The return of Draw Egan n’est pas un chef d’œuvre, malgré ce rictus d’amusement intérieur qui marque la face de marbre de l’acteur William S. Hart à chaque fois que son personnage est confronté à une situation inédite. Bandit de grand chemin, Draw Egan devient en effet Marshall de Yellow Dog, et prendra soudainement très à cœur sa nouvelle mission après son usuel coup de foudre avec la fille d’un notable (Margery Wilson).
Comme dans Hell’s hinges, le notable véreux est encore un personnage inconnu dans le paysage du western. Les complets vestons favoris sont ici les représentants de la civilisation. Les cowboys rigolards et les putes en sont la lie : Robert McKim moustache tombante et œil torve fait partie des uns, Louise Glaum, vulgaire et d’une beauté abîmée fait partie fait partie des unes. Comme dans le western spaghetti ou les séries B des années 30, on retrouve les mêmes acteurs et les mêmes actrices de film en film, évoluant sur les mêmes décors (ces villes toutes semblables, ce chemin serpentant dans la montagne toujours propice aux poursuites et aux attaques de diligences). En terrain connu donc, William S. Hart, toujours impeccable, roule sa cigarette d’une main et craque son allumette de l’autre (sur la paume calleuse, la flamme sortant tel un numéro illusionniste), d’une indifférence apparente au mastard menaçant auquel il tourne pourtant le dos. « Si j’avais su qu’ils acceptaient les animaux dans ce saloon, je serai venu avec mon cheval » répond-il à la forte gueule. On y est encore, ça a beau dater de 1916, c’est bien du western. La violence relativement rare de The return of Draw Egan est malgré tout sèche et rapide, à l’image du duel final ou Egan utilisera à son avantage les reflets des vitres à l’encontre du pauvre McKim. Ajoutez à cela les habituels atermoiements moraux du bon-bandit-qui-veut-se-racheter-par-amour-mais-qui-ne-veut-pas-que-sa-belle-découvre-son-passé-trouble, et vous obtenez un bon William S. Hart, standard, bien fait, comme d’habitude quoi.
Comme pour le western spaghetti, les titres français révèlent le grand irrespect des distributeurs français. Bien que le personnage joué par Hart ne soit jamais le même de film en film, les titres français sont tous à base de « Rio Jim », personnage aussi inexistant que la série virtuelle ainsi créée. Et il devient assez dur de s’y retrouver. Ainsi La rédemption de Rio Jim est un titre qui demande confirmation, d’autres sources attribuant le titre La Capture de Rio Jim à ce film. Il faut dire que les titres anglais ne sont pas toujours sûrs non plus puisque au cours des années 20, après que Hart ait quitté la Triangle/Kay Bee, les premiers westerns de Hart étaient ressortis sous d’autres titres, Hart étant alors en compétition avec lui-même pour ses nouveaux films. The return of Draw Egan est aussi connu sous le titre The fugitive selon certaines sources, The fugitive correspondant à un titre altenatif de The taking of Luke McVane selon d’autres, qui aurait alors pour titre français La capture de Rio Jim, ces mêmes sources attribuant alors le titre La rédemption de Rio Jim à The conversion of Frosty Blake. Comme il n’y a pas de capture du héros dans The return of Draw Egan, mais plutôt une rédemption, je penche plutôt pour La rédemption de Rio Jim comme titre français de The return of Draw Egan, et la Capture de Rio Jim correspondrait plutôt à The taking of Luke McVane. Néanmoins, rien n’est moins sûr, heureusement ça n’empêchera pas le monde de tourner.


Tepepa.



