La Loi de la Prairie - Tribute to A Bad Man - 1955 - Robert Wise

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Yosemite
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Re: La Loi de la Prairie - Tribute to A Bad Man - 1955 - Robert Wise

Messagepar Yosemite » 23 oct. 2014 21:38

Alors, dans cette histoire, il y a Jo... Ah, Jo ! :roll:
Jo, c'est Jocasta Constantine (Irene Papas) belle, bien plus jeune que son Rodock de mari, tantôt espiègle quand elle taquine le jeune Steve pour qui on la sent éprise d'une tendre affection, tantôt tragique quand elle pousse le même Steve à mettre les bouts et quitter cette terre, finalement, aride de vie humaine. C'est un très beau moment que celui où elle le mets en garde contre cette fièvre qui pousse des hommes à en pendre d'autres. Eplorée, elle le conjure de se trouver une autre terre, une autre femme aussi manifestement (l'expression "gentille femme" est ici à comprendre comme "une femme pas comme moi" à mon avis).
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Quant au "métier décent" qu'en dire ? Jo vit auprès de Jeremy et au milieu des chevaux ! Ils sont seuls en fait, riches mais seuls. Les hommes qui vivent auprès d'eux sont des employés, ils font leur boulot, l'un d'eux joue de l'ocarina pour tuer le temps, un autre ne cesse de jouer avec son couteau pour tuer... ses envies, un troisième enfin (Mac) fera un pas de trop en direction de Jo pour les satisfaire (ses envies...).
Viré qu'il sera. Viré après s'être fait casser la figure par Rodock dans une bagarre très singulière où ce dernier prévient que quand il se bat, il est méchant !
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Et en effet, tout court qu'il est Jeremy, c'est avec ses coudes qu'il assènera des coups au jeunes présomptueux. Et ça payera, autant vous le dire tout de suite.
Quand je vous disais qu'il ne rigole pas le maître des lieux !
Yo.

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Yosemite
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Re: La Loi de la Prairie - Tribute to A Bad Man - 1955 - Robert Wise

Messagepar Yosemite » 23 oct. 2014 21:51

Pour revenir un instant à Jo, il y a plusieurs scènes durant lesquelles elle doit rassurer Jeremey Rodock qu'elle ne va pas le quitter.
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Et lorsque celui-ci a entendu de la bouche de sa belle qu'elle ne le quitterait pas, le voila tout attendri et un brin enfantin.
Dans ces moments, j'ai eu l'impression que Rodock était en face de la seule créature de sa vie qu'il ne dominait pas finalement. En fait, j'ai eu l'impression que par trop d'insistance, se constituait finalement un discours très ambigu de sa part qui signifiait quelque chose comme : "Pars Jo, pars d'ici, mais ne me quitte pas".
Comme s'il se faisait mal de se répéter qu'elle avait rencontré des hommes avant lui et que, sans doute eu égard de leur différence d'âge, elle en rencontrerait après lui. A la limite, j'ai parfois eu l'impression qu'il la poussait à partir.
Pour autant, il finit par se réconforter dans les mots de sa belle, sonnant comme de biens éphémères promesses, qui lui promet de demeurer près de lui.

La fin du film est à ce titre une merveille d'aboutissement, car elle ne fait que choisir entre le vrai et le faux de ces promesses maintes fois entendues et tacitement soutirées par Rodock.
S'il s'agissait de déterminer qui a de l'emprise sur l'autre dans ce couple cela pourrait occasionner de longs débats me semble-t-il. Pas si évident que ça...

C'est toute la qualité et du scénario et de l'interpétation et, pour sûr, de la réalisation qui mènent à une telle richesse.
Yo.

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Re: La Loi de la Prairie - Tribute to A Bad Man - 1955 - Robert Wise

Messagepar Yosemite » 23 oct. 2014 22:12

Un plan tout à fait remarquable ai-je trouvé. A cet instant, Jo est en train de rédiger une lettre au nom du jeune Steve et à l'attention de la mère de ce dernier.
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Il s'agit d'une scène qui a démarré avec un peu d'espièglerie, Jo prenant un léger ascendant sur Steve en le taquinant tout gentiment sur les choses de la vie (Elle se dit flattée d'écrire en anglais pour lui, présume que c'est pour son amoureuse... et en apprenant que c'est pour sa mère elle s'étonne que les cowboys en aient une, pensant - dit-elle - qu'ils poussaient non pas dans les choux mais sur leur selle !).

Un moment très intime, durant lequel on sent que les deux personnages se rapprochent du fond du coeur.
La mère absente de l'homme faisant vraisemblablement écho à l'absence de maternité de la femme.

Et ce n'est pas si anodin que la fin de cette rencontre se finisse, plus tragiquement sur ces propos de la part de la généreuse Jo :
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Pour revenir au plan évoqué en premier lieu, il est à mettre, me semble-t-il, en rapport avec celui du post précédent.
Sur ce dernier, il y a Rodock et Jo, proches certes, mais dans un cadre de grisaille boisée qui ne respire en rien le "home sweet home". On a l'impression de les voir dans une cabane au fin fond de nulle part.

Ici, tout au contraire, les couleurs sont chaudes, la lumières quoi que plus atténuée est toute en nuance, le cuir du fauteuil et le feu dans l'âtre donnent envie de se blottir tendrement. Pourtant, pourtant, au coin du feu il n'y a personne. Jo lui tourne le dos et le fauteuil moelleux est vide.
La vie n'est tout simplement pas apparue dans cette maison.
Et Steve, tout beau et tout jeune qu'il puisse être, n'y changera rien.
Yo.

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Re: La Loi de la Prairie - Tribute to A Bad Man - 1955 - Robert Wise

Messagepar Yosemite » 23 oct. 2014 22:27

Ce western est, tout comme le magnifique "Shane" (L'homme des vallées perdues), tiré d'une nouvelle de Jack Schaefer.
Toute cette beauté n'est pas non plus, comme dirait Jeremy Rodock, le fruit du hasard ! :num1
Yo.

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Re: La Loi de la Prairie - Tribute to A Bad Man - 1955 - Robert Wise

Messagepar Abilène » 31 oct. 2014 21:43

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lafayette
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Re: La Loi de la Prairie - Tribute to A Bad Man - 1955 - Robert Wise

Messagepar lafayette » 26 févr. 2015 2:27

J'ai revu ce film que j'avais un peu perdu dans ma mémoire. J'ai passé un bon moment, mais ne serai pas aussi enthousiaste que Yo et d'autres amateurs, dans la mesure où ce film nous révèle bien que le monde des cowboys qui nous fait rêver n'est constitué que d'une bande de pénibles qu'ils soient du bon ou du mauvais côté! :sm57:
Le seul personnage posé du film est Mme Peterson dans un petit rôle joué par Jeanette Nolan dont j'ai bien apprécié la présence dans ses petites scènes.
J'ai bien aimé aussi Vic Morrow qui joue son fils qui, après avoir reproché à son père de lui avoir dit avoir trouvé les chevaux alors qu'il les avait volés, fera tout comme une tête de mule pour suivre son exemple. Mais il le joue bien.

Tout d'abord, entre en scène un jeune homme qui m'a fait penser à Tintin sauf que lui il tombe amoureux de la première femme qu'il voit, laquelle vit avec le grand proprio éleveur de chevaux. C'est assez mal venu. Il fait un peu gnagna jusqu'à la fin du film.

Le dit propio lui bat les records de tête de mule imité en celà par un concurrent son second dans le ranch.
Le premier c'est Cagney qui campe naturellement ce têtu qui finira par déposer les armes, un peu comme un continent qui finit par écouter la Grèce.
Le second c'est Mc Nally qui n'est pas ma tasse de thé vu sa mine de faux jeton, qu'il joue d'ailleurs bien dans ce film.
Eux aussi sont comme le loup des dessins animés de Tex Avery, à tirer la langue devant la dame convoitée universellement, jouée par une belle Irène Papas.
On l''affuble d'un prénom Jocasta qui m'a fait penser à Jacasse, et c'est vrai qu'elle cause beaucoup et ne sait pas trop ce qu'elle veut dans le film. Franchement après une scène où elle dit au proprio Roddock/Cagney qu'elle ne le quittera jamais avec tout le bien qu'il a fait pour elle et le foyer qu'il lui a offert, une scène suivante, elle casse du sucre sur le dos de ce dernier en émoustillant le jeunot et quand je dis le sucre, c'est la boîte entière...

Car enfin elle s'énerve au sujet d'une simple et banale pendaison alors que le pendu est non seulement voleur de chevaux mais un assassin qui a tué un homme de Roddock et a essayé de tuer ce dernier aussi avant que le jeune homme ne se pointe bien à propos. Il ne s'agit pas d'un lynchage dans une ville dotée de Shérif ou Marshall puisque l'action se passe dans un pays neuf sans organisation citoyenne. Et la belle est au courant quand elle vient dans le ranch... Alors de quoi se plaint-elle?
Elle veut filer avec le jeunôt plutôt qu'avec l'indélicat second, un peu comme la demoiselle du Titanic qui choisit le jeune et meilleur nageur!
Et puis il suffit de lui rapporter des bijoux pour qu'elle revienne dans le giron du vieux proprio. A ce train là, on imagine qu'elle héritera vite! ;)

Bon allez, c'est un bon film quand même! :sm57:

Il aurait été franchement meilleur si on nous avait laissé un peu plus Lee Van Cleef, pour une fois en cowboy honnête serviteur!
Merci à Royal Dano de nous avoir joué un peu de guimbarde!
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Re: La Loi de la Prairie - Tribute to A Bad Man - 1955 - Robert Wise

Messagepar COWBOY PAT-EL ZORRO » 26 févr. 2015 17:34

Mon grand-père paternel me l'avait enregistré en VF sur TCM vers 2004 et je dois dire que personnellement je l'ai bien aimé...Mais pour moi aussi cela est désormais un peu lointain. J'ai acheté le dvd TCM avec VOST seule et pas encore vu..
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Re: La Loi de la Prairie - Tribute to A Bad Man - 1955 - Robert Wise

Messagepar Arizona Kid » 17 mars 2017 15:13

Hello, old fellows icongc1

Je n'ai pas été très actif sur le forum depuis le début de l'année...
A vrai dire, même si j'y lisais beaucoup de sujets dans le cadre de mes recherches sur le western, le temps et le coeur à y contribuer me manquaient, pour cause de problèmes familiaux et du récent décès de ma grand-mère maternelle suite à une longue maladie...

Malgré tout, j'ai continué à acheter et à découvrir des westerns, surtout depuis que, le mois dernier, je me suis enfin décidé à brancher ce fichu décodeur Orange après avoir traînassé durant un an pour installer la rallonge de câble qui m'était nécessaire...
Or, à présent que c'est fait, je ne décolle pratiquement plus de ma TV, passant la plupart de mon temps libre scotché devant TCM, Paramount Channel, Ciné + Classic ou encore OCS Géants :

Voici donc quelques titres que j'ai pu découvrir grâce à la programmation fabuleuse (et aux diffusions multiples) de ces chaînes magiques pour tout cinéphile qui se respecte:

-Le Trésor des sept collines (1961) de Gordon Douglas, avec Clint Walker et un Roger Moore rustre et mal dégrossi, bien avant les années 007

-Les Deux Cavaliers (1961) de John Ford, avec James Stewart et Richard Widmark (un western très honorable en dépit de la piètre opinion qu'en avait Ford lui-même)

-Les Conquérants (1940) de Michael Curtiz, avec Errol Flynn et Olivia De Havilland, très beau western en Technicolor que je désespérais de voir un jour, le croyant erronément inédit en DVD Zone 2 dans notre verte contrée

-Django (1966) , le seul, le bon, le vrai, celui de Sergio Corbucci, avec Franco Nero, ses yeux bleus et son cercueil- mitrailleuse ;

-Django, Sartana, Trinita et les autres (2015) , un excellent documentaire français consacré au western-spaghetti et à son impact sur le genre en général...

Et enfin, ce matin, en feuilletant Télé Câble Sat , cette Loi de la prairie signée Robert Wise et édictée dans les salles en 1956, western dont je n'avais encore jamais entendu parler et que j'ai donc visionné pour l'occasion sur Ciné + Classic.

Un western fort intéressant, qui bénéficie d'une excellente composition de James Cagney (remplaçant de Spencer Tracy pour cause de maladie de ce dernier) dans le rôle d'un propriétaire terrien despotique, adepte de la corde et de la justice expéditive ; Cagney, que je ne connaissais jusqu'alors que dans ses rôles mythiques de gangster à mitraillette-camembert dans les polars noirs de la Warner des années 30-40 (L'Ennemi public, Les Fantastiques années 20, L'Enfer est à lui) .

Le bonhomme nous apparaît ici quelque peu empâté et blanchi sous le harnais, et quelques kilos sont venus alourdir une silhouette cependant toujours preste dès qu'il s'agit de distribuer des torgnoles et autres mornifles aux imprudents qui ont l'audace de contester son autorité ou, trahison suprême, de regarder d'un peu trop près les chevaux de son cheptel...

Cette interprétation de James Cagney m'a immanquablement évoqué -dans une moindre mesure toutefois- l'impitoyable rancher campé par notre ami le Duke dans La Rivière rouge (1948) de Raoul Walsh.
La scène au cours de laquelle Cagney force ses anciens employés, voleurs de chevaux, à marcher pieds nus des heures durant, jusqu'à ce qu'ils aient les orteils en sang, est un grand moment de cruauté.
Une scène qui, du reste, n'est pas sans me rappeler un passage similaire du Bon, la Brute et le Truand (1966) de Sergio Leone, où cette crapule de Tuco (Eli Wallach) obligeait l'Homme-Sans-Nom (Clint Eastwood) à avancer dans le désert sous un soleil brûlant, sans jamais lui donner à boire...

Au côté de James Cagney, j'ai découvert l'actrice grecque Irène Papas, que je ne connaissais absolument pas; une très belle brune, que j'ai d'abord prise pour Julia Adams (l'une de mes actrices favorites des années 50) , tellement la ressemblance entre les deux comédiennes est saisissante.

Sur le plan de la mise en scène, Robert Wise -excellent artisan touche-à-tout du glorieux cinéma hollywoodien, qui signa des films aussi différents que Le Jour où la Terre s'arrêta (1951) , La Maison du Diable (1963) , ou encore La Mélodie du Bonheur (1965) - livre ici une réalisation à la fois soignée, sobre et efficace, qui sied agréablement à ce western, que je qualifierais volontiers de " psychologique ", dénué de grosses fusillades ou d'énergiques chevauchées, essentiellement filmé en pleine nature.

Seul petit reproche (mais c'est vraiment histoire de pinailler) , cette affreuse transparence lors de la scène finale, qui voit le jeune pied-tendre idéaliste (Don Dubbins) et Jocasta (Irène Papas) partir en tilbury: difficile de ne pas " griller " la vue filmée par une voiture-travelling, le paysage d'arrière-plan défilant beaucoup trop rapidement par rapport au rythme de la calèche qui semble plutôt avancer au petit trot.

Notons en outre un happy-end déconcertant, puisque la belle Jocasta qui, durant tout le film, n'a cessé d'espérer quitter le ranch du tyrannique Cagney, finit par faire demi-tour pour se jeter dans les bras de celui-ci...

Pour terminer, je dirais que j'ai passé un excellent moment devant cette découverte " westernienne " , que je me suis empressé de noter sur ma (longue) liste de DVD à acheter (film disponible dans la très bonne Collection Warner-TCM).

Je tâcherai de faire mon possible afin d'être un peu plus présent sur le forum à l'avenir ; d'ici là, je vous souhaite à tous une bonne continuation, et longue vie à WESTERN MOVIES !!
icongc2
Modifié en dernier par Arizona Kid le 11 mai 2019 6:36, modifié 3 fois.
" Personne ne t'empêchera de partir si c'est ce que tu veux; mais laisse-moi te donner un conseil, fiston: dans ce pays, c'est très mal vu de toucher au cheval d'un autre homme... " (Joël McCrea, Cattle Drive, 1951)
:sm70:

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Re: La Loi de la Prairie - Tribute to A Bad Man - 1955 - Robert Wise

Messagepar lasso » 18 févr. 2018 9:25

Revu ce très beau Western de Robert Wise qui se passe au Wyoming dans le monde des chevaux (élevage).

Wyoming veut dire : windy (beaucoup de vent)
j'ai déjà commenté ce film sur ces pages, voici le titre allemand : Ma volonté est la loi


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Un autre titre qui irait bien avec le film : Une femme bien apprivoisée!

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Re: La Loi de la Prairie - Tribute to A Bad Man - 1955 - Robert Wise

Messagepar lasso » 10 janv. 2019 17:31

enfin disponible aussi en allemagne : demain 11 janvier 2019 allemand/anglais


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Moonfleet
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Re: La Loi de la Prairie - Tribute to A Bad Man - 1955 - Robert Wise

Messagepar Moonfleet » 10 mai 2019 15:28

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La Loi de la prairie (Tribute to a Bad Man - 1956) de Robert Wise
MGM


Avec James Cagney, Irene Papas, Don Dubbins, Stephen McNally, Vic Morrow, James Griffith, Lee Van Cleef, Royal Dano
Scénario : Michael Blankfort d'après Jack Shaefer
Musique : Miklós Rózsa
Photographie : Robert Surtees (Technicolor / Vistavision 2.35)
Un film produit par Sam Zimbalist pour la MGM


Sortie USA : 30 Mars 1956


Comme nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises, si le western n'a pas été la spécialité de la Metro Goldwin Mayer, quand le studio du lion en produisait un le résultat était très souvent de grande qualité. En voici un nouvel exemple avec ce très beau film. Précédemment, avant Tribute to a Bad Man, il avait déjà réalisé deux westerns : Ciel rouge (Blood on the Moon) en 1948 avec Robert Mitchum, western hivernal et pluvieux à l’ambiance nocturne et enfiévrée de film noir ainsi que Les Rebelles de Fort Thorn (Two Flags West) en 1950, évocation de la vie quotidienne au sein d’un fort à la fin du 19ème siècle durant laquelle on pense beaucoup à John Ford mais un Ford sans chaleur et sans vie. Deux westerns donc, loin d'être mauvais, mais qui n'ont pas laissé de souvenirs impérissables. La Loi de la prairie est son ultime tentative dans le genre, sa plus belle réussite, et il eut comme se doit un honnête succès public. Après le western noir et le western militaire, Wise se lance donc dans le western psychologique et familial dans la lignée de films comme La Lance brisée (Broken Lance) d'Edward Dmytryk.


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Steve Miller (Don Dubbins) raconte quelques mois de sa vie passée (aux alentours de 1875) alors que, garçon d'épicerie en Pennsylvanie, il avait traversé les USA pour s'essayer dans l'Ouest au métier de cow-boy qu'il idéalisait grandement. Sur son chemin, arrivé dans le Montana, il sauve la vie d'un homme blessé. Ce vieil homme, Jeremy Rodock (James Cagney), est le propriétaire d'un immense domaine où il élève des chevaux. Il doit sans arrêt se défendre contre des voleurs qu'il fait pendre sans sommation s'il les surprend en flagrant délit. Jocasta Constantine (Irene Papas), la "Saloon Gal" qu'il a sauvée de la pauvreté et de la déchéance, vit à ses côtés sans être mariée avec lui. Elle l'aime tendrement mais ne supporte pas ses accès de fureur (sa "Hanging fever"), la violence avec laquelle il fait régner sa propre loi sur son territoire. Il en va de même pour le jeune et naïf Steve qui, s'il s'est pris d'amitié pour son nouveau patron, ne voit pas d'un bon œil ses manières expéditives à l'encontre de ceux qui veulent malmener son cheptel. Il va être tenté un moment de fuir avec la femme de son "père adoptif" après que celui-ci ai traité avec sadisme trois hommes qu'il suspectait (avec raison d'ailleurs) d'avoir voulu le spolier. En plus de devoir constamment surveiller ses chevaux, Jeremy doit faire attention à ce que ses hommes, privés de femmes, ne lorgnent pas sur sa maîtresse à laquelle il tient comme à la prunelle de ses yeux. Il n'hésite d'ailleurs pas une seconde à licencier son bras droit, McNutty (Stephen McNally), qui tournait de trop près autour d'elle. Cette tension constante au sein du ranch va-t-elle pouvoir être apaisée ?


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Et c'est Spencer Tracy qui, après avoir fait très bonne impression dans le film de Dmytryk, avait été retenu pour le western de Robert Wise et avait même commencé le tournage durant quatre jours. Mais pour des ennuis de santé (l'altitude à laquelle le film a été tourné lui posait des problèmes de respiration) et de mauvaise entente avec le réalisateur, supportant mal la canicule qui régnait dans le Colorado et disant ne pas aimer le script, le grand acteur a préféré tout arrêter. C'est sur cet échec qu'il met un terme à 21 ans de bons et loyaux services pour le studio du lion, sa dernière prestation pour la MGM demeurera celle, sublime, qu'il livre dans Bad Day at Black Rock (Un homme est passé) de John Sturges. Clark Gable fut le premier acteur prévu pour le remplacer mais il refusa l'offre. James Cagney fut le suivant sur la liste, et bien lui en a pris d'accepter car le personnage de Jeremy Rodock lui offrit l'un de ses rôles les plus mémorables, notamment durant les années 50. Mais ce n'est pas le seul personnage intéressant du film, bien au contraire. En effet, si La Loi de la prairie ne brille pas par son intrigue (pourtant bien menée) ni par ses thématiques finalement assez simples, les personnages et les situations se révèlent en revanche d'une profonde richesse grâce à un scénario très réussi de Michael Blankfort qui mise plus sur la psychologie que sur l'action.


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A tout seigneur tout honneur, commençons par le protagoniste interprété par un formidable James Cagney, plus touchant que haïssable contrairement à ce que l'on aurait pu croire au vu du titre original. Jeremy Rodock est un éleveur tenu à l'écart de la civilisation et qui a trimé des années pour bâtir son domaine. Aujourd'hui à la tête d'un immense cheptel de chevaux et d'une grande fortune, il n'a en tête que de protéger le mode de vie qu'il a construit de ses propres mains et ne souhaite surtout pas voir son travail anéanti par n'importe quels brigands. Résultat : étant à des lieux de la première ville et ne pouvant pas faire appel à un quelconque shérif ou Marshall pour l'aider à se défendre, il a décidé d'appliquer sa propre loi, à savoir celle du talion : s'il prend un voleur la main dans le sac, il n'hésite pas à le balancer au bout d'une corde sans aucune autre forme de procès en disant à qui veut l'entendre (et notamment à sa compagne à qui il peine à faire comprendre ses méthodes un peu expéditives) : "C’est la peur qui les rend honnêtes. Avec cette pendaison j’ai dressé une barrière de trois mètres de haut au-dessus de mes terres"

"Jo... you come as close to bein'... well, as close to bein' everything to me as anything livin'. But I still can't do what you want me to do. We're livin' in the middle of nowhere. Two hundred miles from any kind of law and order. Except for what I built myself. Ever since I started - and this you don't know - I've been badgered, skunked, bitten out and bushwhacked by thieves from everywhere. And now, one of my men's been killed. I find my horses, I find the killer. If I find the killer, I hang him. I gotta' keep my own reckoning, Jo. It's the way I built my life and half the transportation of the West."

Il est clair que vu de notre petite lorgnette au 21ème siècle, c'est une attitude peu recommandable - voire même condamnable - ; mais si l'on essaie de se replacer dans le contexte de cette époque et au vu de la situation de cet homme isolé, constamment en but aux larrons de toute sorte, on peut arriver à le comprendre sans pour autant l'excuser. Face à lui, nous nous retrouvons donc en quelque sorte un peu dans la situation dans laquelle se trouvent les personnages interprétés par Irene Papas et Don Dubbins : on peut comprendre son attitude sans pour autant la cautionner. Mais comme Jeremy le dit lui-même : "I’m tired and angry !" Plus apitoyant que réellement méchant donc, même s'il lui arrive de se comporter "Pire qu’un loup à la pleine lune" notamment lors de la longue séquence qui termine presque le film et qui a probablement influencé Sergio Leone pour Le Bon, la brute et le truand, celle au cours de laquelle il oblige avec sadisme trois voleurs à marcher pieds nus durant des centaines de kilomètres jusqu'à la ville où ils devront être jugés. Devant le courage du personnage joué par Vic Morrow, devant l'incompréhension de ses proches, cet homme rugueux finira par se rendre compte de son inhumanité et faire amende honorable en se remettant en cause et en évoluant ainsi vers plus de sensibilité et de tolérance. Sa jalousie compréhensive (il a constamment peur que sa compagne ne le quitte pour un plus jeune) n'aura également plus lieu d'être puisque Jocasta retrouvera du coup un être sans les traits de caractère qui lui faisait parfois le haïr en silence.


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La tragédienne grecque Irene Papas, pour son premier rôle hollywoodien, s'avère au moins aussi inoubliable que son partenaire masculin, d'une grande sobriété de jeu contrairement à certaines accusations d'interprétation outrancière qui n'ont vraiment pas lieu d'être en l'occurrence. Le couple qu'elle forme avec James Cagney se révèle tout à fait convaincant et Jocasta s'avère toute aussi émouvante que Jeremy. Cette enfant de la guerre (de Sécession) obligée de se prostituer pour pouvoir survivre, sauvée de la déchéance par un homme plus âgé dont elle tombe amoureuse d'abord par reconnaissance puis par véritable amour, est un superbe rôle. A sa première apparition, à sa manière d'allumer son cigarillo, on est déjà conquis par l'actrice et son personnage. C'est elle qui représente un peu la bonne conscience du film, mais sans excès de moralisme ; juste un personnage qui en appelle à la raison ! Elle a beau admirer et aimer avec tendresse son homme, elle ne supporte pas quand ce dernier est pris de "Hanging Fever", d'une part parce qu'elle angoisse fortement qu'il n'en revienne pas et d'autre part parce qu'elle ne tolère pas la violence. Elle regrette également que son homme ne lui fasse pas entièrement confiance : "I understand now why you never married or ever wanted to marry. To marry you have to invest your heart in someone. How can you invest if you don't trust ?" Ayant une forte estime pour le jeune homme qui a sauvé son amant et ne souhaitant pas qu'il devienne aigri et rustre comme tous les hommes qu'elle côtoie au ranch, elle lui conseille d'abandonner, de repartir et de recommencer une "vie normale" : "Go home. Before you kill your first man. Or put a rope on your first hanging, and it begins to eat you up alive. Learn a decent trade. Find yourself a nice girl and get married. Live in a place where you can bring up children. A normal life." Une vie normale qu'elle accepte de ne pas avoir pour elle, sachant déjà reconnaître sa chance d'avoir pu être sortie de la situation peu reluisante dans laquelle elle se trouvait lorsqu'elle était pianiste de bar à Cheyenne (d'ailleurs, dans le courant du film, l'actrice nous chante en grec la superbe 'They Are Giving My Sweetheart Away'). Jocasta est une femme de tête qui sait se contenter de ce qu'elle a, même si elle n'est pas insensible aux propositions des hommes à qui elle a fait tourner la tête sans le chercher. Mais elle arrivera à rester fidèle à son "sauveur" et c'est tout à son honneur.


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Le "pied tendre" que Jocasta et Jeremy ont pris sous leur aile est un jeune épicier venu de l'Est pour être cow-boy, un métier qu'il a toujours rêvé de faire à sa manière romantique de jeune naïf, un travail qu'il a toujours idéalisé. Si le personnage apparaît un peu fade, c'est un fait volontaire ; Steve est un garçon maladroit, sensible, timide, gentil et naïf mais il évoluera en cours de route sans pour autant tomber du "côté obscur", comme le redoute Jocasta qui d'ailleurs lui remet les pieds sur terre en lui faisant prendre conscience de la réalité des choses quant à la valeur du cow-boy, et qui balance par la même occasion un sacré coup de pied dans la fourmilière s'agissant de la vision idéalisée que nous en avions nous aussi, spectateurs en culottes courtes élevés à La Dernière Séance (celle de notre Schmoll national) à coups de westerns classiques hollywoodiens : "Un cow-boy est un bon à rien à cheval. De mauvaises dents, des os cassés, une hernie et des poux !" (Steve, we've only talked a few times since you came here. But I know this about you. You are gentle. You haven't been used, and made hard. This is not your kind of life. Look at the men in the bunkhouse : Baldy, and Fat Jones, and Abe. Never a chance for a family, or a home. In ten years, you're gonna' be like them - a "nobody" on a horse. That's what a wrangler is : a "nobody" on a horse. With bad teeth, broken bones, double hernia, and lice !)" L'amour qu'éprouve ensuite Steve pour Jocasta est tellement sincère que cette dernière est à deux doigts d'abandonner son bienfaiteur pour enfin accomplir son rêve d'une vie "normale" et sans violence.


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James Cagney, Irene Papas et même le méconnu Don Dubbins dont c'était le premier rôle au cinéma sont remarquables. Ce dernier remplaça d'ailleurs au pied levé son collègue sur Ouragan sur le Caine, Robert Francis, qui mourut dans un accident d'avion après avoir commencé le tournage. Si les éloges viennent fort à propos quant il s'agit du trio principal, les seconds rôles n'en sont pas moins également à féliciter. Il y a tout d'abord l'ex-héros du cultissime Apache Drums (Quand les tambours s'arrêteront) de Hugo Fregonese, Stephen McNally, dans le rôle de l'homme de main de James Cagney qui, encouragé par le fait qu'elle ne soit pas mariée, essaie de s'enfuir avec la maîtresse de son boss ; puis Lee Van Cleef qui n'en peut plus de savoir qu'il n'existe aucune présence féminine (autre que l'intouchable Jocasta) à moins 200 lieues à la ronde et qui bave d'avoir entre les mains les catalogues Sears sur lesquels il pourrait voir des femmes en corsets ; Royal Dano (inoubliable et étrange visage repéré notamment dans The Red Badge of Courage de John Huston) jouant de l'ocarina ; la toujours superbe Jeannette Nolan même si son temps de présence est très court et surtout Vic Morrow, l'inoubliable "ennemi" de Glenn Ford dans Graine de violence (Blackboard Jungle) de Richard Brooks, ici encore particulièrement mémorable même si son jeu très "Actors Studio" détonne par rapport à celui de ses partenaires.


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En plus d'une parfaite direction d'acteurs, Robert Wise accomplit également un très bon travail concernant la réalisation. Le classicisme de sa mise en scène n'est aucunement un handicap et porte au contraire avec un doux lyrisme ce qui s'avère finalement une belle histoire d'amour. La précision des cadrages, la douceur de la photographie (splendide travail de Robert Surtees qui utilise les cieux sombres et nuageux avec génie, qui sait se servir avec talent des nuits américaines et dont les couleurs chaudes et brunes des intérieurs donnent une atmosphère ouatée très particulière), la splendide utilisation du format CinémaScope et des merveilleux paysages à disposition ainsi que la beauté des mouvements de caméra donnent un bel aspect plastique à ce western brillamment filmé. Les séquences mouvementées sont rares mais quant elles arrivent, elles nous régalent tout en cherchant à aucun moment à nous en mettre plein la vue. On trouve par exemple une âpre séquence de bagarre à poings nus d'une grande brutalité entre James Cagney et Stephen McNally, Cagney ayant prévenu ("I fight dirty") et utilisant surtout ses coudes qui semblent faire le plus grand mal à son adversaire. L'ensemble du film est soutenu par une très belle partition de Miklos Rozsa, dont le style est reconnaissable entre tous dès les premières secondes de chaque thème, et qui se sera révélé aussi doué dans tous les genres même s'il restera avant tout dans les esprits pour ses musiques de péplums hollywoodiens.


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La Loi de la prairie est une simple, belle et cruelle histoire d'amour et d'amitié en même temps qu'un film développant un thème intéressant qui nous pose la question de savoir à partir de quelle limite doit-on s'autoriser à faire justice soi même ou, pour être plus juste, doit-on se l'autoriser quelles que soient les situations. Même si le personnage joué par James Cagney a des circonstances atténuantes, le scénariste arrive à la conclusion que non. Pour "célébrer" ce résultat très moral, il achève même son histoire par un happy end un peu déconcertant car moyennement crédible au vu des séquences qui l'ont précédé et du ton d'ensemble très dramatique qui a pesé sur les protagonistes, mais qui s'avère au final assez émouvant en nous mettant du baume au cœur. Dommage que les situations et les dialogues soient un peu répétitifs, que l'intrigue ne possède pas la force et la richesse de ses personnages et que l'ensemble manque un peu d'ampleur. Néanmoins, il s'agit d'un très bon western intimiste, non dénué d'intensité et d'émotion, aux personnages riches et attachants et qui pourrait même plaire à ceux qui ne sont pas spécialement friands du genre.

« I never saw Mr. Rodock again, and I never saw Jocasta again. But I carried them with me wherever I went, and I loved them both my whole life long. »




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