cesse de faire partager aux vrais connaisseurs.

Barney, un métis incarné avec beaucoup de charme par Thomas Millian, organise un hold-up avec une bande moitié américaine, moitié mexicaine. Au moment du partage, les Américains, laissant ressortir leurs instincts racistes, exécutent les Mexicains et s’enfuient à travers le désert. Barney s’en sort miraculeusement. Il est recueilli par deux indiens qui rappellent étonnamment celui de Dead Man de Jim Jarmush, et qui acceptent de l’aider à se venger à condition qu’il leur raconte ce qu’il a vu « de l’autre côté », lui qui a été si proche de la mort. Entre temps, la bande américaine arrive dans un village à l’ambiance très étrange, ambiance que l’on retrouvera dans L’homme des hautes plaines de Clint Eastwood, une ambiance de corruption et de dépravation assez impressionnante. A partir de là, tout le film bascule. L’intrigue brasse nombre d’éléments classiques du western italien en les décalant systématiquement, mêle des réminiscences baroques et fantastiques, tant sur le fond que dans le style.

Barney sera ainsi perçu comme un « mort vivant » par Hoaks, le chef de ses ex-associés, on trouve un personnage de pasteur dépravé vivant avec une jeune femme une relation fortement teintée de sado masochisme, un gros rancher mexicain entouré d’un troupe de jeunes hommes tous vêtus de cuir noir qui ne dépailleraient pas un film de Pier Paolo Pasolini et des situations que l’on verrait bien dans les films de la série Allan Edgar Poe de Roger Corman (l’incendie final, la fin du pasteur…).

Question de style, Tire encore si tu peux surprend tout d’abord par ses premières séquences. Le générique, porté par la musique superbe de Ivan Vandor, alterne les plans d’inspiration fantastique de Barney s’extirpant de la fosse ou l’ont jeté ses ex-associés puis étant soigné par les deux indiens philosophes, avec des images de l’exécution, montées très rapidement (c’est carrément du Eisenstein !), contrastant par leur lumière blanche de désert à midi, avec celles du « ressuscité », nocturnes et bleutées.

Gulio Questi, le réalisateur, n’a guère fait de films, et celui-ci est son unique western. Il s’en donne à cœur joie, même si certaines scènes paraîtront un peu pâles (l’attaque du début), il se rattrape par un montage très original, jouant sur le temps (la construction en flash back du début, les ellipses radicales) et l’espace (l’exécution des Américains, la mise à mort du chef). Il excelle surtout dans l’établissement de son climat baroque, à base de jeu sur les couleurs (les ambiances du saloon, les costumes noirs et blancs des « ragazzi » et de compositions étonnantes, dans un esprit très proche du surréalisme ou de Bunuel (l’arrivée des truands américains dans la ville est typique d’étrangeté). Sans multiplier les exemples, Tire encore si tu peux est un film hypnotique, un peu déstabilisant mais toujours surprenant.

Question de fond, enfin, le film est assez virulent et, comme Le grand silence, surprendra par son ton acide, un peu cynique et un peu amoral, aux antipodes de la « morale » des westerns américains. Ici pas de fin heureuse, ici, le massacre de innocents se déroule sous les yeux impuissants de l’anti-héros dégoûté. Ce n’est pourtant pas là que le film est le plus original, les meilleurs westerns italiens (Leone, Damiani, Corbucci…) se sont toujours fait une spécialité de transposer dans cet univers si spécial des préoccupations politiques et sociales très européennes et souvent très « à gauche » (exploitation du Tiers-Monde à travers les personnages de Mexicains, dénonciation du gros capitalisme à travers les américains, réflexions sur la guerre du Vietnam, critique de l’église…). Tire encore si tu peux ne déroge pas à la règle et Barney est un parfait héros libertaire, leader à la Che Guevara d’une bande de Péons trahis par l’Occident.

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ROY ROGERS
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Re: Tire encore si tu peux - Se sei vivo spara - 1967 - Giulio Questi

Messagepar ROY ROGERS » 04 déc. 2010 17:29

Prêcher pour les convertis n'a jamais présenté d'intérêt. L'important n'est pas pour qui mais ce que l'on dit, et ce texte qui ouvre ce topic titille fortement ma curiosité, car sans lui je n'aurai surement suivi le débat, que du bout des yeux. si pour le western, je suis un inconditionnel, je suis plus réservé pour les spags, (que j'ai adorés), mais seuls quelques uns m'ont enthousiasmé, affaire de goût bien sur ! Donc je vais me procurer le dvd
dit "ROBERT"

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tepepa
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Re: Tire encore si tu peux - Se sei vivo spara - 1967 - Giulio Questi

Messagepar tepepa » 18 déc. 2010 14:41

Western très particulier oui, Tire encore si tu peux est tout sauf divertissant. Divertissant, divertir dans le sens de faire changer de direction, de focaliser l'attention du spectateur sur quelque chose de futile pour l'empêcher de penser à sa condition. Tire encore si tu peux, au contraire, plonge le spectateur dans l'horreur de l'humanité, sans excès, mais sans relâche. A aucun moment on ne peut souffler, à aucun moment on a l'impression de passer un bon moment. La forme, la cinématographie, bien que datées, sont suffisamment bien travaillées pour que l'on n'atteigne jamais les excès d'un film comme El Topo de Jodorowsky, et paradoxalement, c'est pour ça qu'il fonctionne mieux dans ses outrances, car on reste finalement dans un déroulement classique, compréhensible et abordable.
Mais nulle ironie dans les scènes chocs, aucun détachement dans la morbidité. Le climat baroque, les éléments surréalistes, le nihilisme ne sont pas "posés", ils ne sont pas crées artificiellement de toute pièce pour partager un effet esthétique avec le spectateur averti et complice. Non, tout celà sent la totale transparence, l'absence complète de calcul. Giulio Questi nous transporte dans ses propres cauchemars, sans détourner le regard et sans chercher le coup médiatique. C'est dit dans les bonus, Tire encore si tu peux est un western uniquement parce que c'était la mode à ce moment là, en réalité c'est tout autre chose, une plongée fascinante et dérangeante dans la noirceur humaine. Le tout est malheureusement bien vieilli, mais encore assez glauque pour que je n'ai plus l'envie, ni le courage, ni la ténacité de m'y perdre à nouveau. :sm32:

1kult
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Re: Tire encore si tu peux - Se sei vivo spara - 1967 - Giulio Questi

Messagepar 1kult » 18 févr. 2011 14:19

Aujourd'hui on sort les pistolets sur 1Kult avec 3 critiques de western. Pour commencer voilà le premier des 3 films de Guilio Questi (ls deux autres sont assez rares, mais les critiques sont sur le site), de loin son meilleur film. Entre film expérimental (le montage, ma narration éclatée) Tire encore si tu peux oscille entre cynisme, détournement des codes et pessimisme. CHEF D'OEUVRE !

http://www.1kult.com/2011/02/18/tire-encore-si-tu-peux-giulio-questi/

:wink:

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lafayette
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Re: Tire encore si tu peux - Se sei vivo spara - 1967 - Giulio Questi

Messagepar lafayette » 22 juil. 2018 17:43

Je viens de voir ce film dans sa version intégrale en Vf plus les parties en Vost naguère coupées ou censurées. Je rejoins les analyses de Inisfree et Tepepa.
Il s’agit du seul western fait sur commande du regretté Giulio Questi mais, s’il était connu pour ses documentaires ou sketchs, il a fait d’autres films dont l’année suivante un polar noir avec Trintignant, Lolo Brigida et Miss Aulin, La mort a pondu un œuf dont il sortira en octobre 2018 un combo dvd Blu-ray en prévente à 19€99.
L’auteur nous dit en bonus avoir fait un film spécial qui en résumé n’est pas enfantin comme les films de Leone ou Corbucci qui selon lui n’offrent pas vraiment matière à réflexion.
Ce film a été fait sur commande pour un producteur très pressé coincé par un contrat et qui devait fournir un western. Il a écrit avec un comparse un scénario en deux jours et le film a été fait rapidement mais est devenu personnel avec tous les ingrédients qu’il y a mis dont beaucoup de choses terribles qu’il a connues et vues transposées au western, ce qui en fait un film à part qui a pu être adoré ou détesté.
Effectivement certaines scènes peuvent choquer tout en n’étant pas aussi gores que de nos jours.
J’ai trouvé très original le fil de l’histoire alors que suite à un braquage meurtrier d’un fourgon d’or de l’armée, la bande américaine va massacrer la partie bande mexicaine qui va être fusillée et enterrée. Mais le chef des Mexicains joué par Tomas Milian n’est pas mort et sauvé par deux indiens.
Mais alors qu’on pense se diriger vers une quête de vengeance jusqu’au boutiste plusieurs fois traitée par le western, ici la bande se fait massacrer et lyncher par la population d’une boirgade. Milian armé de cartouches d’or fabriquées par les indiens arrive à temps pour s’occuper lui même du chef de la bande réfugié dans une bâtisse. Mais il ne l’achève pas et arrive un gros propriétaire local et sa bande en une espèce d’uniforme qui veut retrouver l’or en fait récupèré en douce par deux pontes de la bourgade. Va alors se jouer une espèce de partie de billard à plusieurs bande entre les uns et les autres où de nombreux sujets seront évoqués comme une homosexualité latente des bandits en uniforme, suivie d’un suicide du fils d’un des deux voleurs dont on pourrait penser au viol. Le côté mariage avec un suicide féminin mal aimé ou adultère avec la mort des adultérins est aussi traité mais aussi le racisme avec en plus du massacre des écrivains le scalpage d’un des deux indiens.
La maladie de l’or est bien sûr traitée mais l’or punit ceux qui en sont fondus.
La maltraitance en plus de la violence est traitée longuement pour une femme enfermée et rapidement en peu d’images sur des enfants.
La maltraitance envers les animaux sur un perroquet et sur des chevaux aussi.
La jalousie et ses vilains défauts entre hommes, entre hommes et femmes, et celle devenue haine entre belle mère et beau-fils. Le héros traverse tout ceci en y participant quelque peu mais surtout en témoin et en moteur d’une partie de l’action. A la fin tous les méchants sont punis et il ne reste plus grand monde.
On est loin de la poignée de dollars bien qu’on y pense.
Film et bonus très intéressants.
Dommage qu’après son western et son polar susvisé, Questi amoureux du cinéma français des années 20, ait été happé par les publicitaires qui ont vu comment il pouvait jouer de bien des aspects de la culture populaire de l’époque dans ses films.
Ce film est autre chose que les spaghettis habituels.
Modifié en dernier par lafayette le 22 juil. 2018 18:06, modifié 2 fois.
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lafayette
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Re: Tire encore si tu peux - Se sei vivo spara - 1967 - Giulio Questi

Messagepar lafayette » 22 juil. 2018 17:54

J’ai oublié de dire que le dvd nous offre une belle haute définition.

Décors et cadrages, lumière et couleurs sont traités par un cinéaste qui a tout appris du cinéma ce qu’il vous raconte dans son bonus.
Si Yo voit ce film je lui laisse traiter cet aspect technique avec sa belle plume.
Ariadna Gil et John Wayne icongc1

L..
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Re: Tire encore si tu peux - Se sei vivo spara - 1967 - Giulio Questi

Messagepar L.. » 22 juil. 2018 18:00

L'autre film "culte"' de Giulio Questi, La mort a pondu un oeuf, sort chez StudioCanal cet automne, Blu Ray (France).

Avec Gina Lollobridgida, Jean-Louis Trintignant, Jean Sobieski.


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