de Vin le 05 Oct 2008 11:16
Dès le début du film, nous sommes pris à contre-pied.
Jimmy Stewart est un shériff corrompu, qui touche 10% des recettes de "Belle", femme qu'il protège et qui l'entretient en retour.
Beau contre-emploi pour Stewart, qui s'en donne à coeur-joie dans le cabotinage lié à ce rôle de semi-maquereau.
Widmark, lieutenant de cavalerie (pas fréquent non plus, le Richard en chevalier blanc et pur) vient le chercher dans la petite ville où Stewart exerce, pour une mission inconnue.
Départ assez classique, somme toute.
Et très vite, nous retrouvons l'univers fordien, mais un univers étonnant, une sorte de copie/plagiat/autodérision. J'en veux pour exemple le sempiternel sergent, qui là n'est pas à la hauteur, mais c'est très probablement volontaire.
N'est pas Ben Jonhson ou bien McLaglen qui veut.
La mission? Très fordienne> récupérer des blancs enlevés jeunes par des Comanches.
Le clin d'oeil à "La prisonnière du désert" est au minimum appuyé.
Stewart nous prouve là que McCabe est toujours corruptible, il demande des sommes astronomiques aux familles de fermiers, sachant qu'il est prêt à ramener au plus offrant les blancs qu'il trouvera.
On retrouve des personnages classiques (les fils bagarreurs par exemple) mais outranciers.
Tous deux partent et ô surprise, plus de paysages renversants, plus de longs plans, plus d'écho des détonations dans les canyons, mais une ballade de santé dans une prairie, qui leur permet de retrouver les Comanches bien vite, parqués dans leur réserve.
Là le chef Parker (authentique) les reçoit (Tsst, version empâtée du même acteur que dans "la Prisonnière...")et contre 5/6 winchesters, accepte de leur remettre des membres blancs de la tribu...Hum hum..
Ford retrouve ses démons : les blancs retenus, qui vivent librement chez les Comanches, sont tous abrutis, à tel point que pour l'une d'entre elles (Frida) ils la laissent même chez Parker.
Belle surprise, ils découvrent "senorita", unejeune femme mexicaine, qui elle les suit volontairement.
Au passage, Stewart tue le mari indien de Senorita, bagatelle que celà semble-t-il.
Franchement, jusque là, on sent le film fait avec facilité.
Le seul intérêt réside dans les (fréquents) passages entre Stewart et Widmark, parce que ces deux-là rendraient même un film de Robbe-Grillet dynamique.
Retour au Fort-Grant, et le film change subitement..L'histoire que nous raconte Ford,là, c'est la redemption de McCabe.
Quoi, cette crapule amorale, ce mercenaire qui n'est shériff que pour s'enrichir,cette crapule disparaît,et le Jimmy que l'on aime renaît. Il tombe éperdument amoureux de Senorita (superbe Linda Cristal, très belle composition) et défie tous les tabous par amour.
Widmark le soutient totalement, frappe d'autres officiers qui avaient un peu trop montré leur mépris pour cette femme retenue par les Comanches.
Le happy-end approche, avec Widmark qui va épouser une jeune pionnière d'un classiscime à toute épreuve (même les nattes blondes sont là) alors que Stewart quitte tout, et part avec sa belle pour un avenir que l'on devine fusionnel.
Deux versions du couple américain (j'ai d'ailleurs pensé aux deux couples de la Conquête de l'Ouest, Jimmy déjà, et Gregory Peck).
Pour moi, un bon film, porté surtout par ses acteurs. L'ensemble manque du souffle épique habituel à Ford, c'est certain.
Mais comme je l'ai lu quelque part ici, un Ford au rabais vaut bien des films traditionnels.
Je regrette en fait surtout l'absence de soins apporté à l'univers du film, ce qui pour moi constitue souvent a contrario l'un des points majeurs des films fordiens.
Read you later alligators
