Ville sans loi - A Lawless Street - 1955 - Joseph H. Lewis

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lafayette
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Re: Ville sans loi - A Lawless Street - 1955 - Joseph H. Lewis

Messagepar lafayette » 03 mai 2014 0:30

J'ai adoré ce film à part peut-être Miss Fletcher dont j'ai été étonné d'apprendre qu'elle avait été jeune et finalement je la préfère en Miss Fletcher que dans ce film. Ceci dit pour faire plaisir à l'ami Chip qui serait lui aussi étonné de ne lire que du bien d'un western classique de ma part, mais étant honnête j'avais même trouvé des petites choses concernant mon préféré Rio Bravo.
Or ici nous sommes aussi dans un western urbain et traité de la meilleure manière qui soit avec une description de la société de l'époque bien détaillée et une belle galerie de personnages. Je pense que le chef décorateur ou celui costumier auraient mérité l'oscar. Belle mise en scène.
Avec en prime un double duel et la surprise du héros qui se fait descendre en beauté, d'homme à homme, au premier duel filmé de façon superbe en profondeur de champ au niveau du revolver du tueur, plan que même Yosemite qui n'a pas trop apprécié ce film a quand même dû voir. Ca va vfite et ça surprend celui qui ne connaît pas le film. Le héros qui s'en tire grâce au malin docteur, gagnera le second duel, non face à face mais en usant de subterfuge, ce qui permet que force reste à la loi.
Le petit moment précédent ce second duel où notre trio de méchants soudain commencent à se poser des questions car ils n'entendent plus de bruit dans la rue est également un moment bien mis en scène.
Question duel, celui chez le coiffeur, bien amené, permettra à tout amateur du topic consacré aux Der(r)inger de fixer la scène et de la publier.
Ce film nous montre aussi une belle bagarre avec un beau géant bien que défiguré qui impressionne.
Pas trop grave, si on voit qu'il s'agit d'une doublure qui se bat à la place de Randolph Scott. On s'en serait douté lui qui montre à certains moments son ambiguité dans ce film comme dans d'autres.
J'ai eu le sentiment, qui n'engage que moi, que finalement il s'agit là sans doute du meilleur western auquel Randolph Scott ait participé. Il me faudra revoir Coups de feu dans la Sierra notamment pour me fixer.
Quant aux méchants, ils n'avaient pas du lire Lafontaine! Moralité : tel est pris qui croyait prendre!

PS Mon dvd enregistré a buggé en milieu de film et donc il doit me manquer quelques scènes quand les puissants qui ont voulu faire tuer le shérif prennent la ville en mains. Donc je pense me mettre en quête du dvd pour montrer celui-ci à my mother. Je ferai de même et pour les mêmes raisons pour Ville des sans loi à ne pas confondre avec Ville sans loi.
Modifié en dernier par lafayette le 16 janv. 2018 0:31, modifié 1 fois.
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Re: Ville sans loi - A Lawless Street - 1955 - Joseph H. Lewis

Messagepar chip » 03 mai 2014 9:48

" Ville sans loi"( a lawless street) , le meilleur western de Scott ? certainement pas, Randy a fait ses westerns les plus aboutis sous la direction de Boetticher, c'est un fait reconnus par tous, et " Coups de feu dans la sierra" est le chef-d'oeuvre d'une carrière où prédomine le genre qui nous occupe. J'aime assez " Ville sans loi" et en général les westerns urbains, mais " le relais de l'or maudit"( hangman's knot) est celui que je préfère en dehors de ceux cités précédemment, c'est d'ailleurs d'après Roy Huggins, le western de Scott qui rapporta le plus d'argent.

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Re: Ville sans loi - A Lawless Street - 1955 - Joseph H. Lewis

Messagepar lafayette » 03 mai 2014 13:53

En ce qui me concerne et avant de revoir d'autres Randolph Scott, Ville sans loi est celui qui me donne le plus d'agrément avec la richesse des ingrédients visuels de ses scènes avec de bons dialogues et un développement naturel de l'intrigue. Alors que j'ai souvent l'impression de voir les mêmes westerns avec lui, là j'ai été d'entrée pris par l'atmosphère particulière du film.
Le côté relation familiale chaleureuse de sa pension en contrepoint de la menace mystérieuse de l'homme arrivant en ville n'y est pas étranger.
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Le début de Coups de feu dans la Sierra me plaît moins, un côté cirque qui détourne l'atmosphère western attendue et un côté vieux sur le retour surjoué malgré le plaisir de voir McCrea et Scott réunis et le dromadaire.
Rouge et blanc sont mes couleurs favorites en rugby, mais alors en pyjamas de western, c'est pas sérieux!
Mon verdict, ce film que je n'avais pas aimé au cinéma, ne me plaît pas d'avantage, il donne un beau rôle cependant à Joël Mc Crea mais certainement pas le meilleur rôle à Randolph Scott même supplanté par le jeunot du film. Je préfère nettement Ville sans loi. Comme quoi, les goûts et les couleurs...
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Re: Ville sans loi - A Lawless Street - 1955 - Joseph H. Lewis

Messagepar Abilène » 03 mai 2014 21:23

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Re: Ville sans loi - A Lawless Street - 1955 - Joseph H. Lewis

Messagepar lafayette » 04 mai 2014 1:21

On le félicite pour avoir presque tué Randolph Scott en combat loyal!
Randolph Scott s'est vengé en rusant la fois suivante, en se jetant au sol, comme John Wayne l'avait fait dans une scène célébre.
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Re: Ville sans loi - A Lawless Street - 1955 - Joseph H. Lewis

Messagepar Abilène » 21 août 2014 22:27

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Re: Ville sans loi - A Lawless Street - 1955 - Joseph H. Lewis

Messagepar Abilène » 02 nov. 2014 19:30

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Re: Ville sans loi - A Lawless Street - 1955 - Joseph H. Lewis

Messagepar lasbugas » 08 févr. 2015 8:22

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Re: Ville sans loi - A Lawless Street - 1955 - Joseph H. Lewis

Messagepar Trane » 15 déc. 2015 12:27

lafayette a écrit :J'ai eu le sentiment, qui n'engage que moi, que finalement il s'agit là sans doute du meilleur western auquel Randolph Scott ait participé. Il me faudra revoir Coups de feu dans la Sierra notamment pour me fixer.

Revu et c'est effectivement un bon Randolph :horse:
Le premier verre te rend aveugle
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Re: Ville sans loi - A Lawless Street - 1955 - Joseph H. Lewis

Messagepar lasbugas » 19 mars 2016 8:34

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Re: Ville sans loi - A Lawless Street - 1955 - Joseph H. Lewis

Messagepar lasso » 16 janv. 2017 10:32

Revu ce Western urbain produit par Harry Joe Brown pour Randolph Scott.
Ce Western avec R.S.manque de la classe des films qui le suivront réalisés par Budd Boetticher.

Un Sheriff expérimenté, s'est retiré au Colorado, après avoir été blessé sévèrement à Apache Wells. Il est Sheriff de cette ville et n'hésite pas à tuer de façon inconventionelle des Bandits qui rodent autour de lui. Une partie de jambes entre son épouse et le futur patron de la ville, cherche à tromper le spectateur, du pauvre scénario du film. L'épouse du Rancher le plus riche de la région, cherche aussi des liens avec le même homme, qui promet richesse et bonheur. Heureusement il y a un tueur avec un mauvais ricanement sur les lèvres. Le Sheriff sauve ses draps, en se reconciliant avec son épouse, avec l'accord du médecin de la ville. :? :? :?

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Re: Ville sans loi - A Lawless Street - 1955 - Joseph H. Lewis

Messagepar Arizona Kid » 15 janv. 2018 19:12

Bonsoir, les cow-boys :sm63:

Je viens de revoir le DVD de cette efficace série B Columbia signée Joseph H. Lewis, et je dois bien avouer que j'y ai pris encore plus de plaisir que lors de mon premier visionnage, cet été: pour moi, Ville sans loi est tout bonnement l'un de mes westerns préférés de notre ami Randolph Scott, que je placerais, dans mon palmarès personnel, aux côtés des Pionniers de la Western Union, La Vallée maudite, Ton heure a sonné, Le Relais de l'or maudit, Sept hommes à abattre, L'Homme de l'Arizona, La Chevauchée de la vengeance ou encore Comanche Station.

L'intrigue, d'une merveilleuse concision, prend dès le début l'amateur dans ses filets, pour ne plus le lâcher jusqu'au dénouement final.
Si le scénario peut sembler éculé de prime abord, le Callem Ware campé par Randolph Scott nous est immédiatement sympathique, surtout dans l'amusante scène inaugurale: lorsque se profile le grabuge en la personne de Dingo Brion (vieux pistolero dont nous ne saurons pas grand-chose in fine) , la truculente cuisinière de l'hôtel, Mrs. Molly (Ruth Donnelly) , l'avertit en frappant le plafond de son balais, et Randolph, logeant dans la chambre au-dessus, martèle le plancher de son talon pour lui signifier qu'il a bien reçu le message.
On devine aisément qu'il s'agit là d'un petit rituel de longue date entre les deux personnages, et que cette cuisinière est l'un des rares soutiens inconditionnels du shérif, qui ne saurait résister à ses bons petits plats et qui l'aime sans doute comme un fils aime sa mère.

Belle introduction de Randolph Scott qui, d'abord cadré au-dessous du visage, boucle lentement sa ceinture, prend son Colt sous l'oreiller (on n'est jamais trop prudent) , ouvre un tiroir pour y récupérer son étoile, ce qui nous permet de voir une photo de Miss Tally Dickinson, son ex-fiancée (Angela Lansbury, encore loin de la Miss Fletcher d'Arabesque) , dont le souvenir, que l'on devine forcément douloureux, semble le hanter.
Ces quelques plans suffisent à nous présenter le héros mieux que n'importe quel tunnel de dialogues.

Il y a dans le scénario de Ville sans loi quelques réminiscences du Train sifflera trois fois de Fred Zinnemann, sorti il est vrai trois ans plus tôt: tout comme Will Kane/Gary Cooper avant lui, Callem Ware/Randolph Scott, shérif fataliste mais fidèle à son insigne, est prêt à faire front jusqu'au bout, tout en sachant que ses pusillanimes concitoyens sont à l'affût de la moindre défaillance de sa part.

Curieusement, la ville de Medecine Bend, décrite comme une bête vicieuse attendant le moment propice pour dévorer son shérif, ne semble pas si dangereuse que cela à première vue: si le Dingo Brion du début nous est présenté comme un outlaw réputé, il a l'air bien vieux et pas très habile de la gâchette; un bandit d'opérette que Randolph n'aura aucun mal à descendre depuis le fauteuil du barbier.
En revanche, Dooley, le frère de Dingo, un gros rustaud aux faux airs de Renato Salvadori, est autrement plus menaçant, nous offrant une belle bagarre de saloon avec Randolph Scott, lequel sera ensuite l'objet d'une insidieuse conspiration des notables de la ville, désireux de se débarrasser de lui.

Laissé pour mort mais soigné en secret (à l'instar de Joël McCrea dans La Femme de feu d'André De Toth) , Randolph finira bien évidemment par nettoyer la bourgade de sa racaille pour enfin convoler comme il se doit avec sa belle trop longtemps espérée, avant de quitter la ville avec celle-ci, tout comme le couple Gary Cooper/Grace Kelly dans le fameux High Noon.

S'il ne bénéficie pas de la réputation des sept opus gravés dans la légende de l'Ouest par Budd Boetticher, Ville sans loi est cependant loin de démériter, et constitue un bon petit western, solide et carré, qui possède tout ce qu'il faut pour combler l'amateur du genre.

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" Personne ne t'empêchera de partir si c'est ce que tu veux; mais laisse-moi te donner un conseil, fiston: dans ce pays, c'est très mal vu de toucher au cheval d'un autre homme... " (Joël McCrea, Cattle Drive, 1951)
:sm70:

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Re: Ville sans loi - A Lawless Street - 1955 - Joseph H. Lewis

Messagepar lafayette » 16 janv. 2018 0:38

Ville Sans Loi vaudrait un beau t-shirt!
:sm57:
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Messagepar lasbugas » 06 nov. 2018 19:40

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Re: Ville sans loi - A Lawless Street - 1955 - Joseph H. Lewis

Messagepar Moonfleet » 13 mai 2019 14:10

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Ville sans Loi (A Lawless Street - 1955) de Joseph H. Lewis
COLUMBIA


Avec Randolph Scott, Angela Lansbury, Warner Anderson, Jean Parker, Wallace Ford
Scénario : Kenneth Gamet
Musique : Paul Sawtell
Photographie : Ray Rennahan (Technicolor 1.85)
Un film produit par Harry Joe Brown pour la Columbia


Sortie USA : 15 décembre 1955


Quand on évoque le nom de Joseph H. Lewis, on pense avant tout au film noir ; il s'agit en effet, avec pourtant peu de titres à son actif, de l'un des plus grands cinéastes de série B ayant œuvré dans le genre. On se souviendra surtout du fulgurant Gun Crazy (Le Démon des Armes), du très bon A Lady Without Passport ainsi que de l'excellent The Big Combo (Association Criminelle), ce dernier étant d'ailleurs sorti la même année que le film qui nous concerne ici. Si beaucoup penseront que Ville sans Loi est son premier western, il n'en est en fait rien. Avant ça, étalés sur une vingtaine d’années, il en réalisa une douzaine d'autres qui, il est vrai, sont devenus rarissimes. Ils furent tournés exclusivement pour les studios Universal et Columbia, ne dépassèrent jamais les 60 minutes et devaient être diffusés en salles en première partie de programme. Disons le d'emblée, même si A Lawless Street est un western très agréable et assez original sur la forme (préfigurant d'ailleurs assez Forty Guns – 40 Tueurs de Samuel Fuller), nous sommes loin d'atteindre le niveau des films noir précités, y trouvant trop d’afféteries dans la réalisation là où nous aurions souhaité plus de simplicité. Ceci étant dit, l'intrigue a tellement été vue et revue que pour sortir du lot, le cinéaste s'est peut-être senti obligé de forcer la dose et de trop en faire au risque de se regarder parfois filmer.


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La petite bourgade de Medicine Bend est encore endormie ; sur son cheval, un homme inquiétant y pénètre. Le shérif Calem Ware (Randolph Scott) apprend donc une fois de plus en se réveillant qu’un malade de la gâchette est arrivé en ville et qu’il semble ne pas lui vouloir que du bien. Mais c’est son quotidien depuis 3 années passée ici et il a fini par s’y habituer même s’il commence à fatiguer et que son souhait le plus cher serait que cela cesse une fois pour toutes. Calem est en effet venu à Medicine Bend appelé par le plus gros rancher de la région, Asa Dean (James Bell), qui, ayant appris sa réputation de 'nettoyeur', l'a embauché pour faire respecter la loi et l’ordre ; mais il parait gêner des notables corrompus qui ne cessent de louer les services de tueurs afin de faire place nette. Ces grosses huiles sont le directeur du cabaret, Hamer Thorne (Warner Anderson), ainsi que le propriétaire du saloon, Cody Clark (John Emery) ; ils ont en effet conclu une alliance secrète afin de se débarrasser du shérif et avoir les coudées franches pour prendre le pouvoir sur la ville. Ils s’occuperont ensuite de leur ennemi le plus acharné, Asa Dean, dont l’épouse fréquente l’un d’entre eux. Thorne vient d'engager comme chanteuse pour son établissement Tally Dickson (Angela Lansbury) ; il annonce à ses concitoyens qu'ils souhaitent se marier sans savoir qu'elle est déjà l'épouse du shérif qu'elle a quitté, ne pouvant plus supporter les dangers que son métier lui faisait encourir. Calem est néanmoins ravi de la retrouver ; une note de fraîcheur dans son quotidien seulement éclairé par sa logeuse (Ruth Donnelly) qui lui prépare de bons petits plats ainsi que par le docteur (Wallace Ford), le seul habitant prêt à lui donner un coup de main. Un nouveau tueur à gages fait son entrée en ville, un homme que Calem a autrefois déjà rencontré, un redoutable tireur d'élite, Harley Baskam (Michael Pate)...


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Un homme seul contre (presque) tous pour faire régner la loi dans une bourgade ayant tendance à être un peu trop ‘dissipée’. Un Marshall se réveillant tous les jours la peur au ventre, dans l’angoisse permanente de se faire provoquer ou (et) tuer, surtout qu’en ville, on prend des paris sur le moment auquel ça arrivera... Rien de bien original dans cette histoire (L'homme au Fusil – Man with a Gun de Richard Wilson, sorti quelques semaines plus tôt, avait quand même pas mal défriché le sujet et possédait à postériori déjà beaucoup de points communs avec ce film) mais le scénario de A Lawless Street fourmille de détails insolites, assez noirs ou au contraire très délicats qui en font l'un des bons westerns urbains de cette période. Quelques exemples : le Marshall s’enferme pour faire sa sieste dans une cellule de sa prison afin d’y être tranquille ; il s'effondre seul à son bureau après avoir tué un homme malgré le fait qu’il en ait l’habitude de par sa profession et à cause de tous les tireurs d’élite qui ne rêvent que de se frotter à lui ; sa femme s'est autrefois enfuie par peur de la vie dangereuse qu’il mène, ne sachant jamais si elle le trouvera encore en vie le lendemain ; la ville se réjouit à l’annonce de ‘la mort’ de son shérif... Le film n’est pas non plus avare de séquences assez réalistes qui annoncent les films de Sam Peckinpah comme par exemple la mise en scène du spectacle de cabaret, démonstrations de musique, de chant et de danse certainement plus proches de ce qu’elles devaient être que celles, plus ‘folkloriques’, que l’on trouve habituellement dans la plupart des westerns de cette époque : un spectacle amateur un peu ‘cheap’, pas loin d’être déprimant tellement les danseuses font pitié avec leurs pauvres costumes et leur flagrant manque de talent. Malgré tout, la chanson entonnée par une excellente et charmante Angela Lansbury reste assez vite entêtante et cette assez longue séquence se déroulant dans la théâtre demeure un des très bons moments du film.


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La mise en place de l'intrigue avec la description de la ville, de ses habitants et de leur vie quotidienne est ainsi très bien vue. Les séquences qui se déroulent au sein de la pension où vit le shérif sont même très attachantes grâce au personnage de la vieille cuisinière (qui se fait du soucis pour l’homme de loi comme s’il s’agissait de son propre fils) et aussi par le fait que Randolph Scott n’ait jamais semblé aussi humain (voire tous les exemples de situations décrites au paragraphe précédent) ; seulement, à mi-parcours, son personnage se fait gravement blesser lors d’une confrontation avec Michael Pate et n'intervient alors presque plus durant le reste du film (hormis lors du fulgurant duel final où il fait son apparition en se jetant de dessous la porte à double battant). Dès cet instant, celui qui voit la ville en effervescence suite à la disparition de son homme de loi (car tout le monde pense qu'il a été tué), le film perd en intérêt même si la vision de ce nouvel 'enfer sur terre' est l'idée la plus originale des auteurs. Seulement le compositeur Paul Sawtell, à l'instar du metteur en scène, semble avoir voulu faire résonner moderne à tout prix et ce n'est pas forcément toujours réussi, souvent même pénible, voire raté. Une cacophonie assez vite fatigante alors que le thème musical principal du film, celui que l’on pouvait entendre dès le générique, était en revanche très beau. Et le scénario de patiner un peu lui aussi, n’ayant plus grand-chose à nous proposer hormis cette description d’une ville qui jubile de ne plus avoir de loi, hormis les magouilles mises en place pour affirmer la mainmise des notables véreux, avec entre autres ‘l’écrémage’ de ceux qui avaient soutenu le camp adverse.


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Le personnage (interprété par un Randolph Scott une nouvelle fois excellent) est donc plutôt fouillé, un peu moins impassible que nombre de ceux joués par l'acteur, plein de doutes et rongé par le remords ; il annonce un peu ceux que le comédien trouvera sous la direction de Budd Boetticher pas plus tard que l’année suivante. Sa métaphore lui faisant comparer le ville à une bête sauvage est assez mémorable puisque revenant à plusieurs reprises et montrant un ton plutôt inhabituellement pessimiste quant à la nature humaine : "This town is like a wild animal in chains, Molly. It doesn't fight back right away. It just lies there and snarls, waiting for a chance to pounce on you." Angela Lansbury est également assez touchante par exemple lorsqu'elle explique à son ex-époux la vie qu’elle menait à ses côtés et pourquoi elle a du le fuir : "I didn't know what it was like for a man to make his living with his gun, walking the streets a living target. I died a little more each day and I died more at night." On peut se rendre compte aux travers de ces deux répliques de la bonne qualité des dialogues écrits par Kenneth Gamet (qui se permet même des Private Joke avec son nom ; mais je vous laisse le découvrir). Sinon, on trouve également d’autres protagonists attachants comme ceux interprétés par Wallace Ford ainsi que par le duo Jeanette Nolan / Don Megowan (contre ce dernier, Randolph Scott, où plutôt sa doublure, aura un combat à mains nues d’une grande brutalité). Le reste de la distribution est malheureusement un peu en deçà, à commencer par les Bad Guys hormis Michael Pate assez inquiétant dans la peau du tueur à gages ; ce qui rend logiquement la seconde partie bien moins captivante alors que ça aurait dû être le contraire.


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A la fin du film, Randolph Scott pose les armes en expliquant que la loi ne devrait pas se trouver entre les mains d’un seul homme du moment qu’il porte un insigne mais que ses concitoyens devraient parfois l’épauler dans sa tâche qui sans ça s’avèrererait vraiment trop ardue. Le message qu’il fait passer aux habitants de Medicine Bend est que maintenant qu’ils ont pris conscience que pour retrouver une certaine tranquillité, il fallait tous y mettre du sien et s’entraider dans la lutte contre les personnes corrompues et violentes, ils n'ont désormais plus besoin de ses services. Il va enfin pouvoir lui aussi trouver la paix et la sérénité en allant convoler de nouveau avec son épouse. Voici pour le fond, très respectable. Sur la forme, avec Joseph H. Lewis aux commandes, cadrages, plan-séquences, placements et mouvements de caméra sont souvent inaccoutumés et détonnent dans le western classique de l'époque sans encore (mais c'est tout juste) aller vers un trop grand formalisme limite agaçant et ‘tape à l’œil’ comme ce sera le cas avec son western suivant, Terror in Texas Town. Bref, la description de la petite ville est assez bien vue, les seconds rôles bien typés, l'intrigue conventionnelle au possible mais bien menée et les 77 minutes de ce western passent comme une lettre à la poste. Ne vous attendez pas à un film du niveau exceptionnel de Gun Crazy par exemple, mais, s'il s'avère dans l'ensemble assez inégal, il n'en constitue pas moins une assez bonne surprise, un western urbain qui ne manque pas de charme et qui se clôt par un long duel très efficace. Un western marchant à nouveau sur les plates-bandes de High Noon pour les thèmes abordés mais une nouvelle fois, à mon avis, bien moins balourd et figé. Ville sans Loi est le dernier film de Randolph Scott avant qu’il n’entame sa dernière partie de carrière, la plus prestigieuse et inoubliable, celle qui voit le début de sa collaboration avec Budd Boetticher.



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