Pour avoir parcouru un peu le net au sujet de ce western je suis surpris de lire autant d'avis négatifs.
Pour ma part j'ai passé un très bon moment de cinéma dans le genre qui nous intéresse ici. Certes il y a des erreurs de montage et peut-être une certaine laxité dans la direction d'acteur mais toutefois, les scènes tournées en extérieurs sont remarquables. La photographie de Sidney Hickox (à qui l'on doit également, et déjà avec Walsh, "Silver river") est somptueuse, le noir est blanc est d'une pureté remarquable que ce soit dans les scènes de jour comme dans celles de nuit.
Dans la façon de filmer également, Walsh alterne des vues en contre-plongées sur les décors rocheux avec de nombreux panoramiques très horizontaux sur les scènes se déroulant dans des plaines. Cet ensemble donne une harmonie esthétique qui permet de tirer parti à merveille des décors naturels très contrastés.
Certainement, la fin et notamment le procès, sont-ils un tantinet expédiés, cela ne gâte pas trop l'ensemble m'a-t-il semblé. L'essentiel n'est pas là dans le récit. L'essentiel n'est pas là car je crois que ce qui intéresse Walsh dans ce western c'est justement l'avant procès.
Je ne suis pas un historien de la justice loin s'en faut, mais manifestement, nous sommes à une époque où on avait la corde leste... et se battre pour amener un suspect devant un tribunal devait être un acte de courage tant il était de nature à vous ramener au rang de complice en fait...
Alors quand il faut traverser un désert, accompagné comme l'est ici le marshal Merrick (du suspect, de sa fille, d'un adjoint blessé qui meurt, d'un autre adjoint ambigu et pour finir du frère de la victime) c'est de l'héroïsme pur.
Alors il y a quand même matière à tirer de ce genre de situation et de de questionnement également. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Et le cas échéant, qu'est-ce qui peut bien motiver un homme pour entreprendre une telle quête de justice ?
En ce sens, le choix de K. Douglas pouvait sembler un pari risqué puisqu'il s'agit de son premier western.
Toutefois, en tant qu'acteur il a déjà joué dans La Ménagerie de verre de Tennessee Williams où les fantômes et les convictions morales sont déjà très présentes. Qui plus est, K. Douglas est jeune (35 ans) lorsque Walsh tourne ce western. C'est important pour donner corps à ce récit. La mort du père de Len Merrick est encore très présente dans son esprit et sa jeunesse porte donc toutes ses convictions. Convictions qui ne seront pas démenties d'ailleurs, puisque c'est en arrachant son étoile qu'il fait réapparaitre la preuve de l'innocence de Keith (Walter Brennan)... nul doute que l'étoile retournera sur sa poitrine par la suite.
Autre atout, plus amusant et très anecdotique, j'ai trouvé qu'il chantait bien

(Je pense qu'il n'est pas doublé pour interpréter cette chanson lancinante et dont la musique fournira le thème du film).
Dans son traitement et malgré quelques couillonnades comme on dit chez moi (Virginia Mayo tirant la langue en est la plus ridicule), je trouve quand même que Walsh a réussi à resserrer l'intrigue et à la densifier. Moins les personnages sont nombreux et paradoxalement, plus le marshal Merrick (al. K. Douglas) se retrouve isolé. Walsh laisse donc le spectateur prendre parti entre tous ses personnages et ce n'est pas chose facile. N'oublions pas qu'en tout début de film, K. Douglas tout de noir vêtu ordonne à son adjoint de tuer un homme (ce qui ne se fera pas). Dès cet instant, on peut se demander s'il est un marshal réellement épris de justice. Une ambiguïté qui ne se départira pas tout au long du film en fait pas plus que celle de Walter Brennan (Keith) dont on se demande s'il n'est pas un pervers (harcèlement avec cette fameuse chanson) voire un peu cinglé.
Alors, oui, il y a des erreurs, il y a surtout des négligences je pense de la part de Walsh qui n'a pas tout traité avec la même dextérité, mais je crois que des questions sont posées dans ce beau western.
Une bonne idée en tout cas que de le mettre à l'ordre du jour de Westerns au coin du feu.
Yo.