La horde sauvage - The Wild Bunch - 1969 - Sam Peckinpah

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tepepa
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Messagepar tepepa » 08 mars 2007 11:27

Allez, mes deux cents, extraits de mon blog, sur ce film. Le petit point historique est sans doute bourré d'inexactitudes, il est issu d'un bouquin sur les hors-la-loi que j'ai.

Un peu d’histoire.
La scène inaugurale de La Horde sauvage s’inspire de la désastreuse double attaque des deux banques de Coffeyville en 1892 par les Dalton, qui se solda par la mort d’un certain nombre d’habitants, du shérif, et par l’anéantissement du gang Dalton à l’exception d’Emmet. Celui-ci survécut malgré un nombre impressionnant de blessures par balles. Un autre membre du gang, Bob Doolin, dut également sa survie au fait d’avoir été absent ce jour là pour cause de cheval boiteux. Bob Doolin ne tarda pas à former son propre gang, qui se fit connaître sous le nom Doolin’s gang, ou encore The Oklahombres, ou encore et surtout : The Wild Bunch, la Horde Sauvage… La Horde Sauvage opéra de 1893 à 1895 et commis de nombreuses attaques de banques et de trains. Le gang connut un épisode « peckinpien » à Ingalls, petite bourgade de l’Oklahoma qui fut le théâtre d’une incroyable fusillade opposant les hommes de Doolin face aux forces de l’ordre, avec balles sifflant de tous bords, outlaws tentant de s’échapper sous le feu ennemi en occasionnant de fortes pertes parmi les policiers. Il est difficile de savoir si les membres de la horde sauvage avaient une quelconque conscience d’être parmi les derniers de leur genre à vivre de la sorte, dans un monde en totale mutation, mais, après tout, il n’est pas interdit d’avoir un regard légèrement romantique sur leur destinée somme toute médiocre. Lorsque Doolin fut enfin tué, les armes à la main, en 1896, il n’avait pas moins de trente impacts de balles dans le corps.


Le mythe du surhomme
Il y a, en bas de l’échelle, les petits notables qui se font descendre bêtement dans la fusillade. Eux, ce sont les hommes normaux, pas héroïques pour un sou, on pourrait même dire lâches. Ils peuplent le western et ne font en général que de la figuration. Un bon cran au dessus, il y a les chasseurs de primes. Ils ont la connaissance des armes qu’ils fétichisent à outrance – voir Strother Martin qui embrasse le canon de son fusil - ils tirent justes et ils savent vivre à la dure en pleine nature, mais ils sont stupides et surestiment leur force. Cela les conduira à leur perte. Car ils sont dominés par les surhommes. Ce sont Pike et Sykes, Thorton et le reste du gang. D’apparence ils ressemblent aux chasseurs de prime, ils ont les armes, ils vivent sur la piste, mais ils ont en plus la prudence, la ruse et la détermination, qui font que même blessés, il ne vaut mieux pas espérer qu’ils crèvent à petit feu dans la nature. Et tout en haut de l’échelle, il y a les peons indiens des montagnes, le peuple de Angel. Ils vivent dans la montagne qu’ils connaissent comme leur poche et parviennent à surprendre même Pike et ses hommes. On ne les voit pas, on ne les entend pas, il vivent dans des conditions extrêmes qui font d’eux des combattants hors pairs, tels des fremens du Mexique. Il est alors amusant de constater que les plus forts sont curieusement les plus pauvres, les plus faibles sont ceux qui vivent dans le confort. L’aisance et l’argent affaiblissent l’homme.

Le fantasme de la mitrailleuse
La mitrailleuse, c’est quand même le pied. Franco Nero dans Django s’en sert avec une certaine énergie, non dénuée de plaisir coupable, et le western spaghetti manquera rarement une occasion de montrer l’effet dévastateur d’une mitrailleuse, les balles qui crépitent, les morts qui s’accumulent et le sourire en général crispé et déterminé du mitrailleur. Même Sergio Leone n’y coupera pas dans Il était une fois la Révolution.
Plus tard, dans les années 80, la mitrailleuse se fait plus sérieuse, moins ludique. Rambo et Terminator la portent à bout de bras, la puissance dévastatrice de l’engin est intériorisée, on n’est pas là pour rigoler. Enfin, Spielberg montrera un autre visage de la mitrailleuse dans la scène d’ouverture de son Saving Private Ryan. Hé oui, quand on est sous les balles, c’est déjà beaucoup moins drôle.
Mais aucune scène de mitrailleuse n’atteint l’horreur, ni l’exaltation mythique du massacre final de la Horde Sauvage ! Quand Ben Jonhson tire dans le tas, on atteint déjà la quintessence de tout mitraillage qui se respecte, les morts pleuvent et ça fait piouuuw partout, on en a déjà assez eu pour son argent. Et puis arrive Warren Oates. Warren Oates déjà, il a un certaine élégance tout au long du film, mais là, mitrailleuse en pogne, il bat tout le monde, il est littéralement au paradis, dans la mesure où plus il se prend des balles dans le buffet, plus il mitraille et plus il est en extase. Voilà un homme qui se réalise au moment de sa mort, et qui se réalise dans un massacre. Il ne faut sans doute pas chercher une morale dans tout ça. William Holden prend la suite et massacre à son tour un bon paquet de soldats, surtout qu’il a la bonne idée de tirer dans la dynamite qui sèche au soleil. Mais Holden tient moins longtemps que Oates, et à ce stade, le spectateur commence à se demander s’il n’en a pas un peu trop pour son argent, on dépasse un peu la scène de mitrailleuse classique où le héros s’en tire à bon compte. Holden, perforé de partout s’écroule, Ernest Borgnine, tout aussi dégoulinant de sang que Holden, n’aura pas le temps de toucher au fantastique engin de mort, au fantasme meurtrier des hommes violents.


Pas de horde sauvage dans la Horde Sauvage
Bien qu’ayant découvert ce film relativement jeune, je l’ai tout de même vu bien après Mon Nom est Personne, ce qui, en plus d’un certain haut le cœur soulevé par un trop plein de violence, provoque une cruelle déception à celui qui aurait cru bêtement que La Horde Sauvage allait raconter l’histoire des 150 « fils de pute » déchaînés que l’on voit dans le film de Tonino Valerii. Ben non, même si les quatre protagonistes finaux tuent à peu près autant de monde que 150 types ensembles, la horde du film de Peckinpah est assez réduite question nombre. On peut toujours se consoler en imaginant que Sykes et Thorton partent ensembles pour créer la vraie Horde, qui comptera plus tard 150 cavaliers. Mouaif…

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Daniel
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Messagepar Daniel » 08 mars 2007 14:37

Malgré que l'on retrouve fort probablement des inexactitudes à ton texte comme tu le dis. Je le trouve très intéressant et palpitant Tepepa.

Souvent, les journalistes de ce temps-là (plus aujourd'hui heureusement... vous croyez ! :? ) aimaient énormément enjoliver un récit ou une nouvelle afin de la rendre plus spectaculaire auprès de leurs lecteurs.

Jean-Louis
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Messagepar Jean-Louis » 08 mars 2007 17:10

Tepepa

J'aimerais apporter un bémol au moins sur 2 points :

1. Toute ton analyse est basée sur le western italien, comme si La horde sauvage ne pouvait pas être hors de l'influence italienne, ça me semble
pour le moins exagéré.

2. Lorsque qu'à propos des chasseurs de primes tu évoques Strother Martin embrassant par fétichisme son fusil, je crois plutôt qu'il est mort de trouille et que la seule chose à quoi il puisse se raccrocher est son fusil, il est seul avec son fusil.
Contrairement ce que développait Vixare la présence de la croix à son cou n'est pas la preuve de sa bigoterie, au contraire il y a fort à parier qu'il l'a volée sur le cadavre d'un homme d'église, c'est un homme sans foi, ni loi.

[img][img]http://www.westernmovies.fr/image/is0/180/8379/nouveau35tu0.jpg[/img][/img]
[img][img]http://img180.imageshack.us/img180/3471/nouveau37vn3.jpg[/img][/img]

Par contre quand à la fin Thorton prend comme une relique le Colt de Pike, la façon qu'il a de le regarder, ça en dit long...
Modifié en dernier par Jean-Louis le 08 mars 2007 20:49, modifié 1 fois.

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musselshell
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Messagepar musselshell » 08 mars 2007 17:25

Il y avait un tel paquet de truands dans l'Ouest qu'on peut facilement confondre, les gangs surtout...La bande de Bill Doolin et de Bill Dalton a été formée après le hol-up raté de Coffeyville (Emmett Dalton a survécu, a été mis en taule pour 15 ans). C'est Bill Dalton qui n'avait pas suivi ses frangins...et qui a rejoint Doolin en 1892: les gugusses ont opéré en Oklahoma (territoire + grand que l'état aujourd'hui) et ont été tués en 94 (B. Dalton) et 96 (Doolin)...
Attention: la Horde Sauvage, c'était le nom donné au Hole in the Wall's Gang formé par Butch Cassidy et Kid Curry au Wyoming, et sévissant ds tous les états des Rocheuses de 1896 à 1900, avant de se dissoudre avec le départ de Cassidy et Kid Curry pour la Bolivie...
Inutile de dire que ça n'a rien à voir avec le film de Peckinpah... :beer1:

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Daniel
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Messagepar Daniel » 08 mars 2007 18:26

Saviez-vous qu'un grand nombre d'acteurs avaient refusés de jouer dans La horde sauvage ?

L'acteur Robert Blake décida de laisser passé le rôle de Angel au profit de l'acteur Jaime Sánchez.

Mais, c'est le rôle de "Pike Bishop" interprété finalement par l'excellent William Holden qui obtient le plus de refus soit pour des raisons monétaire, politique ou tout simplement par un problème d'horraire avec une autre production cinématographique. Voici les acteurs dans l'ordre qui refusèrent à tour de rôle de jouer "Pike Bishop"...

-Richard Boone
-Sterling Hayden
-Charlton Heston
-Burt Lancaster
-Lee Marvin
-Gregory Peck
-James Stewart

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tepepa
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Messagepar tepepa » 08 mars 2007 18:52

Jean-Louis:
1) D'abord mon analyse n'en est pas une, c'est plus un "ressenti"... :D
2) Ce ressenti n'est pas uniquement basé sur le Western Italien, mais je crois que tu veux surtout dire qu'une analyse d'un tel film ne devrait surtout pas se baser, même un tout petit peu, sur le western italien. Pourtant jusqu'ici on ne s'est pas du tout basé dessus. On parle de Ford, on parle de Huston ça fait bien, mais surtout grands dieux, ne parlons pas de ce qui se faisait en Europe.
Je me souviens avoir lu un livre sur la naissance du "Gore". L'auteur affirmait de bonne foi que la première fois qu'on avait vu beaucoup de sang à l'écran, c'était avec Bonnie and Clyde et La Horde Sauvage! Ben voyons!
Mais bon sang de bois, regardez Django, regardez El Chuncho, regardez Tire Encore si tu peux, regardez Tepepa! Tout l'aspect formel est déja là! Je ne vous oblige pas à aimer, mais je trouve qu'il est intellectuellement malhonnête de dissequer ce film, sans se pencher un minimum sur le western transalpin, même si au final c'est pour constater que l'apport est plus minime que certains ne le pensent!
3) Pour moi Strother Martin n'a pas peur, il est complètement excité à l'idée de tirer des desperados comme des lapins, et son arme est son seul Dieu. Je n'ai pas l'impression que la peur de mourir soit un thème majeur dans La Horde Sauvage ?

Musselshell:
nous avons tous les deux raison:
http://en.wikipedia.org/wiki/Wild_Bunch :wink:
Même si ça a peu avoir avec le film de Peckinpah, moi j'aime! :D
Modifié en dernier par tepepa le 08 mars 2007 18:59, modifié 3 fois.

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musselshell
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Messagepar musselshell » 08 mars 2007 18:54

Salut Daniel (bonjour à la Belle Province, que je connais un peu...), Pour le rôle de Pike, le premier à refuser a été Lee Marvin, on lui proposait un truc mirifique ailleurs (Paint Your Wagon). Autrement, il était non seulement sur le coup, mais "d'office", puisque c'est lui qui a le premier abordé Peckinpah avec le script...Les autres ont effectivement été envisagés par la production, mais Peckinpah voulait Holden. Il l'a eu. :num1

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Daniel
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Messagepar Daniel » 08 mars 2007 19:05

Merci beaucoup de cette précission musselshell pour Lee Marvin et merci aussi pour La Belle Province où il ne fait pas froid présentement... y fait frette... Brrr, j'suis complètement gelé:num2

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Vixare
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Messagepar Vixare » 09 mars 2007 2:19

Je fais une petite précision pour Strother Martin et mes propos sur la religion, j'adhère à ton idée J-L où notre bandit a probablement trouvé cette croix sur le corps d'un prêtre tué ou tout autre hypothèse du genre est aussi plausible mais je voulais surtout souligner le paradoxe entre la voix théorique religieuse incarnée par le pasteur et juste aprés une illustration en pratique par ce type là puisque s'il porte cette croix c'est qu'il est, ne serait-ce que un peu un chrétien. Enfin c'est comme ça que j'ai compris ce passage :mrgreen:

3) Pour moi Strother Martin n'a pas peur, il est complètement excité à l'idée de tirer des desperados comme des lapins, et son arme est son seul Dieu. Je n'ai pas l'impression que la peur de mourir soit un thème majeur dans La Horde Sauvage ?


Pour moi, je rejoins J-L, il a peur vu l'expression de son visage au moment d'embrasser son fusil. Il ne croit probablement qu'en les armes mais porte son crucifix comme on porte un élément protecteur, comme un porte-bonheur ou en tout cas un "éloigne-malheur" ( comme aujourd'hui on posséderait un saint-christophe en voiture ou une cigale du midi ). Si je suis persuadé que Stropher Martin a vraiment la trouille je le suis beaucoup moins pour son acolyte mercenaire qu'on voit sur la séquence précédente, lui est probablement excité à l'idée de tirer sur la horde vu le sourire mesquin qu'il laisse passer ... Pour moi l'idée de la peur n'est pas vraiment développée dans le film car je ne vois pas vraiment une séquence où Pike et ses hommes ressentent la peur (Sauf peut-être Dutch lors de la capture finale d'Angel) et surtout par lors de la scène finale.
" Leboeuf j'te conseille de pas te trouver sur ma route ou tu t'rendras compte que j'suis pas encore fini et que j'ai encore une bonne dose de dynamite dans les poings !"

Jean-Louis
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Messagepar Jean-Louis » 09 mars 2007 16:31

Tepepa, lorsque tu dis "regardez Django, regardez El Chuncho, regardez Tire Encore si tu peux, regardez Tepepa (le film)!

Tu me prends à contre pied au filet, tu remportes le jeu.

Je ne peux rien dire, je n'ai pas vu, quand j'ai pas vu, moi je me tais

Balles neuves!

D'autant plus, que au moins sur un point l'influence du spaghetti est flagrante : les chasseurs de primes ne seraient sûrement pas aussi
crasseux, si il n'y avait pas eu les westerns européens, dont acte.

Maintenant j'aimerais vous montrer ces 4 captures :

[img][img]http://www.westernmovies.fr/image/is0/147/9135/nouveau1jx4.jpg[/img][/img]
[img][img]http://www.westernmovies.fr/image/is0/147/5082/nouveau2ez5.jpg[/img][/img]
[img][img]http://www.westernmovies.fr/image/is0/147/4310/nouveau3og6.jpg[/img][/img]
[img][img]http://www.westernmovies.fr/image/is0/147/4467/nouveau4vp4.jpg[/img][/img]


Sykes interroge en géniteur, sur l'attitude de son petit fils qu'il sait mort, durant l'attaque
peut-il en être fier, est ce bien le digne descendant du combattant qu'à coup sûr il a été lorsqu'il était dans la force de l'âge.
Le petit fils il le savait idiot, ça ce n'était pas grave, mais lâche ah ça non!

Surprise de Pike, comment ça Crazy est ton petit fils ?

Là, deux choses :
-Pike a profité de sa bêtise et n'a pas hésité à froidement le sacrifier. Si il l'avait su sans doute l'aurait-il ménagé.
-Sykes en plus de son statut de vieillard, gagne en humanité, c'est pas par hasard si il est, avec Thorton le seul survivant,
c'est le seul à avoir une descendance.

Mais ce qui ne colle pas, est-il possible que Pike puisse ignorer ce détail de la vie de Sykes depuis le temps qu'ils sont
ensemble, ça ne me semble pas crédible.

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Sartana
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Messagepar Sartana » 10 mars 2007 14:39

Petit avis de Sartana sur certains points de La Horde sauvage :

La horde sauvage. Mais qui est la horde sauvage ? Des bandits vieillissants qui veulent se retirer après un dernier gros coup ? Ou les soldats mexicains qui traînent le pauvre Angel derrière une voiture puis l’égorgent devant ses amis ? La question est posée. Pike et ses complices ne tuent que si nécessaire c’est à dire pour échapper aux autorités, car même lors de leur attaque de train, aucune victime n’est à déplorer dans le plan de départ. Ces hommes ne sont donc pas des tueurs. En revanche, les hommes du général mexicain pillent à cœur joie (voir le village d’Angel) et tuent à volonté.

Si Pike et sa bande ne sont pas engagés politiquement au début du film, Angel les sensibilise (même s’il est par la suite obligé de faire face aux conséquences de ses actes) ; de plus si Pike tire sur le général par pur esprit de vengeance, lorsqu’il décide de descendre le chef allemand de l’espionnage, c’est par engagement politique, une volonté de continuer l’idéologie d’Angel, qui est mort pour elle. Pike, et c’est un symbole intéressant, sera descendu dans le dos par une femme, et un gosse l’achèvera. Tout ceux dont Pike, homme au finalement grand cœur ne se méfie pas finira par avoir raison de lui, et d’une façon lâche et couarde.

Peckinpah nous montre ainsi la perversité de la société qui a évolué : les femmes se rallient au camp qui est le plus dans leur intérêt (voir l’ex-fiancée d’Angel qui est la « girl » du chef mexicain par pur intérêt), et les mômes sont soldats dès leur plus jeune âge (voir le garçon qui remet un pli au lieutenant mexicain).
Cette société de l’intérêt n’est-elle pas une critique insidieuse du capitalisme américain ? Les bandits-anarchistes contre l’État-voyou ? L’État qui possède des voitures, des armes de technologie de pointe et une force armée contre les peones désarmés, affamés et pauvres comme Job ?

Et les viellards, dans tout ça ? Et bien ce sont eux qui se rebellent vraiment : le vieil ami de Pike ne rejoint-il pas le grand-père (je crois) d’Angel ? Eux finissent le film avec un but, un espoir : continuer la lutte. Ils ne suivent pas la théorie self-made-maniste de Pike et rejette l’idée d’un « dernier coup, et après je m’installe dans un ranch pour élever des têtes ». Ils savent qu’accepter cela revient à accepter le système et in fine à le subir. Pike et ses compagnons sont dans l’erreur et lorsqu’ils s’en aperçoivent, lorsqu’ils comprennent que l’idéologie est ce qui vaut vraiment la peine de se battre, il est trop tard, ils sont conscients qu’ils y laisseront leurs vies…

Mais peut-être ais-je trop extrapôlé ?...

Sinon bonne idée Tepepa, ton rappel sur la vraie Horde sauvage, il mériterait d'être là. Il faudrait le compléter car il contient beaucoup d'erreurs... J'essaie de m'en occuper dès que possible... Pour 1ère info, ton bouquin confond Bill Doolin, ex-complice des Dalton qui avait monté une bande sévissant surtout en Arkansas, notamment avec le frère Dalton qui n'avait pas fait Coffeyville, Bill, et la Horde sauvage, qui sévissait elle surtout au Wyoming et au Colorado avec pour complices Butch Cassidy, Sundance Kid (les vrais) ou Kid Curry.
"Il suffit de franchir les limites de la violence individuelle qui est criminelle,
pour atteindre la violence de masse qui... qui fait l'histoire..." Brad Fletcher dans Le dernier face à face
Personne a écrit :Sartana, tu as un coeur de pierre!

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musselshell
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Messagepar musselshell » 10 mars 2007 16:37

Sartana a écrit :Petit avis de Sartana sur certains points de La Horde sauvage :

La horde sauvage. Mais qui est la horde sauvage ? Des bandits vieillissants qui veulent se retirer après un dernier gros coup ? Ou les soldats mexicains qui traînent le pauvre Angel derrière une voiture puis l’égorgent devant ses amis ? La question est posée. Pike et ses complices ne tuent que si nécessaire c’est à dire pour échapper aux autorités, car même lors de leur attaque de train, aucune victime n’est à déplorer dans le plan de départ. Ces hommes ne sont donc pas des tueurs. En revanche, les hommes du général mexicain pillent à cœur joie (voir le village d’Angel) et tuent à volonté.

Si Pike et sa bande ne sont pas engagés politiquement au début du film, Angel les sensibilise (même s’il est par la suite obligé de faire face aux conséquences de ses actes) ; de plus si Pike tire sur le général par pur esprit de vengeance, lorsqu’il décide de descendre le chef allemand de l’espionnage, c’est par engagement politique, une volonté de continuer l’idéologie d’Angel, qui est mort pour elle. Pike, et c’est un symbole intéressant, sera descendu dans le dos par une femme, et un gosse l’achèvera. Tout ceux dont Pike, homme au finalement grand cœur ne se méfie pas finira par avoir raison de lui, et d’une façon lâche et couarde.

Peckinpah nous montre ainsi la perversité de la société qui a évolué : les femmes se rallient au camp qui est le plus dans leur intérêt (voir l’ex-fiancée d’Angel qui est la « girl » du chef mexicain par pur intérêt), et les mômes sont soldats dès leur plus jeune âge (voir le garçon qui remet un pli au lieutenant mexicain).
Cette société de l’intérêt n’est-elle pas une critique insidieuse du capitalisme américain ? Les bandits-anarchistes contre l’État-voyou ? L’État qui possède des voitures, des armes de technologie de pointe et une force armée contre les peones désarmés, affamés et pauvres comme Job ?

Et les viellards, dans tout ça ? Et bien ce sont eux qui se rebellent vraiment : le vieil ami de Pike ne rejoint-il pas le grand-père (je crois) d’Angel ? Eux finissent le film avec un but, un espoir : continuer la lutte. Ils ne suivent pas la théorie self-made-maniste de Pike et rejette l’idée d’un « dernier coup, et après je m’installe dans un ranch pour élever des têtes ». Ils savent qu’accepter cela revient à accepter le système et in fine à le subir. Pike et ses compagnons sont dans l’erreur et lorsqu’ils s’en aperçoivent, lorsqu’ils comprennent que l’idéologie est ce qui vaut vraiment la peine de se battre, il est trop tard, ils sont conscients qu’ils y laisseront leurs vies…

Mais peut-être ais-je trop extrapôlé ?...

Sinon bonne idée Tepepa, ton rappel sur la vraie Horde sauvage, il mériterait d'être là. Il faudrait le compléter car il contient beaucoup d'erreurs... J'essaie de m'en occuper dès que possible... Pour 1ère info, ton bouquin confond Bill Doolin, ex-complice des Dalton qui avait monté une bande sévissant surtout en Arkansas, notamment avec le frère Dalton qui n'avait pas fait Coffeyville, Bill, et la Horde sauvage, qui sévissait elle surtout au Wyoming et au Colorado avec pour complices Butch Cassidy, Sundance Kid (les vrais) ou Kid Curry.


Non, tu n'extrapoles pas. Bien sûr que la Horde Sauvage est (aussi) un film politique. Sauf que...Peckinpah ne croit pas tellement en les "lendemains qui chantent": voir par exemple Straw Dogs (Chiens de paille) réalisé 2 ans plus tard, où il critique méchamment Dustin Hoffman, idéaliste de gauche refusant la violence...qui lui explosera à la figure. S'il était contre l'engagement au Vietnam, Peckinpah ne supportait pas l'hypocrisie des mouvements pacifistes libéraux...il estimait qu'ils fuyaient comme des autruches la véritable nature humaine, qui ne connait que le conflit...C'est pourquoi ses films sont idéologiquement inclassables, et pour les meilleurs, très peu confortables! Tout le monde en prend d'une façon ou d'une autre pour son grade...Angel, par exemple, tue sa copine parce qu'elle le trompe...Ce n'est pas sans connotations: c'est à la fois une dénonciation et un constat de l'inévitabilité du machisme, Angel est, sur ce plan, comme tout le monde. En fait, les hommes veulent toutes les femmes, les femmes veulent choisir, les hommes se battent pour ça, les femmes se battent pour ça aussi, tout le monde se bat...La Loi du plus fort est à jamais éternelle, que ça nous plaise ou non, et on a intérêt a en tenir compte. Impitoyable, Peckinpah...

Pour la petite correction historique, j'ai vu que tu m'as point lu (sniff)... :beer1:

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Sartana
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Messagepar Sartana » 10 mars 2007 16:55

musselshell a écrit :Pour la petite correction historique, j'ai vu que tu m'as point lu (sniff)... :beer1:

C'est parce que j'ai zappé les captures et ton message a été emporté avec... Désolé :num2
"Il suffit de franchir les limites de la violence individuelle qui est criminelle,
pour atteindre la violence de masse qui... qui fait l'histoire..." Brad Fletcher dans Le dernier face à face
Personne a écrit :Sartana, tu as un coeur de pierre!

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tepepa
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Messagepar tepepa » 10 mars 2007 17:00

En ce qui concerne la correction historique, je vois aussi Sartana que tu n'as pas été voir ma propre correction avec le lien sur Wikipédia. j'ai raison aussi! :D

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Lone Star
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Messagepar Lone Star » 10 mars 2007 18:41

Jean-Louis a écrit :Mais ce qui ne colle pas, est-il possible que Pike puisse ignorer ce détail de la vie de Sykes depuis le temps qu'ils sont
ensemble, ça ne me semble pas crédible.

Et pourtant, ça peut l'être.
On peut imaginer que par pudeur, Sykes ne se soit jamais étendu sur sa vie de famille, surtout si la dite famille était loin et si Pike ne l'a jamais rencontrée.
Ou alors Pike était tout à fait au courant de la situation familiale de Sykes, mais ne s'imaginait pas qu'un jour, un petit-fils de Sykes ferait partie de sa bande. Surtout, il pensait que Sykes l'aurait informé qu'un membre de sa famille venait d'intégrer la horde. Sauf qu'il est probable que Sykes n'a pas voulu que Crazy Lee profite d'un traitement de faveur de la part de Pike et a tu le fait qu'il s'agissait de son petit-fils. Il ne lui en tient d'ailleurs pas rigueur, Crazy Lee est mort car ce sont les risques du "métier", c'est tout.
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