Duel dans la boue - These thousand hills - 1958 - Richard Fleischer

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limpyChris
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Re: Duel dans la boue - These thousand hills - 1958 - Richard Fleischer

Messagepar limpyChris » 06 nov. 2012 22:06

:sm28: :lol:
Je suis un vieux Peau-Rouge solitaire qui ne marchera jamais en file indienne.

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Sitting Bull
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Re: Duel dans la boue - These thousand hills - 1958 - Richard Fleischer

Messagepar Sitting Bull » 06 nov. 2012 23:42

Alors là, bien vu ! :applaudis_6: :applaudis_6: :applaudis_6:
Mais si tu veux relever toutes fautes dans les sous-titres, il va falloir ouvrir une rubrique à cet effet. :lol:
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Yosemite
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Re: Duel dans la boue - These thousand hills - 1958 - Richard Fleischer

Messagepar Yosemite » 07 nov. 2012 21:36

Bravo à Sidonis d'avoir proposé ce western superbe et qui plus est, agrémenté des analyses de P. Brion et B. Tavernier, tout à fait instructives et passionnantes.

Certes, tout au long de ce film, on sent bien que R. Fleischer situe son propos dans un environnement westernien, mais toutefois, tout ceci aurait fort bien pu se dérouler ailleurs, dans une grande ville au XIX ième siècle par exemple.
Il ne s'agit pas ici de conquête de l'Ouest.
On ne va pas bouder son plaisir pour autant car il s'agit quand même de 96mn tout à fait admirables mais plus que cela encore.
Admirables et audacieuses je dirais. Il y a vraiment des singularités (relevées dans les bonus d'ailleurs) chez les personnages, leurs évolutions respectives et tout ceci constitue une trame narrative somme toute assez complexe. Car il est vrai que le spectateur peut n'avoir aucun point de repère tant les premiers rôles sont montrés sous des aspects peu attachants voire détestables.
Et tant que réalisateur il faut être sûr de soi pour mettre en scène un tel scénario. Il faut dire que les acteurs ne sont pas parmi les moins bons : que de talents réunis ! C'est ce qui permet cette complexité bien sûr, car chacun d'eux mène son personnage sans créer de confusion ni d'empiètement sur celui du voisin. C'est ce qui donne la profondeur de l'ensemble également, d'autant que les seconds rôles sont tout aussi bons acteurs.
Finalement, la personne la plus touchante sera pour moi la belle Callie (Lee Remick), généreuse, courageuse et pourtant lâchée et battue...

B. Tavernier souligne la façon dont Fleischer positionne les caméras. Pour ma part, il m'a fallu un moment pour "m'y faire". J'ai même imaginé que le film n'était pas dans son format d'origine tant certains plans m'ont surpris. Un exemple ici avec ces personnages

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Un choix de plan rapproché que pour ma part je trouve tout à fait inattendu. Et pourtant, curieusement même, cela estompe l'effet cadrage et finit par donner un aspect spontané, "pris sur le vif". C'est vraiment stupéfiant et je me demande comment il a pu venir à l'idée du réalisateur de filmer les personnages ainsi (en même temps, c'est un métier remarquez !).

Une image tout à fait remarquable m'a semblé être celle-ci également, située tout à la fin du film :
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Je ne sais pas s'il faut y voir une inspiration par Mondrian (cf. bonus), mais il est sûr qu'il y a une segmentation de l'espace qui ne laisse guère de doute quant à l'effet recherché. La sécheresse d'un sol de terre, une bâtisse austère sur la droite du cadre qui toutefois occupe le premier plan. De fait elle plus imposante que la jolie maison claire et dont les fenêtres s'illuminent. Maison claire sise sur une pelouse bien verte et offrant un cadre bien plus attirant que celui montré au premier plan.
Tal et son épouse Joyce viennent d'y entrer pour se protéger du froid.
Il me semble que ce plan montre la perspective d'un personnage, un personnage qui se repent comme est en train de le faire Tal sans doute, ou tout du moins qui chemine vers autre chose que son égoïste ambition (il vient de dire à sa femme qu'il assistera au procès de Callie, ce qui pour lui, est déjà un pas vers la reconnaissance).
Tout ceci est finalement assez lisible dirais-je dans cette image.
Cependant, ce que j'y trouve d'original, c'est cette perspective contrariée... En général, tout ce qui est symbole d'avenir ou des autres personnes (ceux vers qui l'on se dirige) est plutôt situé sur la droite. A contrario la gauche d'un cadre symbolise plutôt le passé voire le retour sur soi-même.
Ici au contraire, de par la perspective et les choix de couleurs, l'avenir est positionné dans la partie gauche. Et ce choix, qui contrarie la symbolique habituellement admise, la maintient malgré tout en suggérant qu'il s'agit également d'un retour sur lui-même du dernier personnage que nous avons vu. Tal.
Après tant de malheurs, aspirerait-il donc à plus de bonté ?
Yo.

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metek
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Re: Duel dans la boue - These thousand hills - 1958 - Richard Fleischer

Messagepar metek » 29 mars 2013 21:04


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Abilène
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Re: Duel dans la boue - These thousand hills - 1958 - Richard Fleischer

Messagepar Abilène » 20 août 2013 21:59

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Hannie Caulder
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Re: Duel dans la boue - These thousand hills - 1958 - Richard Fleischer

Messagepar Hannie Caulder » 28 févr. 2014 22:07

Bon, bah il semble qu'il mérite le coup d'oeil. Mais est-ce qu'on peut me dire s'il en est de même pour du Sang dans la poussière du même cinéaste ?
"Quand on tire on raconte pas sa vie"

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Re: Duel dans la boue - These thousand hills - 1958 - Richard Fleischer

Messagepar lasso » 07 mars 2014 11:33

Vas y pour DU SANG DANS LA POUSSIERE de Richard Fleischer

voici mon critique sur WM décrypté


http://decrypte.westernmovies.fr/cri.php?id=396

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Re: Duel dans la boue - These thousand hills - 1958 - Richard Fleischer

Messagepar U.S. Marshal Cahill » 17 juin 2014 20:42

diffusé ce soir sur cine+ Classic à 20h45 :wink:
Image(tele cable sat)
CAHILL, UNITED STATES MARSHAL
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Re: Duel dans la boue - These thousand hills - 1958 - Richard Fleischer

Messagepar juth » 18 juin 2014 18:53

Une découverte pour moi que j'ai vu hier soir. Sans être un grand film, le héros est traité de façon original ce qui donne tout son intérêt au film :num1

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Re: Duel dans la boue - These thousand hills - 1958 - Richard Fleischer

Messagepar lasbugas » 01 nov. 2014 14:21

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Re: Duel dans la boue - These thousand hills - 1958 - Richard Fleischer

Messagepar lasso » 09 août 2016 19:37

affiche Jugoslave


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pas de duel au Revolver dans cet excellent Western, d'un cowboy qui est venu de l'Oregon,
Pendelton, où son père s'était ruiné en perdant son ranch, à cause d'une épidémie de vaches.

Lui, il veut réussir de toutes ses forces....au Montana, un avenir en or l'attend, même Gouverneur
dans le capitale HELENA, MT, où tous les trottoirs sont déjà en pierre....

Mais le lynchage de son ancien compagnon-cowboy, le laisse réfléchir..... alors que son ancienne
amie à qui il devait son redémarrage, a de sérieux problèmes, l'appellant à l'aide...
Son épouse, le comprend pas encore bien.

Certains n'aiment ou trouvent que c'est un "petit" Western. Probablement parce qu'on ne tire pas
assez...

persepolis
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Re: Duel dans la boue - These thousand hills - 1958 - Richard Fleischer

Messagepar persepolis » 14 août 2016 19:18

Je n'aime pas ce western pas pour cette raison (pas assez d'action) mais à cause du scénario. je n'ai aucune sympathie pour le personnage principal. Sur le
Spoiler: Montrer
lynchage de son ami
,il est bien naïf. Rien ne rachète son comportement.

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metek
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Re: Duel dans la boue - These thousand hills - 1958 - Richard Fleischer

Messagepar metek » 25 déc. 2017 20:12

Fuzzy Knight - These Thousand Hills 1958

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Moonfleet
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Re: Duel dans la boue - These thousand hills - 1958 - Richard Fleischer

Messagepar Moonfleet » 08 mai 2019 11:20

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Duel dans la boue (These Thousands Hill - 1958) de Richard Fleischer
20TH CENTURY FOX



Avec Richard Egan, Don Murray, Lee Remick, Stuart Whitman, Patricia Owens
Scénario : Alfred Hayes d’après A.B. Guthrie Jr.
Musique : Leigh Harline
Photographie : Charles G. Clarke (DeLuxe 2.35)
Un film produit par David Weisbart pour la 20th Century Fox


Sortie USA : 06 Mai 1959


"You’ll live to die rich !"

Lat Evans (Don Murray), dont l’enfance fut pauvre et austère faute à un père puritain, ambitionne désormais de gagner beaucoup d’argent afin de s’acheter un ranch. Pour l’instant, il est simple cow-boy dans le Montana et le travail ne lui fait pas peur. Hélas le salaire qu’il gagne comme convoyeur de bétails se dissipe très vite dans la petite ville de Fort Brock où il fait la connaissance de Callie (Lee Remick), jolie courtisane qui tombe amoureuse de lui. A court d’argent, il décide d’aller chasser le loup avec son ami Tom Ping (Stuart Whitman), le commerce de leurs peaux semblant devoir être la source d’une manne financière considérable. Mais surpris par des indiens mal intentionnés, Lat est gravement blessé. Tom, laissant se predre les produits de leur chasse, lui sauve la vie et le conduit chez Callie afin d’y être soigné ; la jeune femme se dévoue entièrement à sa guérison, ce qui rend jaloux Jehu (Richard Egan), le tenancier du saloon dont elle est la maîtresse. Une fois rétabli, Lat décide de se lancer dans l’élevage mais le banquier (Albert Dekker) n’a pas encore assez confiance par manque de garantie pour lui souscrire un prêt. C’est Callie qui va lui confier son bas de laine pour qu’il puisse se lancer. Les affaires de Lat devenant rapidement prospères, Callie est délaissée, le nouveau parvenu trouvant plus intéressant de courtiser Joyce (Patricia Owens), la nièce du banquier, qu’il finit d’ailleurs par épouser. Plus Pat se hisse dans la bonne société (jusqu’à devenir sénateur), plus il se détourne de ceux qui l’ont aidé à mettre les pieds à l'étrier. Son arrivisme va néanmoins buter contre la brutalité de Jehu ; quelques drames vont avoir lieu qui vont lui faire ouvrir les yeux quant à son comportement. Va t’il pour autant faire machine arrière…


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Après treize années passées derrière les caméras, Richard Fleischer avec These Thousand Hills signe son vingtième long métrage et son premier véritable western : une nouvelle formidable réussite du réalisateur qui n’en a pas été avare durant cette décennie. Fils de Max Fleischer, l’un des pionniers du film d’animation, Richard souhaite devenir acteur mais au lieu de jouer il est engagé par la RKO pour le montage de ses films d’actualité. Il tournera ensuite pour le studio plusieurs films de série B jusqu’à ce sommet du film noir qu’est le concis et trépidant L’énigme du Chicago Express (The Narrow Margin) avec Charles McGraw. Il sera l’un des premiers à utiliser le cinémascope pour son film suivant à la MGM, Arena. Les studios Disney ayant repéré son aisance à filmer dans ce nouveau format large, il est engagé pour mettre en scène le film en prises de vues réelles qui restera très légitimement leur plus célèbres titre de gloire, la superbe adaptation de Jules Verne qu’était son Vingt Mille Lieues sous les mers, la fameuse et inégalable version avec Kirk Douglas ainsi que James Mason en Capitaine Nemo. Ce seront ensuite les non moins superbes Les Inconnus dans la ville (Violent Saturday), autre cime du film noir, l’inoubliable Les Vikings avec Tony Curtis et Kirk Douglas, ou encore le magnifique film de guerre qu’était Le Temps de la colère (Between Heaven and Hell) avec Robert Wagner. Bandido Caballero avec Robert Mitchum, beaucoup moins convaincant, flirtait avec le western sans en être vraiment un. Duel dans la Boue (titre absurde et beaucoup moins poétique que l’original ; je ne l’utiliserais donc plus jusqu’à la fin de cet avis) marque donc sa première contribution au western, genre qu’il disait n’apprécier que moyennement et pour lequel il n’était pas attiré. Il ne s’y frottera qu’à une seule autre reprise, 15 années plus tard, avec Du Sang dans la poussière (The Spikes Gang), qui ne déméritera pas au sein de cette passionnante filmographie.


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These Thousand Hills est le quatrième film de Richard Fleischer pour la 20th Century Fox ; le réalisateur retrouve à cette occasion le producteur de Between Heaven and Hell, David Weisbart. On a fait assez peu de cas de ce western en France ou alors très succinctement, seul Charles Ford dans son ‘Histoire du western’ écrivait à son propos : "A tous points de vue, finalement, le film de Richard Fleischer est une œuvre qui mérite d'occuper une place de choix dans la mémoire des amateurs." Depuis que Richard Fleischer a retrouvé une certaine légitimité auprès de la critique, certains reviennent dessus avec plus d’attention dont Bertrand Tavernier au sein des bonus du DVD Sidonis. Au cours d’une de leurs rencontres, le réalisateur français nous dit qu'ils s’entretinrent longuement sur These Thousand Hills ; Fleischer lui avoua être très fier de son western, aimant beaucoup le sujet qui s’attaquait au mythe de la réussite et qui mettait à mal le ‘rêve américain’. Alors certes, comme l’ont fait remarquer la plupart des admirateurs du film, la démarche des auteurs était très audacieuse par le fait de mettre en avant un antihéros arriviste pour faire passer le message ; seulement ces mêmes louangeurs parlaient également d’un surcroit de hardiesse dû à ce que le scénariste Alfred Hayes (Le démon s’éveille la nuit - Clash by Night de Fritz Lang) avait expressément cherché à ce que le spectateur ait de la difficulté à ressentir de l’empathie pour Lat, l’identification avec le personnage principal devenant alors quasiment impossible. Si c’était le but recherché (ce dont je ne suis pas convaincu), je trouve au contraire que la formidable réussite et la grande modernité du film proviennent avant tout du fait qu’au contraire, le protagoniste s’avère malgré tout attachant et profondément humain. Il est en tout cas génialement interprété par Don Murray, comédien habituellement moyennement convaincant (y compris dans La Fureur des hommes - From Hell to Texas d’Henry Hathaway), mais qui trouve probablement ici son plus grand rôle, le plus riche et le plus complexe aussi.


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Lat Evans est un jeune homme plein de fougue qui a une seule idée en tête, gagner de l’argent pour pouvoir trouver la respectabilité en construisant son propre ranch et vivre de la vente de ses chevaux et de son bétail. Il eut une enfance austère auprès d’un père puritain qui a vécut toute sa vie dans la misère ; ne voulant pas reproduire ce même schéma, ce même parcours, il est dès lors compréhensible que Lat veuille tourner le dos à cette éducation et à ce mode de vie : "I ain’t afraid of hard work. I just don’t want to die poor. Hard times, it’s all I remember". Sa maladresse avec les femmes provient également d’un traumatisme dont la cause première est la figure paternelle ; lorsqu’il eut l'occasion d'avoir quelques flirts, ses conquêtes finissaient fouettées par l’impitoyable patriarche. Vouloir s’élever au dessus de cette misérable condition se révèle donc légitime. Mais Lat ne cherche jamais à faire consciemment le mal lors de son ascension : il est resté assez naïf voire même parfois immature, ce qui le pousse parfois à se laisser entrainer (surtout que c'est vers des sommets). On ne l’a jamais senti amoureux de Callie, la Saloon Gal l’ayant pris sous son aile et lui ayant donné les moyens de se lancer dans les affaires ; l’amour qu’elle éprouve pour le jeune homme ne semble jamais avoir été réciproque. Qu’il choisisse ensuite de courtiser la nièce du banquier se fait peut-être avec une arrière pensée de parvenu mais ne devrait donc pas le lui être reproché puisqu'il n'a jamais rien promis à Callie. Qui ne dit mot consent certes ; et il fût vraisemblablement un peu lâche de ne jamais rien lui dire de ses sentiments inexistants à son égard. Et si effectivement il laissera cette dernière de côté pour un temps, il ne l’abandonnera pourtant pas lorsqu’elle en aura le plus besoin, prenant même le risque de fâcher son épouse en révélant son amitié pour cette 'rivale', qui plus est 'de petite vertu'. Car la plus grande qualité de Lat, c’est aussi sa franchise : à aucun moment, il n’a été roublard pour arriver à atteindre la place de sénateur ; il a juste saisi les opportunités qui s’offraient à lui, fréquenté les gens qui pouvaient le faire parvenir à une telle situation, sans nécessairement chercher à nuire à autrui, sans jamais mentir (si ce n'est par omission).


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Le clash qu'à mi-film il a avec son meilleur ami lui est certes imputable (car Tom est un homme d'une grande loyauté, mettant l'amitié au-dessus de tout) mais encore une fois, aucune préméditation ni aucune volonté de nuire n’a fait en sorte que ça se passe de la sorte, mais une simple inconscience de ce qu’il fait ou en l’occurrence de ce qu’il dit, ne cherchant en fait qu’à acquérir une certaine respectabilité qu’il estime mériter. Lorsque Tom dit vouloir épouser Jen, Lat s’étonne seulement avec une franche maladresse de le voir se mettre en couple avec une ‘traînée’, oubliant sur le coup que le début de son ascension a été due également à une de ses ‘congénères’. Lat est un peu crédule, souvent même victime de son immaturité dont il est parfaitement conscient (voir la séquence du repas avec les notables), mais jamais franchement méchant. Il est constamment de bonne foi, pensant sincèrement que la voie qu’il a choisi est la bonne, ne se rendant pas compte qu’en se faisant, il écrase et trahi ses meilleurs amis. La preuve de son absence de méchanceté, le scénariste nous la fournit de la plus belle des manières lors de cette puissante séquence de lynchage au cours de laquelle Lat fait tout pour empêcher le pire, risquant sa réputation et même sa vie à cette occasion, le duel dans la boue final et hautement symbolique achevant la démonstration, faisant de ce moment cathartique une occasion idéale de retrouver une espèce de self-respect au mépris du 'qu'en dira t'on' et au risque de perdre sa position au sein de la bonne société. L'ensemble du dernier quart d’heure du film est d’ailleurs profondément touchant, celui au cours duquel Lat se rend compte du mal qu’il a pu faire sans jamais l’avoir souhaité ; sa volonté de rédemption rend alors le personnage encore plus attendrissant et le final auprès de son épouse s’avère magistral dans sa beauté toute simple. Sa critique de 'l'American Way of Life' ayant pris fin, Richard Fleischer montre sa face idéaliste ; et ça ne m'est pas déplaisant !


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Don Murray s’avère donc ici tout à fait convaincant dans ce rôle difficile, néanmoins plus nuancé qu’on a bien voulu nous le faire croire, et absolument pas antipathique comme je l’ai souvent lu ; original en tout cas puisqu'il n’eut à ma connaissance qu’un seul prestigieux prédécesseur dans le genre, un Rastignac conscient cette fois-ci, Errol Flynn dans La Rivière d’argent (Silver River) de Raoul Walsh, western néanmoins bien moins enthousiasmant. Le célèbre partenaire de Marilyn Monroe dans Bus Stop de Joshua Logan est cependant entouré par d’autres acteurs qui ne déméritent pas même si leurs personnages sont de prime abord bien plus faciles à aimer (Stuart Whitman et Lee Remick) ou à haïr (Richard Egan). Dans la peau de son meilleur ami, Stuart Whitman trouve peut-être lui aussi l’un de ses plus beaux rôles, tout comme Lee Remick, aussi belle que talentueuse, les costumiers l’ayant de plus splendidement mise en valeur ; son visage tuméfié nous fera d’autant plus de mal qu’elle nous aura tout du long semblé être un sorte d’ange de douceur et de bienfaisance. Après sa prestation inoubliable dans Un homme dans la foule - A Face in the Crowd d’Elia Kazan, la comédienne nous démontrait qu’il allait désormais falloir compter sur elle. Nous sommes également ravis de retrouver l’excellent Albert Dekker (le savoureux ennemi de Clark Gable dans le très divertissant Franc Jeu - Honky Tonk de Jack Conway) dans le rôle du banquier, les non moins très bons Royal Dano ou encore Jean Wiles et Patricia Owens (la compagne de Robert Taylor dans Le Trésor du pendu - The Law and Jake Wade de John Sturges), cette dernière dans un rôle pas nécessairement facile, celui de l’épouse du parvenu qui sera elle aussi capable de nous émouvoir malgré son faible temps de présence à l’écran, surtout lorsqu’elle accepte de vouloir essayer de comprendre l’amitié qui lie son époux à une prostituée. Quant à Richard Egan, il est tout aussi bon ici en ‘Bad Guy’ qu’il l’était du bon côté de la barrière dans le non moins génial Les Inconnus dans la ville (Violent Saturday) du même Fleischer. Albert Hayes nous offre donc un panel de personnages très riche et nuancé que le casting aide à être inoubliable.


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Richard Fleischer et son scénariste, adaptant le best-seller d’A.B. Guthrie (également auteur du roman qu’a adapté Howard Hawks pour The Big Sky – La Captive aux yeux clairs), nous proposent un western très adulte, critique assez âpre du ‘rêve’ américain et de ses dommages collatéraux, dénonciation virulente de la quête du pouvoir, de l’argent et de la réussite sociale érigées en valeurs souveraines. Ceci se fait à l’aide d’un excellent scénario mais également d’une mise en scène qui touche à la perfection, Richard Fleischer prouvant dans le même temps et une nouvelle fois qu’il était l’un des maîtres incontestables dans le maniement de l’écran large. Disant s’être inspiré du peintre Mondrian pour la plastique de son film, These Thousand Hills est un véritable régal pour l’œil que ce soit au niveau du choix des couleurs, des décors, des costumes ainsi qu’au travers de la perfection des éclairages et de la photographie (avec celles de John Sturges à la MGM, nous trouvons ici peut-être les plus belles séquences nocturnes en studio s'agissant de western). Que ce soit en extérieur ou en intérieur, le spectateur a de quoi se satisfaire par l’abondance de détails, les paysages à disposition dont Fleischer s’accommode avec génie, l'ampleur des scènes à forte figuration, etc, These Thousand Hills s’avérant une aussi belle réussite picturale qu’au niveau de l’écriture. Si le film est plutôt avare en termes d’action, il procure néanmoins à l’amateur des motifs de se réjouir grâce à quelques séquences marquantes telles celle du blocus de la cabane avec le lynchage qui s’ensuit, le fameux duel dans la boue ou encore des scènes spectaculaires de dressage de chevaux ou de course équestre. Quant aux quelques plans sur l’avancée de l’impressionnant troupeau de bétail, ils ont été directement pris au western de Raoul Walsh, The Tall Men (Les Indomptés). Perfection des cadrages, beauté des mouvements de caméra, rythme enlevé, montage dynamique, etc., rien à redire sur la forme d’autant que Leigh Harline à la baguette signe probablement son plus beau score, lyrique à souhait, aidé en cela par la magnifique et entêtante chanson écrite par Harry Warren et Ned Washington et interprété par Randy Sparks, très éloignée des canons habituels du genre, plus proche des futurs chansons accolées aux comédies dramatiques des années 60.


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Pas grand-chose à trouver à redire à ce très beau western anti manichéen et qui bouscule un peu les archétypes du genre ; il mérite vraiment plus de considérations qu’il n’en a actuellement. Le parcours de ce jeune homme dont l’unique objectif sera de réussir pour oublier la misère dans laquelle il aura été élevé, perdant au bout du compte nombre de ses illusions et se rachetant une conduite de la plus honorable des manières, devrait plaire autant aux amateurs de westerns qu’à ceux de drames psychologiques d’autant que le film est dans le même temps une merveilleuse ode à l’amitié et à la loyauté. Une superbe réussite tout aussi divertissante qu’intelligente et dont le propos reste toujours très actuel, le film s'avérant également être une description de la mutation de la société américaine du début du 20ème siècle qui se civilise, qui tend de plus en plus vers le capitalisme et l’accession à la propriété privée. Une certaine dureté de ton qui n’empêche pas le film d’être très attachant. Richard Fleischer n'a pas beaucoup œuvré pour le western ; à la vision de cette œuvre magistrale, on est en droit de le déplorer !

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lasbugas
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Re: Duel dans la boue - These thousand hills - 1958 - Richard Fleischer

Messagepar lasbugas » 16 nov. 2019 7:29

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