Le regard de Joey est celui de l'enfant qu'il était, mais qu'il n'est plus...et Stevens travaille très bien là dessus, sans pour autant jouer d'une voix off qui aurait alourdi l'ensemble. Joey est le premier à voir Shane, et aussi le dernier. Les scènes dont il est le témoin ne sont pas toujours, stricto sensu, regardées de son point de vue ...mais plutôt signalées comme telles par Stevens, qui montre la présence du môme, mais ne construit pas toujours le cadre, ni ne fait écrire les dialogues, en fonction de ce qu'il interpréterait...Le monde des adultes existe en dehors du regard de Joey. Evidemment les scènes dans lesquelles il est absent, mais aussi les scènes clés autour des Starrett...Stevens lie admirablement tout çà...Les minutes qui suivent le combat entre Shane et Joe sont à cet égard assez révélatrices :
Marian: Didn’t you say you were through with gun-fighting?
Shane: I changed my mind.
Marian (presqu’en chuchotant): Are you doing this just for me?
Shane (respectueusement): For you, Marion - for Joe - and little Joe.
Marian: Then we'll never see you again?
Shane: Never's a long time, ma'am. Tell him, tell him I was sorry.
Marian: No need to tell him that.
Là, Marian s’approche, et le visage de Jean Arthur en dit long...
Joey : Mum !
Il n’y aura pas ne serait-ce qu’un baiser…
Et c’est finalement plus fort, là, que ce que fera Eastwood dans Pale Rider…si vous voyez ce que je veux dire.
La poésie du film doit beaucoup à çà, à ce qui aurait pu être mais n’a pas été, au fait qu’ il n’y a là dedans ni bien, ni mal . Que le bien de l’un aurait été le mal de l’autre, et vice versa. Qu’il faut donc que quelqu’un, toujours quelque part, renonce.
Le «That’s my kind of game Joe, maybe you ‘re a match for Ryker, but you’re no match for Wilson » de Shane à Joe ... sort de ses lèvres au moment où il a compris que Marian attendait çà de lui, tout en le redoutant...
Le triangle amoureux est là, à mon avis, plus subtilement "humain" (faible, contradictoire, sans solutions…) que dans Pale Rider…
Bref, c'est pour dire qu'en dehors de la dimension "western", il se passe d'autres choses dans le film...qui ne sont pas pour rien dans sa façon de perdurer...

C'est beaucoup trop 255 caractères. Je renonce à apposer une signature.
Ah...c'est la limite haute...
Je renonce quand même. Je sais pas quoi dire, de toutes façons.