La Ville Abandonnée - Yellow Sky - 1948 - William A. Wellman

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Arizona Kid
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Re: La Ville Abandonnée - Yellow Sky - 1948 - William A. Wellman

Messagepar Arizona Kid » 29 oct. 2017 16:00

Comment ai-je pu oublier que c'était aussi la musique de Brigham Young, avec l'ami Tyrone?
D'autant plus que j'ai visionné ce film il y a moins d'un mois :shock:

En tous cas, j'aime beaucoup ce thème léger et bondissant, qui fleure bon l'aventure, mais qui est étrangement utilisé à contre-emploi dans les trois films dont nous parlons.
Brigham Young, La Ville abandonnée et L'Attaque de la malle-poste, sont en effet des westerns assez durs, bien loin d'une quelconque gaudriole: persécutions, exode, épreuve du racisme et de l'intolérance religieuse dans le premier, prise d'otages, meurtres et violence psychologique dans les deux autres.

Et au rayon des musiques recyclées à foison, n'oublions pas les studios Universal, avec notamment ce superbe thème accompagnant L'Implacable poursuite - The Saga of Hemp Brown (1958) , un de mes westerns préférés de Rory Calhoun, et qui du reste fait office de leitmotiv aux bandes-annonces des DVD de la Collection Sidonis.

Ce score, à la fois martial, conquérant et tourmenté, colle si bien à l'action de ce film que j'ai été choqué de l'entendre sur Sans foi ni loi - Incident at Phantom Hill, autre western Universal bien plus tardif (1966) mais très sympathique au demeurant, et aussi sur je ne sais plus quel western d'Audie Murphy... antérieur de plusieurs années à L'Implacable poursuite !!
Ce qui fait que j'ignore sur quel film ce thème a été étrenné pour la première fois :lol:

Je me demande d'ailleurs pourquoi les studios, à cette époque, recyclaient à ce point les thèmes musicaux de leurs génériques -bien que je me doute qu'il y ait là-dessous une basse volonté économique- alors que durant les films, leurs compositeurs jouent parfois plusieurs musiques différentes.
Quelle différence y avait-il à payer le compositeur pour un générique inédit puisqu'il écrivait une partition nouvelle pour les autres scènes?

Quant au Fouet d'argent, dont je me languis la sortie, je sais au moins que je ne risque pas d'être déçu par sa musique :sm57:
" Personne ne t'empêchera de partir si c'est ce que tu veux; mais laisse-moi te donner un conseil, fiston: dans ce pays, c'est très mal vu de toucher au cheval d'un autre homme... " (Joël McCrea, Cattle Drive, 1951)
:sm70:

Hannie Caulder
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Re: La Ville Abandonnée - Yellow Sky - 1948 - William A. Wellman

Messagepar Hannie Caulder » 05 févr. 2018 11:51

L'écriture du scénario est aussi remarquable qu'efficace. La psychologie des personnages est rudement bien travaillé. Niveau interprétation, c'est que du bon. Gregory Peck est parfait en bad guy au bon fond, Richard Widmark nous prouve qu'il est à l'aise dans le rôle de méchant et Anne Baxter compose une femme forte, au caractère bien trempé, très éloigné de l'image de la femme soumise que l'on se fait du western américain classique. La mise en scène quant à elle est d'une grande maîtrise. Certains ont reproché le happy end, mais moi, je l'ai trouvé bien placé. William A. Wellman signe un western âpre, rugueux, prenant et très réussi.
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Arizona Kid
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Re: La Ville Abandonnée - Yellow Sky - 1948 - William A. Wellman

Messagepar Arizona Kid » 17 févr. 2018 22:50

Revu ce soir, avec le paternel cette fois, ce superbe western signé Wellman: que pourrais-je ajouter de plus à tout ce qui a été dit précédemment? Si ce n'est que nous nous trouvons en présence d'une des meilleures compositions de Grégory Peck au sein du genre -idem pour Richard " Gandin " Widmark- , dans un des plus beaux décors de ville fantôme de l'histoire du western au cinéma...

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Moonfleet
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Re: La Ville Abandonnée - Yellow Sky - 1948 - William A. Wellman

Messagepar Moonfleet » 06 mai 2019 20:43

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La Ville Abandonnée (Yellow Sky , 1948) de William Wellman
20TH CENTURY FOX


Sortie USA : Décembre 1948

Du point de vue de l’apparition de nouveaux talents au sein du western, la fin de l’année 1948 aura été faste qui, après Alan Ladd, nous aura permis de découvrir un autre grand acteur du genre, le génial Richard Widmark. On se rend alors compte que son interprétation fulgurante dans Le Carrefour de la Mort (Kiss of Death) n’aura pas été un ‘One Shot’. D’ailleurs, entre les deux films, il aura été aussi remarqué dans La Dernière Rafale (The Street with no Name) de William Keighley et dans La Femme aux Cigarettes (Road House) de Jean Negulesco. Quatre films et déjà un sans faute annonçant l’une des filmographies les plus riches du cinéma américain. Quant à William Wellman, après nous avoir laissé sur notre faim avec son Buffalo Bill, il revient ici à des sommets grâce aussi à son scénariste, celui qui avait déjà écrit pour lui en 1943 le très courageux L’étrange Incident (The Ox-Bow Incident) d’heureuse mémoire. Si l’intrigue de Yellow Sky est moins ambitieuse, son scénario est tout aussi remarquable, tout aussi tendu, tout aussi efficace et rempli de fines notations psychologiques : un modèle du genre !


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Sept hors-la-loi dirigés par Stretch (Gregory Peck) cambriolent la banque de Rameyville. Les pillards prennent la fuite poursuivis par un détachement de cavalerie. Après avoir perdu l’un de ses membres, le gang est obligé de s’engager dans un désert de sel qui s’étend à perte de vue. Brûlés par le soleil, exténués et assoiffés, les six survivants finissent pourtant par sortir de cette suffocante fournaise lorsqu’ils atteignent la ville fantôme de Yellow Sky. Ils y trouvent de l’eau mais aussi, dans une cabane au bout de la rue principale, un grand-père (James Barton) et sa petite-fille prénommée Mike (Anne Baxter), une jeune femme téméraire qui ne souhaite pas se laisser intimider. Les bandits sont persuadés qu’ils cachent de l’or car sinon, que feraient-ils seuls dans ce trou perdu visité régulièrement par les Apaches ? Il s’avère rapidement qu’ils avaient vu juste. Le groupe va se disloquer peu à peu suite aux tensions grandissantes dues à l’appât du gain et à la présence féminine qui ravive bien des envies. Des rivalités se font jour et opposent les bandits ; le peu scrupuleux Dude (Richard Widmark) se dresse contre son chef qui, tombé amoureux de la jeune femme, veut désormais la protéger, elle, son grand père et leur or enfoui dans une mine alentour…


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Sorti en France également sous le titre de Nevada, Yellow Sky est probablement le western plus âpre et le plus rude vu jusqu’ici ; on sent un net changement de ton en regard de tout ce qui s’était fait avant. On aurait d’ailleurs aussi pu dire ça du Trésor de la Sierra Madre, western moderne de John Huston se déroulant dans les années 30, sorti quelques mois auparavant et qui narrait déjà les effets désastreux de la cupidité sur un groupe d’amis aventuriers. On ne dira jamais assez tout le bien qu’il faut penser du scénariste Lamar Trotti, auteur entre autres des plus beaux films de Henry King dans sa collaboration avec Tyrone Power et qui avait déjà été aussi à l’origine, dans le genre qui nous préoccupe, des très beaux scénarios de Sur la Piste des Mohawks (Drums Along the Mohawk) de John Ford ainsi que de Brigham Young d’Henry Hathaway. Un homme pétri d’humanité mais dont le travail ne sombre jamais (ou rarement) dans le sentimentalisme ; ici, en association avec le non moins talentueux W.R. Burnett (auteur du roman), il signe un script noir, resserré et d’une grande intensité auquel la ‘Writers Guild of America’ décerna le prix du meilleur scénario de western l’année de sa sortie. Il y avait de quoi ; rarement nous n’avions ressenti une telle constante tension à la vue d’un western. L’intrigue a beau ne pas briller par son originalité, elle n’en est pas moins assez nouvelle pour l’époque et a le mérite d’être écrite à la perfection (dialogues restreints mais finement ciselés), les rebondissements ne prenant jamais le pas sur la riche description de tous les personnages, l’évolution de chacun s’avérant plus complexe qu’attendue et du coup passionnante, les affrontements psychologiques se révélant aussi puissants que les heurts physiques.


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Durant la première demie heure, le groupe est soudé et aucun de ses membres ne semble vouloir prendre un quelconque ascendant sur les autres, pas plus le chef que ceux qui ressembleraient à de fortes têtes. Puis, arrivé à Yellow Sky, jalousies et antagonismes font que l’on voit la bande se disloquer petit à petit, l’humanité de chacun de ses membres ressortir, qu’elle soit positive ou négative, les uns se découvrant une âme chevaleresque et romantique alors que d’autres ne font qu’une fixation sur l’appât du gain ou ne pensent qu’à se vautrer avec une avidité malsaine dans la luxure. Dans ce contexte d’hostilité et de rivalité grandissante, William Wellman nous délivre des séquences d’une violence alors inhabituelle comme celle au cours de laquelle Gregory Peck envoie un rude coup de pied au visage de John Russell avant quasiment de le noyer. Scène étonnante qui nous ferait presque tourner de l’œil tellement elle est nerveuse avant de s’éterniser plus que de coutume dans l’asphyxiante tentative de ‘noyade’. Dans un autre style, les deux moments ‘d’intimité’ entre Gregory Peck et Anne Baxter procurent une sensation de tension sexuelle intense, les formidables gros plans sur le visage de l’actrice préfigurant ceux sur celui de Jean Peters filmés par Samuel Fuller dans Le Port de la Drogue ; autant dire des images d’une extrême sensualité !


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Concernant la forme, une mise en scène dépouillée mais fortement stylisée, rigoureuse et d’une grande maîtrise, un noir et blanc dur et vivement contrasté aux noirs charbonneux comme jamais photographié par un Joe MacDonald en pleine possession de ses moyens en cette deuxième moitié de décennie (il était déjà à l’origine de la somptueuse photo de My Darling Clementine) et aucune musique pour venir nous distraire si ce n’est lors des génériques de début et de fin, mélodies et orchestrations qui d’ailleurs ne cadrent pas du tout avec l’ambiance et le ton général du film et qui sont à l’origine du seul petit loupé de ce grand western. Le culot de Wellman contraste aussi parfois avec la sobriété de l’ensemble et renforce la modernité de ce Yellow Sky atypique pour l’époque ; le plan en caméra subjective sur Gregory Peck vu de l’intérieur du fusil tenu par Anne Baxter a du grandement marquer Samuel Fuller car, contrairement à ce que beaucoup pensaient, ce n’est donc pas lui qui l’aura inventé pour son futur 40 Tueurs (Forty Guns) [Les deux cinéastes possèdent en tout cas en commun une grande rudesse de ton]. Il fallait aussi oser faire se dérouler le combat final en hors champ ! Alors même si l’action est distillée avec parcimonie, même si Wellman refuse au maximum les scènes spectaculaires, les quelques séquences mouvementées sont là pour nous rappeler le talent de baroudeur du cinéaste ; quelques plans fulgurants au départ lors de la poursuite par la cavalerie, des ‘duels’ dans la montagne parfaitement montés et chorégraphiés, des coups de poing qui font mal et des scènes de violence qui ont du sembler paroxystiques pour les spectateurs de ces années là.


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Les deux acteurs principaux rivalisent de talent ; rarement nous avions pu voir Gregory Peck tenir un rôle aussi rêche et avec un charisme qu’on ne lui connaissait encore pas même si sa prestation dans Duel au Soleil de King Vidor le faisait pressentir ; il s’en sort ici remarquablement bien malgré sa mésentente avec Wellman sur le tournage et prouve à ses détracteurs son amplitude de jeu passant de l’hiératisme à la fantaisie, de la violence à la tendresse tout en étant toujours juste. Quant au teigneux et ricanant Richard Widmark, on savait depuis l’année précédente et son rôle marquant dans Le Carrefour de la mort qu’il était fabuleux lorsqu’il s’agissait de jouer les salauds ; dans ce même registre il confirme et s’impose ici de la plus belle des manières : sa façon de tenir sa cigarette, son regard malsain, sa malice et son rire sardonique sont absolument inimitables. Et ceux qui auraient en tête le cliché de la femme soumise dans le western américain seront agréablement surpris par le personnage interprété par Anne Baxter (la future Eve de Mankiewicz) ; non seulement elle est divinement photographiée (rarement elle aura été si belle malgré des tenues vestimentaires à la garçonne) mais son interprétation est remarquable. Femme volontaire au caractère bien trempé, elle n’hésite pas à jouer des poings, à manier le fusil et à tirer sur le premier qui osera l’approcher mais s’avère dans le même temps non dénuée de sensibilité, en manque de tendresse et d’amour, ne résistant pas longtemps à la virilité et au désir latent de Gregory Peck lors des deux séquences sus citées, toutes deux formidables. Un casting de haut niveau que tous les seconds rôles viennent enrichir, Harry Morgan, Charles Kemper et John Russell en tête.


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Les 44 jours de tournage en Californie et dans la vallée de la mort se déroulèrent dans des conditions difficiles mais c’est peut-être aussi ce qui rend ce film rugueux et aussi aride que le désert traversé au départ. Aridité qui n’empêche pas l’humanité ni l’émotion, tous les personnages arrivant à susciter l’empathie qu’ils soient sympathiques ou non. Pour l’anecdote, il faut signaler que la séquence qui débute le film (les bandits accoudés au comptoir, fascinés par un tableau représentant une femme nue) est un clin d’œil à une autre, quasi identique, de son western social, L’Etrange incident. Avec un refus de mettre en scène des personnages monolithiques et une économie de moyens qui forcent l’admiration, La Ville abandonnée réussi à être un sommet du genre, un western brut mais très soigné, violent et dépouillé mais sacrément prenant qui pourrait très bien plaire au plus grand nombre et non seulement aux aficionados. En tout cas, le public lui fit un beau succès, les recettes doublant la mise de départ du coût de production. Lamar Trotti avait de quoi être fier ; non seulement il avait écrit ce splendide scénario mais il avait été aussi le principal producteur du film !


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Malgré tout ça, beaucoup regretteront le Happy End apparemment en totale inadéquation avec l’atmosphère cauchemardesque et étouffante qui avait précédé. Au vu des travaux antérieurs de Lamar Trotti, il n’est finalement pas si étonnant, ce dernier ayant probablement voulu terminer ce western très sombre sur une note d’optimisme avec une possibilité de rachat pour un de ces personnages nous ayant tenu en haleine durant plus de 90 minutes. En oubliant le pénible thème musical d’Alfred Newman qui vient maladroitement se greffer sur ces dernières images, un final plein de noblesse qui se tient finalement assez bien et qui donne envie de se repasser ce western qui doit aussi beaucoup à la beauté de ses paysages naturels et aux décors de la ville abandonnée qui donne au film son titre français assez bien choisi pour une fois. Un western à ne surtout pas négliger et qui termine notre année 1948 en beauté !

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Re: La Ville Abandonnée - Yellow Sky - 1948 - William A. Wellman

Messagepar Abilène » 02 août 2019 12:22

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Yosemite
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Re: La Ville Abandonnée - Yellow Sky - 1948 - William A. Wellman

Messagepar Yosemite » 04 sept. 2019 14:56

Après "Across the wide Missouri", "Buffalo Bill" et "The Ox-Bow incident" que je viens tous de revoir, je crois que je classerai "Yellow sky" en tête de mes préférences, c'est à dire juste au-dessus de L'incident.
Les personnages sont très bien écrits, G. Peck est vraiment très bon et trimbale avec lui cette ambiguïté que l'on trouve aussi chez H. Fonda dans L'incident.
Il est sympa le Greg, il est séduisant, protecteur même à certains égards mais bon, à aucun moment il n'envisage de renoncer à détrousser le vieillard blessé et sa petite-fille... c'est quand même un talent d'aller chercher des acteurs aussi attachants pour leur confier un rôle pas tout à fait aussi net que ça dans le fond.

J'aime beaucoup le moment où sur un ton colérique,il demande à Mike d'arrêter de balancer ses hanches et de semer la discorde parmi ses hommes... C'est vrai quoi, ça n'amène que des bagarres ces comportements !
Quel faux-derche quand même :roll:

Le seul petit bémol que je ferai sera cette happy end trop caricaturale à mon goût. Peut-être peut-on reprocher également à R. Widmark d'appuyer un peu trop ses mimiques mais bon... ce visionnage est un régal.
A suivre prochainement : "Westward the women" et "Track of the cat"
Yo.



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