Seul contre tous - Rails into Laramie - 1953 - Jesse Hibbs

Voir tous les films critiqués
Règles du forum
Avant d'ouvrir un nouveau sujet de discussion, pensez à consulter la liste de tous les westerns critiqués sur ce forum

SVP : Pour les images larges et lourdes, utilisez IMG2 et non IMG pour faire une miniature. Pensez aux connexions lentes!
Avatar du membre
metek
Colonel
Messages : 15465
Localisation : Canada
Contact :

Re: Seul contre tous - Rails into Laramie - Jesse Hibbs - 1953

Messagepar metek » 22 nov. 2016 22:51

John Payne - Rails Into Laramie (1953)

Image

Avatar du membre
Ethan63
Chasseur de primes
Messages : 756
Localisation : Monument valley

Re: Seul contre tous - Rails into Laramie

Messagepar Ethan63 » 22 nov. 2016 23:50

Merci Metek !!
ImageImageImage


kiemavel
Chasseur de primes
Messages : 789

Re: Seul contre tous - Rails into Laramie - Jesse Hibbs - 1953

Messagepar kiemavel » 08 févr. 2017 1:42

ImageImage


Jeff Harder, un sergent de l'armée américaine qui a toujours vu son avancement bloqué par son tempérament violent et sa fréquentation assidue des saloons, est convoqué à Cheyenne par le Général Augur et se voit offrir l'opportunité de passer capitaine s'il s'acquitte d'une mission spéciale : comprendre pourquoi la construction de la ligne de chemin de fer transcontinentale est bloquée à Laramie depuis des semaines et faire reprendre les travaux au plus vite. C'est seul qu'il arrive à Laramie prendre ses fonctions de Marshall temporaire alors que les notables locaux qui l'accueillent s'attendaient à voir arriver une armée pour reprendre en main la ville et ils sont encore plus dépités lorsqu'ils constatent que Jeff Harder semble au mieux avec Jim Shanessy, le propriétaire du grand hôtel et saloon de la ville, que les notables rendent responsables de la corruption et des désordres régnant en ville. Très vite, il s'avère que Jim Shanessy est responsable des retards du chantier car il entend profiter au maximum de la présence des travailleurs du chemin de fer pour s'enrichir. Dès lors, l'affrontement entre les deux anciens amis est inévitable …

Image Image


Les amateurs comblés avant tout par les histoires mouvementées, les bagarres et les affrontements virils de toutes sortes vont sans doute être repus avec ce Rails Into Laramie plein de scènes d'action dont certaines assez spectaculaires (deux affrontements à bord de trains en marche). D'autres - dont je fais partie - vont probablement un peu rester sur leur faim. En effet, ce western s'est assez longuement fait attendre et j'attendais plus de la rencontre entre John Payne et Dan Duryea (dans le western car ils s'étaient déjà rencontrés dans le film noir : Larceny de George Sherman). La faute à un scénario un peu confus semant quelques petites invraisemblances et surtout à une mise en scène mollassonne et absolument impersonnelle de Jesse Hibbs, absolument à son aise seulement dans des séquences d'action encore une fois nombreuses. Cette histoire reprend quelques situations largement vues dans le western, notamment les retrouvailles de vieux amis servant des intérêts opposés et qui en viennent à s'affronter … avec entre eux - un autre lieu commun du western - la femme aimée par les deux amis puisque Helen (Joyce Mackenzie), la femme dont Jeff (John Payne) était jadis amoureux est devenu la femme de Jim (Dan Duryea)

Image Image


A ces situations pas inédites du tout, le scénariste a apporté quelques originalités, malheureusement pas toutes payantes. Du bon coté de la balance, il y a le caractère - au moins apparent - des deux anciens amis qui vont devenir rivaux. Car de Jeff et de Jim, c'est d'assez loin le "bon" qui se montre d'abord le moins subtil et même le plus violent ; le "mauvais" se révélant un maitre de la rouerie et des faux semblants et présentant une apparence de dandy affable et charmant. La femme au coeur du triangle amoureux est elle aussi un personnage original et intéressant car elle présente une apparence trompeuse et évolue dans un sens inattendu même s'il aurait été préférable de ne pas le montrer dans sa vérité dès sa première apparition car la jeune femme à qui on donnerait le bon dieu sans confession et qui flirte discrètement avec son ancien prétendant n'avait pas préféré pour rien celui qui est devenu son époux car elle est aussi rusée que lui et lui demeure absolument fidèle jusqu'au bout. Or, s'il était intéressant de faire de l'apparente bonne fille la fidèle complice du méchant, il aurait quand même été préférable de le montrer en cours de route et non pas dès la fin de sa première apparition puisque c'est juste après le départ de Jeff de leur domicile, et donc juste après leurs retrouvailles, que l'on prend conscience de la complicité et de l'amour qui unit le couple. Le second personnage féminin est lui beaucoup plus intéressant car plus ambigu. Lou Carter (Mari Blanchard) est l'associée de Jim Shanessy dans sa principale affaire, le saloon et l'hôtel assez luxueux de Laramie. On s'interroge à son sujet. Elle est peut-être sa maitresse ? Son attitude est étrange puisqu'elle semble séduite par le pourtant rugueux Jeff Harder. Double jeu ? Est-elle réellement attirée par le type droit comme un piquet et incorruptible ? Les réponses viennent à la fin parce qu'elle n'est pas vraiment aidée pour faire son choix - si choix il y a à faire - puisqu'elle est plutôt repoussée par Jeff qui semble ne voir en elle qu'une alliée de Jim.

ImageImage


Car je l'ai dit en préambule, la subtilité n'est pas la qualité première de Jeff Harder. C'est même sa réputation d'homme violent qui a motivé le choix du général qui avait besoin d'un homme se sentant comme un poisson dans l'eau dans l'univers des saloons de Laramie. Ce rôle convenait parfaitement aux qualités de comédien de John Payne, jamais aussi bon que lorsqu'il doit jouer de sa présence et de sa force physique. Il avait les qualités de base d'un certain type de mâle westernien : la virilité, la fermeté et l'assurance. Dès sa deuxième apparition, John Payne tombe la chemise et fait voir la moquette. Dans la suivante, il montre sa "stratégie" : foncer dans le tas tête baissée ! Il débarque sur le chantier du chemin de fer où tous les employés flemmardent, envoie au tapis le contremaitre, ordonne la fermeture du bar clandestin bondé dont le tenancier n'est qu'un prête nom (derrière lequel se trouve Jim) et parvient ainsi en quelques minutes à remettre tout le monde au travail. Et tout le monde file droit !! L'incroyable pouvoir dissuasif qui se dégage de Jeff Harder est quand même un peu suspect puisqu'il est effectivement (presque) seul contre tous, et du coup, il me semble que parfois il parvient à mettre au pas tout le monde avec une trop grande facilité. On a la même impression quand, beaucoup plus tard, il fait irruption au milieu d'une réunion initiée par Jim Shanessy au cours de laquelle celui ci tente de pousser les travailleurs du rail à se révolter contre ses décisions : la fermeture du chantier et de tous les bars et tripots ouverts par Jim le longs des voies. En effet, une nouvelle fois tout le monde se soumet … sauf Ace Winton (Lee Van Cleef), le principal homme de main de Jim mais comme le contremaitre à la solde de l'homme d'affaires un peu plus tôt, lui aussi se fait tabasser et humilier.

ImageImage


Ace et son frère Con Winton (Myron Healey) sont d'ailleurs les principaux contestataires du nouvel ordre imposé par Jeff car leur chef le craint et cherche donc à éviter l'affrontement direct. Il tente donc d'abord les méthodes douces : l'appât féminin, la corruption puis l'intimidation discrète. Pour les basses besognes, il est donc secondé par le plus fort de ses hommes, le hargneux Ace, qu'il a d'ailleurs bien du mal à contrôler et qu'il laisse faire - tout en l'avertissant qu'il n'est pas de taille - quand il cherche à affronter Jeff. Plus tard, Jim va organiser la rébellion contre son ancien ami et commanditer des sabotages ; s'assurer de l'isolement de celui qui entrave ses affaires ; corrompre des jurés ; graisser la patte des lâches utiles ; en somme se montrant enfin tel qu'il avait d'emblée été présenté par les notables de la ville : le maitre occulte de celle ci. Dan Duryea est une nouvelle fois remarquable en méchant souriant et enjôleur … mais soufflant dans le dos de ses interlocuteurs des ordres contredisant cette façade sympathique. Il finit par passer lui même à l'action et se montre sous son meilleur jour (on ne l'a quand même pas vu dans tous les films abattre une femme dans le dos) et l'affrontement trouvera son point culminant dans une excellente séquence se déroulant à bord d'un train en marche. De ce coté là, on n'est pas déçu.

ImageImage


En revanche, au moins un aspect est assez raté, c'est un autre thème rebattu du western : les positions hypocrites et contradictoires des notables. C'est employé de manière confuse voire invraisemblable. C'est à la demande de ces notables qu'un Marshall spécial est envoyé à Laramie et l'arrivée d'un homme seul les déçoit fortement puisqu'ils espéraient voir arriver une armée afin qu'elle rétablisse l'ordre et assure la sécurité. Or, on ne voit absolument aucun désordre ou débordement dans la ville … dès lors on ne comprend pas bien de quoi ils se plaignent puisque la présence des employés du chemin de fer sert leurs affaires autant que celles de Shanessy, même ceux qui ne vivent pas de la trilogie : le jeu, l'alcool et les femmes. On pourrait se dire que c'est pour des raisons de moralité qu'ils protestent contre les activités de Jim Shanessy mais il n'en est question à aucun moment. Plus loin, les même notables protestent contre la décision prise par Jeff Harder de fermer les chantiers et tous les établissements provisoires montés par Jim. Encore une fois, on ne comprend pas bien leur motivation. L'idée était sans doute de faire passer l'idée que - comme de coutume dans le western - les notables et petits commerçants veulent l'ordre et la sécurité … tant que ça ne nuit pas à la prospérité de leurs affaires. Mais c'est confus et même parfois incohérent même si on comprend que ce qui les gênent c'est la radicalité de Jeff et la violence de ses méthodes. On a surtout l'impression que le scénariste voulait coute que coute montrer l'isolement de Jeff. C'est réussi ; si on veut.

ImageImage


Jeff Harder n'est en réalité pas tout à fait seul puisqu'il a quelques alliés qui se révèlent en cours de route. D'abord Lou Carter (mais je ne rentre pas dans les détails de son rôle personnel) et avec elle, les femmes de la ville qui jouent un rôle dans la neutralisation de Jim Shanessy puisque, à la suite des jugements systématiquement favorables à l'homme d'affaires en raison des intimidations et menaces que subissent les jurés hommes, les femmes de la ville décident de constituer un jury 100 % féminin (ce fait est historique puisque c'est au Wyoming, à l'époque où se passe le western de Hibbs, qu'a délibéré le premier jury féminin de l'histoire américaine). C'est tout de même un peu un gadget … même si ça partait surement d'un volonté de montrer une évolution dans l'implication des femmes dans la vie de la cité et l'affirmation de leurs droits. Mais le premier allié aura été, presque à reculons mais plus concrètement car les armes à la main (même si elles ne servent presque pas) le shérif de Laramie qui se retrouve contraint d'assister Jeff. Le rôle est tenu par James Griffith encore une fois formidable dans le rôle de ce shérif passif et même un peu lâche mais qui l'assume (et ses petits sourires dépités sont si désarmants et si sincères qu'il n'est pas du tout accablé par le rugueux Jeff Harder qui se montre tout juste un peu sarcastique). Le poltron devient son assistant et finit par trouver du courage au point de vouloir prendre des risques inconsidérés. Parmi les notables, on reconnait quelques "têtes à western" : Barton MacLane, Harry Shannon … Parmi les autres talents, je signale la bonne musique et notamment une bonne chanson générique chantée par Rex Allen. 6/10. DVD gravé (vost)

ImageImage


Le trop naïf shérif tend un miroir à Jim afin que celui ci puisse se raser. Ce dernier lui fait comprendre que le rasoir pourrait aussi bien servir à lui trancher la gorge. Dan Forever !

ImageImage

Avatar du membre
chip
Lieutenant
Lieutenant
Messages : 7233

Re: Seul contre tous - Rails into Laramie - Jesse Hibbs - 1953

Messagepar chip » 08 févr. 2017 8:37

Ma VHS du film a pris la direction de la déchetterie :oops: mais puisque il s'agit d'un film Universal, il a une chance de rejoindre les autres westerns du studio chez Sidonis-Calysta.

Avatar du membre
lasso
Lieutenant
Lieutenant
Messages : 7137
Localisation : oregon

Re: Seul contre tous - Rails into Laramie - Jesse Hibbs - 1953

Messagepar lasso » 25 nov. 2017 16:50

à voir sur Studio Universal Classics Channel, allemagne : abonnement 3,99 Euros/mois - en langue allemande.

Un Western Chemin de Fer. De belle allure. Dès la première scène, ce film promet ! Promesse remplie, par la suite le déroulement est très
dynamique et nous fait vibrer jusqu'à la fin. Très bons acteurs/actrices.


Image
Image

Dan relaxe avec Mari
Image

le premier Jury de femmes aux E.U.
Image

Avatar du membre
Abilène
Chercheur d'or
Chercheur d'or
Messages : 4242
Localisation : Moulins (Allier)

Re: Seul contre tous - Rails into Laramie - Jesse Hibbs - 1953

Messagepar Abilène » 29 juil. 2018 11:53

Image
Image
Image

Avatar du membre
Moonfleet
Eclaireur 
Eclaireur 
Messages : 1884
Contact :

Re: Seul contre tous - Rails into Laramie - Jesse Hibbs - 1953

Messagepar Moonfleet » 29 juil. 2018 11:56

Le film que je rêverais le plus vois sortir chez Sidonis. Non seulement il est très sympa (revu récemment) mais c'est une sorte de madeleine de Proust ; ce fut avec ce film qu nous faisions nos adieux à la dernière séance.

Avatar du membre
COWBOY PAT-EL ZORRO
Chercheur d'or
Chercheur d'or
Messages : 4868
Localisation : Val-de-Marne
Contact :

Re: Seul contre tous - Rails into Laramie - Jesse Hibbs - 1953

Messagepar COWBOY PAT-EL ZORRO » 29 juil. 2018 15:06

Bonjour. Ah nous sommes d'accord ! Le dernier film de LA DERNIERE SEANCE (curieuse programmation d'ailleurs avec LE DESERTEUR DE FORT ALAMO en début d'après-midi puis une série d'aventures en Afrique il me semble... Et ce film vers minuit et des poussières)(enregistré par feu mon grand-père paternel)... UN DVD MÊME VOST SEULE ME CONVIENDRAIT...
Image

Avatar du membre
lasbugas
Baron du bétail
Baron du bétail
Messages : 12459
Localisation : TOULOUSE
Contact :

Re: Seul contre tous - Rails into Laramie - Jesse Hibbs - 1953

Messagepar lasbugas » 04 nov. 2018 7:39

Image
Image

Avatar du membre
Moonfleet
Eclaireur 
Eclaireur 
Messages : 1884
Contact :

Re: Seul contre tous - Rails into Laramie - Jesse Hibbs - 1953

Messagepar Moonfleet » 20 avr. 2019 10:17

Image



Seul contre tous (Rails into Laramie - 1953) de Jesse Hibbs
UNIVERSAL


Avec John Payne, Mari Blanchard, Dan Duryea, Barton MacLane
Scénario : D.D. Beauchamp & Joseph Hoffman
Musique : sous la direction de Joseph Gershenshon
Photographie : Maury Gertsman (1.37 Technicolor)
Un film produit par Ted Richmond pour la Universal


Sortie USA : 14 avril 1954


Wyoming 1869. Le Général Augur, souhaitant comprendre pourquoi la ligne de chemin de fer transcontinentale est bloquée aux abords de la ville de Laramie, envoie le sergent Jeff Harder (John Payne) pour résoudre l’affaire. En effet, il estime que cet officier forte tête au tempérament batailleur et aux mœurs dissolues sera le plus à même de mener à bien cette mission urbaine et lui promet de lui obtenir son avancement de Capitaine s’il réussit. Alors que les notables attendaient un bataillon entier pour remettre de l’ordre, ils sont étonnés et fortement déçus de voir arriver un homme seul. Lorsqu’ils se rendent compte que ce nouveau Marshall est en bons termes avec Jim Shanessy (Dan Duryea), ils n'en sont que plus dépités ; en effet c’est ce dernier qu’ils soupçonnent de tous les maux dont les retards du chantier de chemin de fer. Ils sont persuadés qu'en tant que propriétaire du saloon et de l’hôtel, il espère pouvoir profiter au maximum de la présence des ouvriers pour se remplir les poches. Quoiqu’il en soit et même s’ils sont de vieux amis, Jeff entendant accomplir le travail qu’on lui a demandé, l’affrontement avec Jim semble inévitable d’autant qu’il ne supporte pas ses tentatives de corruption et d’intimidation à son égard…


Image
Image


Avant de passer derrière la caméra pour un petit corpus de douze films en tant que cinéaste, Jesse Hibbs aura été footballeur puis assistant réalisateur auprès, entre autres, de John Ford et Anthony Mann. Dans le domaine du western, il a débuté en 1954 par le très plaisant Chevauchée avec le diable (Ride Clear at Diablo) qui nous proposait la rencontre jubilatoire entre Audie Murphy et Dan Duryea avant de donner pour partenaire à ce dernier un autre grand comédien spécialisé dans la série B, John Payne ; c'était pour le film qui nous intéresse ici, tourné seulement quelques semaines plus tard, le tout aussi agréable Seul contre tous (Rails into Laramie). Si la critique a toujours fait la fine bouche avec une extrême sévérité vis-à-vis du réalisateur, sa courte filmographie westernienne nous aura pourtant octroyé, à défaut de grands films, quelques autres œuvres très divertissantes dont en 1956 L’Homme de San Carlos (Walk the Proud Land), curieux western pro-indien, très digne et quasiment sans aucune violence. Seul contre tous (Rails into Laramie) –l’un de ses films les plus réussis- possède une aura extra-cinématographique toute particulière pour la plupart des cinquantenaires amateurs de feu ‘La Dernière séance’ puisqu’il s’agit du dernier film présenté lors de cette mythique émission de télévision de Gérard Jour'dhui et Eddy Mitchell. Profitons-en au cas où certaines oreilles influentes traineraient dans le coin : il va de soi que tous ces ‘enfants de la télé’ seraient probablement fort ravis de voir sortir une édition de ce film sur galette numérique. A bon entendeur...


Image
Image


Avec, attelés au scénario, D.D. Beauchamp -une tripotée d’excellents westerns à son actif dont les meilleurs sont signés Nathan Juran (Gunsmoke), Budd Boetticher (The Man from the Alamo), King Vidor (The Man without a Star) ou Allan Dwan (Tennessee’s Partner)- ainsi que Joseph Hoffman -d’autres westerns Universal très plaisants dont Duel at Silver Creek de Don Siegel, The Lone Hand de George Sherman ou Tall Man Riding de Lesley Selander- il n’y avait pas de raison de s’inquiéter avant de commencer le visionnage de ce deuxième western de Jesse Hibbs ; d’autant plus que le producteur Ted Richmond avait déjà prouvé qu’il possédait un goût assez sûr -c’est lui qui en ce début des 50’s met le pied à l’étrier de Budd Boetticher dans le domaine du western avec l’excellent The Cimarron Kid- et que les équipes Universal étaient alors parfaitement rodées pour ce style de westerns de série B en Technicolor, n’ayant jusqu’à présent qu’assez peu de ratés à déplorer, forts aussi de cascadeurs chevronnés et de secondes équipes d’une redoutable efficacité. D’ailleurs, les amateurs de séquences mouvementées seront à la fête car d’une part les scènes d’action à bord d’un train en marche s’avèrent très spectaculaires pour l’époque (et notamment le ‘pugilat’ entre Myron Healey et John Payne sur le toit d’un wagon), de l’autre les bagarres à poings nus sont 'jouissivement' teigneuses et totalement crédibles, témoin ce coup de pelle lancé par John Payne dans la figure d’un récalcitrant qui fait son petit effet. Le comédien est d’ailleurs très à l’aise dès qu’il s’agit de donner du poing, paraissant même ne pas être doublé ; à tel point que son Jeff Harder n’a pas besoin de sortir beaucoup d’arguments pour que tout le monde se soumette, ses mots et ses actes s’avérant grandement dissuasifs.


Image
Image


L’histoire est celle d’un soldat un peu rustre envoyé dans une petite ville du Wyoming pour enquêter sur le pourquoi de l’arrêt des travaux d’une ligne de chemin de fer. Il comprendra vite qu’il s’agit du tenancier de l’hôtel et du saloon qui, devant la manne financière apportée par les ouvriers, fait en sorte qu’ils restent sur place le plus longtemps possible ; sauf que cet homme qui tient la ville sous sa coupe est aussi un vieil ami qui a même épousé la femme qu’autrefois il aimait. On devine d’emblée que malgré les tentatives de corruption –liasses de billets mais aussi sa charmante associée qu’il pousse dans ses bras- et d’intimidation -Lee Van Cleef toujours prêt à lui trouer la peau sans réfléchir- l’affrontement va devenir non seulement inévitable mais violent. Et l'on comprend assez vite que c’est avant tout la confrontation de ces deux grands acteurs du film de série qui fera tout le sel de ce petit western sinon assez routinier. John Payne –qui sera absolument fabuleux dans les westerns Bogeaus de Allan Dwan- et Dan Duryea -qui, avec sa voix nasillarde et ses mimiques inquiétantes aura probablement été le comédien qui aura campé le plus grand nombre de Bad Guys parmi les plus inoubliables du western de série B- forment un duo absolument jubilatoire. Ils sont bien entourés par une pléiade de seconds rôles qui ne sont pas en reste et notamment Lee Van Cleef tout en sadisme ainsi que la très jolie Mari Blanchard dans le rôle de la tenancière du saloon, personnage assez ambigüe par le fait que nous ne savons jamais vraiment de quel côté elle penche, si elle est sincère lorsqu’elle tourne autour du viril Marshall ou si c’est son vil associé qui lui en a donné l’idée pour le mettre hors d’état de nuire. L’autre personnage féminin aurait pu être passionnant s’il n’avait pas été aussi sacrifié et si les scénaristes ne l'avaient pas laissé tomber un peu vite : Joyce Mackenzie -avec son visage d’ange à la Donna Reed- interprète l’épouse de Duryea, l’ex-petite amie de Payne, une femme tellement amoureuse de son mari qu'elle est prête à tout pour l'aider, excusant même tous ses méfaits.


Image
Image


Enfin, parmi cette sympathique galerie de personnages nous pourrons aussi nous régaler de celui du shérif poltron mais éminemment attachant superbement campé par James Griffith. Parmi les autres éléments intéressants, on notera une situation cocasse même si historiquement véridique, le premier jury entièrement féminin à statuer lors d'un procès dans cet Etat du Wyoming qui sera également le premier à accepter le vote des femmes. Dans le film, c’est suite à l’intimidation des différents jurys composés d'hommes que les femmes décideront de démontrer qu’elles peuvent être plus courageuses que leurs homologues masculins, ne se démontant pas et faisant enfin régner la justice en faisant emprisonner le 'dictateur' de leur cité ; une sympathique intrusion du féminisme naissant au sein du genre traditionnellement le plus ‘machiste’ ! Dommage que cette séquence arrive alors que le film accuse en son milieu un petit ‘ventre mou’ avec un rythme un peu plus relâché. Dommage également que certaines motivations ne s'avèrent pas évidentes à comprendre et notamment celles des notables dont on ne sait plus trop à un moment donné ce qu’ils veulent (peut-être que eux non plus d'ailleurs). Ceci dit les 75 minutes passent comme une lettre à la poste, les retournements de situations et les scènes d’action vigoureuses étant assez nombreuses, les dialogues acérés jamais en reste pour que l’ennui n’ait jamais le temps de s’installer. Pour les connaisseurs, il sera assez amusant de repérer les nombreuses analogies du scénario avec celui de Destry Rides again (Femme ou démon) dont D.D. Beauchamp écrira d’ailleurs le remake en 1955 réalisé par George Marshall avec Audie Murphy ; on se demandera également si Howard Hawks n’aurait pas pris quelques idées en voyant ce film pour son futur Rio Bravo : le shérif qui fait la sieste dans une cellule, les relations entre John Payne et James Griffith…


Image
Image


Pour être tout à fait franc, il s’agit d’un western tout à fait conventionnel réservé exclusivement aux amateurs du genre ; cependant, les acteurs convaincants et rompus à l’exercice avec en tête un John Payne charismatique, les efficaces séquences d’action, la qualité honorable du scénario, les punchlines qui fusent, un joli thème musical principal chanté durant le générique par Rex Allen, la beauté du Technicolor et le travail très efficace de tous les techniciens du studio en font, malgré une baisse de rythme à mi-parcours, une série B bougrement plaisante.

Quel bonheur que ESC se penche enfin sur son cas !

Avatar du membre
lasso
Lieutenant
Lieutenant
Messages : 7137
Localisation : oregon

Re: Seul contre tous - Rails into Laramie - Jesse Hibbs - 1953

Messagepar lasso » 25 avr. 2019 10:20

encore en avance, les allemands vont éditer à partir de demain 26 avril 2019 anglais/allemand ce Western tant attendu

Image

Avatar du membre
pak
Harmonica
Messages : 3446
Localisation : Massy town
Contact :

Re: Seul contre tous - Rails into Laramie - Jesse Hibbs - 1953

Messagepar pak » 28 avr. 2019 13:40

Moonfleet a écrit :Quel bonheur que ESC se penche enfin sur son cas !


Ben pour le coup, c'est plutôt Movinside qu'il faut remercier, car c'est l'éditeur, ESC distribue... En tous car la jaquette mentionne bien les deux.
Quand on joue dans un western, on peut embrasser le cheval mais pas l'actrice.

Gary Cooper


http://www.notrecinema.com/

Le quiz western 2014

Avatar du membre
Moonfleet
Eclaireur 
Eclaireur 
Messages : 1884
Contact :

Re: Seul contre tous - Rails into Laramie - Jesse Hibbs - 1953

Messagepar Moonfleet » 28 avr. 2019 13:43

Movinside n'existe plus. Il avait peut-être récupéré les droits et les a cédé à esc

Avatar du membre
pak
Harmonica
Messages : 3446
Localisation : Massy town
Contact :

Re: Seul contre tous - Rails into Laramie - Jesse Hibbs - 1953

Messagepar pak » 28 avr. 2019 14:05

C'est une info ou une supposition ?

Parce qu'on se demandait, après son arrêt l'été dernier, si Movinside ne se contentait plus désormais que de l'édition (ou l'acquisition de droits), vu que son nom est mentionné sur pas mal de jaquettes de sorties récentes (les westerns distribués par ESC mais aussi La Rue rouge de Fritz Lang, Taking off de Milos Forman, Crime à distance de Ken Hughes... Tous ces titres étant il est vrai distribués par ESC).

S'il y a une mention Movinside, c'est bien que ce dernier a encore une existence juridique ?

De plus les boutiques Movinside sur les sites de vente (Amazon, Ebay, Rakuten... ) sont toujours actives. J'ai pu voir qu'on pouvait y acheter les titres Les Rebelles ou Badlands Of Dakota parus en mars).
Quand on joue dans un western, on peut embrasser le cheval mais pas l'actrice.

Gary Cooper


http://www.notrecinema.com/

Le quiz western 2014



Retourner vers « Les Westerns : critiques et illustrations de films »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 2 invités