bon alors là je suis coincé car j'aime autant le film de kurosawa que celui de sturges
que dire du coup ? que le film de Sturges vaut autre chose que d'être considéré comme une simple adaptation du film de Kurosawa, cela me paraît évident tout comme cela l'était pour le grand maître japonais du cinéma qui offrit à Sturges un sabre de récompense pour le remercier d'avoir fait un si beau film. Et ce n'était pas un geste élégant et poli de la part de Kurosawa, c'était pour ce réalisateur descendant d'authentique samourai un constat, le film de Sturges est magnifique d'intelligence...
Intelligence car autant les samourais de Kurosawa sont assez proches dans leur caractérisation (sauf Toshiro Mifune) autant les mercenaires de sturges sont trés différents, certes Kurosawa n'aimait pas l'idée que ce soit des mercenaires, mais quelle trouvaille néanmoins que ces personnages !
de chris tout de noir vétu et qui véhicule tout au long du film une pulsion morbide (il semble bien chercher la mort dans ce village au mexique, c'est lui qui conduit le corbillard, c'est lui qui entraîne les autres dans "l'aventure", qui semble las de vivre, voir la tirade des "pas d'amis, pas de femme etc... ")
Vaughn est lui le personnage mystérieux et décalé par rapport aux autres (tenue, goût du luxe) avec un clin d'oeil savoureux de Sturges adressé à Kurosawa avec la scéne des mouches véritable référence au grand samourai Miyamoto Musashi qui lui était capable d'attrapper les 3 mouches alors que Vaughn n'y arrive plus car il est hanté par un passé qui lui saute au visage (le péon peut alors lui dire que c'est normal d'avoir peur, alors que le paysan n'aurait pu le dire au samourai... malin comme un singe ce Sturges

). Et oui le mercenaire où comment donner des lettres de noblesse à un métier qui n'en à pas : au soldat sans âme et sans patrie, il confére d'un coup une grandeur inespéré au détour de la défense quasi désintéressée d'un village de paysans.
"Mais vous êtes tous fou" dira le personnage de Brad Dexter, le seul vraiment lucide du groupe et conscient du massacre qui va se produire, le seul qui soit mercenaire car mesurant les risques du combat. Et pourtant il rejoindra les autres, leur sauvant la mise, pas mal pour un vulgaire joueur attiré par la fiévre de l'or, Brynner s'incline et le prend dans ses bras seul moment d'humanité de chris dans tout le film, une véritable scéne de descente de croix que ce passage

.
Coburn qui cherche à se défier lui-même, véritable esthéte de l'art du combat (il tue le cavalier mais c'était le cheval qu'il visait, quel déshonneur pour lui !) mais la guerre n'est pas un rituel empreint de cérémonie, ici la chorégraphie du couteau ne prend pas, il est capable de battre un homme au révolver avec son couteau mais dans le village où le combat sans régle est aussi sans honneur (les adversaires sont frappés au sol et on tire dans le dos

) il n'a aucune chance, Brynner ramasse le couteau de Coburn et il le range, le temps des combats chevaleresque n'est plus, Coburn est l'authentique samourai du film mais il appartient au passé...
Steve Mc Queen avec ses histoires truculentes et que personne n'oublie, il arrive même à fasciner le bandit mexicain Calvera pourtant expert en roublardises et en anecdotes ("au texas seuls les texans ont le droit de voler les texans" "si dieu ne voulait pas qu'on les tondent pourquoi en a-t-il fait des moutons" ) semble subjugué par Mc Queen. Reconnaissons-le ce mercenaires là est un sacré bavard ("tu en as pas marre de parler tout le temps" lui dit Yul Brynner) mais ses histoires ne sont pas de simples bavardages : de "sur le coup l'idée m'a parue séduisante" à "jusque ici ça va, jusque ici ça va" elles portent bien à chaque fois un message

. Mc queen c'est la conscience du groupe pas étonnant qu'il fatigue à la longue, c'est dur d'entendre tout le temps la vérité...
Je ne développe pas davantage (après ça devient chiant à lire quand c'est trop long

) mais pour moi outre les qualités plastiques de ce film, la magie des 7 mercenaires repose sur ces personnages à multiples facettes. Et quel casting ! Oui vraiment malin comme un singe le Sturges. Il serait temps de revoir ce réalisateur à la hausse pour le mettre avec les plus grands
