Un dollar entre les dents - Un dollaro fra i denti - 1967 - Luigi Vanzi

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Breccio
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Un dollar entre les dents - Un dollaro fra i denti - 1967 - Luigi Vanzi

Messagepar Breccio » 30 nov. 2007 19:33

Un détachement de l’US Cavalry convoie un coffre plein d’or destiné au gouvernement mexicain. Le bandido Aguilar (Frank Wolff) prend la place de l’officier chargé de le réceptionner et, aidé par un Étranger sorti de nulle part (Tony Anthony), s’empare du trésor. Puis l’Étranger demande sa part, à savoir la moitié, et c’est alors que les choses se gâtent…

Voilà. Si vous avez un timbre-poste sous la main, collez le scénario dessus et ça vous fait un truc à encadrer et à accrocher au mur. Sauf que je n’ai pas parlé des détails, bien sûr.

Commençons par l’acteur principal, à qui divers ouvrages sur le genre font une réputation de mégalo. Ici, il n’est crédité que comme interprète, mais il investit déjà son personnage d’une sacrée texture. Le but du jeu, c’est de partir de l’Étranger interprété par Clint Eastwood dans les deux premiers Leone et de le porter au paroxysme ou, quand c’est impossible, d’en prendre le contre-pied le plus velu.

Côté vestimentation, comme dirait Gian Lhassa, on est en plein dedans : long johns rose crasseux, chapeau informe, poncho… comment qualifier ce poncho ? Vous avez déjà dormi dans une couverture SNCF wagon-couchettes 2e classe ? C’est pire.

Côté physique, Tony Anthony est l’exact contraire d’Eastwood : petit, doué d’un charisme de concombre, un visage ingrat (un mélange de Gérard Rinaldi et de Michael J. Fox, si tant est qu’une telle chose soit possible), et, en dépit d’une carrure de cascadeur râblé, si mauviette d’allure qu’on a l’impression que c’est lui qui se fait mal quand il file une beigne à quelqu’un.

De son côté, Frank Wolff, qui s’en est toujours voulu d’avoir refusé le rôle de Ramon Rodos, se rattrape de cette occasion perdue en accumulant roulement d’yeux suggestifs et rires homériques. Il en fait des tonnes, mais ça tombe bien : c’est ce qu’on lui demande.

Bon, me direz-vous, mais quel est l’intérêt de cette resucée de Pour une poignée de dollars ? D’abord, ce n’est pas seulement une resucée de Pour une poignée de dollars, car certains détails sont empruntés à Et pour quelques dollars de plus. Par exemple, l’Étranger dresse à un moment donné le catalogue des bandidos d’Aguilar, en citant la prime offerte pour chacun d’eux. Puis il y a toute cette scène dans l’église en ruine où la bande a dressé campement et où notre héros se fait prendre alors qu’il croyait avoir pris.

Suite logique : l’obligatoire scène de passage à tabac. Et ça y va à la manœuvre, vous pouvez m’en croire.

Ce qui nous amène fort logiquement à évoquer la dimension masochiste de ce film. Non seulement ce pauvre Etranger n’a plus figure humaine, mais il est en outre tombé dans les griffes d’un couple pervers comme je vous raconte pas. Aguilar est en effet assisté dans ses œuvres par sa copine, une dénommée Maruca (Gia Sandri), qui nous la joue dominatrice à fond la caisse. Genre on ne frappe pas un homme à terre, on le fouette.

Comme notre couple infernal a enlevé l’héroïne style madone du fond de l’Espagne qui a aidé notre héros, je vous raconte pas la sexualité trouble qui se dégage de tout ça. Avec bébé innocent qui manque de peu d’être offert en sacrifice, ou alors j’ai mal compris.

Brefle, tout ça se finit comme il se doit en bataille rangée dans le village du début, où, pour se distraire, on peut s’amuser à compter les emprunts franchement assumés à l’imagerie léonienne : gilet pare-balles en métal, sauf que notre héros utilise carrément un wagonnet — non, plusieurs ; duel à armes inégales, sauf qu’ici ce n’est pas fusil contre revolver mais pétoire à deux coups contre mitrailleuse ; élimination des hommes de mains avec gags à l’appui (et utilisation des espaces sous les trottoirs en bois)…

Autant de figures imposées qu’on voit défiler en jubilant.

Je signale pour finir la présence de ces gueules de seconds couteaux qu’on aime tant : Raf Baldassare, un pote à Anthony qui l’a mis dans tous ses films — ici, il est un peu discret, mais ça changera ; Aldo Berti, dans le rôle de Marinero (« Si on m’appelle comme ça, c’est parce que j’aime l’eau », dit-il au curé du village avant de lui infliger le supplice de la baignoire) ; enfin, j’ai cru reconnaître Piero Vida, une gueule vraiment sympa.

Mention spéciale à Benedetto Ghiglia pour sa musique lancinante et au figurant danois Lars Bloch, auteur du célèbre documentaire proposé en bonus du DVD Canal+ Le Grand Silence (et il s’appelle pas George, il s’appelle Ted).

Breccio a dit : allez-y voir de plus près, si vous êtes aussi malade que moi.

Ben où le voir, au fait ? Il existe un DVD américain NTSC zone zéro sorti par Alfa Digital, que je recommande faute de mieux. Ça provient d’un enregistrement télé (le logo de la chaîne est à moitié visible à un moment), avec une image si terne que, même en réglant la luminosité de mon PC au maximum, j’avais l’impression qu’un banc de brume était tombé sur la province d’Almeria, et une pixellisation qui évoque les repiquages pirates au téléphone portable dans les salles d’exclusivité.

Sur ce DVD figure aussi le deuxième film de la trilogie, que je critique dans la foulée - c'est ici :
http://www.westernmovies.fr/forum/viewt ... 9266#49266

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edocle
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Messagepar edocle » 30 nov. 2007 19:50

Pervers ... vous avez dit pervers ? :mrgreen:
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Sartana
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Messagepar Sartana » 30 nov. 2007 21:50

Pour Frank Wolff je le regarderai...
"Il suffit de franchir les limites de la violence individuelle qui est criminelle,
pour atteindre la violence de masse qui... qui fait l'histoire..." Brad Fletcher dans Le dernier face à face
Personne a écrit :Sartana, tu as un coeur de pierre!

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Trinita
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Messagepar Trinita » 30 nov. 2007 22:46

Un film de 67 est toujours à voir. :D en plus il ya le grand Franck Wolff.

L..
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Re: Un dollar entre les dents - Un dollaro fra i denti - 1967 - Luigi Vanzi

Messagepar L.. » 29 déc. 2009 10:19

Le film existe maintenant dans une excellente copie, quasiment neuve, de chez Titanus, avec un transfert de très bonne qualité , irréprochable, chez SPO, Japon (sorti cet été...mais vu seulement cet hiver), DVD langue italienne seulement (sous-titre japonais), 1.66 , anamorphique 16X9.

Le film mélange "Pour une poignée de dollars" et le second Leone (comme le dit Breccio) mais rappelle aussi le Yankee de Tinto Brass, pour son formalisme esthétique qui fournit son principal intérêt ( le DVD SPO est vraiment remarquable pour apprécier la photo de Masciocchi, bien connu de amateurs, ses effets de clair-obscur relevé de couleurs vives, et le travail de la profondeur de champ) .

Venu de chez Antonioni, dont il fut l'assisant, Vanzi concocte un film quasiment muet (et ici il faut y entrer), et utilise les décors de Cinecitta (ghost town et partie mexicaine) non sans habileté ( le rail qui passe à travers la ville) aéré de quelques plans pris dans les carrières romaines. Le travail de la couleur fait tout passer.

Cette première collaboration entre Vanzi et Antonioni donne plutôt très envie de voir les autres, édités dans d'aussi bonnes dispositions naturellement.
Modifié en dernier par L.. le 29 déc. 2009 12:06, modifié 1 fois.

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Re: Un dollar entre les dents - Un dollaro fra i denti - 1967 - Luigi Vanzi

Messagepar Cartman » 29 déc. 2009 11:19

Ah oui, je me le suis offert ce DVD SPO et c'est vrai qu'il n'y a vraiment pas photo par rapport au précédent bootleg qui circulait. La piste anglaise n'a pas été reprise d'ailleurs. Si toute la filmographie de Tony Anthony pouvait bénéficier de telles éditions...

Quelques captures :

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Re: Un dollar entre les dents - Un dollaro fra i denti - 1967 - Luigi Vanzi

Messagepar edocle » 06 févr. 2010 15:53

Breccio a écrit :Aguilar est en effet assisté dans ses œuvres par sa copine, une dénommée Maruca (Gia Sandri), qui nous la joue dominatrice à fond la caisse. Genre on ne frappe pas un homme à terre, on le fouette.

Surtout que la belle est moulée dans un pantalon d'homme, je ne vous dit que ça !
Bon elle en profite pour se taper la belle villageoise et ça en 67 ce n'était pas courant,
même dans un western spaghetti ! :mrgreen:
Peu de dialogue dans ce film, si les comédiens ont été payé à la ligne, il n'ont pas dû
toucher grand chose ! J'ai compté environ 180 lignes de dialogues !
Comme dit mon copain Gator, qui a ressorti la version française de sa cave,
avec une dizaine de cartons, ça fait un superbe film muet !!! :lol:
Amicalement E.
:beer1: :beer1:
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Re: Un dollar entre les dents - Un dollaro fra i denti - 1967 - Luigi Vanzi

Messagepar edocle » 06 févr. 2010 19:16

Tiens pour faire bien, l'affiche de la version française ! :sm12: :welcome:
Image
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:beer1: :beer1:
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Re: Un dollar entre les dents - Un dollaro fra i denti - 1967 - Luigi Vanzi

Messagepar rex lee » 10 févr. 2010 16:46

edocle a écrit :Surtout que la belle est moulée dans un pantalon d'homme, je ne vous dit que ça !
Bon elle en profite pour se taper la belle villageoise et ça en 67 ce n'était pas courant,
même dans un western spaghetti ! :mrgreen:


C'est sûr ! Et c'est très bien suggéré ... :wink:
Bon , ce que j'aime surtout dans ce western , c'est la séquence finale au cours de laquelle Tony Anthony affronte Frank Wolff . C'est original , bien mis en scène ...
Pour le reste , pas mal de longueurs ( le scénario tient en quelques lignes ! ) qu'une musique envahissante ( un peu crispante , même ) ne parvient pas à faire oublier ...
Et comme l'a fort justement souligné Edocle , le film est presque muet !
Malgré tout , c'est un film que tout amateur de spaghetti se doit d'avoir vu car tout y est ! Les autres détesteront , c'est certain .
:beer1: :beer1:

L..
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Re: Un dollar entre les dents - Un dollaro fra i denti - 1967 - Luigi Vanzi

Messagepar L.. » 16 avr. 2018 11:57

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Les éditions DVD (Japon, Allemagne) sont remarquables, si ce BR est du même calibre que le BF de Johnny Yuma, c'est spectaculaire !

A suivre...




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