Le Reptile - There was a Crooked Man - 1970 - Joseph L. Mankiewicz

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Cooper
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Re: Le Reptile - There was a Crooked Man - 1970 - Joseph L. Mankiewicz

Messagepar Cooper » 11 août 2013 13:54

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Cooper
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Re: Le Reptile - There was a Crooked Man - 1970 - Joseph L. Mankiewicz

Messagepar Cooper » 11 août 2013 14:15

CRITIQUE CINE (TCM)

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Le Reptile trimballe derrière lui une mauvaise réputation. C’est l’avant dernier film de Mankiewicz et l’ultime œuvre de sa carrière, Le Limier, lui a toujours fait de l’ombre. C’est également un western et, comme l’a confirmé Kirk Douglas, que Mankiewicz avait déjà dirigé vingt deux ans plus tôt dans Chaînes Conjugales : « Joe n’était pas à l’aise dans le désert. Il se sentait beaucoup mieux dans une scène se déroulant dans une bibliothèque. » Et il est vrai que Le Reptile est un très étrange film pour son auteur : un western parodique où chaque personnage est ultra typé, un film carcéral ironique avec, somme toute, peu de répliques pour le plus spirituel et fin dialoguiste d’Hollywood.

Revenons au contexte pour tenter d’y voir plus clair et de comprendre les intentions du réalisateur d’Eve. Le Reptile a été réalisé en 1970 au moment même où Hollywood finit d’entamer la plus grande révolution structurelle et esthétique de son histoire, passant dans un nouvel Âge D’Or, soudain débarrassé de la censure et de producteurs omnipotents artistiquement. Mankiewicz, symbole du classicisme, auteur de films qui ont parlé d’ailleurs du crépuscule hollywoodien comme La Comtesse aux pieds nus, est exilé loin de l’usine à rêves où l’on ne fait plus beaucoup appel à ses services.

Le script du Reptile a été écrit par deux scénaristes alors très en vogue dans le Nouvel Hollywood : David Newman et Robert Benton, auteurs à qui l’on doit notamment Bonnie & Clyde d’Arthur Penn, le film étalon de la Nouvelle Génération en train de prendre le pouvoir. Ce qu’ils composent avec Le Reptile est à la fois à la mode des westerns révisionnistes qui revisitent avec sarcasme la légende hollywoodienne pour mieux la critiquer (notamment en termes politiques) et, à fortiori, un film de cinéphiles qui joue avec les références et les codes. Ainsi, Le Reptile est-il déjà en soi un curieux paradoxe : un film clairement de son temps, très distancié par rapports aux westerns classiques dont il cherche à se démarquer et réalisé par l’un des plus illustres et feutrés cinéastes de l’Age D’Or. C’est également une œuvre marquée visuellement puisque Mankiewicz use de certaines figures du cinéma moderne comme les zooms rapides. On y trouve également Warren Oates, comédien fétiche de Sam Peckinpah, cinéaste qui s’est fait une spécialité dans les années 60 de revisiter et de faire exploser les codes et les mensonges du western.

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Le film s’ouvre de manière on ne peut plus directe. En voix-off, le narrateur entame le récit par « Il était une fois… » suivi d’un générique folk où apparaissent à l’écran des enluminures westerns. Il s’agit donc ouvertement de jouer avec la légende gravée sur celluloïd de l’ouest. Dès les premières images, le film affirme sa nature à la fois critique et sarcastique. Une servante noire se prépare dans la douleur et la fatigue à aller servir ses maîtres blancs. Avant de passer la porte de la salle à manger, elle forcera son sourire, masquant ses sentiments réels, pour apporter le dîner en faisant mine de ressembler aux caricatures de serviteurs noirs des grands films hollywoodiens du temps passé tel Autant en emporte le vent. Durant ces scènes d’exposition, tous les personnages vont montrer d’eux un visage qui n’est pas le leur. Un faux pasteur vend ses miracles pour empocher la quête comme les médecins de pacotille tentaient de refourguer leur camelote aux premiers badauds. Un juge est fourré dans les seins d’une prostituée dans un bordel. Un aimable père de famille puritain et fortuné joue les voyeurs dans le même bocson pour épier les clients au lit. Une jeune fille dévêtue sur un billard avec son amant fait croire à son père fou furieux que celui-ci a en fait tenté de la violer. L’exposition du film est ainsi claire : la société toute entière est fondée sur des mensonges. Les scénaristes en profitent pour fustiger les nantis, dénoncer le racisme et les intolérances de toutes sortes puisque, par exemple, plusieurs personnages homosexuels vont s’affronter dans le pénitencier : un couple émouvant et comique, un directeur fatigué et lâche et un garde chiourme sadique.

Les thèmes du mensonge, de l’hypocrisie, de la duperie ne sont pas étrangers à Mankiewicz qui a toujours analysé les parties d’échecs que se disputent les hommes pour arriver à leurs fins. Que ce soit la fameuse Eve (Anne Baxter), James Mason dans L’Affaire Cicéron, la femme mystérieuse de Chaines Conjugales, les membres de la famille névrotique de Soudain l’été dernier ou les amants de Cléopâtre. Dans Le Reptile, pas une parole (à l’exception de celles d’un très vieux prisonnier que d’ailleurs personne n’écoute) n’est valide. Celui qui ouvre sa bouche ment ou manipule. Celui qui dit la vérité est déjà la victime de son adversaire. D’une certaine manière, le personnage campé par Kirk Douglas en fera les frais puisqu’il confiera d’emblée son secret à celui que joue Henry Fonda. Film sur la parole qui ne sert qu’à tromper, Le Reptile suit par ailleurs le parcours d’un perroquet en cage, oiseau qui peut dire ce qu’il a vu et donc dire la vérité et révéler les supercheries.

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Si les mots mentent, Le Reptile est un film peu bavard, rythmé surtout par l’abattage formidable de Kirk Douglas dans son rôle habituel de bandit charismatique. Si les mots sont dangereux, Mankiewicz traite un autre sujet qui lui confère un aspect plus théorique : celui du costume et de l’apparat. Le film s’amuse avec la légende de l’ouest. Or, il voit s’affronter deux de ses stars les plus typées pour l’imaginaire collectif : Kirk Douglas, la crapule rusée par excellence et Henry Fonda, symbole même de la droiture et de la probité de l’idéal d’esprit américain. Mankiewicz va s’amuser à tricher avec ces figures. Dès l’ouverture, il nous prévient en attaquant chaque personnage et en dévoilant toutes leurs hypocrisies : les hommes endossent des costumes pour tromper leur entourage. Douglas et Fonda vont ainsi se vêtir de costumes ultra symboliques pour jouer leur rôle habituel et cette fois tromper leurs adversaires mais aussi le spectateur. Il s’agit donc, d’une certaine manière, de tirer sur les vieilles figures du passé pour désormais éclairer d’un jour nouveau la nature humaine dans sa vérité et son abjection. Un programme qui pourrait être celui du Nouvel Hollywood.

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Douglas est pourvu d’un col Mao et de lunettes. Fonda d’un costume sombre et dans de nombreux plans larges, il épouse la silhouette immortelle et mythique d’Abraham Lincoln qu’il avait incarné chez John Ford trente ans plus tôt. Fonda refuse ainsi tout au long du film alcool et prostituées. Il tente de réformer le pénitencier en instituant une politique de réinsertion humaniste, en faisant confiance aux prisonniers. En fin de compte, il se révélera aussi cynique et trompeur que les autres, ayant réussi à duper bandits et spectateurs grâce à son costume et en parlant le moins possible. Les deux comédiens, conscients de leur propre légende, s’en amusent au cours d’un échange lourd de sens où Fonda demande à Douglas : « Pourquoi toujours jouer les salauds ? » Ce à quoi Douglas rétorque : « Parce que c’est mon métier. Et vous, pas trop fatigué de diriger les hommes ? » Si Fonda ne répond pas, la fin du film ne trompe pas sur son personnage décidé à se payer du bon temps au Mexique.

Il est enfin possible de voir un tout autre affrontement dans celui qui oppose Douglas à Fonda, c’est celui du producteur et du réalisateur à l’aube des années 70. Fonda veut monter une prison nouvelle et charge Douglas de superviser les travaux. Douglas assigne ainsi à chaque personnage un rôle spécifique dont il va par la suite se servir pour tenter de s’évader de la prison. Fonda erre dans la cour et observe la gestation du chantier. Difficile de dire qui va gagner et qui est le véritable maître d’œuvre entre celui qui propose et finance le projet et celui qui l’exécute. Une chose est certaine, comme le prouve Douglas qui refuse de faire l’apologie de la politique de réinsertion à un repas de charité : pour que le spectacle soit total, vaut mieux que chacun conserve sa liberté. Mankiewicz, malheureusement, en fera les frais puisque le studio lui imposera de couper plus de quarante minutes de son film. Par la suite, le cinéaste ne pourra plus tourner qu’une seule fois. Dans Le Limier, il clôt sa réflexion sur le jeu des apparences et des tromperies, autour de deux personnages (Michael Caine et Lawrence Olivier) qui, à force de se mentir et de se manipuler, finissent pas ne plus réellement savoir qui ils sont.



Propos de Frédéric Mercier
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lasso
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Re: Le Reptile - There was a Crooked Man - 1970 - Joseph L. Mankiewicz

Messagepar lasso » 27 déc. 2014 12:12

traduction : Deux sales Gredins

Image DEUX SALES GREDINS

j'avais commenté ce Western ici

http://decrypte.westernmovies.fr/cri.php?id=725

mais, ça devait pas se passer comme ça dans les prisons de l'Etat d'Arizona, ayant visité la Prison de Yuma en 2013. Les conditions ne laissaient
pas de libertés , pas les moindres aux prisonniers. Voir sous Géograpie FROM HOUSTON TEXAS TO YUMA ARIZONA AND BACK !

http://forum.westernmovies.fr/viewtopic ... 6&start=60
Modifié en dernier par lasso le 17 sept. 2017 10:54, modifié 1 fois.

persepolis
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Re: Le Reptile - There was a Crooked Man - 1970 - Joseph L. Mankiewicz

Messagepar persepolis » 16 mai 2016 9:10

j'adore ce western comédie : sa musique, les seconds rôles (le couple homosexuel hilarant par leurs disputes) , l'humour bien sûr. Dommage que Mankiewicz n'ait fait qu'un seul western.

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lasso
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Re: Le Reptile - There was a Crooked Man - 1970 - Joseph L. Mankiewicz

Messagepar lasso » 17 sept. 2017 11:28

Trois pages seulement sur ce GRAND WESTERN de 1970, alors qu'il existe un excellent DVD de Warner Brothers France,
en FRANCAIS et ANGLAIS avec sous-titres français, de très bonne qualité, inutile l'édition d'un BR.
C'est peut être le ton humoristque, sarcastique du film qui fait hésiter les acheteurs, je vous encourage à le faire,
personne ne sera déçu.

Deux sales Gredins
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Re: Le Reptile - There was a Crooked Man - 1970 - Joseph L. Mankiewicz

Messagepar Le Gaucher83 » 18 déc. 2017 19:56

Vu sur arte hier et j'ai adoré. C'est corrosif à souhait. Kirk Douglas est génial et j'ai adoré la fin.
Billy Clanton : T'es tellement saoul que tu tiens à peine ton arme. J'parie qu'imbibé comme t'es, tu m'vois double.
Doc Holliday : Mais j'ai deux colts, alors je t'aurai tous les deux.


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duke henri
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Re: Le Reptile - There was a Crooked Man - 1970 - Joseph L. Mankiewicz

Messagepar duke henri » 19 déc. 2017 13:28

Messieurs, presque tout est dit sur ce film. Je l'ai aimé à sa sortie, j'étais un étudiant de 18 ans et je l'ai regardé à nouveau avec l'esprit d'un homme de 65 ans il y a quelques jours sur arte. Pour moi un film est fait avant tout pour distraire, surtout lorsqu'il s'agit du genre western. La méditation vient après. mais c'est je pense notre inconscient qui s' imprégnant de la finesse psychologique du scénario et du rendu par les personnages qui en fera un bon film. Après, il y a les goûts et les couleurs.
Au sujet du personnage de Fonda, Je pense que c'est une personne qui perd ses illusions d'homme droit quand il se trouve handicapé par la faute de sa naïveté, croyant désarmer un homme soul sans scrupules en laissant de côté sa propre arme et aussi quand il comprends l'ingratitude de la la société de cette ville dont il est Shérif. Ma réaction était et serait encore: Tire d'abord et discute ensuite. Quant à la prostituée qui lui propose aimablement son corps, soit j'aurais dit d'accord ou j'aurais fermé les yeux sur son activité sans lui dire de déguerpir sur le champs.
Son état d'esprit change. Comme la société est vile, il n'a plus d'état d'âme et la suite du film n'est qu'un plan bien préparé pour s'accaparer le butin de Pitman. Il ne semble pas par ailleurs si désappointé ou étonné quand la petite fête tourne mal.
Personnellement, nous pouvons comparer la société actuelle aux différents personnages du film.
Quant au titre: <<Le reptile>>; un serpent est sans état d'âme, pas comme un chat ou un chien, on ne peut en faire un ami même si on le cajole, il mordra , c'est tout. il est aussi comme une anguille, il file entre les mains, C'est Pitman. Le titre correspond plus à cette dernière comparaison qu'aux crotales du film. Pitman est l'arroseur arrosé.

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Re: Le Reptile - There was a Crooked Man - 1970 - Joseph L. Mankiewicz

Messagepar lasbugas » 25 déc. 2017 19:08

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Re: Le Reptile - There was a Crooked Man - 1970 - Joseph L. Mankiewicz

Messagepar lasso » 19 mai 2020 17:46

à la troisième vision je dois avouer que ce Western spectaculaire et divertissant, ne m'intéresse plus du tout,
trop invraisemblable, l'idée de mettre des lunettes avec des verres sans correction, pour se donner un air important,
c'est vraiment trop fort. De trop gros cigares, c'est ridicule :cry:


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Re: Le Reptile - There was a Crooked Man - 1970 - Joseph L. Mankiewicz

Messagepar lasbugas » 29 juin 2020 12:17

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Re: Le Reptile - There was a Crooked Man - 1970 - Joseph L. Mankiewicz

Messagepar lasbugas » 30 sept. 2020 19:44

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