J'aime beaucoup ce film, peut-être un de mes préférés de Mann ; certes, on sent que
Winchester 73 est une suite de scènes accolées les unes aux autres (bien que cela soit tellement bien fait, comme le soulignait Pike, que ça ne nuit pas tellement à la qualité du spectacle final). Mais ce qui me stupéfie toujours quand je le revois, c'est ce que soulignait Musselshell (et qu'il a si joliment dit que je ne peux que le reprendre) : cette
façon de prendre le temps sans nuire aux fulgurances
Je trouve que ce rythme, à la fois lent par moment (comme le disait Pike), mais qui s'accélère brutalement en fonction des actes de violence des protagonistes, est tout à fait passionnant et laisse le spectateur finalement un peu essouflé.
C'est à mon avis une belle représentation du parcours de ces hommes : le film retrace une poursuite, mais cela ne se fait pas à 100 à l'heure en permanence ; dans une poursuite, il y a aussi des "temps morts", des moments où l'on se pose des questions, où la trace du "gibier" est perdue. Par contre, lorsqu'ils se retrouvent face à face, quelles scènes !
S'il est vrai que leur première scène de retrouvailles n'est qu'un concours de tir, je trouve que c'est suffisamment bien amené par le contexte (les armes sont confisquées, qui plus est par le grand Wyatt Earp), et par le jeu des acteurs (en particulier Stewart, qui joue excellemment la colère contenue). Et même dans ce passage, l'affrontement finit par éclater, de manière très brutale...
Après, il est certain qu'on y voit un Ouest fabriqué de toutes pièces qui est une juxtaposition assez hallucinante d'images, mais je me demande jusqu'à quel point tout ceci n'est pas voulu par Mann, et délibérément exagéré justement pour mieux montrer que cet ouest de cinéma est juste un support pour les pérégrinations de ses personnages.
Wyatt Earp, justement, paraît un peu trop ballot, un peu trop insignifiant pour que ce côté comique n'ait pas été voulu.
Pour moi, Mann construit son film autour d'une légende, celle du fusil qui a conquis l'ouest, et en même temps je trouve qu'il nous laisse clairement voir en les exagérant combien ces aspects de son histoire restent du domaine de la légende.
Sans doute moins riche au niveau psychologique que certains des suivants, je trouve que celui-ci gagne en entrain, et en décalage par rapport au genre western (ce qui est tout de même rare à cette époque : combien de westerns du tout début des années 50 peuvent afficher la même chose ?)