Le Virginien - The Virginian - 1962 - Saison 1 - Les épisodes

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Le Virginien - The Virginian - 1962 - Saison 1 - Les épisodes

Messagepar Moonfleet » 29 avr. 2017 19:32

U.S. Marshal Cahill a écrit :en effet, ça va être une vraie encyclopédie de Moonfleet sur la série du coup :D :applaudis_6:

tu pourrais également nous le copier-coller sur ce présent topic au fur et à mesure ?



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Hugh O'Brian



1.01 - The Executioners

Réalisation : par David Friedkin
Scénario : Morton S. Fine & David Friedkin
Guest Stars : Jon Larch, Collen Dewhurst & Hugh O'Brian
Première diffusion 19/09/1962 aux USA - 28/07/1983 en France
DVD : VF et VOSTF
Note : 7.5/10

Le Pitch : Même si des doutes semblaient exister quant à sa culpabilité dans le meurtre d'une femme, un homme est pendu. Peu de temps après un inquiétant et mystérieux étranger (Hugh O'Brian) arrive en ville et sème rapidement le trouble en questionnant les habitants sur ce ‘lynchage’, et notamment l’institutrice (Colleen Dewhurst), vieille fille semblant avoir été bouleversée par cette pendaison. Quoiqu’il en soit et même s'il agace beaucoup de monde, l'étranger arrive à se faire embaucher par le régisseur du ranch Shyloh, Le Virginien...

Mon avis : Un premier épisode qui frappe très fort et ce dès son ouverture, pas moins qu’une pendaison publique en pleine rue, 'spectacle' dont semblent se délecter la majorité des habitants de la petite ville de Medicine Bow qui sont venus y assister en famille. Une séquence qui ne démérite pas face à celles des meilleurs westerns progressistes sur le sujet comme The Ox-Bow Incident de William Wellman et qui préfigure celle d’ouverture très réaliste du True Grit de Henry Hathaway. Pour une série de cette époque, c’est tout aussi étonnant que courageux et en tout cas sacrément engageant ! D’ailleurs l’on constate peu après que Le Virginien n’a pas voulu assister à la pendaison, pas plus que son patron, le juge Garth. A la fin de cet épisode d’une grande noirceur l’on s’apercevra aussi au travers d’une tirade mémorable de notre personnage principal qu’il est non seulement contre la peine capitale mais également contre toute idée de vengeance conduisant à la mort ; il avoue même avoir été lâche et qu’il accepte même de porter sa culpabilité –ainsi que celle de ses concitoyens- dans le drame qui s’est déroulé au début de l’histoire. Il fallait oser ! Mais l’intrigue ayant de fortes corrélations avec le film noir, le suspense principal étant basé sur la personnalité inquiétante d’un étranger venu semer le trouble dans les esprits, il va sans dire que je ne pourrais pas vous en dire grand-chose de plus sous peine de déflorer plusieurs singulières surprises. Sachez juste que l’épisode ressemble assez à ces westerns jouant de l’apparition en ville d’un inconnu faisant tomber les masques de tous ses habitants qui ont presque tous sur la conscience des actions -ou inactions- pas très flatteuses ; du style Une Balle signée X (No Name on the Bullet) de Jack Arnold avec Audie Murphy ou encore Un homme est passé (Bad Day at Black Rock) de John Sturges.

Film noir mais également mélodrame psychologique teinté de tragédie grecque -quasiment digne d’un Tennessee Williams- au travers les personnages fortement torturés tenus par les deux Guest-Star, à savoir les excellents Hugh O’Brian et Colleen Dewhurst, qui dament d’ailleurs ici le pion aux comédiens principaux même si certains auront probablement du mal avec leurs interprétations respectives, très extraverties. Des rôles peu faciles, des protagonistes fortement agaçants et peu aimables de prime abord, remarquablement interprétés par ce duo composé par Hugh O'Brian qui a toujours été un second rôle très convaincant -Victime du destin (The Lawless Breed) de Raoul Walsh ou surtout L’heure de la vengeance (The Raiders) de Lesley Selander dans lequel il était sadique à souhait- et Colleen Dewhurst, une comédienne de théâtre surnommée 'Queen of Broadway' et que l’on retrouvera plus tard dans Les Cowboys de Mark Rydell, Les Complices de la dernière chance de Richard Fleischer ou encore Un silencieux au bout du canon de John Sturges. Les séquences réunissant le mystérieux étranger et l’institutrice s’avèrent d’une ambigüité et d’une puissance assez considérables, abordant des thématiques aussi adultes que le harcèlement, la frustration sexuelle ou encore la place de la femme dans la société de l’époque, une maîtresse d’école se devant de par son statut d’être moralement irréprochable au point de ne pas oser assumer sa sexualité voire même ne serait-ce que se 'montrer' avec un homme. L'actrice est étonnante alors que Hugh O’Brian n’a peut-être jamais été aussi bon, sans arrêt sur le fil du ridicule mais n’y tombant jamais grâce à un cabotinage remarquablement bien maitrisé : ses mimiques, sa manière de se déplacer et de parler resteront dans les annales de la série ; la direction d'acteurs doit y être aussi pour beaucoup.

Le troisième invité de l'épisode est le toujours excellent John Larch dans le rôle d'un homme de loi pas très rassurant et dont on a aussi du mal à comprendre immédiatement les motivations, personnage moins présent mais dont l’écriture se révèle presque aussi riche que celle des deux précédents. Quant à nos protagonistes principaux, 'les hommes du ranch Shiloh', ils restent encore un peu en retrait même si James Drury a droit à quelques mémorables séquences avec entre autres un combat à poings nus très teigneux, très bien monté et chorégraphié, filmé dans un cadre idyllique avec jolie cascade en fond de plan. Série de distraction en Prime Time oblige, Doug McClure et Gary Clarke apportent légèreté et humour sans que le ton ne se fasse jamais lourd, sans que le contraste soit trop pénalisant avec la noirceur de l'ensemble, tandis que Lee J. Cobb est toujours aussi charismatique sans avoir besoin de trop en faire. Quant à Roberta Shore qui incarne sa fille -qui fête ses 15 ans lors de ce premier épisode-, son rôle n’est encore pas bien défini hormis le fait d’amener lui aussi un peu de fantaisie en essayant de gentiment flirter avec les hommes du ranch. Universal ne semble pas avoir trop lésiné sur les moyens, témoins de très beaux extérieurs sans utilisation de transparences, une figuration parfois assez importante, d'amples travellings lors des scènes de chevauchées pour rassembler les pur-sangs, une efficace scène de dressage de chevaux ou encore une belle séquence de bal avec danseurs chevronnés…

Une histoire solide, des thématiques fortes, des personnages complexes et des situations tout à fait crédibles, de l’humour côtoyant la plus extrême gravité sans que ça ne détonne de trop, une mise en scène honorable et pour englober le tout une merveilleuse partition de Percy Faith qui renforce la puissance et la beauté des dernières 20 minutes dont le tournage en studio n’est absolument pas rédhibitoire, les techniciens Universal -comme c'était déjà le cas dans les années 50 pour leurs séries B- ayant accompli un travail remarquable. Une formidable réussite que l’ouverture ambitieuse de cette série, signée par David Friedkin, un réalisateur ayant accompli la quasi intégralité de sa carrière à la télévision. On part ici vraiment de très haut ; il va être difficile de transformer cet essai. La réponse très bientôt ici même avec Burt Kennedy pour prendre le relais...

Rajout USMC :
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EXTRAITS DES EPISODES => https://www.ovguide.com/tv_season/the-v ... on-1-70594
Modifié en dernier par Moonfleet le 08 mai 2017 6:58, modifié 7 fois.

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Re: Le Virginien - The Virginian - 1962 - Saison 1 - Les chroniques de Moonfleet

Messagepar Moonfleet » 30 avr. 2017 11:46

C'est bien trop d'honneur pour si peu. :oops:

Si vous souhaitez ensuite voir quelques illustrations, vous pourrez toujours aller voir dans les dossiers DVDclassik puisque chaque épisode sera agrémenté de 8 captures.

Et encore merci à Cole qui - avec hellrick sur le forum classik- est le premier à m'avoir donné envie de découvrir cette série au travers de ses tests agrémentés de captures. :wink:

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Re: Le Virginien - The Virginian - 1962 - Saison 1 - Les chroniques de Moonfleet

Messagepar Moonfleet » 30 avr. 2017 13:21

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Barry Sullivan



1.02 – Woman from White Wing

Réalisation : Burt Kennedy
Scénario : Morton S. Fine & David Friedkin
Guest Stars : Barry Sullivan
Première diffusion 26/09/1962 aux USA - Jamais diffusé en France
DVD : VOST
Note : 7/10


Le Pitch : Alors qu’il se rend assez loin du ranch Shiloh s’occuper du bétail, le Virginin arrive à White Wing, une maison dans un coin isolé que le Juge Garth, 15 ans auparavant, avait commencé de construire en souvenir d’une femme qu’il avait aimé et qui est morte depuis. Il y trouve trois hommes inquiétants dont Dawson (Barry Sullivan) qui lui demande de prévenir Garth qu’il vient régler des comptes et que bientôt tout ce que le juge possède n'aura plus aucune valeur à ses yeux. Le passé va remonter pour le propriétaire du plus grand domaine de Medecine Bow…

Mon avis : Alors que le précédent épisode commençait de manière très sombre, les premières scènes de Woman from White Wing –inédit en France- s’avèrent au contraire plutôt bucoliques ; les paysages forestiers traversés par nos trois comparses alors qu’ils conduisent un troupeau et recherchent quelques bêtes sont d’une grande beauté, rehaussés par des couleurs qui nous rappellent à peu près le glorieux et incomparable Technicolor des décennies précédentes. Quelques instants de quiétude et de nonchalance assez légers et plutôt humoristiques -avec notamment Trampas en éternel vantard de ses prouesses avec les femmes- ayant surtout pour but de témoigner de l’amitié et de la complicité qui lient Trampas, Steve et le Virginien. A ce propos, leur patron dira au Virginien lors d'une discussion intime en se remémorant des compagnons très chers de son passé : "Vous êtes des amis, presque des frères, comme les trois doigts d’une main." Puis l’on arrive à ce fameux White Wing du titre, une maison en bois non terminée où se trouvent réunis trois personnages inquiétants. Tout comme pour celui qu'interprète Hugh O’Brian dans The Executioners, on n’arrive pas immédiatement à saisir les motivations de ces trois hommes peu affables dont on comprend très vite qu'ils sont des hors-la-loi évadés ; d’où une partie du mystère qui court durant le premier tiers de l'épisode. L’on apprend juste que Dawson a des comptes à régler avec le juge Garth et qu’un dramatique secret semble les lier. Il va falloir patienter un peu pour savoir ce qu’il en est.

En attendant, pour détendre l'atmosphère, l'on assiste à une séquence extrêmement cocasse qui voit l'arrivée en train du premier sénateur du Wyoming dans la ville de Medecine Bow ; scène au cours de laquelle Trampas se moque de Steve par le fait s'extasier comme un enfant devant une parade avant de provoquer avec le Virginien une sorte d'esclandre en libérant un peu tôt leurs nouvelles têtes de bétail qui vont faire un raffut pas possible, ce qui va provoquer une fâcherie entre le sénateur et celui qui l'accueillait, non moins que leur patron dont la carrière politique est ainsi ruinée. A cette occasion, on constate avec plaisir que nos héros peuvent parfois se révéler de véritables chenapans indisciplinés, capables de désobéir à leur boss qui cependant ne leur en tient pas trop rigueur, ce qui rend tout ce petit monde encore plus humain. Il faudra néanmoins se contenter de ces quelques moments de fantaisie dans un épisode encore une fois plutôt sombre et qui s'attarde avant tout sur le passé du propriétaire du ranch Shiloh, sur les circonstances assez dramatiques qui l'ont conduit dans la région et sur certains de ses actes qui ne s'avèrent à postériori pas très glorieux. Savoir dès le deuxième épisode que l'on trouve des parts d'ombre chez l'un des protagonistes principaux de la série -et non des moindres- renforce d'une part l'humanité de ce dernier, de l'autre nous démontre que le manichéisme ne semble pas être de mise chez les auteurs -la dernière très belle séquence l'entérinera par l'intermédiaire de Dawson- même si évidemment tous nos héros du ranch Shiloh s'avèrent extrêmement attachants.

L'épisode -superbement écrit par Burt Kennedy en personne- va donc principalement tourner autour de Garth, de sa fille Betty et du personnage interprété par la Guest Star de l'épisode, Barry Sullivan, les deux thématiques principales étant à nouveau la vengeance mais aussi, encore plus prégnante, l'amour filial qui sera d'ailleurs décliné à partir de deux points de vue différents. Je vous laisse cependant découvrir les relations qui existent entre ces trois personnages à travers une histoire que les auteurs ont eu l'intelligence de ne pas nous dévoiler par flash-back mais -grâce à une remarquable direction d'acteurs et des dialogues superbement écrits- par la narration de tous ces évènements dramatiques par Lee J. Cobb au cours de longues et sobres séquences en simples champs/contrechamps. Un épisode donc très bavard et quasiment dénué d'action -si ce n'est durant les 5 dernières minutes- mais cependant jamais ennuyeux pour autant grâce au talent des comédiens et des scénaristes. Lee J. Cobb se révèle un conteur hors-pair et cela fonctionne parfaitement surtout qu'il a en face de lui un partenaire également talentueux, le charismatique Barry Sullivan (inoubliable aux côtés de Barbara Stanwick dans 40 tueurs -Forty Guns de Samuel Fuller ou encore dans Les Sept chemins du couchant -Seven Ways from Sundown de Harry Keller où il donnait la réplique à Audie Murphy) à qui l'on a confié avec son visage dur un personnage déterminé mais au final extrêmement touchant. Quant à la maladresse et l'inexpérience de la jeune Roberta Shore, elles conviennent parfaitement à son rôle et contribuent à nous la rendre bien plus sympathique que dans le premier épisode. Quant à James Drury -absolument pas terne contrairement à ce que j'ai pu lire ici et là-, comme déjà dans The Executionners, son Virginien se trouve en quelque sorte relégué au second plan alors même que le personnage sait se faire remarquer par sa force de caractère, sa droiture et sa franchise, ses interventions aidant toujours à faire avancer l'action dramatique ou à démêler les situations.

Pour le reste, une histoire solide et qui aime à prendre son temps pour se dévoiler, des situations et un environnement toujours aussi crédibles -l'on découvre dans cet épisode le dortoir des cow-boys du ranch Shiloh-, un Tom Reese inquiétant avec son gros nez au milieu de son visage grêlé, une belle délicatesse de ton lors des séquences tout en retenue réunissant Roberta Shore et Lee J. Cobb -qui nous livre un grand numéro dans des séquences qui sans lui auraient pu être ennuyeuses-, de l'émotion et une certain tension qui trouvent leur paroxysme dans le magnifique dénouement, les dernières images et ce très beau travelling ascendant. Un épisode encore assez ambitieux pour une série télévisée familiale. Et s'il s'agissait tout simplement de ce que Burt Kennedy avait fait de mieux derrière une caméra durant cette décennie ? Maintenant, il laisse le flambeau à Ted Post !
Modifié en dernier par Moonfleet le 08 mai 2017 6:59, modifié 6 fois.

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Re: Le Virginien - The Virginian - 1962 - Saison 1 - Les épisodes

Messagepar U.S. Marshal Cahill » 30 avr. 2017 19:56

1.02 – Woman from White Wing
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Re: Le Virginien - The Virginian - 1962 - Saison 1 - Les épisodes

Messagepar Moonfleet » 30 avr. 2017 22:43

Comme je le disais à l'instant sur classik :

Je pense ne pas m'être trompé en me lançant dans le défrichage de cette série. Pour tout dire je ne m'attendais vraiment pas à une série aussi adulte et progressiste : "lorsqu'il y a une injustice il faut agir, sinon vous la cautionnez" dit le Virginien en prenant les armes contre son propre patron et tous ses amis pour aller aider les fermiers... Ce troisième épisode signé Ted Post enfonce donc le clou ; il dame le pion à 95 % des westerns des années 60 et s'avère être probablement ce qui s'est fait de plus intelligent sur la guerre entre éleveurs et fermiers... et pourtant ce ne sont pas les westerns qui manquent pour avoir abordés le sujet. L'avis plus complet à suivre bien évidemment.

Bref, avec cette série, j'ai trouvé de quoi me régaler pendant un bon moment. :D Merci de m'avoir donné cet espace pour tenter de vous convaincre sur sa qualité.

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Re: Le Virginien - The Virginian - 1962 - Saison 1 - Les épisodes

Messagepar Moonfleet » 02 mai 2017 16:33

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Jack Warden



1.03 - Throw a Long Rope

Réalisation : Ted Post
Scénario : Harold Swanton
Guest Stars : Jack Warden
Première diffusion 03/10/1962 aux USA - Jamais diffusé en France
DVD : VOSTF
Note : 8/10

Le Pitch : Le Virginien craint de revivre à Medicine Bow ce qui s’est déroulé récemment au Mexique et au Montana, soit une sanglante bataille entre éleveurs et fermiers. En effet, des vols de bétail ont eu lieu et les soupçons se portent sur un paysan (Jack Warden) sur le point d’être lynché par le Major Cass, l’un des gros propriétaires de la région qui décide d’ailleurs de partir en guerre contre tous ces nouveaux colons, voire de les exterminer s’il le faut. Si le Juge Garth reste indécis quant à ce qu’il convient de faire, Le Virginien refuse cette solution radicale quitte à se désolidariser de ses amis et de son patron…

Mon avis : Grâce au scénariste Harold Swanton ainsi qu’au réalisateur Ted Post -qui avait déjà travaillé à plusieurs reprises sur Rawhide avec Charles Marquis Warren, le créateur de ces deux séries westerns cultes- et même si les deux épisodes précédents volaient déjà bien haut, avec Throw a Long Rope on monte encore d’un cran. Cet épisode ‘politique’ fait partie de ces admirables fictions –du style La Porte du diable de Anthony Mann- qui prennent immédiatement leur sujet principal à bras le corps sans quasiment en dévier et qui, au risque d’une certaine austérité, ne se laissent distraire par aucune digression, filent droit sans se retourner et en s’attachant uniquement à leur réflexion sur des thématiques assez graves, en l’occurrence celles étroitement imbriquées au sein de l’intrigue que sont la justice expéditive pour les voleurs de bétails ainsi que les conflits sanglants qui opposaient souvent à l’époque gros éleveurs et petits fermiers. Des thèmes maintes fois mis sur le tapis dans le domaine du western -Le Souffle de la violence de Rudolph maté en étant un des exemples les plus connus- mais qui auront rarement été aussi approfondis que dans ce film de télévision de 72 minutes qui s’avère tout aussi adulte que passionnant et progressiste, ce qui n’est pas la moindre de ses qualités, la série pouvant également à nouveau se targuer de ne jamais sombrer dans le manichéisme, les fermiers comme les éleveurs ayant chacun leur part de responsabilités dans cette montée outrancière de la violence contre laquelle le Virginien va d’ailleurs s’élever au risque de se voir abandonné de tous.

"If there’s a wrong; you fight it. If you don’t you become part of it. That ain’t so hard to understand, is it." : pour résumer, s’il se trouve une quelconque injustice, il faut agir, car ne rien faire reviendrait à la cautionner. Pour notre héros ce ne sont pas de mots en l’air et, ne voulant pas recommencer l’erreur du premier épisode, il décide cette fois de prendre le taureau par les cornes, mettant ainsi non seulement son avenir en danger mais aussi sa vie en choisissant le camp de la justice plutôt que celui de sa loyauté à ses amis/patrons/collègues. Alors qu’il n’était relégué qu’en arrière-plan dans les deux précédents épisodes, James Drury obtient cette fois le rôle principal et autant dire que, allant à l’encontre de ceux qui le jugeaient terne, le comédien se révèle aussi charismatique que son personnage s’avère admirable de droiture, d’intelligence et d’éthique. Même s’il reste un doute quant à la culpabilité ou non des fermiers dans les vols de bétail, Le Virginien considère que ce n’est pas par la violence que se réglera le conflit qui se fait jour et que même si le fait s'avérait exact, ce ne serait pas une raison pour les traiter ainsi. Les auteurs ne craignent pas non plus de voir les spectateurs s’offusquer de certains comportements des autres protagonistes principaux et notamment celui de Trampas -qui tient ici dans un premier temps un discours assez haïssable disant en substance que peu importe les lynchages si c’est pour ne pas perdre d’argent- ou du juge Garth qui tergiverse et qui après mûre réflexion estime qu’il n’a pas d’autre choix que d’en passer par l’extermination des colons. Avant ça nous l’aurons entendu raconter à son régisseur les difficultés qu’il a eu à s’installer, ayant eu à combattre les indiens, à construire son ranch de ses propres mains, à s’échiner au travail… Sur quoi Le Virginien lui rétorque que les indiens ont bien dû tant bien que mal s’adapter à leur venue et qu’au lieu de partir en croisade c’est à son tour de s’adapter à cohabiter avec de nouveaux habitants. Un discours vraiment novateur et qui force le respect et l’admiration.

Au vue de la violence inouïe des idées des éleveurs, le Virginien va aller combattre aux côtés des fermiers –pour certains assez belliqueux, notamment lorsqu’ils se servent de Tatum comme d’un martyre en le faisant savoir en plein office du dimanche, une séquence étonnante elle aussi- et donc prendre les armes contre son camp ; mais avant ça et malgré les réticences de la famille, il aura décidé d’aller aider Tatum aux travaux de la terre -ce dernier s’étant cassé la jambe lorsque la corde destinée à le pendre a été sectionnée- et sera également parti enquêter sur les véritables coupables des vols, prétexte pour les auteurs à de nombreuses séquences en extérieur, à une rencontre avec un homme des bois assez pittoresque dans son accoutrement et à l’insertion d’un personnage de policier suédois dont on entendra beaucoup parler sans jamais le voir ; et pour cause ! Une cause faisant partie des quelques surprises que je ne me permettrais pas de vous dévoiler, le résultat des investigations sur les vols étant pour le moins culotté tout en restant totalement crédible. Autant dire que le scénario de Harold Swanton s’avère en tous points enthousiasmant, tout aussi bien dans sa construction qu’au travers ses passionnantes réflexions sur une thématique pourtant rebattue dans le genre, ainsi enfin que dans l’écriture des personnages d’une richesse assez incroyable pour une série de l’époque. Il faut dire que les comédiens méritent tous les éloges, que ce soit James Drury aussi ‘grand’ que son personnage, mais aussi les Guest Star que sont John Anderson dans le rôle du Cattle Baron qui "semble être en manque d’actions sanglantes depuis la fin des guerres indiennes" ou bien Jack Warden –l’un des 12 jurés de 12 hommes en colère de Sidney Lumet- dans celui du fermier martyr ainsi que Jacqueline Scott qui interprète son épouse.

Pour la première fois dans cet épisode il est fait allusion au passé du Virginien dans le comté de Fairfax, sa voix off nous donnant dans le même temps quelques éléments historiques concernant des conflits similaires à celui qui se prépare à Medecine Bow. La vie quotidienne de ses habitants est décrite avec toujours autant d’authenticité : cette fois nous assistons aux travaux des champs par un Virginien qui fait tomber la veste du dimanche pour aller bêcher et sarcler la terre d’une famille pour laquelle il éprouve de la compassion pour ce qu’on leur a fait subir. Cette fiction signée Ted Post –qui, entre ses deux westerns pour le cinéma, The Legend of Tom Dooley et Pendez-les haut et court, n’aura travaillé que pour la télévision- enfonce donc le clou concernant la qualité des débuts de la série ; il dame non seulement le pion à 95 % des westerns des années 60 mais s'avère également être probablement ce qui s'est fait de plus intelligent et approfondi sur la question des rivalités féroces entre éleveurs et fermiers pour la possession des terres et points d’eau. Il va être difficile de faire mieux que cet épisode qui prend également le risque d'oublier humour et fantaisie qui auraient contribué à atténuer son aspect grave et tendu. Petit chef-d’œuvre !
Modifié en dernier par Moonfleet le 08 mai 2017 6:59, modifié 3 fois.

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Re: Le Virginien - The Virginian - 1962 - Saison 1 - Les épisodes

Messagepar U.S. Marshal Cahill » 02 mai 2017 17:57

1.03 - Throw a Long Rope
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Re: Le Virginien - The Virginian - 1962 - Saison 1 - Les épisodes

Messagepar Moonfleet » 04 mai 2017 8:16

Je profite des captures du Marshall Cahill (merci beaucoup) pour redire que j'en insère également 8 en grand format par épisodes au sein du test du coffret DVD (sur la droite de l'écran)

J'avoue que j'avançais sur des œufs avant de visionner le 4ème épisode, premier dit 'léger" de la série, de peur de tomber soit sur une pantalonnade soit sur un épisode un peu naïf voire mièvre. Me voici rassuré, non seulement l'épisode propose l'interprétation la plus délicieuse depuis le début -jamais probablement Ricardo Montalban n'a été aussi savoureux- mais possède un parfait timing dans la comédie -avant de basculer dans une partie un peu plus 'dramatique- et le tout s'avère hautement spirituel, plus proche de Billy Wilder que de Burt Kennedy. Le film auquel l'épisode m'a fait le plus penser dans son ambiance et son ton est le délicieux Frenchie de Louis King, l'épisode de Earl Bellamy encore même meilleur. Bref, loin d'être déçu et avis plus complet à suivre :num1

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Re: Le Virginien - The Virginian - 1962 - Saison 1 - Les épisodes

Messagepar Moonfleet » 04 mai 2017 17:57

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Ricardo Montalban


1.04 - The Big Deal

Réalisation : Earl Bellamy
Scénario : Winston Miller d'après une histoire de Richard Jessup
Guest Stars : Ricardo Montalban
Première diffusion 10/10/1962 aux USA – 26/02/1967 en France
DVD : VF et VOSTF
Note : 7.5/10

Le Pitch : Les hommes du ranch Shiloh viennent accueillir Enrique Cuellar (Ricardo Montalban) à sa descente du train. L’élégant colombien est l’invité du juge Garth ; les deux hommes doivent renégocier la location d’un lopin de terre que Cuellar avait hérité de son père, un bout de terrain enclavé sur le domaine du rancher et dont le bail vient de se terminer. Les négociations ne vont pas se dérouler aussi bien que prévu, Garth ayant caché à son bailleur la véritable valeur de ce terrain qui lui est indispensable pour le passage de son bétail, lui proposant de le racheter à un prix ridiculement bas…


Mon avis : J'avoue avoir éprouvé une petite appréhension avant de visionner le 4ème épisode de cette saison initiale ; ayant lu comme quoi il s’agissait du premier de la série au ton dit ‘léger’ et s’apparentant le plus à une comédie, j’ai craint de tomber soit sur une pantalonnade un peu lourde soit sur un épisode un peu naïf voire mièvre d’autant plus lorsque l’on sait que les deux personnages principaux s’avèrent être un bel hidalgo et la fille du juge qui s’en enamoure. J’aurais dû faire confiance au créateur chevronné qu'était Charles Marquis Warren ainsi qu'à toutes ses équipes artistiques et techniques, et ne pas m’en faire pour si peu ! Quoiqu’il en soit me voici rassuré pour le reste de ce parcours-découverte de la série : non seulement l'épisode propose l'interprétation la plus délicieuse d’une Guest Star depuis son début -malgré déjà l’immense talent des précédentes- mais s’avère également tout à fait harmonieux dans le mélange des genres, la légèreté de la première demi-heure allant bifurquer ensuite vers plus de gravité sans que ça ne détonne, le ton restant constamment juste à l’image de l’interprétation magistrale de Ricardo Montalban qui à ma connaissance n’aura jamais été aussi savoureux, son gentleman colombien raffiné et galant se révélant un personnage inoubliable. La direction d’acteurs étant d’un égal 'haut niveau' depuis le début, il se pourrait bien que ce soit Charles Marquis Warren en personne qui ait d’emblée imposé sa marque et ses directives aux différents réalisateurs qui se sont succédé derrière la caméra.

L’arrivée de ce colombien à Medicine Bow va dans un premier temps être l’occasion d’une suite de séquences plus cocasses les unes que les autres sans que jamais elles ne s’avèrent pénibles de lourdeurs grâce d’une part au talent des comédiens tous très bien dirigés, de l’autre à des dialogues souvent très spirituels alliés à la finesse d’écriture de Winston Miller, scénariste d’un bon nombre de très grands westerns dont La Poursuite infernale (My Darling Clementine) de John Ford ou Terreur à l’Ouest (The Bounty Hunter) de André De Toth. Pour résumer un peu grossièrement, nous sommes ici plus proches d’un Billy Wilder que d’un Mel Brooks, un peu dans la même veine de westerns que Femme ou démon (Destry Rides Again) de George Marshall ou encore de l’exquis Frenchie de Louis King avec Shelley Winters. Il est tout aussi savoureux de voir Trampas se moquer des manières délicates du Sud Américain –de sa savonnette, du nombre de ses bagages, de son vocabulaire précieux et de ses expressions châtiées, du fait de se laver tous les jours qui plus est en poussant haut et fort la chansonnette…- que d’être témoins des contrastes avec les siennes, bien plus frustres, par exemple lors d’un diner au restaurant absolument désopilant, une séance de poker où il devient l'arroseur arrosé. Durant cette première partie nous ne pourrons pas non plus passer sous silence cette séquence inénarrable et au timing parfait de l’hôtel aux chambres bondées ‘comme tous les samedis soirs’ -des détails qui, mine de rien, renforcent l’authenticité de la série par leur crédibilité et par le fait de ne les avoir pas vu souvent mis en avant au cinéma- au cours de laquelle le Virginien va apprendre -sans grande réussite- à Enrique à se faire une place dans des lits déjà occupés.

De belles occasions de rire et sourire sans oublier que cet ‘étranger’ séducteur et beau parleur fait tourner les têtes de toutes les femmes et notamment de Molly et de Betsy, flirtant avec la première –rendant ainsi jaloux Trampas et le Virginien qui cherchent toujours à ce qu’elle réponde à leurs avances- faisant la cour en tout bien tout honneur à la seconde qui, par sa maladresse sera à l’origine de l’envenimement du litige entre l’hôte et l’invité. En effet, ayant fait visiter le domaine à Enrique, elle se coupe en expliquant que le lopin de terre appartenant à son interlocuteur est primordial pour le ranch puisque les bêtes doivent obligatoirement le traverser pour se rendre et revenir de leurs pâturages sur les hauts plateaux. Il comprend ainsi qu’il peut en le vendant en tirer un profit raisonnable sauf que le rancher lui en propose une somme dérisoire. Sentant être pris pour un pigeon, il demande par 'vengeance' un prix faramineux. Les deux hommes, blessés dans leur orgueil, s’engagent dans un combat juridique ainsi que sur le terrain –mise en place de clôtures en barbelés d’un côté, rassemblement rapide du bétail de l’autre afin de pouvoir passer avant qu’elle soit installée- qui s’annonce impitoyable. Encore une fois, point de manichéisme, nos héros se retrouvant d’ailleurs tous du ‘mauvais’ côté, le juge étant décrit par la journaliste comme étant une tête de mule arrogante et assez dictatoriale pour avoir toujours réussi à faire accomplir ses 4 volontés –ici dès la première seconde en imposant l’édification d’une horloge au centre de la place principale de la ville, objet à cette époque insolite et qui sera l’occasion de quelques répliques et situations très amusantes- et ne pas apprécier qu’on lui tienne tête. Car comment ne pas prendre fait et cause pour ce Sud Américain stylé, personnage aussi affable que sympathique, cordial qu’intelligent et d’une franchise qui lui fait honneur même lorsqu’il sait que ses paroles le mettront à mal ; ici auprès de Molly avec qui il avait commencé à former un couple ?!

On se doute bien que malgré une séquence très tendue qui risquait de finir mal pour tout le monde, les auteurs en seraient venus à un Happy-End dans la continuité du ton drôle et spirituel du début ; ce sera le cas, désamorçant avec intelligence l’absurdité et la bêtise de la situation. Même si la conclusion est un peu trop hâtive -durée imposée oblige-, elle n’en est pas moins tout à fait satisfaisante et nous fait revenir le sourire aux lèvres, tout comme à celles du Juge Garth à cause de qui, une fois encore, le drame a failli se produire. L’on notera également un très bon Ross Elliott en shérif, la première apparition du magnifique Appaloosa du Virginien et une mise en scène très agréable de Earl Bellamy qui dans le courant de la décennie réalisera également quelques bons westerns pour le cinéma, Gunpoint avec Audie Murphy ou Incident at Phantom Hill avec Robert Fuller. Un épisode plutôt détendu au ton toujours très juste et jamais outrancier que ce soit dans la comédie ou le drame et où James Drury et Doug McClure ne servent que de faire-valoir au mémorable Ricardo Montalban. Assez réjouissant !



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Re: Le Virginien - The Virginian - 1962 - Saison 1 - Les épisodes

Messagepar U.S. Marshal Cahill » 06 mai 2017 11:28

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Re: Le Virginien - The Virginian - 1962 - Saison 1 - Les épisodes

Messagepar Moonfleet » 07 mai 2017 19:06

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George C. Scott



1.05 - The Brazen Bell

Réalisation : James Sheldon
Scénario : Roland Kibbee
Guest Stars : Royal Dano & George C. Scott
Première diffusion 17/10/1962 aux USA – Jamais diffusé en France mais sorti doublé en salles le 23/10/63 sous le titre panique à l'Ouest
DVD : VOSTF
Note : 7/10

Le Pitch : Arthur Lilley (George C. Scott) arrive à Medicine Bow. Il vient de l'Est pour le poste vacant d'instituteur. Là où il enseignait avant, faute à sa lâcheté, un drame s'était produit qu'il souhaiterait oublier. Pas de chance, peu après avoir débuté dans sa nouvelle fonction, deux bagnards évadés font irruption chez lui avec pour idée de prendre les enfants de l'école en otages afin d'obtenir en échanges toutes les vivres et munitions dont ils auront besoin pour rejoindre la frontière canadienne. L'un d'eux est un demeuré très dangereux tandis que son chef (Royal Dano) est un homme cultivé mais qui ira jusqu'au bout quitte à tuer...

Mon avis : L'épisode commence par l'évasion violente de deux bagnards alors qu'ils étaient en train d'effectuer des travaux forcés en extérieur au sein de paysages idylliques. L'un des deux, Molder, semble être un homme cultivé puisqu'il cite d'emblée Kipling, tandis que son compagnon d'échappée est un jeune fou sanguinaire qui se joint à lui en lui forçant la main, lui disant que s'il avaient besoin de tuer au cours de leur périple pour ne pas être repris, il s'en chargerait avec plaisir. Autant dire que l'on comprend d'emblée qu'il ne s'agira pas d'un épisode 'léger' comme pouvait l'être le précédent puisque l'on apprend également que Molder allait probablement être pendu le lendemain, ayant été condamné pour le meurtre de sa femme. Malgré tout, les 30 premières minutes -hormis les séquences où l'on suit la cavale des prisonniers- restent très amusantes et une fois encore, grâce ici surtout au personnage de Molly, nous sommes en présence d'un épisode sacrément progressiste, mettant en avant l'importance du civisme et de l'éducation malgré la réticence des parents qui préfèrent garder leurs enfants à la maison dans le but de les aider plutôt que de les envoyer à l'école. La journaliste déplore également que ses concitoyens -adultes cette fois- ne soient pas plus matures et "n'élargissent pas leurs centres d'intérêt au lieu de ne lire et de ne s'intéresser qu'aux seuls faits divers sanglants". Car, comme c'était déjà le cas dans les épisodes précédents, l'on est témoin que dans cette gentille petite ville où le puritanisme est encore bien présent, que la majorité des habitants regrettent le temps de la justice expéditive, qu'ils aiment bien se saouler et se bagarrer le samedi soir et que certains n'hésitent pas en s'en vantant à escroquer leurs concitoyens, notamment ici l'épicier.

Trampas est une fois de plus d'une muflerie et d'un égoïsme 'drôlement réjouissant', refusant d'aider à porter le courrier "car personne ne lui écrit", et sera à nouveau l'arroseur arrosé suite à une mauvaise blague faite au juge, ayant fait croire au couple de nouveaux arrivants que la maison de son patron était un hôtel où ils seraient bien accueillis, nourris, logés. Pour en revenir aux idées modernistes des auteurs -ici Roland Kibbee qui écrira plus tard le très beau scénario de L'Homme de la Sierra (The Appaloosa) de Sidney J. Furie avec Marlon Brando-, le Virginien qui s'est vu confier le poste de shérif en l'absence de ce dernier, préfèrera la prévention à la répression pour ce samedi soir chahuteur qui l'attend. Que des sujets étonnamment toujours autant d'actualité, comme également toutes ces notations et réflexions sur ce que doit être le journalisme, l'empathie que le reporter doit avoir -ou non- face à un dramatique fait divers relaté... Répliques qui fusent, séquences savoureuses de drôlerie, intelligence du propos, rythme enlevé... puis c'est l'irruption brutale de la violence après avoir déjà assisté à celle, effrayante, qui émane de certains élèves ; à ce propos la séquence au cours de laquelle l'un des adolescents turbulents -comme par hasard le rejeton du père qui regrettait le temps des lynchages- menace son professeur, n'est pas indigne -même si bien plus brève- des moments tendus dans Graine de violence (Blackboard Jungle) de Richard Brooks. C'est là que le couple venu de 'l'Est civilisé des USA' se rendra compte du contraste entre leur lieu de départ et cet Ouest encore sauvage ; il vont y être directement et brutalement confrontés au cours d'un huis-clos éreintant de tension et au cours duquel ils auront une nouvelle fois à s'interroger sur les notions de courage, d'instinct de survie et de lâcheté.

Durant toute cette dernière partie que je ne me permettrais pas de raconter pour éviter de dévoiler des importants éléments de l'intrigue, l'on sera une fois encore étonné de la continuité de la modernité du discours, notamment celui sur l'inhumanité des prisons dans lesquelles, en citant Oscar Wilde, "seules les qualités de l'homme s'y épuisent et s'y flétrissent", phrase tirée de son recueil 'La ballade de la geôle de Reading' publié en 1898 à la fin de sa propre incarcération. C'est le remarquable George C. Scott -futur Patton- qui déclame une longue partie d'un des poèmes -qui sera aussi son arme- lors du climax de la séquence finale se terminant par un Gunfight d'une cinglante sécheresse et d'une redoutable efficacité, une violente prise d'assaut menée par Le Virginien. Aux côtés de cet immense comédien tenant ici un contre-emploi dans le rôle d'un instituteur timoré et trouillard, pour tenir celui des évadés, deux autres acteurs tout aussi convaincants et dont les visages sont bien plus connus que les noms, à savoir Royal Dano (l'un des amis d'Audie Murphy dans le fabuleux La Charge victorieuse - The Red Badge of Courage de John Huston) ainsi que l'inquiétant John Davis Chandler qui, avec ses yeux bleus et ses paupières tombantes, interprétait avec James Drury cette même année l'un des épouvantables frangins dans le chef-d’œuvre de Peckinpah, Coups de feu dans la Sierra - Ride the High Country. Ce segment permettra de lancer d'autres réflexions sur la violence, le danger du port d'armes ou la 'Self Preservation' tout en nous contant une belle histoire de rédemption ; tout un programme !

Même si tout à fait subjectivement ces histoires de prises d'otages en huis-clos ne m'ont jamais vraiment passionnées, je dois avouer que l'écriture du scénario, sa construction, la qualité de l'interprétation et de la mise en scène ont fait que l'ennui n'a quasiment jamais pointé le bout de son nez. Ajoutez à ça une astucieuse utilisation des ellipses, une belle gestion du suspense, une mise en scène de qualité... et la rigueur de l'ensemble finit d'entériner la réussite de ce Brazen Bell, un épisode dans lequel James Drury et Doug McClure n'ont pas un grand temps de présence. Le réalisateur James Sheldon qui aura fait sa carrière entière à la télévision signera encore sept autres épisodes de la série ; on s'en réjouit par avance

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Modifié en dernier par Moonfleet le 08 mai 2017 7:01, modifié 6 fois.

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Re: Le Virginien - The Virginian - 1962 - Saison 1 - Les épisodes

Messagepar pak » 07 mai 2017 19:13

C'est bien vendu... :-? Je n'envisageais pas d'investir dans une série jusqu'ici.

Bon, en même temps, suis pas forcément en phase avec tes avis sur les films, alors ça peut ne pas me plaire (oui bon, faut bien que je trouve un prétexte pour épargner mon portefeuille... ).

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Re: Le Virginien - The Virginian - 1962 - Saison 1 - Les épisodes

Messagepar pass » 07 mai 2017 19:55

Moonfleet a écrit :1.05 - The Brazen Bell

Première diffusion 17/10/1962 aux USA - Jamais diffusé en France


Faux , il est sorti en France sous le titre suivant : Panique à l'ouest le 23 Octobre 1963 en VF , très certainement pour promouvoir ou faire connaître la série au public Français avant son passage sur la deuxième chaîne de l'O.R.T.F. en 1966 . Dans ce contexte-ci , il y a deux autres épisodes de la Série qui sont : Les Enfants du diable ( épisode 11 - saison 1 ) sorti en Avril 1964 et Le Solitaire de l'ouest mixage de deux épisodes : Duel à Shiloh ( épisode 15 - saison 1 ) et The Nobility of Kings ( épisode 8 - saison 4 ) sorti en 1972 .

Il existe une VHS de Panique à l'ouest qui est sorti dans la collection : WESTERN VIDEO COLLECTION distribué par Initial en 1989 .

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Re: Le Virginien - The Virginian - 1962 - Saison 1 - Les épisodes

Messagepar Moonfleet » 07 mai 2017 20:19

pass a écrit :
Moonfleet a écrit :1.05 - The Brazen Bell

Première diffusion 17/10/1962 aux USA - Jamais diffusé en France


Faux , il est sorti en France sous le titre suivant : Panique à l'ouest le 23 Octobre 1963 en VF , très certainement pour promouvoir ou faire connaître la série au public Français avant son passage sur la deuxième chaîne de l'O.R.T.F. en 1966 .


Merci pour la précision ; j'avais effectivement remarqué la présence de ce "film" sur imdb. Mais en fait, les infos de dates que je note ici sont celles de la diffusion à la télévision.

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Re: Le Virginien - The Virginian - 1962 - Saison 1 - Les épisodes

Messagepar pass » 07 mai 2017 21:22

Moonfleet a écrit :Mais en fait, les infos de dates que je note ici sont celles de la diffusion à la télévision.



Oui et bien justement il y a des titres qui sont passés à la télévision ( à partir de 1966 sur l'O.R.T.F. et sur Antenne 2 en 1983 pendant la période estivale ) et qui sont uniquement en VO dans les coffrets du Virginien . Très certainement que Elephant Films n'a pas pu les localisés via UNIVERSAL , j'usqu'à maintenant j'en ai compté 4 en tenant compte de " Brazen Bell " .



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