Personne a écrit:Alors, Personne?

Eh, du calme... Je ne tape qu'avec un doigt, moi !
Je vais commencer par ce que j'apprécie dans ce film.
Et surtout par la première scène qui lance le sujet du film : trois cavaliers, véritables tueurs à front bas, arrivent dans une ville minuscule.
Tout de suite, on sent une atmosphère particulière : une mise en lumière, des plans, des mouvements de caméra... En bref, une prise de hauteur inhabituelle chez Valerii.
La scène est d'évidence un petit auto-pastiche de "Il était une fois dans l'Ouest". Les 3 hommes ne diront pas un mot et fonctionneront à l'intimidation (crainte immédiatement mise en valeur par le champ-contrechamp intérieur-extérieur sur le garçon). Comme dans le film précité, il enfermeront, ici le barbier et son fils, sans véritable violence physique... La force de l'influence et l'influence de la force !
Tout fonctionnera avec des bruitages amplifliés à l'extrème et même la musique sera utilisée ponctuellement comme telle.
L'un des tueurs ira traire une vache, habillé et filmé comme il est, l'ironie est flagrante : l'autre brossera un cheval de manière exagérée, le tout bien amplifié par les sons.
Jack Beauregard ne parlera pas non plus, tant qu'il fera partie de cette scène (il ne parle que dans une autre scène incrustée).
A la fin, il délivrera le barbier de la manière minimaliste dont Bronson délivrait le chef de gare (dans cette fameuse scène que Leone avait coupée au montage et qui a été, hélas, rajoutée dans le DVD) et partira toujours sans dire un mot.
Dialogue enfin entre le barbier et son fils (je vous la fais courte) :
Il y a quelqu'un de plus rapide que lui ?
Plus rapide ? Non petit. Personne !
Aussitôt, le titre rentre dans l'écran et la la musique démarre :
Mon nom est Personne.
Je peux vous dire que j'ai vu ce film au cinéma lors de sa sortie : ça en jette !
Là, on se dit : "Personne est plus rapide que Beauregard" et on pense assister à un "vrai" duel final.
Or, le scénario nous prend intelligemment à contre-pied. "Personne" n'a nulle envie de combattre Beauregard. Il est son plus grand fan, il connaît tout de sa carrière : aujourd'hui, il en collectionnerait sans doute les vignettes Panini !
"Personne" ne veut pas devenir quelqu'un, il veut rester personne. Un individu anonyme ne faisant pas partie de l'histoire, mais qui va néanmoins intervenir afin que son scénario idéal, parfait, se déroule comme il l'a rêvé. Un peu comme si nous pouvions rentrer dans l'écran pour influencer le cours d'un film, il est un enfant qui assiste au spectacle et qui veut voir son histoire bien se terminer tandis que son héros rentre dans la légende.
Jack Beauregard est une sorte de Clay Blaisdell (l'Homme aux colts d'or) désabusé et durci par l'âge qui désire mettre fin à sa carrière le plus vite possible et de n'importe quelle manière. Il va devoir se coltiner cette mouche du coche qui l'emmène vers une fin qu'il ne souhaite pas.
Alors voila un scénario qui me plait énormément. La réalisation et les moyens étant là, ce film aurait pu être vraiment très bien, d'autant que la musique de Morricone, sous sa direction, savait s'y montrer parfaitement emphatique, ironique ou nostalgique en fonction des besoins.
Mais dans ce film, il y a mon ami Térence Hill. Grimaçant et cabotinant à l'extrème, il tire sans arrêt la couverture à lui en nous ressortant son Trinita. Des scènes de duel accélérées, aux baffes retentissantes, nous aurons le droit à toute la panoplie : il ne manque guère que les scènes de pets (pourtant, nous avions bien des fayots à l'auberge !

). Et voila un film où le personnage qui eût dû être, certes gamin, mais assez discret crève par trop l'écran... Dommage de passer si près !